Actualité sociale et sanitaire
L'Expo de Milan vient d'ouvrir au public, jusqu'au 31 octobre 2015. Si vous ne pouvez pas y aller, vous pouvez en avoir une idée en consultant sur le site officiel de l'expo la visite « virtuelle en 3D et à 360° » en tapant ces derniers mots sur un des nombreux sites d'internet. Vous n'y verrez pas tout, et en particulier il faut chercher ailleurs par exemple des informations sur le stand de Slow Food, un des stands les plus intéressants à voir. Nous y reviendrons.
En attendant, nous avons demandé à notre ami Gianni Siviero, qui habite Milan, de nous envoyer ses réactions sur la création et l'existence de cette Expo et sur les manifestations qu'elle a suscitées. Voici sa réponse du 15 mai 2015.
(Sur Gianni Siviero, « cantautore » de Milan, voir notre Histoire de la chanson italienne, vol. III, p. 27).
L'Expo in bottiglia
Texte original en italien :
Jean, un caro amico francese che credo ami molto l'Italia soprattutto per le qualità che gli italiani non sanno di avere, mi chiede che cosa penso dell'Expo e di ciò che vi accade intorno, plauso e contestazioni inclusi, dandomi così l'occasione per riprendere a gettare bottiglie in mare.
Confesso che non mi è facile accontentarlo, in parte perché sono fermamente deciso a non mettere piede all'interno dell'immenso recinto, e molto perché, a suo tempo, sono stato altrettanto decisamente contrario alla candidatura della mia città a questo evento.
Contrario per tre motivi.
Il primo è che non credo che per parlare di un argomento così serio qual è la necessità di nutrire il mondo, e soprattutto per pensare a come risolverlo, sia utile e necessario investire una valanga di quattrini in una enorme fiera campionaria enogastronomica a uso di chi ha i soldi per frequentarla.
Il secondo è che una città ricca, votata al commercio, alla moda e al design come Milano, non può, e a mio avviso non sa, affrontare un argomento tanto serio con la dovuta, rispettosa sobrietà: se fossi un povero abitante del pianeta afflitto da denutrizione credo che mi sentirei pesantemente offeso da tanto rutilante spreco di denaro.
Il terzo è che in quest'era di comunicazione globale e istantanea, in questo mondo in cui tutto, ma proprio tutto, dalla targa della mia auto al numero di telefono di Gorbaciov, è alla portata di chiunque abbia interesse a conoscerlo e possieda un minimo di dimestichezza con mouse e tastiera, non vedo che utilità vera abbia una fiera di queste dimensione, e di questo costo: chi desidera essere informato lo è, punto.
Non mancano le sedi internazionali nelle quali il mondo, ricco e non ricco, dovrebbe confrontarsi, seriamente e lontano dai riflettori, su come porre rimedio alla disumana condizione di chi non ha di che nutrirsi contrapposta a quella di chi, come noi, intasa le pattumiere di cibo sprecato, e, già che c'è, interrogarsi davvero sul modo di evitare che la fame, quella vera, non finisca per abbracciarci tutti, in un futuro non lontano.
Ero contrario all'Expo, dicevo, ma, una volta persa la battaglia sul farla o non farla, non vedo che utilità ci sia a continuare a percorrere la città urlando che "io non la voglio": lo sanno, e la cosa non interessa né alla politica né agli operatori commerciali internazionali che si sono comperati una vetrina nell'enorme supermercato.
Dei fracassatori di automobili e vetrine non è neppure il caso di parlare: sono a mio parere assimilabili alla teppaglia violenta che riempie gli stadi solo perché lì ci si può esprimere al massimo livello di bestialità; calcio, Expo, G8 o TAV, sono solo pretesti, occasioni fornite su un vassoio d'argento sia a loro che alla stampa, ai telegiornali e all'opposizione di turno.
Sarà il caso che i vari movimenti smettano di atteggiarsi a vittime, e si interroghino davvero sulle loro responsabilità: senza la connivenza dei trentamila manifestanti "pacifici" non c'è spazio fisico o ideologico per cinquecento delinquenti.
Anche nelle manifestazioni operaie di tanti anni fa i provocatori c'erano, ma finivano male.
E veniamo a Milano, alla città e ai suoi abitanti, a che cosa accade attorno al Grande Evento, atteso da tutti come momento di rilancio dell'economia, come momento magico capace di farsi perdonare gli innumerevoli cantieri, i "disagi temporanei" durati anni, gli investimenti di denaro pubblico forieri di un radioso avvenire: bene, i cantieri sono ancora aperti, i disagi sono diventati permanenti, i commercianti e i ristoratori si lamentano come da copione.
Tutto normale, semplicemente nessuno aveva capito che l'Expo si svolge in realtà tutta dentro il recinto perché è un evento autoreferenziale, all'interno del quale tutto accade e tutto si consuma: con l'esclusione di albergatori e b&b, per ironia della sorte sottrarrà clienti e frequentatori anche alla città che tanto l'ha atteso e voluto.
Se ricaduta ci sarà, per Milano o per l'Italia, sarà perché un cinese, o un lettone piuttosto che un nigeriano, venuto fin qui per l'Expo, magari con moglie e figli, difficilmente non ne approfitterà per vedere anche la Cappella Sistina, la Valle dei Templi, Palazzo Vecchio o il Duomo e il Castello Sforzesco, o anche solo per acquistare in un outlet qualsiasi del design o della moda qualche cosa da riportare a casa per ricordo, o da copiare.
A noi resteranno senza dubbio delle strade risistemate, dei tratti di metropolitana che verranno terminati prima o poi, un nuovo agglomerato urbano irto di guglie incongrue, anche se bello da vedere, una grande quantità di palazzi di lusso sfitti, o venduti o affittati ai nuovi ricchi del pianeta, russi, cinesi, arabi e via elencando.
Non so se è quello che ti aspettavi che ti dicessi, caro Jean, ma è ciò che onestamente mi sento di dirti, sperando sinceramente che i fatti mi diano torto
Gianni Siviero, 15 mai 2015
L'Expo en bouteille
Traduction française :
Jean, un cher ami français dont je crois qu'il aime beaucoup l'Italie, surtout pour les qualités dont les Italiens ne savent pas qu'ils les ont, me demande ce que je pense de l'Expo et de ce qui se passe autour, applaudissements et contestations inclus, me donnant ainsi l'occasion de recommencer à jeter des bouteilles à la mer.
J'avoue qu'il ne m'est pas facile de lui donner satisfaction, en partie parce que je suis fermement décidé à ne pas mettre un pied à l'intérieur de l'immense enceinte, et surtout parce que, en son temps, j'ai été aussi décidément opposé à la candidature de ma ville à l'organisation de cet événement.
Opposé pour trois raisons.
La première est que je ne crois pas que pour parler d'un sujet aussi sérieux que la nécessité de nourrir le monde et surtout pour penser comment y répondre, il soit utile et nécessaire d'investir une avalanche d'argent dans une énorme foire énogastronomique à l'usage de ceux qui ont des sous pour la fréquenter.
La seconde est qu'une ville riche, vouée au commerce, à la mode et au design comme Milan, ne peut pas, et à mon avis ne sait pas, affronter un sujet si sérieux avec la sobriété respectueuse nécessaire : si j'étais un habitant pauvre de la planète affligé de dénutrition, je crois que je me sentirais lourdement offensé par tant de rutilant gaspillage d'argent.
La troisième est que, dans cette ère de communication globale et instantanée, dans ce monde où tout, mais vraiment tout, de la plaque d'immatriculation de ma voiture jusqu'au numéro de téléphone de Gorbatchev, est à la portée de n'importe qui veut les connaître et qui possède un minimum de familiarité avec sa souris et son clavier, je ne vois pas quelle utilité véritable a une foire de cette dimension, et de ce coût : celui qui veut être informé peut l'être, un point c'est tout.
Il ne manque pas de sièges internationaux dans lesquels le monde, riche ou pas riche, devrait se confronter sérieusement et loin des projecteurs, sur comment apporter un remède à la condition inhumaine de ceux qui n'ont pas de quoi se nourrir, en opposition à celle de ceux qui, comme nous, engorgent leurs poubelles de nourriture gaspillée, et, pendant qu'on y est, s'interroger vraiment sur la façon d'éviter que la faim, la vraie, ne nous atteigne pas tous, dans un futur pas très éloigné.
J'étais opposé à l'Expo, disais-je, mais une fois la bataille perdue sur le fait de la faire ou de ne pas la faire, je ne vois pas quelle est l'utilité de continuer à parcourir la ville en hurlant "Je ne la veux pas" : on le sait, et la chose n'intéresse ni la politique ni les agents commerciaux internationaux qui se sont acheté une vitrine dans cet énorme supermarché.
Des casseurs de voitures et de vitrines il ne vaut même pas la peine de parler : ils sont à mon avis assimilables à la racaille violente qui remplit les stades simplement parce que là on peut s'exprimer au plus haut niveau de bestialité ; football, Expo, G8 ou TAV (Train à grande vitesse), ne sont que des prétextes, des occasions fournies sur un plateau d'argent tant à eux qu'à la presse, aux journaux télévisés et à l'opposition du moment.
Ce sera le moment que les divers mouvements cessent de se poser en victimes, et s'interrogent vraiment sur leurs responsabilités : sans la connivence des trente mille manifestants "pacifiques", il n'y a pas de place physique ou idéologique pour cinq cents délinquants.
Dans les manifestations ouvrières d'il y a de nombreuses années, il y avait aussi des provocateurs, mais ils finissaient mal.
Et venons-en à Milan, à la ville et à ses habitants, à ce qui se passe autour du Grand Événement, attendu par tous comme un moment de relance de l'économie, comme un moment magique capable de se faire pardonner les innombrables chantiers, les "inconvénients temporaires" qui ont duré des années, les investissements d'argent public porteurs d'un radieux avenir : bien, les chantiers sont encore ouverts, les inconvénients sont devenus permanents, les commerçants et les restaurateurs se lamentent comme pour un scénario de film.
Tout est normal, simplement personne n'avait compris que l'Expo se déroule en réalité tout entière à l'intérieur de l'enceinte, parce que c'est un événement autoréférentiel, à l'intérieur duquel tout se passe et tout se consomme : avec l'exclusion des restaurateurs et des B&B, et par ironie du sort, l'Expo prendra des clients et des utilisateurs même à la ville qui l'a tant attendue et voulue.
S'il y a des retombées, pour Milan et pour l'Italie, ce sera parce qu'il sera difficile qu'un chinois, ou un letton, plutôt qu'un nigérian, venu ici pour l'Expo, éventuellement avec femme et enfants, n'en profite pas pour voir aussi la Chapelle Sixtine, la Vallée des Temples, Palazzo Vecchio et le Castel Sforzesco, ou même pour acheter dans un outlet quelque objet du design ou de la mode, quelque chose à rapporter chez lui, pour avoir un souvenir, ou pour le copier.
Il nous restera sans doute des rues réaménagées, des lignes de métro qui seront terminées un jour ou l'autre, une nouvelle agglomération urbaine hérissée d'aiguilles incongrues, même si elles sont belles à voir, une grande quantité d'immeubles de luxe laissés libres, ou vendus ou loués aux nouveaux riches de la planète, russes, chinois, arabes et ainsi de suite.
Je ne sais pas si c'est ce que tu t'attendais que je dise, mon cher Jean, mais c'est ce que, honnêtement, je me sens de te dire, en espérant sincèrement que les faits me donnent tort.
Gianni Siviero, 15 mai 2015 (Trad. : J.G.)