Histoire des régions
Umbria
I. - Histoire générale
Il est plus difficile d’écrire une histoire de l’Ombrie qu’une histoire de la Toscane ou de la République de Venise. Car, à la différence d’autres régions d’Italie qui ont constitué des États depuis le moyen âge, l’Ombrie n’a jamais correspondu à une unité politique réelle jusqu’à une date récente. Les slogans anciens (« Ombrie verte et sainte », « Ombrie guerrière », avait ajouté le fascisme) ou récents (« Ombrie, cœur vert de l’Italie », « Ombrie, région des villes ») expriment tous une partie de l’identité ombrienne, mais font apparaître aussi qu’il faut chercher cette identité à un niveau plus profond que celui de l’histoire administrative et politique.
L’histoire de l’Ombrie est plutôt la somme de l’histoire particulière de chaque territoire urbain, dont chacun avait des rapports différents avec les régions voisines. Dès son apparition dans l’histoire, l’Ombrie est déjà divisée en deux parties bien distinctes, le pôle étrusque à l’ouest du Tibre (Perugia, Orvieto) ouvert aux influences extérieures de la Grèce et de l’Orient, grâce à son commerce méditerranéen, et le pôle italique (Gubbio, Todi, Assise, Spello, Gualdo, Bevagna, Foligno) peuplé par les Ombriens (« Umbri ») plus fermés sur eux-mêmes.
C’est la conquête romaine, à partir de la bataille de Sentino en 295 av. J.C., qui donne à la région une relative unité, selon les formes et les valeurs romaines. Les Romains colonisent et bonifient de vastes zones marécageuses qui feront la fortune des petites villes de plaine ou de collines basses. Le nom de « Ombrie » apparaît avec eux, il correspond à la « Sixième Région » de l’empire d’Auguste, dont la délimitation ne correspond pas à la région actuelle : Perugia fait partie de l’« Étrurie » tandis que Norcia est insérée dans la région des Samnites. L’axe unificateur est la via Flaminia (carte ci-contre).Dioclétien supprime le nom d’« Umbria » et fait éclater la région en aire orientale englobée dans la « Flaminia », et l’aire occidentale dans la « Tuscia ».
L’éclatement s’accentue avec les invasions barbares, les oppositions entre Goths et Byzantins, entre Byzantins et Longobards et entre Longobards et papes, pour le contrôle des voies de communication entre Rome et le Nord de l’Italie. Jusqu’au XIe s., l’espace se fragmente en petites unités dominées par de petits pouvoirs féodaux civils ou religieux, enfermés dans leurs châteaux et vivant de chasse, d’élevage et d’une agriculture pauvre. La seule structure un peu importante est constituée par le Duché de Spoleto qui s’affirme peu à peu avec les Longobards à partir de 575. Le principal élément d’unité face à ces particularismes est constitué par le réseau des monastères et des ermitages.Sortie de cette crise du haut moyen âge, l’Ombrie connaît une période de changement entre le XIe et le milieu du XIVe siècle. L’accroissement démographique amène un développement de nouvelles agglomérations, villages (« castrum ») ou « villas » entourés de murs sur les collines, églises, couvents, monastères, centres de pèlerinages épars dans toute la campagne et reliés par un système capillaire de routes. Les anciennes villes romaines sont abandonnées et reconstruites sur les hauteurs (Gubbio, Gualdo Tadino, Trevi), et ne subsistent dans la plaine que les sites stratégiques (Terni, Foligno, Bevagna, Città di Castello). L’économie agricole se modernise, récupère les zones marécageuses et montagneuses, comme l’indique la multiplication des toponymes formés à partir de noms d’arbres (Arboreto, Bosco, Canneto, Cardeto, Carpineto, Cerqueto, Cerreto, Cerro, Faggeto, Noceto, Olmo, Salceto, etc.). Ces implantations se sont affranchies des liens féodaux et assurent elles-mêmes leur défense, dans le cadre des nouvelles structures de la Commune libre ; les enceintes défensives s’élargissent, le réseau routier permet le développement des marchés et du commerce.
Ce renforcement des Communes est marqué par la mise en oeuvre de constructions publiques laïques et religieuses : palais de l’administration communale, cathédrales et surtout églises des Ordres mendiants. Après la mort de François d’Assise, l’Ordre franciscain est à l’origine d’un nouveau style architectural et décoratif qui conjugue la tradition romane avec le gothique international et dont les basiliques de S. François et de S. Claire à Assise sont le prototype. Ce style sera ensuite exporté dans toute l’Europe.
La légende franciscaine telle qu’elle est racontée dans les biographies et dans les peintures, à commencer par celles d’Assise, va donner dans toute l’Italie l’image d’une Ombrie lieu de paix, de prière et de sérénité, qui sera véhiculée par les artistes. La réalité de la vie ombrienne est toute différente : la seconde moitié du XIVe s. est marquée par les épidémies de peste, et entre 1345 et 1604, plus de 12 tremblements de terre, de degré 8 ou 9, détruisent tous les centres habités de la région. De plus, étant lieu de passage, l’Ombrie est en proie aux guerres perpétuelles pour s’assurer le pouvoir sur ce territoire stratégique, entre les Communes et la noblesse féodale, entre les chefs de guerre (les « condottieri ») à la recherche de terres, entre les pouvoirs communaux et une papauté avide d’agrandir son État. L’arrivée dans de nombreuses villes du légat pontifical, le cardinal Egidio Albornoz (1310-1367, le cardinal espagnol, archevêque de Tolède, qui reconquiert l’État de l’Église pour les papes exilés en Avignon) se traduit par des restructurations urbaines et la construction, au-dessus des villes, de forteresses destinées à défendre le pouvoir pontifical contre les populations rebelles.
Entre la fin du XIVe s. et tout le XVe s., le nouveau pouvoir pontifical favorise la création de seigneuries qui se substituent à l’organisation populaire communale basée sur les artisans, commerçants, banquiers. Mais les rivalités entre les familles, surtout dans une période de crise économique et démographique aggravée par la peste noire, interdit la création d’un groupe dominant et unificateur, malgré les tentatives d’affirmer la suprématie de Perugia de Braccio Fortebraccio da Montone (1368-1424 - Cf. portrait) et des Baglioni, ou celles des Trinci d’étendre les territoires de Foligno. On ne parle pas d’État ombrien, mais de « Perugino », « Tuderte », « Orvietano », « Assisano », « Ducato di Spoleto », etc.
À partir de 1540, l’histoire de l’Ombrie devient un chapitre de l’histoire de l’État pontifical, et le terme d’« Ombrie » est à nouveau utilisé dès 1474, mais ne recouvre pas pour autant les frontières actuelles de la région. L’Ombrie est en fait assimilée au Duché de Spoleto, considéré comme un peu marginal économiquement et politiquement. Les villes s’affaiblissent, se dépeuplent et le centre de l’économie devient la campagne où se réinvestissent les capitaux dans une structure dominée par le métayage, qui s’étend de la plaine aux zones de collines et de montagnes, et qui se maintiendra jusque vers le milieu du XXe siècle. L’Ombrie n’intéresse Rome que comme source de produits agricoles qui de plus transitent surtout par voie fluviale et maritime plus que par voie de terre. Cette ruralisation et marginalisation de la région provoquent un repli sur elle-même de la région, que n’arrive pas à compenser l’abondance des foires et des marchés périodiques, à l’exception de ceux de Foligno, placée sur la via Flaminia.
Parallèlement, les villes abandonnées seront peu à peu réoccupées par la noblesse et par les propriétaires fonciers, absents de leurs domaines, et qui tentent de se redonner un prestige en construisant palais, oratoires, chapelles, théâtres et monastères (destinés à une partie importante des enfants qui ne peuvent profiter de l’héritage de terres impossibles à partager). C’est pourquoi les villes d’Ombrie donnent l’impression d’avoir gardé leur aspect médiéval, alors qu’en réalité les édifices visibles aujourd’hui sont souvent le fruit des reconstructions ou restructurations réalisées entre le XVIe s. et le XIXe s. : les façades sont embellies par des portails surmontés du blason familial, les fenêtres sont entourées de pierres travaillées et de marbres , les crépis sont refaits selon la mode de l’époque (et laissent réapparaître ceux du moyen âge lorsqu’ils sont mal entretenus). Le romantisme a redécouvert le moyen âge ! En 1818 et en 1850, l’exhumation des corps de François et de Claire relance l’intérêt pour l’Ombrie sacrée. L’Ombrie, et surtout Assise, redevient à la mode !
Les récits de voyage du XVIIIe s., eux, faisaient mention surtout des restes romains et n’avaient que mépris pour le « triste » moyen âge (Voir en annexe le texte de Goethe sur Assise).C’est Napoléon qui commence à unifier le département du « Trasimène ». L’Ombrie trouve peu à peu ses limites actuelles avec la création du Royaume d’Italie en 1860. Elle suit alors les vicissitudes de l’histoire italienne : la création d’un marché national met en crise les régions agricoles du centre et du sud, les paysans ombriens commencent à émigrer vers la Toscane ou à l’étranger, le développement des villes induit un transfert de capitaux des campagnes vers les investissements fonciers e industriels (création du grand pôle métallurgique de Terni).
Dans les années 30 du XXe s., le manque de capitaux permet à l’Ombrie d’échapper aux grands plans régulateurs du fascisme qui éventrent les anciennes villes au profit d’une architecture rationaliste ; les grands panoramas urbains subsistent donc. Seules les agglomérations les plus importantes, surtout Perugia, subissent une dégradation de leurs banlieues par des cités dortoirs destinées à recevoir les immigrés des campagnes. L’activité agricole fait place aux résidences secondaires d’été et à « l’agriturismo ».
« Malgré ces dommages, - conclut l’étude du Touring Club italien, - les petites villes ombriennes et leurs territoires continuent à montrer aux visiteurs et à leurs propres habitants un milieu d’un raffinement rare, où les signes de l’homme superposés au cours d’une histoire millénaire s’harmonisent de façon heureuse avec le milieu naturel » (Touring Club Italien, Umbria, 2004, p. 58).
II. - Quelques villes d’Ombrie
De Spoleto à Gualdo Tadino, on suit le tracé de la Via Flaminia Nova, ouverte par les Romains, de Rome à Fano et Rimini, à partir entre 223 et 220 av.J.C. Jusqu’à Foligno, on se trouve dans la « Valle Umbra » qui se prolonge jusqu’à Assise ; à partir de Foligno, on suit le sillon de la rivière Topino, affluent du Tibre. La Valle Umbra est le résidu d’un immense lac formé à l’ère quaternaire, le lac Tiberino, qui allait de Sansepolcro à Terni (125 Kms de long, 1800 km2 de superficie), qui a laissé des traces marécageuses (Fonti del Clitunno). Ces deux phénomènes (voies de communication et sédiments laissés de l’ancien lac) ont fait de cette région une zone fertile et peuplée dès l’Antiquité.
1) Campello et les Fonti del Clitunno
À partir de Spoleto, la N.3 longe le village de San Giacomo, rassemblé autour du château du cardinal Albornoz, l’organisateur politique et militaire de l’État pontifical. Plus loin sur la droite, le château de Campello Alto (qui aurait été construit au Xe s. par Rovero de Champeause, venu de Reims à la suite du duc de Spoleto) et le village de Campello sul Clitunno. On arrive sur la gauche auxFonti del Clitunno, bel exemple de résurgence qui alimente la petite rivière du Clitunno. Le nom « Clitumnus », transmis par les écrivains latins, était celui du dieu qu’adoraient les Ombriens, appelé aussi Jupiter, dont le culte se confondait avec celui du fleuve. On y adorait aussi Janus (Cf. à quelques km, le village de Pissignano = Piscina Jani). Toute cette zone au Nord de Spoleto était riche de sources d’une grande fraîcheur et pureté. Le petit lac a un périmètre de 405 m. (env. 115 m. sur 100 m.) ; la température est constante (12°). La flore est très riche : peuplier d’Italie = pioppo cipressino, chênes verts = leccio, frênes = frassino, mûriers = gelso (on éleva des vers à soie), saules pleureurs (implantés en 1865, à partir de boutures prises sur les saules de la tombe de Napoléon à Sainte-Hélène, par le comte Paolo di Campello (1829-1917), qui avait épousé Marie Bonaparte (1835-1890), une nièce de Napoléon III), plantes aquatiques (mousses, phanérogames, plantain d’eau = mestolaccia, myosotis = nontiscordardimé, capucine = nasturzio, vallisnérie, joncs, planctons, et d’autres que les connaisseurs se feront un plaisir de nous signaler). Quelques couples de cygnes royaux ont été introduits sur le lac.
C’était dans l’Antiquité une zone très fertile et renommée pour ses élevages ovins et bovins que la pureté des eaux rendait blancs, rappelés par Virgile et Pline, si beaux qu’on les utilisait pour les sacrifices et les triomphes à Rome. Le site comprenait une aire sacrée dédiée au dieu Clitumne, célèbre pour ses oracles que consultaient même les empereurs (Caligula). On croyait que le dieu résidait au fond des eaux. Déjà dans l’Antiquité, le site était équipé pour le « tourisme » : un hôtel, des bains publics, des villas entouraient la source. Un tremblement de terre du Ve siècle fit diminuer la quantité des eaux ; au Moyen âge, les communes environnantes s’en disputaient l’usage. C’est le comte Paolo di Campello qui réinstalla le site dans sa forme actuelle en 1852. La source est une des plus importantes d’Italie, elle a un débit de 1300 à 1500 litres d’eau par seconde.
« Hinc bellator equos campo sese arduos infert ;
Hinc albi, Clitumne, greges et maxima taurus
victima saepe tuo perfusi flumine sacro
Romanos ad templa deum duxere triumphos »
(D’un côté le cheval de bataille s’élance, tête haute dans la plaine ;
de l’autre, ô Clitumne, les blancs troupeaux et le taureau,
grande victime, ont été souvent baignés dans ton fleuve sacré
avant de conduire aux temples des dieux les triomphes romains).
(Virgile, Géorgiques, II, 145-8)
Rassurez-vous, Virgile précise ensuite qu’il n’y a dans ces régions ni tigres féroces, ni lions, ni aconits trompeurs, ni serpents couverts d’écailles ! Par contre, « Ici règne un printemps perpétuel, et l’été en des mois qui ne sont pas les siens ; deux fois les brebis y sont pleines, deux fois l’arbre y donne des fruits ».
Parmi les poètes et écrivains qui ont chanté le Clitunno, Pline le Jeune, Properce, Byron (dans Le pèlerinage du jeune Harold) et Giosuè Carducci (Alle fonti del Clitunno, 1876). Parmi les peintres inspirés par les Fonti, Nicolas Poussin, Claude-Gallée Lorrain, Camille Corot ... mais il n’y a pas encore de saules dans leurs tableaux.
Près des Fonti del Clitunno se trouve le Tempietto del Clitunno, petit temple devenu église del San Salvatore, mais la présence d’une croix d’origine laisse penser que ce fut, dès la construction, un édifice chrétien inséré aujourd’hui dans le Patrimoine de l’Humanité parmi les lieux de pouvoir des Longobards.
On suit la vallée du Topino, rivière de 77 Kms qui se jette dans le Chiascio, affluent du Tibre. Le Topino prend sa source sur le mont Pennino, au nord-est de Foligno, et reçoit les eaux du Menotre. Après avoir franchi le Topino au ponte Nuovo, on continue vers Pontecentèsimo (à droite, de l’autre côté du chemin de fer, restes d’un pont romain de l’ancien tracé de la Flaminia ; un peu plus loin, restes d’un viaduc romain, et du ponte marmoreo sur le Topino). Avant Nocera, sur la gauche, forteresse de Postignano (Xe siècle -Image ci-contre).
2) Nocera Umbra (520 m.)
Centre ombrien (« Nuokria » = ville nouvelle), puis municipe romain (de « Nuceria Camellaria » partait la via Prolaquense pour Ancona), Nocera devient un important centre des Longobards au VIe siècle, point stratégique de contrôle de la route, à la frontière du duché de Spoleto. Détruite en 1248 par Frédéric II, la ville passe sous la juridiction des Trinci, puis de l’Église qui y renforce le pouvoir de l’évêque. Du XVIe au XIXe s., Nocera est célèbre pour son économie agricole et pour ses sources thermales. Le tremblement de terre de 1997 a dévasté la ville, restaurée depuis.
La porta Nuova ou Garibaldi, du XVIe s., a été élargie en 1929 pour laisser passer la course automobile des « Mille Miglia ». Par le boulevard Matteotti, on atteint la porta Vecchia (ou de s. François, à cause d’un miracle supposé du saint), principale ouverture de l’enceinte du XIIIe s. Sur les côtés, 2 fontaines qui rappellent les vertus des eaux de Nocera. Le cours Vittorio Emanuele monte dans la partie haute de la ville, le long d’édifices rénovés aux XVIe et XVIIe siècles ; les rues latérales sont au contraire médiévales. Sur la droite, une petite rue descend vers le portique de s. Philippe, voie couverte à portiques réalisée au XVIIe s. sur les murailles médiévales. Au bout, petite place avec l’église S. Philippe (1864-8). De la place, on remonte à gauche vers le cours V.E., entre des palais des XVIe-XVIIe siècles.
Place principale, la piazza Caprera regroupait les palais du pouvoir communal et de l’évêque. Église San Francesco restructurée en 1494-7, belle façade en pierre avec portail gothique tardif ; l’intérieur accueille le Museo civico qui rassemble des œuvres de peintres locaux, dont Niccolò di Liberatore (1430-1502, Polyptique), Matteo da Gualdo (1430-1507, Incontro di S. Anna con S. Gioacchino).De la place Caprera descend la rue Pontani vers la place Torre Vecchia, de forme semi-circulaire, où se réunissait le conseil du peuple au moyen âge. Revenir à la place et prendre la rue Rinaldo qui monte à la cathédrale (Duomo) de l’Assunta, en haut de la colline, de fondation romane (voir la porte latérale), reconstruite en 1448 et remaniée aux XVIIIe et XIXe siècles. À côté de la cathédrale, Torre civica, détruite en 1997 et en cours de restauration. Beau panorama sur la vallée.
Rinaldo (1157-1217), fils d’un seigneur local, fut d’abord moine et ermite dès l’âge de 20 ans et le resta après avoir été élu évêque de Nocera en 1209, contrastant avec les modes de vie féodaux de beaucoup d’évêques de l’époque. Aussitôt après sa mort, il est proclamé Saint et patron de la ville en même temps que saint Felicissimo. Le dernier voyage de François d’Assise, eut lieu de Nocera à Assise en 1225.
De Nocera, on laisse à dr. la strada Clementina (réalisée par le pape Clément XII) qui rejoint l’ancienne Via Prolaquense.
3) Gualdo Tadino (altitude : 536 m.)
Gualdo Tadino doit son nom à sa double identité germanique et romaine. Ancienne cité ombrienne (Tarsina), centre d’une population locale, les « Tadinates », au pied du mont Penna, vers le XIIe s. av.J.C. ; on y a retrouvé deux disques d’or qui sont le plus ancien témoignage d’orfèvrerie italique.
Les Romains construisent « Tadinum » dans la plaine ; la ville, déjà connue pour ses eaux thérapeutiques et ses bains, était une halte pour les armées en transit sur la Via Flaminia. Disputée par les Goths et les Byzantins, Tadinum est détruite par le Goth Totila qui fut tué ici par le général byzantin Narsès (552) à la bataille de Tagina, elle est reconstruite à partir d’une implantation bénédictine, sous le nom de Gualdo (du longobard « Wald » qui indiquait les forêts et broussailles qui l’entouraient) ; elle est définitivement détruite par l’empereur Othon III en 996.La ville actuelle se dresse sur la colline S. Angelo où les Bénédictins transférèrent leur abbaye au début du XIIIe s. Devenue commune libre en 1237 sous la protection de Frédéric II, elle fut entourée d’une enceinte et dotée d’une forteresse, la Rocca Flea, aujourd’hui Musée. Les tremblements de terre de 1751 et 1832 détruisirent une grande partie de la ville médiévale ; de nouveaux dommages ont été provoqués par le tremblement de terre de 1997.
La ville est célèbre pour sa production de céramique depuis la préhistoire. Au XVIIe s., elle invente une technique jamais employée jusqu’alors d’application de l’or à la céramique. Relancée en 1873 par Paolo Rubboli (1838-1890), elle s’est spécialisée dans la céramique à reflets métalliques. La céramique est travaillée dans 60 ateliers qui occupent 1300 personnes. Voir : le Centre de la céramique ombrienne et la Galerie d’art moderne de la céramique.Autre spécialité de Gualdo : l’eau oligominérale, source importante de revenus pour la ville.
On entre par la Porta S. Benedetto (enceinte du XIIIe s.), prendre le corso Piave (Italia), axe nord-sud (en bas du plan).Piazza XX Settembre : chiesa S. Maria dei Raccomandati (confrérie du XIVe s.) : triptyque de Matteo da Gualdo.Piazza Martiri della Libertà : dessinée au XVIe s. puis après le tremblement de terre de 1751 qui détruisit les édifices médiévaux. Seul reste : Torre civica (XIIIe s.). Palais communal (1768-69). Cathédrale S. Benedetto à l’Est : construite en 1256 (reste la façade, rosace), restructurée aux XVIIIe et XIXe s. (intérieur de 1875). En face, église S. Francesco, consacrée en 1315 : façade à double pente (= a capanna) sur le corso Italia, portail gothique à lunette trilobée. Intérieur gothique (XIVe s.). Peintures de Matteo da Gualdo (Crucifixion dans l’abside, Vierge à l’enfant sur un pilier à droite).On continue le corso Italia, puis la via della Rocca pour arriver à la Rocca Flea, reconstruite par Frédéric II et restaurée en 1394 ; transformée en résidence cardinalice puis en prison de femmes ; depuis 1990, siège de la Pinacothèque communale (Œuvres de Matteo da Gualdo et de Nicolò di Liberatore ; Musée de la Céramique, du XVe s. à aujourd’hui). Piazza Soprammuro : intéressant Musée de l’émigration.
On remonte au nord-Ouest vers Gubbio. Après la traversée de la rivière Chiascio, on remarque la ligne fortifiée qui défendait la conque de Gubbio : châteaux de Branca (XIIe s.), de Torre Calzolari (transformation néogothique XIXe s. de constructions féodales), de Castel d’Alfiolo (construit au XIe s. par les comtes d’Alfiolo, transformé en monastère bénédictin aux XIIe-XIIIe s., restructuré au XVIe s. par le cardinal Cervini, futur pape Marcel II, qui en fit sa résidence)
4) Gubbio (altitude : 522 m.)
La ville se détache au pied du mont Ingino, comme sculptée dans des blocs de calcaire gris avec quelques ajouts de grès à partir de la Renaissance.
Gubbio et la disparition des dinosaures
Le site de Gubbio a confirmé la théorie de la disparition des dinosaures suite à la chute d’un énorme météorite. En 1978, dans la localité proche appelée « Il Bottaccione » (= la digue), des scientifiques américains, le groupe de Berkeley, relèvent dans une mince couche de roches une présence massive d’iridium, de trente fois supérieure à celle des couches voisines ; or ce métal est rare sur la terre mais présent dans les météorites, et la couche a été datée d’il y a environ 65 millions d’années, soit l’époque de la disparition des dinosaures. C’était le témoignage de l’impact d’un gros astéroïde de 10 Kms de diamètre. La théorie est confirmée à partir des années 1980 par l’étude de la grande dépression du Yucatan au Mexique qui révèle un cratère de 150 Kms de diamètre. Une météorite avait dégagé dans l’atmosphère une énorme quantité d’iridium qui avait provoqué la disparition de toute forme de vie sur la terre.
L’époque ombrienne et romaine
Les Ombriens occupent la zone de Gubbio (« Ikuvium ») au début du premier millénaire av. J.C., mais le peuplement de la vallée remonte à l’âge du bronze et au début de l’âge du fer. Des restes de murs cyclopéens près de Gubbio attestent la première implantation préhistorique, confirmée par des céramiques, des haches, des armes, et des cavernes creusées dans la montagne par les mouvements telluriques.L’ancienne Tota (= ville) Ikuvina nous est connue grâce aux Tavole eugubine (dans le Palazzo dei Consoli), monument épigraphique en langue ombrienne du IIe et du Ier s. av. J.C., qui décrit aussi bien les cérémonies rituelles que l’organisation de la ville-état. Dans la lutte qui oppose les Romains à l’alliance des Étrusques, Gaulois et Samnites (295 av. J.C.), Gubbio est une des premières villes de la région qui reste fidèle à Rome, et elle devient municipe romain en 82 av. J.C. Les nobles et les chevaliers habitaient la plaine ((Cf. les restes du Théâtre, des thermes et du Mausolée), tandis que le quartier des artisans et paysans s’étendait vers la montagne. À partir de la construction de la via Flaminia, Gubbio devient une étape sur la voie qui unit Rome à l’Adriatique.
Les invasions barbares et l’institution de la Commune
Les invasions barbares (Wisigoths) détruisent la ville (552) ; pendant l’invasion longobarde, Gubbio reste assujettie aux Exarques de Ravenne qui aident beaucoup à sa reconstruction. Le traité de paix de 605 entre le duché longobard de Spoleto et le duché byzantin de Perugia, dans lequel Gubbio était intégrée, lui donna une nouvelle impulsion confirmée pendant la période de paix du VIIIe au Xe siècle. Après les donations de Pépin le Bref et Charlemagne, Gubbio est donnée à l’Église. Ce n’est qu’en 917 que Gubbio fut rasée par les Hongrois. La « Commune » commence à se développer dès le XIe s., soumet la plupart des châteaux environnants, entrant en conflit avec Perugia ; en 1163, l’empereur Frédéric I de Souabe signe la reconnaissance juridique de la Commune, qui sera confirmée en 1211 par Othon IV. Gubbio est alors du parti gibelin. Après la bataille de Montaperti (1260), Gubbio subit une forte pression du pouvoir pontifical et passe au parti guelfe ; le pape confirme et étend les possessions de la ville.
À partir de la régence de l’évêque Ubaldo Baldassini (1130-60), la ville s’étend sur les pentes du mont Ingino (le corps de saint Ubaldo sera transféré au sommet de la montagne en 1194, « miraculeusement conservé ») ; le rythme des célébrations rituelles de la communauté se fixe jusqu’à nos jours (Corsa dei Ceri, qui se déroule sans interruption depuis huit siècles en l’honneur de saint Ubaldo) ; l’aqueduc est construit qui apporte l’eau à l’ensemble de la ville ; les églises se multiplient, l’enceinte entoure la totalité de l’aire urbaine. Les Bénédictins bonifient et cultivent les terres abandonnées lors des invasions barbares et pourvoient à l’alimentation de la ville et des villages environnants. Les Ordres mendiants, Franciscains, Dominicains, Augustiniens, jouent un rôle important dans le développement de la Commune, ils construisent leurs églises sur le pourtour de la ville, San Francesco, San Domenico et Sant’Agostino. . Le « Poverello » fait son premier voyage d’Assise à Gubbio, chez son ami Spadalunga, en 1207.
Dans la seconde moitié du XIIIe s., la Commune affirme ses prérogatives et son autonomie, développant des institutions démocratiques qui assurent une participation active des citoyens à l’élaboration des décisions et à la gestion de la ville. Tous les citoyens peuvent être élus aux plus hautes charges municipales pourvu qu’ils aient un revenu de 20 lires. Les Corporations et les Confréries religieuses laïques contribuent à ouvrir un dialogue démocratique entre la noblesse, la bourgeoisie et le prolétariat ; ce dernier est intégré dans les institutions, acculturé, et aidé économiquement en cas de maladie, de malheurs familiaux et de chômage. Les « Compagnie » assurent la promotion d ‘activités culturelles, sportives et festives.
Les manufactures et le commerce se développent considérablement, écartant du pouvoir la noblesse féodale au profit de l’autorité communale qui édifie un nouveau centre politique (décision du 14 décembre 1321) : palais du Peuple (des Consuls) et palais du Podestat (palazzo Pretorio, mairie) autour de la Piazza Grande ; palais du Capitaine du Peuple.
La Seigneurie des Montefeltro et la domination pontificale
Au XIVe s., cet équilibre démocratique est peu à peu détruit, malgré les efforts du cardinal Albornoz. La ville est soumise à la tyrannie de l’évêque Gabriello di Necciolo et entre dans une longue période de crise économique, de famines, de peste (1348), de guerres menées par des mercenaires qui se paient souvent aux dépens des populations civiles. En 1384, Gubbio passe pour 248 ans aux Montefeltro d’Urbino qui édifient en face de la cathédrale le Palais ducal (1471-74), dont la cour dessine le seul espace Renaissance de la ville. où la pierre calcaire est remplacée par la brique (= laterizio) et le grès (= arenaria ou pietra serena). De cette époque datent aussi la Loggia dei Tiratori ((1603) et l’église Santa Maria della Piaggiola (1625).
La décadence de Gubbio commence en 1508 avec la domination des Della Rovere, héritiers des Montefeltro, et de l’État pontifical en 1624. Cette période est marquée par un important développement architectural : palais des familles patriciennes et des évêques, Hôpital, Séminaire, palais des Orfanelle (Orphelines), églises, Théâtre communal.
La vitalité contemporaine
Gubbio est occupée par les troupes françaises du général Berthier le 31 janvier 1798, intégrée dans le Royaume d’Italie de 1808 à 1814. L’expérience révolutionnaire ravive l’ancienne tradition communale démocratique. Lors de la révolution de 1831, un gouvernement révolutionnaire s’instaure à Gubbio pour 40 jours. Le 14 septembre 1860, les troupes italiennes du général Cadorna trouvent le drapeau italien déjà installé sur la tour du palais du Capitaine du Peuple.
La restauration du tissu médiéval ne reprend qu’en 1807 ; les murailles sont détruites ; en 1885, les rues secondaires sont pavées. Le plan régulateur (Carta di Gubbio, 1960) ouvre une nouvelle période de restauration et de développement artisanal (fer battu, restauration de meubles anciens, lutherie, céramique noire, le « bucchero »), où se manifeste le lien avec le passé et le fort esprit communautaire de la population.Gubbio reste une commune dont la vie civile est active ; elle s’est déclarée « antitransgénique ».Aujourd’hui encore, les activités artisanales sont nombreuses :
* La céramique : on en trouve des traces à partir du IVe s. av. J.C. : production de « buccheri » et de vases couleur corail. Pendant la période communale, on fabrique aussi bien de la poterie vernissée à usage domestique que des produits élégants pour les classes riches (céramiques décorées de diverses nuances de vert). La renommée de la céramique de Gubbio est liée au nom du maître Giorgio, de ses frères et de son fils Cencio, arrivés en 1498 du Lac Majeur qui produisent une faïence très demandée par la bourgeoisie. Au XVIIIe s., le maître Andreoli commença à travailler l’argile blanche vernissée, dont le secret n’a jamais été retrouvé, non plus que celui des couleurs de maître Giorgio. En 1928, le prof. Benveduti présenta au Ier Congrès d’Études étrusques la technique du « bucchero ». Aujourd’hui un groupe important d’artisans poursuit la fabrication traditionnelle et celle de formes plus modernes.
* Le travail du fer forgé est attesté depuis l’Antiquité par les Tavole eugubine ; la Corporation des forgerons regroupait les argentiers, joailliers, batteurs d’or, horlogers, graveurs sur métaux et monnayeurs ; son statu est approuvé en 1338. Les forgerons fournissaient les grilles, torchères, chenets, chaînes, monnaies, ferrures de portes, de coffres-forts et de coffres nuptiaux, reliquaires, ostensoirs, croix et pastorales. Ils sont regroupés encore aujourd’hui dans une Université des forgerons.
* Le bois est travaillé par les artisans d’une Corporation reconnue en 1334, comprenant les tonneliers, menuisiers, charpentiers, charrons, bâtiers, tourneurs, sculpteurs sur bois, marqueteurs, graveurs sur bois. Ils produisaient les tonneaux, meubles domestiques et sacrés, coffres, buffets, chaises, tabourets, tables, écrins, pétrins, prie-Dieu, stalles de choeurs, etc. Un témoignage en est le Tonneau des Chanoines (environ 200 hectolitres), haut de 4 m., d’un diamètre minimum de 2,90 m., fait de douves de 12 cm. d’épaisseur et sans aucun cercle métallique ; le vin y était versé par un trou percé dans le plancher de l’étage supérieur. Il existe encore aujourd’hui une Université des menuisiers et deux écoles qui s’occupent l’une de lutherie, l’autre de restauration de meubles anciens.
Gubbio est le lieu de très grandes festivités traditionnelles :
* la Corsa dei Ceri le 15 mai en l’honneur de saint Ubaldo, patron de la ville, de saint Antoine abbé, patron des paysans et des étudiants, et de saint Georges, patron des artisans et merciers.
* le palio della Balestra, dernier dimanche de mai, compétition de tir à l’arbalète entre Gubbio et Sansepolcro, en hommage à Saint Ubaldo, Patron de la ville. La tradition est ininterrompue depuis la fin du XVe s.
* les représentations d’oeuvres classiques au Théâtre romain en juillet-août.
* la Biennale d’Art de la céramique et du métal (août-septembre).
* le Prix Bosone da Gubbio (poète du XIVe s.), concours littéraire international.
* la procession solennelle du Christ mort (Vendredi Saint).
* Spectacle des « sbandieratori » (lanceurs de drapeaux) : Le 25 avril à 11h 30 sur la Piazza Grande, est donné en l’honneur de la Fête de la Libération un spectacle du groupe de «sbandieratori » du prof. Giuseppe Sebastiani, habiles dans « l’art de faire voler et d’agiter les drapeaux » (« nello svolazzare e nel bugliar bandiere »).
Visite de la ville
Départ : place Quaranta Martiri (victimes des troupes allemandes en 1944) = ancienne aire des marchés au moyen âge (En-bas du plan à gauche bers N.1).
San Francesco (n.1), édifiée en 1255 près des magasins des Spadalonga qui accueillent et habillent François d’Assise après son départ de la maison paternelle. Construction ogivale, façade inachevée, portail gothique ; clocher polygonal (XVe s.).
Intérieur : seule église à trois nefs de Gubbio ; voûte à croisillons de 1720 qui remplace le toit d’origine à poutres apparentes encore visibles vers l’abside ; autels baroques du XVIIe s.
Par la sacristie, passer dans le cloître.De l’autre côté de la place :Loggia dei Tiratori dell’Arte della Lana (1603) (N.2), sur le portique du marché et devant le bâtiment de l’« Ospedale Grande » (XIVe s.) et de l’église Santa Maria dei Laici (1313). La Loggia était utilisée par les tisseurs de laine pour sécher les étoffes et les étirer jusqu’à une longueur et une largeur déterminées.
Prendre la via della Repubblica à dr. de l’Ospedale. Aussitôt à g.,San Giovanni Battista (XIIIe s.) (N.15), façade gothique en pierre calcaire et clocher roman. Intérieur à nef unique ; toit soutenu par de grands arcs en pierre sur des consoles soutenues par des colonnes géminées (Cf. ci-contre).Plus haut à g. rue Baldassini, rue des antiquaires ; sur la gauche de la rue, édifices des XIIIe et XIV e s. avec la caractéristique « porte du mort », à gauche de l’image ci-contre ; parmi ceux-ci, Casa Baldassini, maison où, selon la tradition, est né l’évêque Ubaldo (1084).
En face prendre la via Gattapone, on arrive à :
Piazza Grande, une des plus remarquables réalisations urbaines du moyen âge. L’espace artificiel, dont la construction est décidée en 1321, est réalisé dans le centre de la ville grâce à un travail imposant d’installation de structures de soutènement (visibles de la rue Baldassini). Seul le Palais des Consuls est terminé : la fin de l’autonomie communale en 1350 commande l’interruption des travaux, dont les substructures ne seront complétées qu’en 1482.
* Palazzo dei Consoli (1332-1349) (N. 7), réalisé par Angelo da Orvieto et Matteo Gattapone. À l’intérieur, Museo Civico : restes romains, Tavole eugubine, céramiques du XIVe au XIXe siècle, Pinacothèque communale (5 salles de peintres de Gubbio).
* En face du précédent, Palazzo Pretorio (1349), autrefois Palazzo del Podestà, le maire de la ville au moyen âge, siège de la Municipalité aujourd’hui.
* La place est fermée par le Palais Ranghiasci Brancaleoni (photo à gauche), derrière lequel se trouve le parc à l’anglaise, créé au XIXe s. par la marquise Mathilde Hobhouse, épouse du marquis Francesco Ranghiasci Brancaleoni (entrée via Gabrielli, vers l’église Santa Croce, ou via della Cattedrale, derrière le Palais ducal).
Prendre la via dei Consoli sur la gauche, puis rejoindre à droite la via Galeotti puis, au-dessus la via Federico da Montefeltro, dominée par :
* Palazzo del Capitolo dei Canonici (XIIIe s.), où se trouve le Tonneau des Chanoines ; de là on atteint l’ancienne Platea Communis, centre politique et religieux de la ville au temps de l’évêque Ubaldo, maintenant occupée par :
* le Palais ducal (N. 9) (achevé en 1480), érigé en 1480 par l’architecte Francesco di Giorgio ou par Laurana sur commande de Frédéric de Montefeltro, qui englobe et transforme les anciens édifices communaux. Il comprend deux corps de bâtiment raccordés par une cour centrale. En 1482, le fils de Federico, Guidobaldo, fait ajouter la « Foresteria » et au XVIe s. est réalisé le jardin suspendu. Le palais est dépouillé de ses meubles au XIXe s., le « studiolo » du duc d’Urbin est vendu au Metropolitan Museum de New York. Voir au moins la cour très élégante, où alternent la brique et le grès. À l’intérieur, Musée.
* La cathédrale (Duomo, N.10), dédiée aux saints martyrs Jacques et Mariano (morts en 299), dont la cathédrale revendique la possession des reliques ; achevée en 1229, elle est agrandie en 1336 puis au XVIe s. Intérieur à nef unique, toit soutenu par de grands arcs ogivaux transversaux typiques de Gubbio (Cf. San Francesco).
* Les fouilles effectuées dans la zone voisine du Palais, à partir de 1977, ont permis de retrouver de nombreux restes des constructions médiévales.
Promenade : De Piazza Grande, on peut suivre la via XX Settembre, sur le tracé probable des murailles de l’époque ombrienne. Presque tout de suite à dr., descendre su la via Savelli della Porta : église San Francesco della Pace (où le loup apprivoisé par François se réfugiait. Cf. Fioretti XXI) ; à l’intérieur, la pierre sur laquelle prêchait S. François, et les trois statues de S. Ubaldo, S. Georges et S. Antoine qui défilent pour la Course des Cierges. Au N. 16, Palais Della Porta, de Francesco di Giorgio, avec beau portail Renaissance. Presque au bout de la rue, église Santa Maria Nuova (1270-1280, fresques de la contre-façade). Au N. 79, palais Falcucci, où aurait résidé Dante. De là, par la via Dante, on descend à la Porta Romana, au-delà de laquelle se trouve l’église Sant’Agostino, achevée en 1294 (abside décorée de fresques retraçant la vie de S. Augustin en 26 tableaux).De là, on peut redescendre vers l’église S. Pietro (Au début de la via Garibaldi, édicule de S. Ubaldo de 1761), commencée au XIIIe s. Par le corso Garibaldi (voir au passage l’église Santa Maria dei Servi, où on a trouvé en 2004 un dessin qui attesterait la présence de Raphaël à Gubbio), rejoindre San Giovanni Battista et remonter vers le Palais du Bargello (1302) et, sur la petite place, la Fontaine des Fous (XVIe s.) : il fallait en faire trois fois le tour pour obtenir le diplôme de « fou » ! Continuer vers le Palazzo del Capitano del Popolo (fin XIIIe s. - Photo ci-contre), et redescendre vers San Domenico (ex-San Martino), et revenir à la Place Quaranta Martiri, en notant au passage le Palazzo Beni, exemple de palais nobiliaire reconstruit sous la domination des Montefeltro.Autre possibilité : par le funiculaire qui part de Porta Romana, monter à la basilique Sant’Ubaldo (Ci-dessous, panorama), à 827 m. Vue magnifique. Les marcheurs pourraient suivre la voie de la Corsa dei Ceri, indiquée sur le plan à partir de la Porta S. Ubaldo, mais elle est très rude !
Retour à Spoleto par la via Flaminia :
Scheggia, près de l’un des plus grands sanctuaires ombriens consacré à Jupiter Apennin, Costacciaro au sommet d’une colline. On franchit le torrent Scirca (à côté du pont moderne, restes de l’ancien pont romain, détruit en 1944 par les Allemands en retraite), Scirca, Sigillo, sur un ancien site romain. On longe sur la gauche le Parc naturel de Monte Cucco qui culmine à 1566 m. (À l’intérieur, grotte de Monte Cucco, de 922 m. de profondeur, un des plus intéressants phénomènes karstiques de l’Italie centrale). Fossato di Vico, sur les pentes de la Cima di Mutali, sur un ancien site ombrien, fortifié par les Romains pour contrôler le croisement de la via Flaminia avec la route qui menait vers les Marches.
5) Todi
Ville de frontière, comme son nom l’indique (de la forme étrusque « tular » = frontière), entre le monde ombrien/italique (dans le bassin de la Nera) et le monde étrusque (à l’ouest du Tibre). Elle est de fondation ombrienne, conquise ensuite par les Étrusques (1ère enceinte), puis par Rome au IIIe s. av. J.C. Une légende raconte que les Ombriens habitant dans la vallée du Tibre s’apprêtaient à construire une ville lorsqu’un aigle emporta dans son bec la nappe de la table où ils mangeaient et alla la déposer sur le point le plus haut de la colline : c’est donc là qu’ils construisirent la ville. Une puissante enceinte (la seconde, N. 24 du plan) (Ci-contre, Porta perugina) en travertin englobe deux collines raccordées en comblant la petite plaine qui les séparait : de hauts piliers soutiennent les voûtes sur lesquelles s’étend la place du Peuple. La ville obtient la citoyenneté romaine après 89 av. J.C. Sous Auguste, elle devient Colonia Julia Fida Tuder (d’où le nom de Todi). De nombreux restes de la ville romaine sont visibles : fragments de colonnes de la cathédrale, théâtre, amphithéâtre (N. 23 du plan) ...
Le développement de la ville au moyen âge suit la ligne des anciennes voies romaines, la via Amerina nord-sud, la via Ulpiana à l’Est et la via Orvietana à l’Ouest. Entre la fin du XIIe s. et la moitié du XIVe s., Todi est une commune autonome qui connaît un développement démographique, économique et politique important ; les grandes constructions du centre datent de cette période et donnent à la ville son aspect médiéval et sa troisième enceinte.
Dans la seconde moitié du XIVe s., un gouvernement pontifical s’impose sous la direction du cardinal Albornoz qui réprime durement l’opposition manifestée par les institutions communales. La Renaissance est marquée par des réalisations ponctuelles dues aux commandes de l’aristocratie (palais nobiliaires) et de l’Église (restauration de la cathédrale, palais épiscopal, églises du Crucifix et de la Consolation, élargissement de la via Rua, actuelle via Cavour, fontaine Cesia, N. 15 du plan).
Aux XIXe et XXe s., la bourgeoisie qui émerge avec l’État unitaire italien, entame une série de grands travaux : aménagement de la via Roma et de la via Ciuffelli, nouveau Théâtre, place Jacopone ; escalier monumental de San Fortunato (N. 6 du plan).
Visite de la ville
Piazza del Popolo est une des plus monumentales réalisations d’urbanisme médiéval, destinée aux sièges du gouvernement communal, le pouvoir laïc d’un côté (les 3 palais des magistratures civiles), le pouvoir religieux de l’autre (la cathédrale). En dessous, subsistent les grandes citernes qui soutenaient le sol du Forum.
Palazzo del Popolo (N. 10), un des plus anciens d’Italie : palais du Podestà commencé en style lombard (côté piazza Garibaldi), agrandi en 1213 par l’aile qui se trouve sur piazza del Popolo. Les 2 édifices sont relevés d’un étage en 1228 et plusieurs fois modifiés jusqu’aux restaurations de G. Sacconi (1853-1905) et G. Ceci (1865-1932). Le beffroi est de 1523.
* Palazzo del Capitano (N. 11), construit en 1293 en style gothique. Un grand escalier unit les 2 palais, sièges de la Municipalité et des Musées communaux : - au 1er étage, salle du Capitaine du peuple, et, en face, salle du Conseil général du palais du Peuple ;- au dernier étage, Musée : traces de la ville ancienne, section archéologique, section numismatique, section des tissus, pinacothèque.
* Palazzo dei Priori (N. 9), de fondation gothique, agrandi entre 1334 et 1347 puis repris en 1513 (fenêtres renaissance ordonnées par Léon X). En haut à g., Aigle de Todi, en bronze (1339). Tour trapézoïdale (1339-1385). La palais fut la résidence des prieurs puis des vicaires pontificaux.
* Duomo (Maria SS. Annunziata. N° 12), commencé au XIIe s. (abside), continué au XIIIe s. (transept et nefs), achevé au XIVe s. (petite nef droite). Façade du XIIIe s., modifiée au début du XVIe s. : rosace centrale (1515-1523). Portail central décoré par une bande de spirales d’acanthe culminant au centre dans la figure du Christ bénissant. Portail de bois sculpté : les 4 panneaux supérieurs en noyer (1513-1521), les 6 inférieurs en chêne (1639).Faire le tour et voir l’abside romane (fin XIIe s.) et le clocher (XIIIe s.).Intérieur : la décoration est pour l’essentiel du XVIe s., à part le Crucifix au-dessus de l’autel (école ombrienne du XIIIe s.), quelques restes de fresques du XIVe s. et la crypte du XIVe s. Sur la paroi du fond, Jugement dernier de Ferraù Fenzoni (fin XVIe s.), inspiré de celui de Michel-Ange : de bas en haut, Enfer, Résurrection, Purgatoire, Paradis. Derrière la cathédrale, fouilles d’une « domus » d’époque impériale romaine, et restes de l’enceinte.* À g. de la cathédrale, palais Cesi (l’évêque le plus célèbre de Todi au début du XVIIe s.) d’Antonio Sangallo le jeune (1ère moitié du XVIe s.) où habita Paolo Rolli, le premier traducteur de Milton (1687-1765). Au pied une rampe monte au palais épiscopal (1593).
Via Mazzini, sur la droite du Palais des Prieurs :
*Théâtre communal (1872-76), inauguré en 1876 avec Un ballo in maschera de Verdi ;
* Piazza Umberto I (escalier début XXe s. de Cesare Bazzani) ;
* San Fortunato, commencée en 1292 sur un édifice précédent de 1192, siège des Franciscains à Todi. La façade est réalisée entre 1415 et 1558, divisée verticalement par 6 pilastres qui encadrent 3 portails, dont le beau portail central (1424-36).
Intérieur : caractérisé par la hauteur égale des trois nefs
au premier pilastre g., bénitier composé de 2 chapiteaux superposés (XIIIe s.) dont l’un représente le Mystère de l’Eucharistie.
- Dans la 4ème chapelle à droite, fragments de fresques de Masolino da Panicale (1432) : Vierge à l’enfant et anges.
- 6ème chapelle à droite : cycle de fresques d’un disciple de Giotto (vers 1340) : Stigmates de François, Constatation des stigmates, Crucifixion, François renonce aux biens paternels.
- 5ème chapelle à gauche : fresques de 1340 (peintre ombrien).
- 3ème chapelle à gauche : fresques d’Andrea Polinori (1586-1648).
- Dans la crypte, tombe de Jacopo de’ Benedetti, le grand poète de Todi connu sous le nom de Jacopone da Todi (1230-1306), frère franciscain « spirituel », adversaire de Boniface VIII et auteur de *Laudes* qui sont parmi les grands textes de la poésie italienne du moyen-âge (Ci-contre à gauche, Jacopone par Paolo Uccello, à Prato).
Se trouvent aussi dans la crypte les dépouilles des 3 saints protecteurs de Todi : Fortunato (évêque de Todi, Ve-VIe s.), Callisto et Cassiano (évêque de Todi, martyr en 304) et celles de sainte Degna et de sainte Romana.
Par la via dei Leoni, remonter jusqu’à la piazza Jacopone et à dr. vers la via Cavour : Fonte Rua ou Cesia (N. 15), que fit construire en 1606 l’évêque Angelo Cesi, remaniée en 1705 et en 1925 (adjonction des vasques en ciment). On arrive à Porta Marzia, arc médiéval fait avec d’anciens blocs romains.
À g., rejoindre Piazza Mercato Vecchio, dominée par la structure des Nicchioni romani (N. 21), soutènement monumental de la terrasse supérieure. Plus loin, San Carlo (1249. N. 20), et la fontaine Scannabecco (N. 16) réalisée sur ordre de Scannabecco dei Fagnani da Bologna, podestà de Todi (1241).
Redescendre vers via Roma, la suivre à g. et prendre à dr. via S. Maria in Camuccia jusqu’à l’église (VIIe – VIIIe s., refaite au XIIIe s.), à 2 étages.De là, rejoindre S. Maria della Consolazione (N. 2), belle église à plan central commencée en 1508 pour célébrer le culte d’une image sacrée de Vierge en Majesté (à l’intérieur dans l’abside sud, fresque du XVe s.) et terminée par la coupole en 1607. Une chronique de 1550 raconte qu’en 1508, en démolissant un mur qui s’écroulait, deux maçons découvrirent un petit édifice où était peinte l’image de la Vierge avec l’Enfant et s. Catherine d’Alexandrie. Un des maçons, qui était borgne, s’essuya le visage avec le mouchoir qui lui avait servi à enlever la poussière de l’image de la Vierge, et recouvra la vue. On décida alors de construire l’église. L’image était déjà vénérée pour avoir sauvé la ville d’un horrible serpent dont une partie serait conservée derrière le maître-autel.
Les architectes successifs furent Bramante (1444-1514), Cola da Caprarola (1508-1512), Baldassare Peruzzi (1518), Vignola (1565), Ippolito Scalza (1584-1597), Francesco Casella (coupole). Sur une construction carrée, s’ouvre une terrasse sur laquelle s’élève le tambour de la coupole terminée par un petit lanternon.
Intérieur très lumineux (la lumière entre par 56 fenêtres), doté d’une riche décoration baroque.
6) Montefalco
Installé sur une colline qui domine les plaines du Topino et du Clitunno, Montefalco est un bourg de plus de 5.000 habitants, qui a été surnommé « le balcon de l’Ombrie », à cause des vues panoramiques qu’il offre sur la plaine environnante : une mosaïque de champs irréguliers où, depuis le XIe s., sont présents l’olivier et la vigne (le cépage « sagrantino » probablement importé par les moines).
À l’écart des grandes voies de communication (la via Flaminia), Montefalco a joué cependant un rôle culturel important comme centre de développement de quelques mouvements picturaux fondamentaux dans l’évolution de la peinture ombrienne, grâce à la présence des Franciscains.
À partir d’une implantation romaine (un « pagus » = village dépendant du municipe de Mevania) se développe une structure agricole stable, des propriétés romaines aux « cours » longobardes, sur laquelle se fonde l’organisation de la commune médiévale.
Au VIIe s., le bourg se trouve à la frontière entre les Byzantins et les Longobards ; ces derniers fortifient en conséquence toutes les anciennes villas romaines des collines, pour former des « corti », domaines agricoles avec un « castrum » (résidence ducale) et une paroisse (la pieve). C’est autour de la « corte » de Corcurione que se forme au XIIe s., en haut de la colline, le bourg actuel, autour du château, à l’intérieur de la première enceinte (Cf. plan page suivante : « Girone »). L’expansion de la première moitié du XIIIe s. oblige à construire une enceinte plus grande en 1244.
Montefalco est ballottée entre la Papauté et l’Empire dans leur rivalité pour la possession du Duché de Spoleto ; d’abord pro impériale, la ville est ensuite intégrée dans le domaine pontifical et dévastée par le comte d’Aquino, vicaire de Frédéric II, en 1249. Elle devient même un refuge pour le Duc de Spoleto lorsque la situation politique est difficile ; une forteresse est construite sur la colline (1323-28) par Lorenzo Maitani et le frère Egidio d’Assise ; une seconde forteresse sera édifiée aux portes de la ville en 1340 ; la Curie ducale ne retournera à Spoleto qu’après la construction de la forteresse de cette ville en 1354.
Montefalco passe sous le contrôle direct des États de l’Église à partir de 1439. La présence des Ducs de Spoleto contribua à en faire un centre culturel important, mais l’élément déterminant fut l’installation des Ordres religieux mendiants, Franciscains et Augustiniens qui font appel à de grands peintres comme Benozzo Gozzoli (1420-1497).Les siècles suivants changeront peu le profil de la ville : les couvents et églises sont restructurés, la féodalité urbaine, redevenue puissante au XVIe s., réalise des palais résidentiels. Le XIXe s. ajoute quelques constructions publiques (hôpital, cimetière), remodèle les façades (Palais communal, San Francesco), élargit quelques rues, laissant à l’ensemble son aspect surtout médiéval.
Visite de Montefalco
On rentre par le Largo Buozzi et la porta Sant’Agostino (à l’Ouest) qui traverse l’enceinte de Lorenzo Maitani.
La via Umberto I (Corso Mameli) monte à travers le Borgo Castellare jusqu’à l’église S. Agostino, siège des Augustiniens (Eremitani) à partir de 1275.
L’église est construite en 1279 et 1285, agrandie en 1327 (petite nef de droite avec une série de chapelles).
Après l’église, on franchit les limites de la première enceinte, aujourd’hui invisible, et on suit la rue principale bordée de palais :
Palazzo Tempestivi à dr. (XVIe s.), et dans la via Tempestivi, le palazzo Langeli (Vignola, XVIe s.), les palais Moriconi-Calvi et Pambuffetti (XVe s.).
On arrive à la piazza comunale, ancien « castrum » longobard, siège du pouvoir religieux et politique :
* Palais communal (1270, remanié au XIVe s. : loggia et au XIXe s. : beffroi - Cf. ci-contre) ;
* L’ancienne église S. Filippo Neri, transformée en théâtre ;
* L’oratoire S. Maria di Piazza (XIIIe s.) ;
* Palais Senili (N. 12) et de Cuppis (N. 9).
De la place, descend la via Ringhiera umbra qui conduit à l’église San Francesco (1336-1340, agrandie au XVIe s. par la petite nef de droite et les chapelles latérales, transformée en musée en 1895).
Elle servait aussi pour l’élection des prieurs et la promulgation des actes légaux, signe de l’importance politique des Franciscains à Montefalco.
C’est le monument principal de la ville.
Les frères mineurs commencent à la faire décorer dès le XIVe s. et en 1452, le prieur frère Jacques fait appel à Benozzo Gozzoli, dont les fresques influenceront toute la peinture ombrienne de la période suivante.
La restauration qui suit le tremblement de terre de 1997 a permis de retrouver intégralement les fresques de Gozzoli parfois recouvertes au XIXe s.
Intérieur :
1) Nef droite, 1ère travée : Chapelle de S. Jérôme (Gozzoli, 1450-2) :
* Sur l’intrados, Christ bénissant et anges, S. Bernardin de Sienne, S. Jérôme dans le désert, S. Sébastien ;
* Paroi du fond, faux polyptique sur fresque : Vierge à l’enfant et saints, Crucifixion et saints, épisodes de la vie de S. Jérôme ;
* Voûte : les 4 Évangélistes.
2ème travée : Chapelle de S. Bernardin (Jacopo Vincioli, 1461) : sur l’intrados, S. Illuminata, S. Chiara di Montefalco.
3ème travée : Crucifix galbé avec Vierge, S. Jean-Baptiste, et S. François au pied de la Croix (du Maître Expressionniste de Santa Chiara d’Assise) ;
4ème travée : fresques de Giovanni di Corraduccio (1404-1440) ;
5ème travée : Chapelle de S. Antoine Abbé. Fresques de Giovanni di Corraduccio.
Après la 6ème travée (Chapelle de l’Annonciation), passer dans
2) Abside droite : Fresques du Maître de l’Abside droite de Montefalco (fin XIVe s. et début XVe s.) : parmi d’autres, Apollonia et Lucia dans l’épaisseur de la fenêtre.
3) Abside centrale : fresques de GOZZOLI.
* Intrados de l’arc, dans des cercles : François et ses 12 premiers compagnons ;
* Voûte : Gloire de François et les saints Antoine de Padoue, Catherine d’Alexandrie, Bernardin de Sienne, Élisabeth de Hongrie, Ludovic de Toulouse ;
* Sur les murs : Histoires de François (se lisent à partir du bas à g., avec parfois plusieurs scènes par panneau) :
- Naissance de F., Jésus en habit de pèlerin frappe à la maison de F., hommage de l’homme simple qui étend son manteau devant F.,
- F. donne son manteau à un pauvre,
- Jésus lui montre en rêve un palais orné d’écus et de drapeaux,
- Vision de S. Damien (scène perdue),
- F. renonce aux biens paternels,
- Prière de la Vierge au Christ Juge, rencontre de F. et s. Dominique devant le Latran,
- Innocent III voit en rêve F. qui soutient le Latran, Honorius III approuve la Règle,
- F. chasse les démons d’Arezzo,
- F. prêche aux oiseaux, il bénit Montefalco et son peuple,
- À table avec le comte Orlando de Celano, il en prédit la mort, Confession du seigneur et sa mort,
- F. institue la fête de la crèche de Greccio (ci-contre),
- Épreuve du feu devant le Sultan d’Égypte (Cf. ci-dessous),
- F. reçoit les stigmates,
- Mort, reconnaissance des stigmates, obsèques, assomption de son âme au ciel.
Sous ce cycle, 20 « tondi » avec représentations de franciscains illustres.
Sous la grande fenêtre, de g. à dr. : Pétrarque, Dante et Giotto.
Dans l’ébrasement de la fenêtre, à partir de la g. : Claire de Montefalco, Agnès d’Assise (la jeune soeur de Claire qui la rejoignit près de F. quelques jours après elle), Fortunato, Éléazar, Ludovic.
4) Abside gauche : fresques de Giovanni di Corraduccio (1410-15).
5) Grande nef : niches couvertes de fresques.
- Contre façade : Annonciation, l’Éternel en gloire et anges, Nativité du Pérugin (1503).
En descendant de piazza del Comune par le vicolo degli Operai, on arrive à l’église paroissiale de San Bartolomeo, d’origine médiévale, près de la porte du même nom,
et on continue jusqu’à l’église Santa Chiara (XIIIe-XIVe s., refaite au XVIIe s.).
À l’intérieur, dans l’abside, fresques d’artistes ombriens (1333) : Évangélistes avec têtes d’animaux, grand Calvaire, épisodes de la vie de S. Claire, S. Catherine, S. Blaise
(Un des 14 saints protecteurs, soigne les maux de gorge ; on faisait boire de l’eau bénite au nom de S. Biagio même aux animaux ; patron des cardeurs de laine) ;
dans le bras droit du transept, urne d’argent de S. Claire (Cf. Santa Chiara sur une céramique du XVIIe siècle, ci-contre).
Les saints représentés à Montefalco
Les saints franciscains
- François
- Bernardin de Sienne
- Ludovic de Toulouse
- Antoine de Padoue
(Voir : Assise)
Les saints « universels »
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Les Évangélistes
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Jérôme (341–420) : moine et Docteur de l’Église, traducteur de la Bible en latin (« Vulgate »), célébré pour son érémitisme et son soutien aux communautés féminines. Souvent représenté avec un lion, une Bible et une caverne.
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Catherine d’Alexandrie (IVe s.) : martyrisée sur la roue puis décapitée. Culte développé après les Croisades. Protectrice des moribonds, patronne des jeunes, étudiants, clergé, nourrices (du lait jaillit de son cou lors de sa décapitation) et artisans travaillant avec une roue (meuniers, fileurs...).
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Antoine Abbé (251–356) : ascète égyptien, patriarche des moines, guérisseur des hommes et des animaux. Patron des Hospitaliers, dont les cochons pouvaient circuler librement avec une cloche pour recevoir des aumônes. Célèbre pour ses tentations dans le désert.
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Apollonia (martyre en 249) : on lui arracha les dents avant de la brûler. Patronne des dentistes et protectrice contre les maux de dents.
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Lucia (vierge et martyre en 304) : on lui arracha les yeux. Protectrice contre les maladies des yeux.
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Brigitte (?).
Les saints locaux
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Illuminata (morte en 303) : martyre de Todi, originaire de Ravenne. Parfois confondue avec Fotina de Ravenne et Felicissima de Todi.
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Chiara di Montefalco (1268–1308) : sœur augustinienne, célèbre pour son mysticisme et ses miracles. Son corps, conservé dans l’église Santa Chiara de Montefalco, serait resté intact ; son cœur porterait les signes de la Passion et son sang se liquéfierait (comme S. Janvier à Naples).
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Fortunato : évêque de Todi, évangélisateur de Montefalco.
7) Bevagna
Sur une petite colline, presque entourée par des rivières, sa première défense naturelle, on trouve des traces d’implantation humaine dès le VIIe s. av. J.C. Avant les Ombriens, furent sans doute présents les Étrusques qui donnent son nom à la ville («Mefana » était un nom de famille étrusque). Le bourg est en rapport avec les Romains dès 308 av. J.C. et l’ancienne «Mevagna » s’est développée en fonction de la via Flaminia qui la traversait du Sud au Nord. Ville florissante entourée d’une campagne fertile, elle est dotée d’une enceinte entre le IIIe s. av. J.C. et le Ier siècle ap. J.C. Des personnages importants de Rome y installent leur villa (Agrippine Mineure, 4ème femme de l’empereur Claude).
Sa décadence commence sous le duché longobard de Spoleto, quand la branche occidentale de la Flaminia est délaissée au profit de la branche orientale de la route. La ville est donnée par Charlemagne au pape Adrien I en 774, mais la ville reste dépendante du Saint Empire jusqu’après la mort de Frédéric II en 1250.
À partir du XIIe s. se forme la place publique, complétée vers 1270 par la construction du palais des Consuls. Bevagna était administrée par 4 consuls (représentant la noblesse, les marchands, les artisans, la campagne environnante) tirés au sort tous les 2 mois dans un Conseil de 60 citoyens. Près de la place s’installent les Dominicains (N. 7 du plan), tandis que les Franciscains choisissent l’autre bout de la ville (N. 13). Un recteur pontifical est nommé en 1301 à côté du Podestat. En 1360, Innocent VI dote la ville de nouvelles armoiries avec la croix, les clés décussées (en forme de X) de l’Église et le sigle OSF (Ob servatam fidem = pour la fidélité conservée). Bevagna reste soumise au pape, qui en délègue le gouvernement à diverses familles, souvent apparentées à celle du pape régnant (le neveu d’Innocent VIII, Lucrèce Borgia, des cardinaux, Charles Borromée, le cardinal Ferdinand de Médicis...).
De nombreux hommes de lettres, poètes, peintres sont originaires de Bevagna.La ville a été gravement endommagée par les tremblements de terre de 1831, puis de 1997.
Visite de la ville
Promenade à Bevagna : de la Porta Foligno à la Piazza Silvestri
Depuis la Porta Foligno (au nord), emprunter le corso Matteotti (ancienne via Flaminia).
- Restes romains intégrés dans la façade de l’ancienne église San Vincenzo (n°16, XIIe s., en ruine), patron de Bevagna
- Fondations de maisons incluant des vestiges du Théâtre romain (Ier s., n°14)
- En face, au n°9, dans le Bureau de Poste : 2 colonnes cannelées en marbre
Suivre à droite la via Crescimbeni :
- À droite : vestiges d’un temple romain (n°12)
- Plus loin à gauche : dans la via di Porta Guelfa, restes de thermes et mosaïque (IIe s. ap. J.-C.) représentant des animaux marins (cheval guidé par un triton, dauphins, langouste, poulpes...)
On arrive sur la place Garibaldi et à l’église San Francesco (construite après 1275, rénovée en 1756, endommagée en 1997). Elle contient la pierre sur laquelle saint François se serait tenu pour parler aux oiseaux. Clocher à flèche (XIIIe-XIVe s.).
Au bout de la rue : Porta Cannara (XIIIe s.).
En reprenant le corso Matteotti :
- À droite : chiesa della Consolazione (1735)
- À gauche : ancienne église Santa Maria di Laurenzia (Vierge à l’Enfant du XIIIe s. sur le portail roman)
- Au n°72 : Mairie (Palazzo Comunale, 1743–1817)
- Au bout de la rue à gauche : église San Domenico (1291–1347)
Piazza Silvestri
Du nom de l’entomologiste de Bevagna (1873–1949). En juin s’y tient le Mercato delle Gaite, marché artisanal qui fait revivre les métiers du Moyen Âge (chanvre, poterie, teinture, forge, fabrication de bougies à l’ancienne). On y savoure aussi une cuisine traditionnelle délicieuse.
Colonne de San Rocco : tronçon de colonne romaine avec chapiteau corinthien, située sur une ancienne citerne. Fontaine de 1896 imitant celles du XIIIe s.
Palazzo dei Consoli (n°6)
Construit avant 1270 avec façade en travertin et grès. Grand escalier menant au Théâtre Torti (1866), avec rideau de scène représentant Properce montrant Bevagna à Francesco Torti (critique littéraire né à Bevagna, 1763–1842).
Une grande voûte permettait aux consuls d’accéder à l’église San Silvestro.
San Silvestro
Commencée en 1195. Façade en travertin en bas, pierre blanche et rose du mont Subasio en haut. Frise symbolique sur l’arc intérieur de la porte :
- À gauche : une montagne (le Christ), 4 ruisseaux (les Évangiles), une vigne (l’Église) peuplée d’animaux (les fidèles)
- À droite : un dragon vomit un fleuve (le démon)
Intérieur : arcs rampants, presbyterium, crypte.
San Michele Arcangelo
Commencée en 1070, achevée entre la fin du XIIe et le début du XIIIe s. par les maîtres Binello et Rodolfo. Façade romane à couronnement horizontal, portail décoré de mosaïques cosmatesques. À l’imposte :
- À gauche : saint Michel transperçant un dragon (possiblement Frédéric II), tenant un livre avec l’inscription :
Michael ut leo vince certamine vero ; qui similis Deo superbia, maledixero
- À droite : un ange tenant une croix et une cartouche :
Auxilium miseris, perfectis gaudia praesto ; Praecepto Domini librum
Typique de l’école de marbriers ombriens de Foligno, Spoleto, Spello.
San Filippo
À gauche de San Michele. Église érigée en 1725 pour la Congrégation de l’Oratoire de saint Philippe de Neri (1515–1595), dédiée aux pauvres et pèlerins. Intérieur : stucs blancs, orgue de 1725.
Corso Amendola
Rue caractéristique avec maisons du XIVe au XVIIIe s., menant à l’église Sant’Agostino (XIVe s.).
Bevagna a été désigné Borgo dei Borghi d’Ombrie en 2018. L’artisanat y reste très vivant et l’on peut visiter autour plusieurs petits bourgs et châteaux.
8) Spello
Au bas des pentes du mont Subasio, Spello est entièrement construite avec le calcaire rosé de la montagne. Le centre est d’origine ombrienne, mais ne se développe qu’à partir de la conquête romaine sous le nom d’ « Hispellum », en relation avec la branche de la via Flaminia qui rejoignait Assise et Perugia. Auguste lui donne le titre de « Splendidissima Colonia Julia » et les territoires des Sources du Clitunno. La ville prend son aspect actuel, à l’intérieur des murailles, le long de l’axe central qui va de la Porta Consolare à la Porta dell’Arce. Au IVe s., Constantin en fait le centre religieux de l’Ombrie et autorise la construction d’un temple en l’honneur de la gens Flavia. Spello a son premier évêque en 487, et reste évêché jusqu’en 1130, date à laquelle la ville est intégrée dans le Duché de Spoleto après avoir été conquise par les Longobards. Des chaînes marquent encore la partition de la ville en 3 quartiers : Posterula au nord, Mezota au centre et Borgo au sud.
La muraille romaine, maintenue et renforcée jusqu’en 1360, témoigne de la situation centrale de Spello au milieu des guerres entre la papauté et l’empire (elle est dévastée par Frédéric II). Après une période d’autonomie communale, La ville passe sous le contrôle de L’Église qui fait construire une des premières forteresses urbaines en 1358. Dans un premier temps, la ville est remise à des vicaires pontificaux (les Baglioni en 1389, les Michelotti, Visconti, Fortebraccio, Montefeltro ...) puis est gérée directement par l’Église du XVIe s. à 1860.
Visite de la ville
On entre au sud par la Porta Consolare, ouverte dans l’enceinte d’Auguste, surmontée par 3 statues en marbre d’époque républicaine et flanquée d’une tour médiévale. Pour voir les murailles, on peut remonter à gauche la via Roma jusqu’à la Porta Urbica.
On entre dans le Borgo, le quartier le plus populaire, où subsistent des maisons anciennes à 2 étages (n. 25 de la via Consolare) ; dans un élargissement de la rue, la chapelle Tega, ancien siège de la confrérie de S. Anne consacrée à l’accueil des pèlerins. Au bout de la rue, à gauche, les chaînes de délimitation du quartier.
Sur la longue place Matteotti, à droite, l’église Santa Maria Maggiore, fondée en 1025, reconstruite en 1285 (il en reste le portail d’entrée), avec façade de 1644 et clocher roman (devant, 2 fûts de colonnes romaines cannelées). Intérieur : transformé au XVIIe s. par l’adjonction de 7 autels baroques, d’une décoration en stuc et d’un orgue.
- N. 1 du plan : bénitier tiré d’un autel funéraire romain ;
- N. 2 : Fonts baptismaux de 1511 ;
- N. 3 : Fonts baptismaux tirés d’un chapiteau romain ;
- N. 4 : Chapelle Baglioni, commandée en 1500 par Troilo Baglioni, futur évêque de Perugia. Pavement en faïence de Deruta (1566) et fresques de Pinturicchio (1501), parmi les plus importantes du peintre.
Pinturicchio (1454-1513), élève et collaborateur du Pérugin, est un des grands coloristes de la fin du XVe siècle ; il travaille à Rome dans les appartements Borgia, à Sienne dans la Librairie Piccolomini, à Perugia, etc. Dans les retombées de la voûte, 4 Sibylles assises ;
- Paroi de gauche : Annonciation, avec à droite l’autoportrait du peintre ;
- Paroi du fond : Adoration des bergers et arrivée des Mages ;
- Paroi de droite : Jésus au Temple, Dispute avec les Docteurs de la Loi, dans la 4e près de S. Joseph tient un rouleau avec la signature de l’artiste.
- N. 5 : Chaire de Simone da Campione (1545) ;
- N. 6 : Sacristie, restes de murailles romaines ;
- N. 7 : Chapelle du Sacrement, tabernacle de 1562 et sièges marquetés ;
- N. 8 : Chapelle des Chanoines, Vierge à l’enfant de Pinturicchio ;
- N. 9 : Maître autel avec ciboire en pierre (1515) sur un schéma de Brunelleschi, 8 têtes de prophètes en terre cuite (1562) ; aux piliers de l’abside, fresques du Pérugin : Pietà avec les S. Jean et Madeleine, Vierge à l’enfant sur le trône avec les S. Blaise et Catherine d’Alexandrie.
Plus haut sur la droite, église S. Andrea (1258, transformée au XVIIe s.). Continuer dans la via Cavour, bordée de maisons du XVe siècle, jusqu’à Piazza della Repubblica, emplacement du Forum romain, au fond de laquelle se dresse le Palazzo comunale Vecchio (1270, transformé au XVIe s.).
Dans la via Garibaldi, église San Lorenzo (érigée au VIe siècle en l’honneur de S. Ercolano, reconstruite en 1120, agrandie au XIIIe s. et transformée en 1540).
Continuer dans la via Giulia, qui marque la limite de l’enceinte romaine ; on passe à côté de l’Arc d’Auguste, dont il reste les piliers latéraux ; on arrive à S. Maria di Vallegloria, couvent des Clarisses édifié vers 1320.
Redescendre par la via Arco Romano jusqu’au Belvédère (vue sur la plaine du Topino et sur les collines de Montefalco à Assise). Église de San Severino, la plus ancienne de Spello (VIe s. avec façade romane et rosace de 1180).
À partir de l’église San Martino, descendre par la via S. Agostino, en pente raide, vers la Porta Venere, la plus intéressante des portes romaines qui doit son nom à un incertain temple dédié à la déesse de l’amour et des jardins dans cette zone ; elle est flanquée de 2 tours romanes ; de la porte, on peut continuer vers les ruines de l’amphithéâtre, dans la plaine.
Remonter par la via Torri di Properzio vers la via Cavour.
Spécialités culinaires de Spello
:L’huile d’olive (production limitée très recherchée pour son acidité basse, sa richesse en antioxydants naturels du fait d’un terrain riche en pierres et en terre rouge. Voir : Le Palome, 0742.30.18.67), la truffe (Voir : Il tartufo di Paolo, 0742.30.3045), la charcuterie (la « norcineria », art ancien qui tire ici son nom de la ville de Norcia, et que vous trouverez à Spello au cas où vous n’iriez pas à Norcia) : saucissons, jambon, tête roulée (= « capocolli »), lard maigre (= « pancetta »), saucisses (en particulier de foie), coppa...Et aussi, le fer forgé (Luca Peppoloni, via Cavour 5/a), le meuble ancien et ... « presque ancien » (Laboratorio artigianale Azzarelli Mauro 0742.315.011 et Petrini Eugenio 0742.301.793), la dentelle et les tissus (via Cavour) ...
9) Spoleto
Sa situation géographique au pied de la montagne (le Monteluco) et à l’entrée d’un vaste plaine, sa richesse en eau, sa position sur la via Flaminia, ont toujours donné à Spoleto un rôle administratif et politique important. Elle était la « Caput Umbriae », elle reste pendant des siècles la capitale du Duché de Spoleto, Napoléon en fait le chef-lieu du département du Trasimène : la ville permettait d’assurer le contrôle de la région, tant du côté du Royaume de Naples dont on craignait le brigandage que du côté de l’Exarchat de Ravenne.
Dès l’âge du bronze, des populations s’y fixent ; le site est occupé ensuite par un peuple italique, les « Ombriens » qui construisent une première enceinte de puissantes murailles « cyclopéennes » (que l’on date entre le VIe et le IIIe s. av. J.C.) composées d’énormes blocs de calcaire de forme polygonale, encore visibles vers la forteresse ; un sanctuaire ombrien se trouvait au sommet de la colline. Le nom de la ville viendrait du grec « Spao + Lithos » = le rocher détaché : la colline Sant’Elia (Colline du Soleil) sur laquelle se situe Spoleto serait le reste de l’écroulement d’une partie du Monteluco ; le nom latin fut «Spoletium».La ville romaine se développe à l’intérieur de ces murailles. Le relief irrégulier ne permettait pas d’installer un « castrum» classique, les Romains réalisent donc de grands travaux de terrassement à partir de 241 av. J.C. (cryptoportique de soutènement d’insulae à Sant’Eufemia). Le forum se trouvait sur l’actuelle Piazza del Mercato, et de là partaient le « decumanus » (Vie del Municipio, del Mercato, Plinio il Giovane) et le « cardo » (Vie dell’Arco di Druso e del Palazzo dei Duchi), segment urbain de la via Flaminia (223 av. J.C.). Le tracé de la Flaminia détermine la construction de la ville ; il suivait les actuelles via dei S. Carlo, Monterone, dell’Arco di Druso, piazza del Mercato, via del Palazzo dei Duchi, Fontesecca, piazza Panciani, via Minervio, della Salaria Vecchia, di Porta Fuga, corso Garibaldi, piazza della Vittoria, via Cerquiglia, di S. Sabino. La majeure partie des monuments romains se trouve sur cette voie : portes, arcs, temple, forum, basilique, édifices publics, maisons élégantes (domus de via di Visiale). Les édifices religieux du Moyen-Âge suivront le même tracé, ainsi que celui de la Flaminia extra urbaine et des voies dérivées (vers Norcia et Perugia par exemple). Le théâtre et l’amphithéâtre romains ont été de même utilisés d’abord comme fortifications puis comme monastères de Bénédictines (S. Agata) et de Clarisses (S. Gregorio de Griptis). Les Romains comblent aussi le vide entre la colline de Spoleto et le Monteluco par un immense pont aqueduc qui est aujourd’hui le Ponte delle Torri.
v
La Commune oblige les seigneurs féodaux (les Anchiaiani, Pianciani, Campello) à venir habiter en ville où ils édifient des tours. Lorsque Frédéric Barberousse rase la ville en 1155, Spoleto est dite « la ville aux cent tours ». Après la défaite du Barberousse l’autonomie communale reprend son développement, de la même façon que les autres villes italiennes des XIIe et XIIIe s., mais à Spoleto la présence d’un évêque puissant doté d’un diocèse qui couvre presque tout le Duché est une marque spécifique qui explique le nombre et la grandeur des églises construites dès le IXe s. puis à partir des XIIe et XIIIe s. avec l’apparition des Ordres mendiants, Franciscains entre 1227 et 1254 (S. Simon et Judas), Dominicains en 1247 ( S. Salvatore), Augustiniens en 1304 (S. Niccolò). Une nouvelle cathédrale est construite ; l’expansion démographique se traduit par la construction des 4 «borghi » (San Gregorio, San Ponziano, San Matteo et San Pietro) qui oblige la Commune à construire une nouvelle enceinte en 1296.Dès la fin du XIIe s., l’Église revendique la possession du Duché, mais elle ne le domine vraiment qu’à partir du XIIIe s. Cette domination pontificale se traduit, comme ailleurs, par l’élimination des pouvoirs populaires communaux et la prise de pouvoir exclusive de la noblesse dans les mains de laquelle se concentre la rente foncière. Le cardinal Albornoz consacre le pouvoir pontifical par la construction d’une immense forteresse (la « Rocca ») en 1359, pour sécuriser le passage du pape lors de son retour d’Avignon. On remodèle la ville en construisant à partir des édifices anciens de nouveaux palais, autour de petites places fermées ; quelques grandes églises sont édifiées : Madonna di Loreto reliée à la ville par un long portique, S. Maria della Manna d’Oro et San Filippo Neri (1640).
Après la Restauration, l’architecte Ireneo Aleandri projette la construction de la « Traversa nazionale » pour adapter la ville aux nouvelles exigences de communication entre les palais des grandes familles, les églises et les couvents, aujourd’hui axe de traversée de la ville dépourvu de commerces ; elle est réalisée de 1834 à 1870. Avec l’Unité, Spoleto perd son rôle de centre administratif au profit de Perugia qui devient chef-lieu de région. Cette perte est compensée en partie par un développement industriel dû à la découverte d’une importante mine de lignite et la construction de nombreuses usines. La ligne ferroviaire Rome–Ancône est ouverte, la gare de Spoleto construite peu après 1860. Deux Théâtres sont édifiés : Teatro Nuovo (1864) et Teatro Caio Melisso (1880).
Après la seconde guerre mondiale, Spoleto reprend de l’importance grâce à ses initiatives culturelles, dont le Festival des Deux Mondes créé en 1958 par le musicien Gian Carlo Menotti, une des plus prestigieuses manifestations internationales avec ses spectacles de théâtre, danse, musique expositions et cinéma (fin juin et première moitié de juillet).
Visite de Spoleto
I. La « Traversa Nazionale » (du Nord au Sud)
Piazza della Vittoria (au Nord), lieu de confluence des routes d’accès déjà à l’époque romaine, près de l’amphithéâtre et du Ponte Sanguinario (proche du lieu où l’on massacrait les Chrétiens), aujourd’hui enterré mais encore visible en descendant les escaliers devant le monument de Garibaldi (Silvestro Silvestri, 1884).
En remontant la via Trento e Trieste, on arrive à la gare ferroviaire devant laquelle est placé le Teodolapio (du nom d’un duc longobard du VIIe siècle), sculpture métallique d’Alexandre Calder (1962).
Piazza Garibaldi : Porta San Gregorio, principale entrée septentrionale (XIIIe s.), refaite en 1825, sabotée par les Allemands en 1944, reconstruite.
San Gregorio Maggiore : église romane (1079), rénovée jusqu’au XVIIIe s., restaurée de 1947 à 1950. Façade du XIIe s., portique ajouté au XVIe s., clocher du XIIe s.
Via dell’Anfiteatro : longe les arcades de l’amphithéâtre, autrefois occupées par des boutiques.
Via Cecili : longe une partie de l’enceinte romaine, trois techniques visibles : blocs polygonaux (IVe s. av. J.C.), opera quadrata (241 av. J.C.), parallélépipèdes allongés (Ier s. av. J.C.). Derrière : abside de l’église gothique San Nicolò (1304).
Piazza della Torre dell’Olio : Palais Vigili et la tour dell’Olio (XIIIe s.). De là part la via di Porta Fuga (fuite d’Hannibal, 217 av. J.C.). À gauche : Corso Garibaldi, ancien Borgo San Gregorio.
Continuer par via Pierleone (tour médiévale), puis église S. Domenico (Dominicains, 1247). Intérieur : fresque du Triomphe de Thomas d’Aquin (XVe s.).
Piazza Collicola : devant palais Collicola (1737), aujourd’hui Musée d’art moderne.
Remonter à gauche par la via Vaita S. Andrea (ancien arrondissement communal) jusqu’au Teatro Nuovo (1853-64). Puis via Filitteria vers l’église SS. Giovanni e Paolo (XIIe s.), fresques dont un San Francesco ancien.
Sur la courbe, à droite : Palazzo Zacchei-Travaglini (XVIe s.).
Continuer par la via Walter Tobagi. À gauche : palazzo Pianciani (XVIIIe s.).
À droite : piazza Mentana (anciens thermes romains) et église San Filippo Neri (1640).
Corso Mazzini : élargi pour la Traversa. À gauche : via del Mercato, piazza della Genga avec une mosaïque romaine. Puis vicolo III vers palazzo Rosari Spada (XVII–XVIIIe s.).
Piazza della Libertà : ancienne cour du palais Ancaiani (XVIIe s.).
Via S. Agata : mène au monastère S. Agata (XIVe s.), près de l’église occupant l’ancienne scène du Théâtre romain (aujourd’hui Musée archéologique et théâtre en plein air).
II. La ville haute
Zone concentrant les bâtiments civils et religieux, dominée par la Rocca, forteresse du cardinal Albornoz (prison jusqu’en 1983, aujourd’hui musée, théâtre en plein air, école de restauration).
Depuis Piazza della Libertà : monter via Brignone → piazza Fontana : fontaine (XVIe s.), palazzo Mauri (XVIIe s.) → piazza S. Ansano, arrivée de la via Flaminia sous l’Arc de Monterone (IIIe s.).
Église S. Ansano (VIIe s.) sur un temple antique. Intérieur : crypte de S. Isaac (XIIe s.). À gauche : Arc de Drusus (23 ap. J.C.).
Continuer par via dell’Arco di Druso, ancien cardo maximus. À gauche : palazzo Leti et palazzo Parenzi (XVIIIe s.).
Piazza del Mercato : ancien Forum. Fonte di Piazza (1746-48), via del Palazzo dei Duchi (anciens magasins du XVIe s. dans arcades médiévales).
Via di Fontesecca e Saffi : axe principal. À droite : via Visiale (maison romaine). En haut : palazzo arcivescovile, Musée diocésain (depuis 1976), église S. Eufemia (XIIe s.).
En face : Palazzo comunale (XIIIe–XVIIIe s.), ancienne résidence papale. Intérieur : Pinacothèque communale, ancien Mont de Piété (1469).
Piazza del Municipio : en face, maisons anciennes diverses.
Via dell’Arringo : vue sur la cathédrale. À gauche : abside de S. Eufemia. À droite : palazzo Racani (XVIe s.).
Piazza del Duomo : espace exceptionnel. À droite : Casa Fabricolosi, sarcophage (IIIe s.). À gauche : Casa dell’Opera del Duomo (1419), Théâtre Caio Melisso (1664), Santa Maria della Manna d’Oro (1527–1681).
Cathédrale (Duomo)
Érigée au XIIe s., style roman, consacrée par Innocent III (1198). Intérieur reconstruit (1644, Valadier). Plan en croix latine à trois nefs.
- Façade :
- Portail roman, portique Renaissance (5 arcades), frise, balustrade, deux chaires.
- Grande rosace + 4 petites + arcs sur colonnes.
- Couronnement triangulaire : 3 rosaces, 3 arcades ogivales, mosaïque byzantine (1207).
- Clocher : XIIe s., cage de 1512-15.
- Intérieur :
- Chapelle Eroli (1497), peintures de Pinturicchio.
- Chapelle dell’Assunta (XVIe s.).
- Autel de Valadier (1792).
- Mort de S. Andrea Avellino.
- Visitation de Giovanni Alberti.
- Monument de G. F. Orsini, tombe de Fra Filippo Lippi.
- Chapelle de la Très Sainte Icône (peinture byzantine du XIIe s.).
- Abside : fresques de Filippo Lippi, grand autel de Valadier.
- Chapelle du Sacrement.
- Chapelle S. Anna.
- Autel de S. Ponziano livré aux lions.
- Chapelle des Reliques (1540).
- Présentation de la Vierge (Cavallucci).
- Vierge à l’enfant (Parrocel).
- Exèdre de Valadier : Croix d’Alberto Sozio (1187).
Fin du parcours : Piazza della Signoria → Piazza Campello → Ponte delle Torri
Piazza della Signoria : Palais probable du gonfalonier Pietro Pianciani (1330–1340).
Piazza Campello : loggia (XVIe s.), ancienne église des Saints Simon et Judas (XIIIe s.), Fontana del Mascherone (1642, refaite 1736), palazzo Campello (1597–1600).
Colline S. Elia (453 m.) : habitée depuis l’âge du Bronze. Rocca construite en 1359. Utilisée comme prison jusqu’en 1983. Aujourd’hui : Musée national du Duché, théâtre en plein air, École de Restauration du Livre.
Via del Ponte : murs antiques, vue sur Monteluco. Ponte delle Torri : 76 m de haut, 230 m de long, aqueduc et pont médiéval défensif.
10) Norcia
Entre Spoleto et Norcia, on peut prendre la Nationale 395 ; belle vue sur la Rocca de Spoleto. Située au-dessus de Spoleto, la plus importante du système de défense des territoires pontificaux de l’Ombrie institué par le pape Innocent VI, après le retour des papes de l’exil d’Avignon : elle est construite de 1363 à 1367 par le cardinal espagnol Egidio Albornoz, qui la fit organiser de façon à être très solide et défensive en même temps qu’élégante pour y recevoir des hôtes illustres. Elle devient une prison de 1817 à 1982
La route a un tracé un peu différent de l’antique Via Nursina : tracée en 1856, elle est complétée de 1926 à 1968 par une voie ferrée à traction électrique, projetée par le suisse Erwin Thomann, remarquable réalisation technique conçue dans le respect du paysage ; malgré les protestations elle fut démantelée en 1970. Avec de beaux points de vue sur les vallées du Maroggia et du Topino, on arrive à la Forca del Cerro (= chêne chevelu) (734 m.), dont le nom rappelle les anciennes forêts, et on amorce la descente vers la Valnerina (vue sur les restes de l’ancienne voie ferrée). Après Grotti, la vue s’ouvre sur la vallée de la rivière Nera, avec ses champs et ses rangées de peupliers (les « marcite », prés irrigués grâce à des canalisations qui drainent les nombreuses sources, et installées au moyen âge par les Bénédictins - Photo ci-contre ; elles permettent de faire jusqu’à 6 fauches de foin par an, même l’hiver, grâce à une température constante de 10 à 11°. Il existe un Parc Fluvial Naturel de la Nera, qui met en valeur la végétation de fleurs et d’arbres, chênes verts, pins d’Alep, charmes noirs, ornes).
À Piedipaterno sul Nera, on rejoint la rivière Nera. Après Triponzo et le tunnel sous le mont Lo Stiglio, la vallée se resserre dans une gorge grandiose ; l’accès à Norcia était protégé par un ensemble de fortifications encore visibles. À Serravalle, on remonte vers le haut plateau de Norcia.
Du fait de sa position géographique, la ville a été un point de référence politique, économique, administratif et un noeud de communication, entre montagne (les monts Sibillini) et plaine, et près de la frontière entre le Duché de Spoleto et celui de Benevento, puis entre les États de l’Église et le Royaume de Naples.
Sa campagne ouverte et la fertilité des terres très irriguées de rivières et de sources expliquent une implantation humaine remontant au Paléolithique Inférieur et bien attestée dès le VIIIe s. av. J.C. La ville elle-même était le chef-lieu septentrional des Sabins (Ve s.) ; en 209 av. J.C., elle est conquise par Rome qui l’entoure de murailles ; elle est sur l’itinéraire de Rome à l’Adriatique. Dévastée par les Goths, elle est conquise par les Longobards qui la reconstruisent. Elle se forme en Commune libre, dans une lutte constante à la fois contre Spoleto et contre les seigneurs féodaux des châteaux environnants.En 1328, un tremblement de terre provoque dans toute la zone de terribles destructions ; les chroniques de l’époque parlent de 5000 morts. D’autres suivront en 1567, 1703 et 1730 (c’est ce dernier qui inspire le règlement pontifical « antisismique » qui interdit de construire des maisons de plus de 2 étages), puis en 1815, 1859 et 1979.Les nécessités de défense de cette ville-frontière poussent Jules III à la construction d’une forteresse dans le centre en 1554, sur projet de Vignola.
Norcia et la montagne environnante étaient dites la région « aux mille métiers », tant l’artisanat y était développé et répandait ses produits jusqu’en Toscane à travers les migrations saisonnières : d’abord les « norcini » qui travaillent la viande de porc, les paysans qui travaillent la laine, les marchands de truffes noires et de safran, mais aussi les joailliers.Norcia est la ville de naissance de Polla, mère de l’empereur Vespasien, et de S. Benoît (480-546), fondateur du monachisme occidental, et de sa soeur, sainte Scholastique, la première religieuse bénédictine.
Visite de la ville
Piazza S. Benedetto (ci-contre) :
- Au centre, statue de S. Benoît (Giuseppe Prinzi, 1880) ;
- Palais communal, reconstruit après le tremblement de terre de 1876 ;
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Église S. Benoît : édifiée dans le haut Moyen Âge (sur la maison du saint selon la tradition), elle est refaite en 1389.
La façade a encore son portail gothique, mais est refaite après 1859.
Sur les côtés, statues de Benoît et de sa sœur jumelle Scholastique.
Sur le côté droit, sur un banc de pierre, 9 mesures locales anciennes pour les céréales.
Intérieur : complètement restructuré aux XVIIIe et XIXe siècles.
Dans la crypte, sur l’autel, tableau célèbre : S. Benoît et Totila (Filippo Napoletano, 1621).
-
Cathédrale, dans l’angle sud de la place, édifiée après 1560, l’église médiévale ayant été démolie en 1554
pour faire place à la forteresse. Les murs extérieurs sont en talus
(solution antisismique souvent utilisée aussi dans les palais).
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Castellina : forteresse construite par Vignola pour Jules III comme résidence des gouverneurs apostoliques.
À l’intérieur, petit musée d’œuvres locales constitué en 1967.
On peut faire un tour de la ville par la via Roma, San Filippo, via Anicia, S. Agostino, via Umberto I, San Giovanni, via Gioberti, via Sertorio.
11) Città di Castello
Parmi toutes ces petites villes d’Ombrie, Città di Castello est sans doute l’une des plus représentatives du charme de la région. La ville elle-même, ses environs comme Umbertide et Montone, sont un des lieux de séjour les plus délicieux qu’on puisse imaginer, y demeurer, y manger, s’y désaltérer, s’y promener d’un château à un musée, s’y arrêter au bar d’une grande place, parcourir la campagne jusqu’au petit village médiéval de Pietralunga, à l’abbaye de San Benedetto Vecchio ou à la « pieve » dei Saddi, tout cela laisse aux voyageurs un de leurs souvenirs les meilleurs et les plus tenaces, après avoir séjourné à Gubbio ou à Spoleto.Ubaldo Mariucci (Baldino) a écrit une BD sur l’histoire de Città di Castello chez Petruzzi, Città di Castello en 1994.
La ville, qui a aujourd’hui environ 40.000 habitants fut fondée par les Ombriens sur la rive gauche du Tibre, après plusieurs siècles d’occupation par des peuples qui habitaient des maisons sur pilotis sur les bords de ce qui formait alors un grand lac du Tibre. Les Étrusques s’installèrent parallèlement sur la rive droite. À partir du IIIe siècle av.J.C., les Romains commencèrent à occuper la région et développèrent la ville, appelée alors «Tifernum Tiberinum » (= le long du fleuve). La ville devint bientôt un municipe romain, Tiferno Tiberina, où s’installèrent des patriciens comme Pline l’Ancien et Pline le Jeune (ci-contre) qui demeure dans une grande villa et fait construire un temple. Città di Castello a encore aujourd’hui un Lycée Pline le Jeune.
Le développement des voies romaines avait facilité l’expansion du christianisme qui s’implante dans la Haute Vallée du Tibre à partir d’un martyr, San Crescenziano, vers le début du IVe siècle, soldat romain converti qui aurait tué un dragon qui infestait la région (symbole de l’idolâtrie de la population), tué puis enseveli à Saddi (récit du capucin Alessandro Conti, de 1627). L‘histoire du dragon court encore les campagnes : en 2000, un vieux paysan de Montone nous a raconté qu’il n’était pas content parce que, à la mort du curé de la paroisse, un curé voisin avait volé la côte du dragon qui était une relique de la paroisse. Le premier évêque connu de Tiferno s’appelait Eubonio, en 465. Le culte de san Crescenziano fut remplacé ensuite par celui de san Florido ou Fiorenzo (520-599), qui reconstruit la ville après la destruction par Totila, avec l’aide de son diacre Amanzio, et commence la construction de la cathédrale San Lorenzo.
Puis, dans ce qu’on appela le « Castrum Felicitatis » (le Temple de Pline le Jeune était dédié à la déesse du Bonheur), se succédèrent les Longobards, convertis au catholicisme, puis les Francs, et en 715, la ville, fortifié comme un château fort, changea son nom, de Tiferno à Città di Castello, ville forte comme un château. C’est au XIIe siècle qu’apparaît la Commune, menacée pendant deux siècles par l’Empire, par l’Église, par Perugia ou par Florence. La ville est alors prospère, le Tibre est navigable et favorise le commerce, et le transport du bois ; selon le statut de 1261, elle est divisée en 4 quartiers auxquels correspondent les 4 portes principales (Cf. plan de la Visite, extrait du volume du Touring Club), avec leurs deux grandes places Matteotti (n. 8) et Gabriotti (n. 6) (Venanzio Gabriotti, 1883-1944,. lieutenant-colonel résistant fusillé par les Allemands). Comme partout, entre le XIIIe et le XIVe siècles s’installent les Ordres mendiants, les Franciscains (n. 12, San Francesco) et les Dominicains (n. 9, San Domenico).
Malgré les révoltes populaires, l’Église cherche dès lors à retirer Città di Castello de l’influence de Perugia, à travers des seigneuries, dont celle de Braccio Fortebracci da Montone (voir 13 - Montone), entre 1422 et 1440. Après un période de luttes internes entre quelques grandes familles, la ville revient finalement à l’Église grâce à César Borgia qui fait assassiner Vitellozzo Vitelli en 1502, et cette domination dura jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le pape en confia la régence à la famille Vitelli, qui embellit la ville par des palais et l’appel de grands artistes (Raffaello Sanzio et Luca Signorelli en particulier).En 1798, la ville fut occupée par les Français, puis, en 1799 elle fut remise aux Autrichiens, sous la pression pontificale. Après une courte période de liberté en 1848, la ville est conquise par les armées piémontaises le 11 septembre 1860, et passe sous la domination du Royaume d’Italie.
Après la seconde guerre mondiale, où la ville connaît plus de 10 bombardements, et la reconstruction, l’économie se développe dans une belle intégration entre l’agriculture (par exemple le tabac) et l’industrie (mécanique, typographie, meubles, tissus – les ateliers de Tela Umbra, etc.). Cette rencontre entre tradition et modernité est une des qualités de la ville et fait son charme.
Les Vitelli, grands chefs de guerre de Città di Castello
Les Vitelli ont été les seigneurs de Città di Castello pendant de nombreuses années, mais aussi de Montone. L’histoire de cette dynastie, qui dure jusqu’en 1790, est intéressante parce qu’elle illustre parfaitement ce que furent ces chefs de guerre (condottieri) de la Renaissance, en même temps hommes d’argent prêts à passer d’un camp à l’autre selon le salaire et les titres qu’on leur proposait. Ils illustrent aussi la complication des rapports politiques dans cette époque où papes, cardinaux, princes et guerriers se disputent le pouvoir en Italie, ne reculant, quand il fallait, devant aucun pillage, viol, assassinat, torture, cruauté. Les Vitelli furent les maîtres d’un territoire peu étendu mais ils eurent une grande influence politique pendant trois siècles, malgré la rivalité d’autres familles plus nobiliaires comme les Fucci, Giustini, Tarlantini, Abbocatelli, Albizzini. Mais les Vitelli n’ont jamais oublié leur origine populaire à l’inverse de leurs rivaux qui leur reprochaient de venir « dalla zappa » (de la pioche, de la terre). Ils furent à la fois des guerriers, fournissant de nombreux condottieri, et des mécènes qui construisirent de magnifiques palais et attirèrent de nombreux artistes comme Giorgio Vasari, Luca Signorelli, Raffaello Sanzio, Angelo da Orvieto : ce sont les deux aspects de la classe dominante italienne de l’époque… Voir ci-contre leur blason.
L’origine de la famille est mal connue, des agriculteurs ombriens de Selci, marchands de bestiaux, près de Sansepolcro, et à Città di Castello à partir de 1220. On retrouve ensuite, disent les historiens, Domenico Vitelli à partir de 1356 et de 1362 ; on a ensuite trace de donations à l’hôpital.
Gerozzo ( ?-1394) est le premier vraiment connu, il fait des donations pour la construction d’un hôpital en échange d’un droit d’être « patron perpétuel ». Il a 4 fils, Giovanni, Giacomo, Lodovico et Vitellozzo (ci-contre).
Vitellozzo I ( ? -1462), son fils, est déjà puissant et assure le pouvoir de la famille, ayant accumulé une très grande fortune.
Niccolò (1414-1486), orphelin de père à 2 ans, il fut élevé par son oncle Vitellozzo, qui lui fit faire des études et l’aida à devenir préteur de plusieurs grands villes toscanes, de Gênes et de Spoleto. À Città di Castello, il s’appropria illégalement des terres, fit assassiner deux familles rivales, et prit le contrôle de la ville en 1468, faisant renforcer les murailles pour résister à une riposte éventuelle du pape Sixte IV, et devenant un monarque absolu, déclaré « père de la patrie ». Il fut ensuite condamné, exilé, ses biens confisqués mais payés. Et en 1478, le complot des Pazzi contre les Médicis, appuyé par le pape Sixte IV et les adversaires de Niccolò, échoua, Niccolò fut nommé Commissaire des Florentins et il réussit à reconquérir Città di Castello en 1482. Les retournements d’alliance entre le pape et les États italiens amena la réconciliation à Città di Castello entre les Vitelli et leurs adversaires, sanctionnée par une série de mariages.
Niccolò eut 8 enfants de Pantasilea Abicatelli, dont 4 fils, Giovanni, Paolo, Camillo, Vitellozzo, qui deviennent tous condottieri. Son fils Giulio, né hors mariage, devint évêque et condottiero.
Vitellozzo (1458-1502 - Ci-contre son portrait) fut le plus connu de tous les frères; il fait sa première expérience sous le ordres de Virgilio Orsini, puis passe en 1494 sous les ordres du roi de France Charles VIII, passe quelques mois en 1495 à défendre Pise contre les Florentins, dont il intègre les rangs contre Pise, est à Lyon en 1496 pour demander à Charles VIII sa descentre contre les Aragon de Naples, débarque à Livourne qu’il défend victorieusement contre les troupes de l’empereur Maximilien de Habsbourg ; il introduit des innovations militaires encore inconnues en Italie comme la disposition en carré pendant les batailles adopté avec succès par les mercenaires suisses. Alexandre VI, vaincu à Soriano, signe la paix avec les Orsini, et Vitellozzo obtient la seigneurie de Città di Castello. Il était le gendre de Paolo Orsini. Il retourne au service des Florentins en 1498 pour 40.000 écus par an et une troupe de 400 hommes, il combat contre Pise, mais arrête les opérations par manque d’artillerie, est accusé de trahison avec son frère Paolo qui est arrêté et exécuté tandis que lui réussit à fuir et se met au service de César Borgia, encourageant Pise dans sa guerre contre Florence qu’il hait pour avoir tué son frère. Il combat aux côtés de Giampaolo Baglioni, seigneur de Perugia, fait des conquêtes pour Alexandre VI et César Borgia, dévaste quelques territoires vénitiens, ravennates et florentins. En 1501, il se rend en Campanie avec César Borgia et Giampaolo Baglioni pour combattre les Aragon au côté des Français, conquiert l’Aquila et Capua, tuant plusieurs membres de familles adverses. Il est nommé comte de Montone par le pape. Mais inquiété par les ambitions de César Borgia et la crainte qu’il s’attaque aux territoires de Città di Castello, il monte un complot contre lui avec Giampaolo Baglioni, Paolo Orsini et d’autres. César Borgia fait semblant de vouloir la paix, et le 31 décembre 1502 invite les conjurés à un banquet à Senigallia où il les fait tous étrangler. Machiavel a écrit en 1503 un Traité sur cette opération. César Borgia mourra lui mêm en 1507.
Camillo (1459-1496) se manifeste dès 1474 dans la défense de Città di Castello contre le pape Sixte IV ; en 1483, il est arrêté par les troupes pontificales, libéré en 1484 par la signature de la paix entre le pape et les Vitelli, et passe au service du pape avec ses deux frères, sous le commandement de Virgilio Orsini ; après diverses interventions en Ombrie, il passe avec ses frères au service du roi de France Charles VIII, qui commence les guerres d’Italie en 1494 ; il combat en Ligurie, où il fait tuer tous les habitants, enfants compris, de la forteresse de Fiore, et il est le premier à utiliser l’arme des arquebusiers à cheval, et la tactique militaire dite du « caracollo ». Il fut tué en 1496 par une pierre lancée par une femme. Il est le père de Vitello.
Paolo (1461-1499 - Cf. son portrait à gauche) combat le pape aux côtés de son père dès l’âge de 14 ans ; devenu condottiero, il passe dans les troupes pontificales en 1484, combat les Colonna sous les ordres de Virginio Orsini, mais il est exilé de Rome en 1487 par le Sénateur de la ville pour avoir assassiné Lorenzo Giustini, adversaire de son père. Avec ses deux frères Camillo et Vitellozzo, il passe au service des Français en 1494, puis de Pise, puis de Florence, avec qui il combat la famille d’Aragon qui réussit à le faire prisonnier jusqu’en 1497. Il reprend ensuite le contrôle des troupes florentines contre Pise où il manifeste une grande cruauté : il fait couper les mains de 5 soldats vénitiens et les renvoie à Pise avec les mains coupées autour du cou. Enfin, pour ne pas avoir suivi la stratégie des Florentins, il est arrêté par eux en 1499 et décapité après avoir été torturé. Il eut deux fils, Niccolò et Chiappino. Machiavel parle de lui dans ses Lettres.
Vitello Vitelli (1480-1528) fut un fils de Camillo. Grand condottiero, il fut le familier de 2 papes, Léon X et Clément VII. En 1503, il doit fuir de Città di Castello avec son oncle et son cousin pour échapper à la pression pontificale, et se met au service des troupes vénitiennes, est fait prisonnier en 1509 dans une bataille par les Français, emmené à Milan où il reste jusqu’en 1510, où il retourne à Venise avant de passer dans les rangs des armées pontificales de Jules II qui lui en donne le commandement. Mais il revient bientôt à Venise en 1511, passe quelques mois dans l’armée du duc de Milan, fit diverses opérations contre les Este avec les partisans du pape Léon X qui le nomme comte de Montone. mais la mort de Léon X en 1522 le ramène au service des Florentins qui l’envoient défendre Perugia, puis Reggio Emilia. Il est alors nommé gouverneur des Florentins et de Piacenza, tout en combattant pour Francesco Sforza, duc de Milan. Il combat ensuite les Colonna pour le pape Clément VII, et il meurt de la peste en 1528. Il avait épousé en 1522 Angela de’ Rossi (1506-1573), de la grande famille des Rossi et nièce de Jean des Bandes Noires de Médicis, dont il eut plusieurs enfants dont Camillo Vitelli (1528-1557), qui poursuit l’histoire des Vitelli.
Giulio (1458-1530), fils naturel de Niccolò, d’abord condottiero au service du pape, puis nommé évêque de Città di Castello en 1498 par le pape Alexandre VI Borgia. Ayant comploté contre César Borgia (Conjuration de la Magione), il perd son titre en 1504, et redevenu condottiero, il conquiert le château de Ravenne par une trahison contre les Français, et devient gouverneur d’Urbino pour le compte de Lorenzo il Magnifico. Il finit sa vie à Città di Castello entre 1517 et 1530.
Alessandro Vitelli (1500-1554) fut le fils naturel de Paolo Vitelli. Il fut élevé et formé dès l’âge de 14 ans par son parent Gentile Baglioni, le mari de sa sœur Giulia. Il est chargé en 1972 de la défense de Perugia attaquée par Malatesta IV Baglioni et Orazio Baglioni, Francesco Maria I Della Rovere et Camillo Orsini. Puis, contraint de fuir, il devient membre des Bandes Noires de Jean de Médicis et chef de la garde personnelle du cardinal Jules de Médicis, futur pape Clément VII, combat contre les troupes espagnoles, passe dans les rangs des troupes impériales, et se retrouve sous les ordres de Pier Luigi Farnese, ayant rejoint les troupes impériales commandées par le Prince d’Orange, contre Napoleone Orsini. En 1530, il assiste au couronnement de Charles Quint dans la basilique de Bologne, San Petronio. Il participe ensuite à de nombreuses petites guerres en Toscane, entre autres celle de Gavignana où mourut le Prince d’Orange et où Francesco Ferrucci fut assassiné par Fabrizio Maramaldo (d’où vient la chanson Maramao perchè sei morto, de 1939). Il devient ensuite le bras droit d’Alexandre de Médicis, qui devient Duc de Toscane en 1531, et après son assassinat en 1537 par Lorenzaccio, celui de Côme de Médicis ; il s’appropria tous les biens d’Alexandre de Médicis. Il sort plus tard de Florence pour attaquer Filippo Strozzi, fait prisonnier durant la bataille. Il reçoit en récompense, de la part de Charles Quint, le fief d’Amatrice et passe au service du pape Paul III, pour lequel il va se battre contre les Turcs en Hongrie, où il s’empare de la ville de Buda, puis, retourné en Allemagne, contre les Princes protestants, avant de venir faire en Italie la Guerre de Parme contre Ottavio Farnese en 1551, puis la Guerre de Sienne en 1552, entre les Siennois appuyés par les Français et les Florentins. Il meurt en 1554, et il est enseveli à Città di Castello. Après la mort de son cousin Vitello en 1528, il avait épousé sa veuve, Angela de’Rossi ; il en avait eu 10 enfants, dont un Vitello qui devint évêque de Città di Castello en 1554 et cardinal en 1557.
Vitellozzo Vitelli (1531-1568), fut cardinal.
D’autres Vitelli sont entrés dans l’histoire, condottieri, cardinaux ... alternant éventuellement l’un et l’autre : Gian Luigi (Chiappino II) Vitelli (1519-1575), comte de Montone, neveu de Paolo Vitelli et lui aussi condottiero au service des Médicis (ambassadeur de Cosme I) et de Philippe II d’Espagne. Paolo II Vitelli (1519-1574), condottiero, combattant dans diverses guerres dont la bataille de Lépante en 1571, fidèle du pape Paul III et des ducs de arme et Plaisance, fit construire le plus beau palais Vitelli de Città di Castello, le palais Vitelli a Sant’Egidio, à la construction duquel participa Giorgio Vasari.
Après d’autres condottieri et mécènes, arriva le dernier des Vitelli, Clemente, mort en 1790, tellement peureux qu’on dit qu’il se cachait dans les souterrains du château quand il y avait un orage.
Visite de la ville
On peut partir de la place Matteotti (piazza di Sopra), construite au XVIe siècle autour de l’ancien Palais Vitelli in Piazza (n. 8), un des quatre palais de la famille Vitelli, réalisé de la fin du XVe à la seconde moitié du XVIe siècle pour Vitellozzo, Camillo et Giovanni Vitelli ; leur descendant Alessandro fit ensuite démolir toutes les maisons de la place. Sur le côté occidental de ce palais, le Palazzo del Podestà (n. 7), construit par Angelo da Orvieto ( ? - 1352, architecte de style gothique) pour la famille Tarlati di Pietramala, seigneurs de la ville entre 1324 et 1335, et terminé en 1368, avec une façade de style néoclassique à deux horloges, de 1686, sur la Place Matteotti.
Les Vitelli furent pendant deux siècles non seulement de grands guerriers mais de grands mécènes qui voulurent que Città di Castello soit une cour de la Renaissance semblable aux grandes cours toscanes. Par le Corso Cavour on se rend ensuite à la Piazza Gabriotti (piazza di Sotto) ; on arrive à l’ancienne église de San Paolo al Macello, transformée en local de salaison de la viande, puis en typographie dès 1799. En 1994, la typographie est transformée en Musée des arts graphiques et de l’histoire de la typographie. On trouve d’abord sur la gauche l’ancien Palazzo dei Priori, aujourd’hui Palazzo comunale, construit sur dessin d’Angelo da Orvieto entre 1322 et 1338, dont l’élégant portail ouvre sur un atrium imposant. Noter aussi ses « bifore ». En face se dresse la Torre Civica ou Tour de l’Évêque, à côté du Palais de l’Évêque.
Un peu plus loin, la cathédrale (n. 5), SS. Florido et Amanzio, construite sur le temple romain au XIe siècle, agrandis en 1356 et remaniée entre 1466 et 1529. Le côté gauche a encore son portail du XIVe sièce avec ses colonnes torses et ses bas-reliefs de la Justice, la Miséricorde et la Vie de Marie avec des putti. La façade non terminée est de style baroque de Francesco Lazzari (1632). Il ne reste de style roman que le grand clocher cylindrique. L’intérieur est à croix latine avec une nef et des chapelles latérales, dans le style des églises florentines du XVe siècle, avec plafond à caissons du XVIIIe siècle et coupole refaite après le tremblement de terre de 1789 (ci-contre à gauche). Les chapelles latérales sont ornées de fresques baroques du XVIe au XVIIIe siècles. Dans la Chapelle du S. Sacrement, un Christ en Gloire de Rosso Fiorentino (1528-1530), étonnant par la foule populaire qui se trouve au pied de la Croix.
Dans la Cure se trouve un Musée de la Cathédrale agrandi en 2000 contenant des œuvres venues d’églises désaffectées. En face du Dôme, un grand jardin, sur l’ancienne forteresse, d’où part un escalier roulant qui conduit à un grand parking.
À droite du Dôme on part ensuite par la via della Pendinella et la via de’ Casceri dans le quartier médiéval et Renaissance du sud de la ville (Rione San Florido).
On arrive à l’église San Domenico (n. 9), édifice austère du XIVe siècle, terminé en 1424, avec portail en ogive sur le côté gauche. Les grands tableaux qui s’y trouvaient (Luca Signorelli, Raffaello…) ont été transféré dans d’autres musées. Voir l’intérieur majestueux, la Sacristie et le cloître.
On arrive un peu plus loin au Palais Vitelli alla Cannoniera (n. 10) que fit construire Alessandro Vitelli de 1521 à 1543 sur l’ancienne fonderie de canons, par Antonio Sangallo le Jeune et Pierfrancesco da Viterbo., qui s’inspirent des modèles florentins. La façade principale sur le jardin est ornée de décoration en graffitis très originales par leur superposition d’enduits noirs et blancs, réalisée par Cristoforo Gherardi de 1532 à 1535, sur dessins de Giorgio Vasari.
À l’intérieur a été disposée en 1912 la Pinacothèque Municipale, où on peut voir le Gonfalone (l’Étendard) della Santissima Trinità, le seul des 4 tableaux de Raphaël qui soit resté à Città di Castello (Cf. ci-dessous à droite les deux panneaux), le Martyre de S. Sébastien de Luca Signorelli (1497-8 - Ci-contre à gauche), des œuvres de peintres locaux, de peintres maniéristes et futuristes (dont le Ettore e Andromaca de Giorgio De Chirico, de 1917).
On remonte ensuite vers le Nord de la ville vers Santa Maria Maggiore, que fit construire Niccolò Vitelli entre1483 et 1509. On est dans le quartier de la Mattonata, où les Vitelli firent paver la rue avec des briques (mattoni), et, après plusieurs palais (dont le premier palais des Vitelli au n. 11 de via della mattonata), on se dirige vers San Francesco . de 1273, transformée en 1707, avec son intérieur à une nef et ses chapelles latérales. La première à gauche est la chapelle Vitelli, construite sur un dessin de Giorgio Vasari, fermée par une grille en fer forgé de 1566, et ornée de 26 stalles marquetées (Vie de Marie et de saint François). À l’autel de la seconde chapelle, terre cuite de l’école des Della Robbia ; dans la 4e chapelle, une copie du Mariage de la Vierge de Raphaël, l’original a été enlevé par un général napoléonien et se trouve maintenant au Musée Brera de Milan.
Près de cette église on peut voir le Palais Vitelli a Sant’Egidio (n. 13), aujourd’hui Caisse d’Épargne, construit à la fin du XVe et dans la première moitié du XVIe siècle, terminé en 1573 pour Paolo I Vitelli, dessiné par Giorgio Vasari, sous l’influence des modèles florentins, ce qui rappelle les rapports étroits entre les Vitelli et les maîtres de Florence. La décoration intérieure est en partie de Cristofano Gherardi (1508-1556). Une « palazzina », – loggia ornée de peintures – complète l’ensemble du palais et des jardins.
À gauche du Palais Vitelli se trouve le Palazzo Albizzini, du XVe siècle, qui abrite maintenant la donation d’œuvres d’Alberto Burri (1915-1995). Ce musée est complété par les œuvres de Burri exposées dans l’ancien Séchoir à tabac voisin., des hangars longs de 40 et 60 mètres et hauts de 15 mètres, un surface de 15.000 m2 qui abrite 260 œuvres de l’artiste, une bibliothèque, une salle de cinéma, évoquant tout ce qu’il a créé dans le monde entier. Prisonnier au Texas pendant la seconde guerre mondiale, Burri, jeune médecin, se lance dans la peinture sur des sacs de jute. Il a été un des grands novateurs de l’art du XXe siècle.
En remontant vers le Nord à partir de San Francesco par la via Angeloni, on arrive au Palais Margherita Graziani, à l’église San Giovanni Decollato et au Théâtre Municipal créé en 1660 par l’Académie des Iluminati, puis au Palais Vitelli a San Giacomo érigé par Vitello Vitelli pour sa femme Angela Paola de’ Rossi, au début du XVIe siècle, ou par son second mari, Alessandro Vitelli. Il est construit sur plan rectangulaire avec des angles (les canti) renforcés par de gros bossages des corniches marquent le premier et le second étage ; la cour à colonnades suit le modèle florentin de la Renaissance. Il est aujourd’hui le siège des Archives et de la Bibliothèque municipale. On raconte qu’Alessandro y fit installer sa femm Angela pour pouvoir loger sa jeune maîtresse « Sora Laura » dans le Palais Vitelli alla Cannoniera où elle avait beaucoup d’amants qu’elle tuait après les avoir séduits. Milo Manara a fait un portrait imaginaire de cette Laura (Cf. image ci-contre à droite).
On arrive enfin à Santa Maria delle Grazie, au Nord de la ville, commencée en 1306 et consacrée en 1381. En 1456 Giovanni di Piamonte, élève de Piero della Francesca, y peint une table qui devient l’objet d’un tel culte populaire qu’on construisit vers 1480 une chapelle, gérée par une communauté de laïques, et que la Vierge devint patronne de la ville
À gauche du Palais Albizzini, la via Mazzini conduit au Palais Borbone del Monte, où se trouve le laboratoire de tissage de la Tela Umbra.
Après le Séchoir à Tabac de Burri, on peut continuer vers Garavelle et voir à 2 km, le Centre de Documentation des traditions Populaires, très intéressant pour connaître la tradition paysanne de la région ; à côté visiter la villa Capelletti, où s’installe en 2003 un Musée des modèles ferroviaires qui constitue une belle histoire des chemins de fer en Italie, jusqu’à une reconstitution détaillée du wagon-restaurant entre 1920 et 1960.
Il y a beaucoup d’autre lieux à visiter à Città di Castello, tout en se promenant sur les marchés populaires, en contemplant les tissus, à l’intérieur des murs ou en observant à l’extérieur les 4 Portes de la ville, San Giacomo, Sant’Egidio, Santa Maria et San Florido.
On n’oubliera pas les nombreux aspects de la vie religieuse de Città di Castello, depuis la condamnation de plusieurs citoyens pour conversion au protestantisme (la ville fait partie des domaines de l’Église) jusqu’à la sainte toujours honorée aujourd’hui, santa Veronica (nom civil: Orsola) Giuliani (1660-1727), la grande mystique de la Croix, qui entre en 1677 chez les Clarisses dont elle devint l’abbesse ; elle reçut les stigmates. La hiérarchie catholique se méfia de ses extases, la fit surveiller et l’obligea à rédiger son journal quotidien ; finalement on réussit à la récupérer, on la béatifia en 1801 et on la canonisa en 1839, tandis qu’au lendemain de sa mort, le médecin légiste qui l’autopsia trouva gravées dans son cœur toutes les marques de la Passion du Christ, dit-il ; mais sa mystique était peut-être aussi une réaction contre les cruautés de l’Inquisition de son Église : le 26 mai 1569, Bartolomeo Bartocci et plusieurs autres citoyens de Città di Castello convertis au protestantisme furent arrêtés, torturés et condamnés au bûcher, leurs cendres dispersées au vent.
12) Umbertide
Cette petite ville d’aujourd’hui environ 16.000 habitants est en réalité un ancien lieu stratégique au confluent du Tibre et de son affluent, la Reggia. Ce fut donc toujours un lieu fortifié au croisement des routes Arezzo-Perugia et Perugia-Gubbio. Ce fut d‘abord un avant-poste des défenses de Perugia appelé Fratta (Fracta filiorum Uberti), château fondé au Xe siècle par un fils d'Uberto (ou Umberto), le fils de Ugo (880-947), marquis de Provence, roi d’Italie de 926 à 947 chassé par Bérenger II (Berengario, 900-966), marquis d’Ivrea. Giocchino Rossini avait commencé sur le roi Ugo un opéra qu’il ne termina jamais. Pline avait déjà signalé en ce lieu l’existence d’un village, Pitulum, peut-être détruit par les Goths. On a encore aujourd’hui les restes d’un village romain voisin, Pitulum Mergens. Les fouilles ont permis de retrouver sur le proche Monte Acuto des « bronzetti » étrusques du VIe siècle’ av.J.C.(Cf. photo ci-après).
À l’âge du bronze, le site fut occupé par les Ombriens, dont on a retrouvé des traces sur le Monte Acuto. le Romains s’y installèrent, puis la ville fut abandonnée et reconstruite à partir du IXe siècle. Le premier document historique est le traité de soumission à Perugia signé en 1189 par le marquis Ugolino, seigneur de Fratta. Le lieu fut ensuite disputé entre l’Église et Perugia, et resta en possession de l’Église jusqu’en 1860. Le nom de Fratta est ensuite changé en Umbertide en honneur du Prince Humbert, et du souvenir historique de Umberton en 1863. Les bombardement de 1944 détruisent une partie du quartier médiéval et le pont sur le Tibre.
Depuis la guerre, Umbertide est devenu un centre historique encore entouré d’un partie de ses murailles, et un centre industriel (mécanique, tissus, emballages, peintures, céramiques industrielles, tabac, agriculture biologique, truffes …) et commercial.La gastronomie d’Umbertide est excellente, souvent à base de truffes. L’ambrecciata est une soupe de légumes et de céréales, avec des châtaignes rôties dans la saison ; la parmigiana di gobbi est préparée avec des feuilles de gobbo, c’est-à-dire de cardons ou d’artichauts de la région, bouillies et frites avec de la farine et des œufs puis passées au four avec de la béchamelle et du jus de tomates.
Visite de la ville
On peut partir de la Piazza Mazzini, dominée par Santa Maria della Reggia et par la Rocca, de chaque côté du torrent.
Santa Maria della Reggia est construite entre 1559 et 1640, commencée par Galeazzo Alessi et Giulio Danti, achevée par Bino Sotil, Mariotto da Cortona, Rutilio et Bernardino Sermigni, pour abriter une image miraculeuse de la Vierge. C’est une construction originale octogonale à l’extérieur et circulaire à l’intérieur, de 22 m. de diamètre et 40 m. de hauteur. La coupole est soutenue par 16 colonnes détachées du mur, le pavement est de terre cuite polychrome. Elle contient entre autres un tableau de Pomarancio (Niccolò Circignani, 1530-1597) de 1578, une Ascension au ciel avec trois saints et l’Évêque (Ci-contre à gauche).
La Rocca est une puissante construction de 1374 ou 1386, encore agrandie au XVe siècle avec une grande tour carrée haute de 31,60 m. et de 7,60 m. de côté, et deux petits donjons circulaires à côté d’un autre carré. Les murs ont 2,20 m. d’épaisseur. De 1814 à 1923, elle fut une prison. Elle a été restaurée de 1984 à 1986, et la Commune y a installé un Centre d’Art Contemporain, où sont régulièrement présentées des expositions. La Rocca est le symbole de la ville.
Sur la Piazza Matteotti se trouve le Palazzo comunale, dans un édifice du XVIIe siècle autrefois habité par une grande famille nobiliaire. En suivant la via Cibo, on arrive Piazza San Francesco après avoir traversé la voie ferrée instituée entre 1886 et 1915. La place est un milieu médiéval fermé à gauche par trois églises, l’ex-Santa Croce, église baroque de 1610 transformée en Musée (la Déposition de la Croix de Luca Signorelli de 1516) et en salle de concerts, San Francesco, église du XIVe siècle ornée d’un portail surmonté d’un arc trilobé. L’intérieur est de style gothique franciscain à deux nefs, et San Bernardino, de 1426 et 1556, restructurée en 1768.
13) Montone, la Rocca d’Aries et Pietralunga
C’est un autre petit village ombrien où il est le plus agréable de passer des vacances, bourg fortifié du Moyen-Âge parfaitement conservé à l’intérieur de ses murailles puissantes, à l’extérieur desquelles on doit garer sa voiture. Il fait partie du Club des Cent plus beaux villages d’Italie.
Montone est d’origine médiévale. Mais, bien avant la route était connue des Romains et probablement des populations primitives de la zone : sur la route de Tifernum Tiberinum (Città di Castello) à Eugubium (Gubbio) avaient été construits des châteaux comme la Rocca d’Aries (l’ariete est il montone = le mouton, d’où le nom de la commune créée plus tard, Montone). Ce sont probablement les Fortebracci qui ont construit la forteresse médiévale sur les ruines des anciennes constructions : la forteresse est ensuite disputée entre Perugia, Città di Castello, Gubbio, Arezzo, Florence, le pape, les familles Fortebracci, ou Bentivoglio et ne trouve son indépendance qu’au XVIe siècle, possession de la famille Della Porta jusqu’à revenir aujourd’hui à la Région d’Ombrie. C’est une grande forteresse quadrangulaire avec une tour ronde d’un côté. Elle doit donc son nom au mouton, ou, dit-on parfois, à celui d’un compagnon d’Énée évoqué dans l’Iliade d’Homère et dans le 5e Livre de l’Énéide de Virgile. De Montone on peut y faire une agréable promenade à pied de 6 kms.
Fondée autour du Xe siècle, Montone, propriété de Perugia, a cependant ses statuts indépendants dès 1121, qualifiée de « castrum » doté d’un « castaldo » (une sorte d’intendant), mais, sans apporter de preuves, Braccio da Montone affirma en 1410 que ses ancêtres avaient fondé la ville 600 ans auparavant soit vers l’an 800. Suivirent plusieurs siècles de luttes entre le pape et l’empereur, l’empereur et les communes, les petits seigneurs entre eux, Città di Castello contre Perugia, jusqu’à ce qu’en 1249, le fils d’Oddone Fortebraccio promît à Perugia de lui rapporter la possession de Montone, et y réussit contre la famille des Olivi.Dominante à Montone depuis environ 1200, la famille Fortebracci (ou Fortebraccio), ennoblie depuis les débuts du XIIIe siècle, s’en empara peu à peu. Le plus célèbre fut le grand condottiero Andrea (dit Braccio) Fortebracci da Montone (1368-1424), grand chef de guerre, généralement contre les armées pontificales (par son souci de l’indépendance de Perugia par rapport à l’État pontifical), ce qui poussa les guelfes à lui faire une réputation d’homme cruel et impie sans jamais le prouver. Il meurt excommunié après la bataille de l’Aquila, gagnée au service d’Alphonse V d’Aragon, qui lui remit pour sa victoire le fief de Capoue et Foggia. C’était le temps où le sort des petites seigneuries reposait sur les « compagnie di ventura » et sur leur condottiero.
Grand stratège militaire, Braccio préféra toujours l’usage de la cavalerie plus dynamique, privilégiant les affrontements en pleine campagne aux longs assauts des villes. Il eut toujours comme objectif politique de former un État en Italie centrale indépendant du pape. Mais à partir de la prise de possession par le pape Sixte IV en 1477, la ville ne fit que s’appauvrir et se dépeupler jusqu’à la reprise d’aujourd’hui, grâce à l’agriculture, à l’artisanat et au tourisme.
Le fils de Braccio, Carlo, suivit son exemple et fut confirmé comme Comte de Montone. En 1473, ayant aidé la République de Venise à repousser les Turcs, il reçut en récompense une épine de la couronne du Christ, qu’il remit à Montone, où elle est encore honorée chaque année, le lundi de Pâques et l’avant-dernier dimanche d’août, fête patronnée par l’UNESCO depuis 2007. La fête est toujours grandiose et fait s’affronter pendant trois jours les trois quartiers de Montone dans des exercices de tir à l’arc ou de reconstitution de scènes de la vie médiévale (image ci-contre à droite).
On connaît l’histoire de la couronne d’épines du Christ : la légende veut qu’elle fut retrouvée avec la Croix par sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin, qui l’aurait apportée à Rome en 323. On n’en sait presque plus rien jusqu’en 1204 où on la retrouve à Constantinople. À partir du XIIIe siècle, le culte de reliques se développe, et un véritable marché se met en place favorisant toutes les falsifications. La couronne passa alors des Vénitiens à l’empereur Baldovino II de Constantinople, puis à Paris au roi saint Louis IX, qui fait construire la Sante Chapelle en 1248 pour l’abriter. La couronne est aujourd’hui à Notre Dame de Paris … mais n’a plus d’épines. Celle de Montone, gardée par les sœurs du Couvent de sainte Agnès depuis 1798, avait provoqué tant de pèlerinages qu’il fallut en dédoubler l’ostension.
Visite de Montone
On laisse la voiture le long des remparts, on entre par la Porta di Borgo (n. 4 en haut à gauche) et on arrive à Piazza Fortebraccio sur laquelle se trouvent le Palazzo Comunale (n. 5), ancienne résidence féodale, et la Chiesa Santa Croce (n.6), une des plus anciennes, construite par les Bénédictins du Monastère de San Bartolomeo di Camporeggiano, à partir de 1170 ; aujourd’hui, elle est consacrée au Bureau de Poste. Son originalité est sa couverture à double pente et sa façade romane avec un portail doté d’une architrave au-dessus de l’entrée et d’une fenêtre rectangulaire à la place de la rosace (n. 6 - Image ci-contre à droite). par une rue en partie en escalier, on monte à l’église de San Francesco, avec un panorama splendide sur la vallée et les collines environnantes.
L’église a été érigée à partir de 1308 sur l’emplacement de l’ancien château de Carpineto, un des six qui contrôlaient la vallée. Elle est typique des églises de l’ordre franciscain, à nef unique, abside polygonale et couverture « a capriata », en chevrons de bois horizontaux qui supportent de pans inclinés (Cf.ci-contre à gauche une capriata). L’ensemble de l’église a été décoré de fresques des XIVe et XVe siècles sur la vie de François d’Assise (Antonio Alberti da Ferrara), et contient des œuvres en bois marquetées comme le banc des magistrats (motifs inspirés des grotesques), le choeur et la chaire. L’église est maintenant le centre du Musée adjacent, avec quelques peintures dont celle de Bartolomeo Caporali, La Vierge de la Miséricorde (1482) dont le bas est une vue intéressante de la Montone de l’époque (ci-dessous à gauche). C’est un étendard de protection contre la peste selon la tradition ombrienne (on y voit un squelette armé d’une faux qui symbolise la mort) et la Vierge ouvre son manteau pour protéger les fidèles des flèches meurtrières. Les saints de gauche sont Sébastien (protecteur de la peste), François, Blaise (protecteur de la gorge et des cardeurs de laine), et ceux de droite Nicolas (protecteur des marchands et commerçants) et Bernardin (protecteur des malades des poumons) avec ean-Baptiste protecteur de Montone, Saint Grégoire et Antoine de Padoue. Une autre œuvre de Caporali est son Annonciation d’environ 1500 (Ci-desous au centre).
Un musée ethnologique, Il tamburo parlante , est joint à l’ensemble. Une partie de l’ancien couvent est aménagé en appartements pour les touristes.
Il faut surtout se promener dans Montone, ses rues en escaliers, monter jusqu’aux ruines de la Rocca, détruite en 1478 sur ordre du pape Sixte IV, près desquelles se trouve le Couvent de Sainte Catherine, siège des Archives Municipales et la Collégiale Sainte Marie et Saint Grégoire le Grand. On peut rentre par Porta di Borgo (ci-dessous à gauche), visiter les boutiques d’artisans insérées dans les murailles et revenir de l’autre côté par la Porta del Verziere (ci-dessous à droite).
Pietralunga
De Montone, monter jusqu’à Pietralunga, une localité à cheval entre les Apennins tyrrhéniens et les Apennins adriatiques. On laisse sur la gauche la route qui conduit à la Rocca d’Aries, et au milieu des forêts on arrive à Pietralunga, sur une colline de 556 m. au milieu de montagnes plus hautes (Monte Nerone, 1556 m., Monte Catria, 1702 m.). Le territoire est traversé par deux torrents, le Carpina, affluent du Tibre, et le Carpinella.
C’est une petite ville de 2102 habitants d’origine très ancienne : on y a trouvé une flûte étrusque taillée dans un tibia humain (Musée archéologique de Perugia), et il y a des traces de « castellieri », petits villages protohistoriques. Le centre urbain est créé par les Ombriens sous le nom de Tufi et développé entre le IVe et le IIIe siècles av.J.C. par les Celtes qui influencent beaucoup la formation du dialecte local.
Sous l’occupation romaine, elle devient Forum Julii Concupiensium, un municipium assez important pour que ses habitants soient cités par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle (Livre III, 113 : les concupienses, Édition Pléiade, 2013, p. 269). On retrouve de cette période des villas, des aqueducs, des routes (Cf. image ci-contre à gauche), des monnaies. Le territoire est christianisé par san Crescenziano, le légionnaire romain qui avait débarrassé Tifernum de son dragon, pour lequel on édifiera l’église de Pieve de’ Saddi. Détruite par les invasions barbares, la ville est reconstruite entre le VIe et le VIIIe siècle sous le nom de Plebs Tufiae, et plus tard Pratalunga pour célébrer ses paturages abondants et riches.
Pietralunga devient commune libre du XIe au XIVe siècles ; elle est marquée le 11 septembre 1334 par le « miracle de la hache » (Il miracolo della mannaia, un crucifix ancien aurait fait que la hache du bourreau qui allait couper la tête d’un homme condamné à tort vit sa lame se retourner sur elle-même). Ensuite, jusqu’en 1817 la ville dut se soumettre à Città di Castello, puis elle devint une commune italienne en 1886. Elle fut très active dans la Résistance au fascisme et au nazisme (la Brigata San Faustino).
Connus depuis l’époque romaine, les truffes de Pietralunga (tartufi bianchi du nom de Trifola, d’hiver, de mars et d‘automne) alimentent la cuisine locale, font l’objet de deux marchés annuels et sont exportés dans de nombreux pays. Un autre produit local est la pomme de terre blanche de Pietralunga, d’un goût particulier qui est à la base de gnocchis aux truffes. On produit aussi maintenant le Visner une liqueru à base de cerises sauvages.
Visite de la ville
On commence par la Rocca, construction longobarde du VIIIe siècle, siège d’un « gastaldo ». Elle avait un donjon (il casséro), les logements des soldats, les cuisines, les écuries, un puits. À gauche de l’image de droite, les restes de la porte d’entrée.Autrefois la Rocca assurait aussi la protection d’une des portes d’entrée de la ville. On en voit encore une autre, la Porta del Cassino, ainsi appelée pour la guérite qui en assurait la défense (garitta ou cassino) (Ci-contre à gauche).Sur la place se trouve le Palais Communal, que fait construite Mgr Giulio Vitelli entre 1498 et 1502 comme Palais de l’Archiprêtre, utilisé ensuite comme siège des Chevaliers de l’Ordre de Malte jusqu’en 1888, et aujourd’hui Mairie
À côté on voit sur la photo la Pieve di Santa Maria, église paroissiale de Pietralunga, fondée entre le VIe et le VIIIe siècles. La façade actuelle sur la place était autrefois l’abside.
L’église, romane à l’origine est à nef unique, contient la fresque de Raffaelino del Colle (1490-1566), Le Martyre de Saint Sébastien (à gauche). C’était un élève de Raphaël. On a déposé aussi dans la Pieve une copie du Polyptique d’Ottaviano Nelli (1375-1444), peint en 1403 à l’église de Sant’Agostino de Pietralunga pour la paix de l’âme d’un certain Pietro Corsutio ; le tableau est aujourd’hui à la Galerie Nationale de l’Ombrie de Perugia. Il est composé de cinq panneaux de bois : au centre la Vierge, avec une Trinité au-dessus de sa tête, à sa gauche saint Paul puis sainte Catherine d’Alexandrie et à sa droite saint Augustin et saint Antoine Abbé. Le clocher est de 1933.
En partant de la place ci-contre, allez vous promener dans le village, souvent en escalier, comme le Scalettte Santa Maria, de 1599 (Ci-contre à gauche) ou cette petite rue du centre (ci-contre à droite), vous aurez l’impression de vous retrouver mille ans en arrière.
En face du Palais Communal le Palazzo Fiorucci, construit en 1612 sur les murs de la ville par Giovan Giacomo Fiorucci Le Magnifique et par son frère Don Orazio, archiprêtre de Pieralunga (Ci-contre à droite). L’origine du nom est amusant : en 1442, mourut un noble de la ville, Biagio di Meo, à 42 ans et laissant trois petits enfants. Sa femme Fiammetta, pour montrer l’amour qu’elle avait pour ses fils, fit graver sur la cheminée de sa maison trois fleurs tenuées par leur tige par une main féminine, et on appela cette femme « La Fioruccia ». C’était le temps où les nobles faisaient construire dans leurs châteaux de grandes cheminées ornées de tous leurs blasons. Le nom resta et en 1510, les trois fils le reprirent comme nom de famille, Fiorucci. Depuis cette famille s’est multipliée et les Fiorucci se sont parsemés dans le monde, au nombre de plus de 10.000.Le Palazzo del Capitano del Popolo (Ci-contre à droite) a été édifié au début du XVe siècle pour le Gouverneur de la Cittadelle et pour le Tribunal civil et pénal. Beaucoup d’autres palais se trouvent le long du corso Matteotti, les palais Felicchi, Bonori, Urbani, Martinelli, le Palazzo dell’Orologio sur la place Principe Amedeo, avec son horloge publique installée en 1645 (ci-dessous à droite). Le Bienheureux Buccio Bonori était né en 1323 ; chargé d’administrer la justice il devint évêque de1358 à 1374 et légat Pontifical.Dans la via dell’Ospedale, passez à l’ancien Hôpital, de 1756, maintenant Centre de Documentation Historique et Archives Historiques de Pietralunga (Ci-contre à gauche, via dell’Ospedale). Vous verrez au passage d’autres édifices comme le Palazzo del Gonfaloniere, dans la via del Forno, construction en forme de tour avec ses deux fenêtres en arc, qui était le siège du Gonfalonier (celui qui est gardien de l’étendard et qui gère la justice) et et du Camerlengo (gouverneur et parfois trésorier) (ci-contre à droite).
Vous remarquerez que beaucoup de rues portent encore le nom d’un métier, les artisans se regroupaient par rue, les Fabbri (forgerons), Macellai (Bouchers), Fornai (boulangers), Banca (Banque), Pellai (tanneurs, marchands de peaux), etc. Et vous pourrez apercevoir, Piazza del Carmine, la « porte des morts », un peu plus élevée et en communication avec l’étage par laquelle on sortait les cadavres (ci-contre à droite).
Hors les murs, vous pourrez visiter le Santuario della Madonna dei Rimedi, (ci-contre à gauche) édifié comme la Pieve aux VIIe et VIIIe siècles, sur le lieu d’un Couvent de religieuses où la Vierge serait apparue à un groupe de jeunes filles. Le sanctuaire devint par la suite un lieu de pèlerinage marial, et François d’Assise y aurait passé une nuit en se rendant à La Verna, sur la route importante qui passait à Pietralunga.
Un peu plus loin, à 12 kms de la ville, voyez la Pieve de’ Saddi, typique Basilique paléochrétienne, édifice rectangulaire à trois nefs séparées par des colonnes carrées massives, avec un plafond à chevrons et une abside semi-circulaire, sur une crypte, où se trouvait à l’origine la tombe de san Crescenziano, ornée d’un bas-relief le représentant alors qu’il tue le dragon. La tour est du IXe siècle (ci-contre à droite).
À 8 km de Pietralunga, passez aussi à Santa Maria delle Grazie, construite au XVI siècle sur une petite chapelle où, depuis des siècles les passagers de l’une des 4 routes qui passaient là vénéraient une fresque représentant la Vierge (ci-contre à gauche).
Vous trouverez d’autres monuments et d’autres promenades sur le site turismo.pietralunga.it. Pietralunga organise aussi de nombreuses fêtes, souvent en référence à des épisodes de l’histoire de la ville. Avec Montone, c’est vraiment une région de l’Italie où il est agréable d’aller passer quelques vacances (ci-dessus à droite le Monument au Partisan Ombrien, un rappel de l’esprit de Résistance de la région).
III. - L’Ombrie franciscaine
1) Assise
Assise a sans doute connu d’abord une implantation ombrienne, de l’époque villanovienne (IXe-VIIIe siècles av.J.C. ) et son nom pourrait venir d’un mot prélatin signifiant « la ville du faucon » ; la fréquentation est attestée dès l’âge de bronze jusqu’au VIe s. av. J.C. Elle est ensuite dominée par les Romains à partir de 399 av.J.C. sous le nom d’Asisium et elle devient municipe en 90 av.J.C. ; son nom pourrait aussi venir du latin et signifier «torrent » en référence au fleuve Assino ; la structure de la ville romaine est bien identifiable, édifiée en terrasses sur les pentes du mont Subasio, à la différence des autres villes ombriennes qui sont généralement au sommet de la colline ; elle est ceinte de murailles (fin IIe s.- début Ier s. av.J.C.), sur une voie de passage qui rejoignait la via Flaminia. Elle avait pour centre un Temple de Minerve bien conservé, du Ier s. av.J.C. Le Forum devait se trouver sous la Place de la Commune dans la zone de la cathédrale S Rufin, près de laquelle est encore visible un petit amphithéâtre occupé par des édifices médiévaux. Ces ruines sont aujourd’hui visitables. De l’autre côté du Tibre se trouvèrent les Étrusques différents par leur langue et leur culture, mais avec lesquels les rapports commerciaux furent probablement intenses.
La christianisation de la ville est réalisée par saint Rufin, évêque et martyr. La ville est saccagée par les Goths de Totila en 545 et après l’invasion longobarde de 568, Assise est intégrée dans le Duché de Spoleto. Les monastères masculins bénédictins s’installent de façon diffuse dans la montagne comme dans la plaine (Cf. ci-contre les restes de l’abbaye du mont Subasio, 1047) ; la seule construction à l’intérieur des murs est le prieuré de S. Paul de 1071 ; le monastère de S. Pierre n’est inséré dans les murs qu’au début du XIVe s. La forteresse existe déjà en 1173-4. S. Maria Maggiore est cathédrale jusqu’en 1036, date à laquelle l’évêque Ugone la fait transférer à S. Rufin, où sont installées les dépouilles de saint Rufin ; l’église n’est consacrée qu’en 1228.
Sujette à l’autorité impériale, Assise profite de la crise de l’empire de la fin du XIe s. pour instituer un gouvernement de Consuls et se déclarer commune libre de toute servitude féodale (décision capitulaire de 1210). Dans la forteresse résidait alors Corrado de Lützen, duc de Spoleto, homme étrange et cruel surnommé « l’Araignée dans la tête », placé là par l’empereur Henri IV. La reine impératrice Constance d’Avilla, la femme de Henri VI, y résida avec son fils le futur Frédéric II. En 1198, le pape Innocent III réclame le Duché et Assise, le territoire est rendu au pape et le peuple détruit la forteresse, reconstruite en 1367 à l’initiative du cardinal Egidio Albornoz et complété à partir de 1458. C’était une révolte antinobiliaire de bourgeois avides de conquérir le pouvoir jusqu’alors monopolisé par la noblesse ; l’insurrection fait tomber aussi les châteaux environnants. Parmi les nobles exilés figure la famille de Claire (Chiara Offreduccio di Favarone, 1194-1253). En 1202, Assise entre en guerre contre Perugia, sa rivale alliée aux nobles chassés de leurs terres. À la bataille de Collestrada, François est fait prisonnier pour un an.
L’évêque remplace le gouverneur impérial. Cette révolution communale ne change rien à la situation misérable des paysans, artisans, serviteurs, mais initie l’âge d’or des marchands qui prennent une place prépondérante dans les Conseils, avec les hommes de loi et quelques nobles pas trop compromis avec le régime féodal. Parmi ces marchands, se trouve le père de François, Pietro di Bernardone, commerçant en tissus de Normandie et des Flandres, taffetas, brocards, velours, qui a pour clientèle la classe dominante d’Assise.
Les espaces publics sont réorganisés en conséquence : Palais du Capitaine du Peuple à côté du Temple de Minerve, Tour du Peuple (1305), Palais des Prieurs (1338).
Mais le tournant dans l’histoire de la ville est dû au développement du culte de François d’Assise. Tout Assise dépend de François et la ville nous apparaît comme sa ville, ce qui est une erreur : les vrais témoignages de François sont dans les sites où il a passé sa vie. Mais à partir du XIIIe siècle, les pèlerins et les voyageurs ne virent souvent plus que la ville construite en l’honneur d’un François enfin récupéré par la hiérarchie dominante. Seul Goethe dédaigna les églises d’Assise, « les monstrueuses substructures des églises entassées, comme la tour de Babel, les unes au-dessus des autres » (Voir le texte en annexe) et ne s’intéressa qu’au Temple romain. Même le laïque Hippolyte Taine fut plein d’admirationpour les églises franciscaines et ne parla pratiquement jamais d’autre chose (voir son texte en annexe). Cela commença par Dante Alighieri quand il fait prononcer par Thomas d’Aquin l’éloge de François dans le Paradis (voir texte en annexe). Cela continua par Giosuè Carducci dans sa poésie sur Santa Maria degli Angeli (Voir en annexe).L’église destinée à contenir son tombeau est commencée dès 1228, hors les murs par le frère Élias après la mort de François, et conditionne le développement longitudinal de la ville, encore accru par la construction, à l’autre extrémité, de la basilique consacrée à sainte Claire, morte en 1253. L’enceinte est en conséquence agrandie en 1260 puis en 1316. L’Ordre franciscain, libéré des exigences de son fondateur, se développe très vite et prend un poids politique dominant : c’est ainsi qu’il obtient du pouvoir politique local en 1278 et qu’il fait confirmer dans la Constitution de 1319, qu’aucun legs et aucune vente d’édifices de la ville ne serait fait à d’autres ordres mendiants masculins que l’Ordre franciscain. Et l’église se mit alors à ressembler à une forteresse plus qu’à un monastère. La structure de la ville va alors se figer telle qu’elle est représentée dans le Gonfalon de la Peste de Niccolò Alunno, de 1468-1470, en bas du tableau (ci-contre à droite).
Pendant tout le XIVe s., Assise s’épuisa dans les luttes entre gibelins (qui s’emparent du gouvernement en 1319) et guelfes soutenus par Perugia (qui reconquiert la ville en 1322), et dans les luttes religieuses entre les Spirituels franciscains, qui voulaient rester fidèles à l’enseignement de François et les Conventuels appuyés par la cour pontificale d’Avignon, qui voulaient adoucir la règle de pauvreté et abolir l’interdiction de posséder des biens (Relisez Le nom de la rose, d’Umberto Eco).
En 1268, Bonaventure de Bagnoreggio fut élu ministre général de l’Ordre et rédigea une nouvelle biographie de François, achevée en 1263. Il renversait totalement la vision de François d’Assise entretenue par les premiers compagnons du saint, Léon, Ange et Rufin, et il donna une version officielle acceptable par l’institution (la « Legenda major ») qui devint la référence exclusive pour les fidèles comme pour les peintres : Bonaventure en accord avec le Chapitre général des frères de Paris de 1266 ordonne la destruction de tous les autres manuscrits de toutes les « Vies » de François écrites antérieurement. Ce n’est qu’au XIXe s. qu’on en retrouva quelques-unes, grâce au travail de recherche du protestant Paul Sabatier.L’Ordre suit désormais la voie tracée par Bonaventure : les Franciscains deviennent un Ordre «mendiant» qui vit de la charité du prochain, alors que François avait interdit de demander l’aumône pour ne pas voler la part des pauvres et avait obligé les frères à vivre du travail de leurs mains en aidant les paysans, en servant les autres, en soignant les lépreux et en vivant dans les léproseries. François avait interdit de recevoir de l’argent, mais seulement un peu de nourriture, il avait interdit les maisons en dur et n’autorisait que les cabanes de branchages et de boue. Il n’autorisait qu’une tunique avec un capuchon et une corde pour ceinture, de n’importe quelle couleur, pourvu qu’elle soit pauvre ; il aimait peu les uniformes. Au fond, il ne voulait pas que ses frères forment un groupe à part : « L’Église était jusqu’alors allée « vers » les pauvres ; François fit un changement de classe sociale et il se fit lui-même pauvre » (Giovanna Chiuini, Umbria, Touring Club Italiano, p. 266).
Le développement d’Assise se fit ensuite dans cette ligne : en 1472, le couvent de S. François est consolidé par le colossal éperon de soutènement sur la vallée ; en 1569, on commença l’édification de S. Maria degli Angeli, selon le projet de Galeazzo Alessi ; en 1571, la cathédrale S. Rufin est restaurée, détruisant tout l’intérieur roman ; en 1615, on édifie la Chiesa Nuova et toute une série de palais privés qui modifient l’aspect de la ville et contribuent à la diminution de la population résidente de 5780 habitants en 1573 à 2756 en 1699.
Le XIXe s. fut meurtrier pour Assise. À des fins de profit, on dispersa les oeuvres d’art meubles, et on détacha des fresques pour les vendre ; pour répondre à un renouveau du flux de pèlerins et de touristes à l’occasion de l’exhumation des corps de François (1818) et de Claire (1850), on construisit les premiers grands hôtels (Subasio, Giotto, Windsor-Savoie ...) indifférents à l’environnement. Pour le VIIe centenaire de la mort de François en 1926, on prit l’habitude de construire des édifices en faux roman ou faux gothique (Convitto Nazionale, Piazza Nuova en 1923-5 ; Palais des Postes, place de la Commune en 1926 ; Séminaire régional en 1930 ...). On décortiqua même des façades existantes pour les « médiévaliser ». Seul le nouveau Plan Régulateur Général de 1956-1973 tenta d’endiguer le phénomène, sans grand succès. Aujourd’hui, le centre historique est plus un musée et un centre commercial qu’une vraie ville, la population en est de 3600 personnes sur le total des 26.000 habitants de la Commune, qui sont allés peupler les villages environnants actifs et industrialisés (alimentation, bonneterie, produits manufacturés, fer forgé, broderie : le « point d’Assise »). Le tourisme, même religieux, a souvent fait d’Assise un grand site commercial : il y a maintenant un « Restaurant Sainte Claire », une oenothèque « saint -Pierre », un restaurant « Buca di San Francesco », un hôtel « Sorella Luna », et j’ai vu il y a quelques années une enseigne représentant des moines gras faisant cuire de la viande …
2) Visite de la ville
De la Place Supérieure, devant la Basilique, prendre la via S. Francesco, artère principale ouverte au moyen âge pour relier la piazza Grande à la basilique alors hors les murs. C’est là que furent installés les hôpitaux et l’hospice pour les pèlerins, mais aucune église : en 1265, Clément IV interdit toute construction d’église dans un périmètre de 750 m. de la basilique.Au 19A, palais Bernabei (milieu XVe s.), ancienne résidence de l’évêque Sperelli de Sanseverino, aujourd’hui siège d’un Musée Franciscain, puis quelques maisons d’aspect médiéval, certaines avec une «porte des morts ». À g., la Loggia dei maestri comacini (siège des constructeurs lombards, XIIIe s. remaniée au XVe S.). Faire un tour dans le vicolo S. Andrea jusqu’à la petite église S. Marguerite (XIIIe s.) : quartier médiéval suggestif et vue sur la basilique.Au N. 12, palais Giacobetti (XVIIe s.) qui contient la Bibliothèque municipale, et en face l’Oratoire des pèlerins (1457, ancienne chapelle de l’hôpital, ornée de très belles fresques de 1468 de Matteo da Gualdo). Au N. 8, palais Bindangoli, refait sur le modèle médiéval au XVIe s., puis Portico del Monte Frumentario, portique du plus ancien hôpital de la ville (1267). À côté, fontaine Oliviera (1570).
On continue par la via del Seminario en passant sous l’arco del Seminario (cf. image à droite), limite des anciennes murailles romaines ; à dr., Séminaire (transformé au XVIIIe s.) ; à g. le Collège missionnaire théologique des Frères Mineurs Conventuels (1911), puis la petite place Verdi où se trouve le Théâtre Communal Métastase (1836). La rue se prolonge par la via Fortini, sur le tracé de l’ancienne rue romaine, puis rejoint via della Portica et le Museo Civico installé dans les années ’30 du XXe s. dans la crypte S. Niccolò (1097) démolie en 1926 pour la construction du palais des Postes. C’est dans cette église que, selon la tradition, François et Bernard de Quintavalle eurent confirmation de leur mission en interrogeant 3 fois l’Évangile avec le rite « Sortes apostolorum » (on ouvre 3 fois le livre et s’il s’ouvre à la même page, c’est l’indication de la voie à suivre !).
On entre dans l’aire archéologique qui s’étend sous l’actuelle piazza del Comune : Temple de Minerve et terrasse (IIe s. av.J.C.), visible du couloir intérieur du Musée.Piazza del Comune (ou Piazza Grande), précédée à g. par la fontaine Portica ; elle est refaite en 1926 (sur la dernière arcade, chaire d’où prêcha S. Bernardin de Sienne en 1425). C’était la place du Marché, la place du Peuple, bordée par les résidences de l’aristocratie féodale qui sont démolies au moment de la révolution bourgeoise et remplacées à partir de 1212 par les édifices communaux. Les Consuls s’installent d’abord dans la « cella » du Temple de Minerve pour marquer le lien entre la République romaine et la commune médiévale ; puis sont construits successivement la Tour du Peuple, le palais du Capitaine du Peuple (avant 1282) et le palais des Prieurs :
* Temple de Minerve : construit avant l’époque d’Auguste (3e quart du Ier s. av. J.C.) ; c’est un des édifices romains les mieux conservés, temple hexastyle (= à 6 colonnes) corinthien. La « cella », d’abord transformée en église (San Donato), fut remise aux Bénédictins, puis à la Commune qui installa la prison au rez-de-chaussée et les salles de réunion au 1er étage ; elle redevient une église en 1456 (Santa Maria sopra Minerva depuis 1539) ; la voûte est décorée au XVIIIe s. par Francesco Appiani. (Voir texte de Goethe en annexe).
* Palais du Capitaine du Peuple à g. du Temple ; on y ajoute les créneaux en 1927. À la base de la Tour du Peuple, mesure des briques et des tuiles utilisée en 1348.
* Palais des Prieurs , sur le côté sud, complété en 1493 par un bâtiment destiné au gouverneur apostolique et au Mont de Piété. Sous le palais, à dr. se trouve la « volta pinta », passage voûté orné de grotesques (1556) qui donnait accès au bordel communal, puis devint centre du marché des céréales. Le palais a été gravement endommagé par le tremblement de terre de 1997. Au rez-de-chaussée est installée la Pinacothèque communale consacrée aux fresques détachées des églises, oratoires, etc. (maintenant au 10, via S. Francesco).
En descendant à g. du palais, sous la rue de l’arc des Prieurs, on arrive à la Chiesa Nuova (1615, édifiée aux frais de Philippe II d’Espagne sur les restes supposés de la maison du père de François. Intérieur entièrement décoré de peintures murales). Plus bas, oratoire de S. Francesco Piccolino qui se dresse sur une étable où une légende raconte que la mère de François s’était réfugiée pour accoucher (autre exemple d’assimilation au Christ, dans la ligne de S. Bonaventure).
En continuant par les ruelles ou par le corso Mazzini, la rue la plus animée de la ville, on arrive à la basilique Santa Chiara.
De la place S. Chiara (Ci-contre à droite, au centre fontaine de 1872), vue sur la Valle Umbra et sur la Rocca. Avant la construction de la basilique en 1257, la place était bordée par l’église et l’hôpital San Giorgio (1111), à côté de laquelle se serait trouvée l’école fréquentée par François enfant. C’est là que fut déposé le corps de François et qu’advint en 1228 la canonisation ; c’est aussi là que fut déposé le corps de Claire morte à San Damiano en 1253. De Santa Chiara, remonter à la cathédrale San Rufino. La place pourrait être l’emplacement du Forum romain et en tout cas d’un temple romain. Une ancienne basilique aurait abrité en 412 le corps de saint Rufin ( ? -238-239), ou martyr contemporain de S. Apollinaire de Ravenne (1er siècle). Quand l’évêque Ugone voulut le transférer dans la cathédrale Santa Maria Maggiore, le peuple s’y opposa, et il l’emporta dans le « tir à la corde » de la bière du saint qui resta donc à S. Rufin, construite depuis le VIIIe siècle, que l’évêque dut consacrer comme cathédrale en 1036 ! Elle est reconstruite à partir de 1140, mais consacrée seulement en 1253.
* Façade de style roman ombrien typique, avec un clocher roman de la précédente église, décoré en haut par deux fenêtres géminées.
Elle est divisée en trois parties ; la partie inférieure a trois portails flanqués de lions et de griffons, dont le portail central a une frette (un archivolte = una ghiera) à trois lunettes, le Christ sur le trône entre le soleil, la lune et la Vierge allaitant Rufin, entre des oiseaux qui s’abreuvent et des lions. La partie médiane a trois rosaces. La troisième partie est un couronnement triangulaire avec un arc gothique à l’intérieur
* Intérieur : plan basilical à 3 nefs divisé par des piliers, rénové en 1571 par Galeazzo Alessi (1512-1572). Le long des nefs, les dix autels sont séparés par des prophètes. Au début de la nef droite, fonts baptismaux (ci-dessous à g.) dans lesquels furent baptisés François, Claire, et peut-être Frédéric II de Souabe en 1197. Dans l’abside, choeur en bois sculpté de 1520 ; au centre, grand orgue du XIXe s.
* Sacristie : par une petite porte à g., on descend dans l’oratoire de S. François où le saint priait avant de prêcher au peuple dans la cathédrale.
On peut remonter face à S. Rufin jusqu’à la petite église Santa Maria delle Rose, construite bien avant le XIIe siècle sur un ancien temple circulaire, sur le mur romain qui est derrière le Temple de Minerve. On se retrouve alors derrière la Piazza Grande (Cf. image ci-contre à dr.).
Des ruelles médiévales, que leur marginalité par rapport au centre a permis de garder presque intactes depuis le XIIIe siècle, conduisent jusqu’à la Porta Perlici (ci-contre à g.), ouverte dans le Nord de l’enceinte en 1316. De là les bons marcheurs peuvent monter à la Rocca Maggiore, l’ancienne forteresse de la féodalité germanique, connue à partir de 1173-74, détruite par la révolte populaire de 1198, reconstruite par le cardinal Albornoz en 1356 et aménagée par Pie II et Sixte IV. Le cardinal renforce encore les fortifications en raccordant la Rocca Maggiore avec la Rocca Minore, plus à l’Ouest, par des murailles. Très belle vue sur la ville et sur la vallée.
On peut voir plusieurs autres portes d’Assise :
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D’abord au Sud la Porta San Francesco, par laquelle on arrive à la Basilique (ci-contre à g.).
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Vient ensuite la Porta San Pietro, qui fait partie des anciennes murailles du XIVe siècle, et qui conduit à l’ancienne abbaye bénédictine San Pietro, des Xe et XIe siècles, aujourd’hui Musée sur Saint François et la crèche, contenant aussi des sculptures modernes (ci-contre à dr.).
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Toujours au Sud, la Porta del Sementone et la Porta Moiano (l’ancien Mons Iani, le Mont de Janus, qui laisse supposer qu’il y eut ici un Temple à Janus).
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Tout en bas à droite, on arrive à la Porta Nuova, par laquelle on se rend à San Damiano.
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Puis au Nord, la Porta San Giacomo se trouve au-dessus de l’ancien quartier des nobles, que la révolte de 1198 avait détruit.
Plus bas, en redescendant par la via Metastasio (maison du père de Pietro Metastasio, 1698–1782), puis par la via S. Paolo, on trouve la petite église San Paolo, de 1071.
L’importance et la conservation des Portes révèlent la rénovation urbaine du XIVe siècle, quand la ville devient vraiment la ville de Saint Francois. Promenez-vous dans la ville ancienne, parcourez ses petites rues souvent en escalier, car elle est à flanc de montagne, par exemple entre San Rufino et Santa Chiara, et surtout ne vous contentez pas de visiter la basilique, n’oubliez pas les lieux franciscains.
3) Les Basiliques
a) S. Francesco
« Que les frères se gardent bien de recevoir, sous aucun prétexte, ni églises ni humbles demeures, ni tout ce que l’on construit pour eux, si cela n’est pas conforme à la sainte pauvreté que nous avons promise dans la Règle ; qu’ils y séjournent toujours comme des hôtes de passage, comme des étrangers et des pèlerins » (François d’Assise, Testament, dicté en 1226 à la veille de sa mort). Le Statut général de 1260 rappelait cette règle en l’atténuant. La transgression de la règle voulue par François est évidente si l’on considère la masse exceptionnelle de la basilique et du couvent ; la justification fut que l’église et son ornementation devaient servir à l’édification et à l’instruction des fidèles.
En 1227, frère Elie, nommé par François vicaire général de l’Ordre, fut chargé par Ugolino di Segni, protecteur de l’Ordre et bientôt pape (Grégoire IX, 1145-1227-1241) de promouvoir une « specialis ecclesia » comme église tombale du saint et « caput et mater » de l’Ordre. Le pape pose la première pierre le 17 juillet 1228, le lendemain de la canonisation de François ; la basilique inférieure, pour la tombe de François, est terminée en 1230. L’ensemble est consacré en 1253 par Innocent IV. En 1241 avait été élu général de l’Ordre l’Anglais Aymone de Faversham, qui fait venir de la main-d’oeuvre des pays du Nord des Alpes, ce qui explique les formes du gothique français de l’Église supérieure. En 1367, la chapelle de S. Catherine achève l’édifice.Le tremblement de terre de 1997 provoqua la chute de 180 m2 de fresques réduites en 400.000 fragments, dont 120.000 pour le seul S. Matthieu de Cimabue. La restauration en est presque achevée. ... Il y eut aussi 4 morts dans la basilique, et en Ombrie et Marches, 80.000 maisons détruites, des milliers de réfugiés logés sous des tentes. On en parle moins ...
Structure de l’église inférieure : Intérieur en croix égyptienne, bon exemple de ce gothique italien plein d’austérité romane : l’église inférieure, à dominante romane, recouvre le tombeau de François, elle veut donner l’impression d’une crypte plongée dans la pénombre, en opposition à la lumière de l’église supérieure, à dominante gothique, destinée à prêcher la lumière du salut apportée par François. La nef est divisée en 5 travées par des arcades basses en plein cintre ; voûtes à nervures dans la nef et en berceau dans le transept. La première travée, plus large, forme un narthex. Sur les côtés, de grands arcs brisés donnent accès aux chapelles.
1) Chapelle de S. Sébastien (1646), 2) Vierge de la Santé avec les s. Antoine abbé, François et Rufin (Ottaviano Nelli, 1462), 3) Sépulcre gothique (XIVe s.) peut-être d’une reine de Chypre (vase en porphyre) ou de Philippe I de Courtenay, empereur latin de Constantinople, 4) Chaire ou tribune de chantres (1458) ; sur le devant, 5 miroirs ornés d’incrustations de marbre blanc et rose du Subasio ; au-dessus, trois bulles papales se référant aux privilèges de la basilique, 5) Sépulcre de Jean de Brienne, roi de Jérusalem et empereur de Constantinople (fin XIIIe s.). Dans la partie postérieure de la travée, fresques de Cesare Sermei (1645). 6) Chapelle de S. Antoine Abbé (tombes des ducs de Spoleto), 7) Cimetière.8) Chapelle de S Catherine d’Alexandrie (fresques et vitraux d’Andrea da Bologna, vers 1368).
MURS DE LA NEF : Fresques du Maître de S. François (1253), en partie détruites par l’ouverture des chapelles latérales : à dr., Histoires du Christ, à g., Histoires de S. François, oeuvre d’un artiste ombrien dit « le Maître de S. François ». Voûtes en croisillon peintes en bleu avec de grandes étoiles blanches.9) Descente à la crypte (au centre de l’église), où fut retrouvé en 1818 le corps de François (urne de pierre au-dessus de l’autel). Dans les niches, corps des frères Léon, Rufin, Massée et Ange, et de la bienheureuse Jacopa dei Settesoli. La construction du sacellum de François est achevée en 1924.10) Chapelle des S. Ludovic et Étienne, 11) Chapelle de S. Antoine de Padoue (fresques de Cesare Sermei, 1610 : S. Antoine prêche devant le pape et fait agenouiller une mule devant le S. Sacrement).12) Chapelle de la Madeleine : fresques de Giotto (1305). Sur l’archivolte : Saints (Catherine, Agathe, André, Georges, Pierre, Matthieu, Agnès, Rose, Nicolas, Paul ermite, Paul apôtre, Antoine abbé). Sur la voûte : Jésus, Marie-Madeleine, Marie, Lazare. Sur la paroi gauche, de bas en haut : Tebaldo Pontano protégé par S. Rufin, Repas chez le Pharisien, Résurrection de Lazare, Communion et montée au ciel de Madeleine. Sur la paroi droite : Portrait de Pierre de Bar, le cardinal français qui a commandité la chapelle, au pied de Madeleine, Noli me tangere, Madeleine à Marseille et la princesse morte, Madeleine en conversation avec les anges. Sur l’arc d’entrée : Madeleine dans la grotte habillée par Zosime.13) Grand autel (1253). Sur les retombées (le « vele ») de la voûte, fresques attribuées à Giotto et surtout à ses élèves, dont celui qui est appelé le « Maestro delle vele » (avant 1322) : Réalisées selon un programme destiné à montrer la conformité entre François et Jésus, programme ambigu qui manifeste à la fois la grandeur exceptionnelle de François et l’impossibilité qu’il y a à l’imiter, à suivre une règle si dure, une pauvreté si totale...
a) Allégorie de la Pauvreté : au centre, figure de la Pauvreté, à ses pieds des ronces qui derrière elle se transforment en roses ; le Christ lui tient la main droite et la tend vers François son époux dont elle reçoit l’anneau, qu’elle passe à l’Espérance, tandis que la Charité, ceinte de roses, offre son coeur aux époux. Sur les côtés, 2 groupes d’anges ; angle gauche : un jeune homme offre son manteau à un pauvre ; angle droit : 3 jeunes gens (Orgueil, Envie, Avarice) dédaignent la Pauvreté. Aux pieds des époux, un chien aboie, un enfant jette un caillou, un autre frappe la Pauvreté avec un bâton ; au-dessus, un ange tend à Dieu un vêtement à ornements dorés, un autre les biens terrestres symbolisés par un édifice (ci-dessous)
b) Allégorie de la Chasteté : dans une tour crénelée avec un étendard blanc, symbole de pureté, se trouve la Chasteté à laquelle 2 anges présentent le diadème et la palme. La Pureté et la Force se penchent des remparts pour remettre une bannière blanche et un écu doré à un jeune homme qui se purifie pour entrer dans la forteresse. Des guerriers vénérables gardent les angles du château. À g. S. François suivi de 2 anges invite à rentrer 3 personnages, Dante (tertiaire franciscain), un frère mineur et une clarisse. Les 5 vierges prudentes de l’Évangile suivent François pour offrir la croix aux arrivants. Angle dr. : la Pénitence et 3 anges mettent en fuite Amour, Concupiscence, Impureté et Mort.
c) Allégorie de l’Obéissance : Sous une loggia, l’Obéissance lève l’index pour imposer le silence et met un joug à un frère agenouillé. Sur les côtés, la Prudence bifrons avec compas, miroir et astrolabe et l’Humilité avec un cierge, sous laquelle un ange interdit l’entrée à un Centaure, symbole d’orgueil ; près de la Prudence, un couple demande à être soumis au joug. Sur les côtés de la loggia, 2 groupes d’anges, dont les premiers tiennent le « rhyton », corne de l’huile sacrée qui servait à oindre les rois (qui accepte le joug a droit au royaume des cieux, parce que souverain de lui-même). Sur le toit de la loggia, François porte un joug attaché par une corde reliée aux mains de Dieu.
d) Apothéose et Gloire de François : François, revêtu d’un très beau vêtement, est assis sur son trône parmi les anges qui chantent ses louanges. Au-dessus, le palio, symbole de victoire. Dans l’épaisseur de l’arc qui unit le choeur à la nef, tondi qui représentent les premiers compagnons de François.
14) Voûte entièrement recouverte de fresques de disciples de Giotto sous sa direction : a) première bande de dr. à g. : Cimabue (Vierge à l’enfant sur le trône avec 4 anges et François, seul reste de la décoration primitive du transept), Scènes de la vie du Christ, Une petite fille de la famille des Sperelli tombe du haut d’une tour et reste indemne (miracle post-mortem attribué à François). b) seconde bande de dr. à g. : Crucifixion, Scènes de la vie du Christ, François montre un squelette.15) Socle : Tombes des 5 compagnons de François avec leur portrait (disciple de Pietro Lorenzetti) ; Simone Martini : Vierge à l’enfant entre 2 saints rois, avec fond de tapisserie.Paroi du fond : Annonciation, Enfant exhumé des ruines d’une maison (portrait de Giotto dans la dernière figure à dr. et de Dante à côté de lui), François avec Soeur Mort, Résurrection de l’enfant (miracle post-mortem de François).16) Chapelle de S. Nicolas : Tombe de Giovanni Orsini (1292). Sur les parois : fresques de disciples de Giotto, le Maître de S. Nicolas et le Maître de S. Claire (Histoires de S. Nicolas). Remarquer dans la paroi g. en haut : Un juif frappe le buste de S. Nicolas !17) Abside : Choeur en bois marqueté (1471), vitraux modernes (début XXe s.), Jugement dernier (Cesare Sermei, 1623).
18) Fresques de Pietro Lorenzetti (1315-1320) : a) Première bande de dr. à g. : François reçoit les stigmates, Capture de Jésus (Clair de lune : le premier « nocturne de notre peinture » !), Cène (Noter la description d’une cuisine « bourgeoise » à côté du banquet), Flagellation. b) Deuxième bande : Pendaison de Judas, Lavement de pied, Entrée à Jérusalem, Montée au Calvaire. À g. sur toute la hauteur : Crucifixion, Vierge à l’enfant entre François et Jean l’Évangéliste, à fond doré (Lorenzetti est siennois). Sous la fresque, une pierre recouvre la tombe de Marie de Savoie, fille de Charles Emmanuel I, tertiaire franciscaine (1656). Sur la paroi du fond : Descente dans les Limbes, Descente de Croix (vers 1330. Noter la violence dramatique des sentiments).19) Chapelle de S. Jean-Baptiste ou Orsini : Cuivre repoussé (1926), et au-dessus : Triptyque de Lorenzetti (1310-15 ?).20) Chaire ornée de marbres polychromes (XIIIe s.). Dans la niche sur la tribune, Couronnement de Marie et Miracle de S. Stanislas (Puccio Capanna, disciple local de Giotto. Stanislas, évêque et martyr, 1030-1079, bienfaiteur des pauvres, Patron de la Pologne). Sous la tribune, fresque del la Bienheureuse Jacopa dei Settesoli.21) Chapelle de S. Pierre d’Alcantara (Cf. encadré sur les saints franciscains).22) Chapelle de S. Martin : Fresques de Simone Martini (entre 1312 et 1320). On y sent déjà l’influence de Giotto, mais on reste dans le monde précieux et raffiné de la peinture siennoise : ࠀa) Dans l’archivolte : fausses niches gothiques avec S. Madeleine, Catherine d’Alexandrie, Claire, Élisabeth de Hongrie, François, Antoine de Padoue, Louis de France, Ludovic de Toulouse (Ci-contre). b) Intérieur de la paroi d’entrée : Le cardinal Gentile Partino da Montefiore aux pieds de S. Martin (1321, Commanditaire de la chapelle).c) Dans le reste de la chapelle, Histoires de S. Martin (Ci-contre à gauche , Le partage du manteau).
23) Sacristie (Vierge à l’enfant, anges, François et Claire, du Maître de Figline, disciple de Giotto). 24) Sacristie secrète, installée dans la base du clocher.
Pour l’église supérieure, comme pour les autres parties de la Basilique, les plans sont empruntés au Guide Rouge Umbria du Touring Club Italiano, La Biblioteca di Repubblica, cité dans la bibliographie.
Structure de l’église supérieure : Bel exemple d’architecture monastique franciscaine destinée à la prédication : la forme de l’église à nef unique, à 4 travées avec transept et abside polygonale, laissa libres de grandes surfaces bien éclairées permettant d’instruire les fidèles sur la vie de François, la vie de Jésus, etc. Espace très clair, grâce à la rosace de la façade, aux grandes fenêtres des travées et aux fenêtres bigéminées du transept ; le contraste est total avec la pénombre de l’église inférieure, qui contient le tombeau de François. Toute la décoration constitue un programme iconographique cohérent, qui veut donner une image de François conforme à l’interprétation de la biographie de S. Bonaventure : un François moins inquiétant et moins subversif, plus conforme à la norme ecclésiale dominante.
1) Fresques de Cimabue (1277-80 ?) (en mauvais état : les blancs ont noirci à cause de la décomposition de l’oxyde de plomb contenu dans la peinture) qui marquent une date dans l’histoire de la peinture : passage de la peinture byzantine à la peinture de goût latin occidental : * Crucifixion, * Cinq Scènes de l’Apocalypse : Vision du trône avec l’Agneau mystique (ici l’enfant), Hommage des 24 vieillards, Vision des 7 anges aux 7 plaies, Vision de la ruine de Babylone, Vision de S. Jean à Pathmos. Dans les vitraux, Histoires de la Genèse et Saintes (fin XIIIe s.).2) Fresques du Maître « Oltremontano » achevées par Cimabue : Histoires de Marie (de l’Annonciation à Joachim au Couronnement). Dans l’abside, trône papal (XIIIe s.) et 102 stalles de choeur de Domenico Indivini (1491-1501). Vitraux des fenêtres géminées : Histoires et personnages de l’Ancien testament et Histoires de Jésus ( XIIIe s.).3) Fresques du Maître « Oltremontano » (en haut), Histoires de la vie de S. Pierre (très abîmées), et de Cimabue (en bas), qui réalise aussi les fresques du transept : Crucifixion, les 4 Évangélistes avec en face la vue de la région qu’ils ont évangélisée : Matthieu et la Judée (détruit par le tremblement de terre de 1997), Jean et l’Asie, Luc et la Grèce, Marc et l’Italie.4) Grand autel consacré en 1253.5) PAROIS DE LA NEF: A) Au-dessus de la galerie et sur les côtés des fenêtres : 34 fresques avec Histoires de l’Ancien testament à g. et du Nouveau à dr. attribuées à Cimabue et à d’autres peintres (1277-80). Giotto, jeune élève de Cimabue, y a sans doute participé.
B) 28 fresques sous la galerie, de Giotto ou sous la direction de Giotto (1296-1300).Entre les 2 cycles, Giotto (1266-1337) a fait de nouvelles expériences, à Florence (Arnolfo) et à Rome (peinture latine ancienne).a) Fresques du haut :Fresques de dr. : 1) Séparation de la lumière et des ténèbres, 2) Création d’Adam, 3) Création d’Ève, 4) Péché originel, 5) Expulsion du Paradis, 6) (disparue), 7) Sacrifice de Caïn et Abel (disparu), 8) Caïn tue Abel, 9) Construction de l’Arche, 10) Déluge (presque disparu), 11) Sacrifice d’Isaac, 12) Abraham visité par les anges, 13) Ruse de Jacob, 14) Esaü devant Isaac, 15) Joseph vendu par ses frères, 16) Les frères de Joseph en Égypte (abîmé).Fresques de g. : 17) Annonciation, 18) Visitation (perdue), 19) Nativité, 20) Épiphanie, 21) Présentation au temple, 22) Fuite en Égypte, 23 ) Jésus au temple, 24) Baptême de Jésus, 25) Noces de Cana, 26) Résurrection de Lazare, 27) Capture de Jésus, 28) Flagellation, 29) Montée au Calvaire, 30) Crucifixion, 31) Déposition, 32) Maries au Sépulcre, 33) Ascension, 34) Pentecôte, et dans 2 médaillons, bustes de S. Pierre et S. Paul.b) Fresques de Giotto : Vie de S.François : I. Le saint jeune est honoré sur la place d’Assise par un homme simple. II, F. donne son manteau à sn pauvre (au fond panorama d’Assise de Porta Nuova, une des premières apparitions de vrais arbres dans la peinture). III, F. voit en rêve un palais plein d’armes, récompense de son aumône. IV, En prière à S. Damien, il entend la voix du Christ qui l’exhorte à restaurer l’église. V, Il rend ses vêtements à son père en présence de l’évêque d’Assise qui le couvre de son manteau. VI, Innocent III voit en rêve F. qui soutient le Latran. VII, Innocent III approuve la règle. VIII, F. apparaît à ses compagnons sur un char de feu. IX, Frère Léon voit le trône céleste réservé à F. X, F. chasse les démons d’Arezzo. XI, F. devant le Sultan propose l’épreuve du feu. XII, Extase de F. XIII, F. célèbre à Greccio la fête de la crèche (Noter la perspective de la croix, nouvelle à l’époque).
XIV, F. fait jaillir une fontaine pour apaiser la soif d’un voyageur (Naturalisme du paysage). XV, Sermon aux oiseaux (moineaux, cailles, chardonnerets, colombes... Giotto en peindra d’autres). XVI, Mort du Seigneur de Celano prédite par F. XVII, F. prêche devant Honorius III (Noter la perspective architecturale). XVIII, F. apparaît au chapitre des Frères Mineurs à Arles. XIX, F. reçoit les stigmates (iconographie de référence pendant des siècles dans la peinture italienne). XX, Mort et funérailles. XXI, F. apparaît à l’évêque d’Assise et à frère Augustin. XXII, Le patricien d’Assise, Jérôme, est convaincu de la réalité des stigmates. XXIII, Pleurs des Clarisses à S. Damien sur la dépouille de F. (riche façade inexistante en réalité, mais il faut montrer qu’on est un peu riche, malgré ce fou de F. !). XXIV, Canonisation. XXV, F. apparaît à Grégoire. IX pour dissiper ses doutes sur la vérité des stigmates. XXVI, F. guérit le gentilhomme d’Ilerda d’une blessure mortelle. XXVII, Il ressuscite une noble dame pour qu’elle se confesse. XXVIII, Il libère de prison Pierre d’Assise accusé injustement d’hérésie.
Jusqu’alors, les peintres représentaient la vision de François recevant les stigmates (Fresque XIX) sous la forme d’un Séraphin, selon la tradition restée fidèle à l’idée d’une souffrance spirituelle assimilée symboliquement à la Passion du Christ et les plaies de François constatées à sa mort venaient de l’intérieur de son corps (traces de lèpre ?) et non d’une intervention extérieure.
C’est Bonaventure qui instaure une nouvelle lecture : d’une part c’est la vision qui « imprime » les plaies dans le corps de François ; d’autre part le Séraphin se transforme lui-même en une image du Christ sur la Croix. Giotto suit le premier cette version dès ses fresques d’Assise en peignant un Christ en Croix et en mettant en rapport la vision et les plaies de François par un trait de lumière qui les relie. De plus, l’habit de bure est pour la première fois ouvert sur la poitrine et montre aussi la plaie sur le côté. Giotto sera encore plus précis sur la représentation du Christ dans le tableau du Louvre de 1300.
« En attribuant les stigmates à une intervention divine, Bonaventure rendait la perfection de François inaccessible : François, d’un côté, restait le saint que l’on devait vénérer, cela d’autant plus qu’il portait dans sa chair les blessures du Christ ; mais de l’autre, et pour cette même raison, les frères n’étaient plus obligés d’imiter le fondateur, ni de rester fidèles à ses paroles dérangeantes et à son projet de vie chrétienne » (Chiara Frugoni, Saint François d’Assise, La vie d’un homme, Préface de Jacques Le Goff, Hachette Littératures, 1999).
b) Santa Chiara
Structure : analogue à celle de la basilique supérieure de S. François, commencée en 1257, consacrée en 1265. Façade divisée en 3 zones, à assises horizontales blanches et rouges en pierre du mont Subasio. Portail en plein cintre, avec arc externe reposant sur 2 lions. Rosace à 2 tours de colonnettes et de petits arcs ; dans le couronnement, un œil. Remarquer les contreforts polygonaux à arcs-rampants. À côté de l’abside, éclairée par 3 hautes fenêtres simples, clocher carré.
Intérieur : croix latine à une nef, divisée en 4 travées, avec transept et abside polygonale. Les fresques murales ont été blanchies au XVIIIe s. sur ordre de l’évêque et endommagées par le tremblement de terre de 1832.
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Chapelle S. Agnès, consacrée à la sœur de Claire, qui avait choisi aussi de quitter sa famille et de devenir religieuse. Fresques de Girolamo Marinelli (1595–1652) et peintures murales de Sigismondo Spagnoli (1914).
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Transept gauche : paroi du fond, Crèche (XIVe s.) ; à gauche, Vierge à l’enfant (Maître de Santa Chiara, 1265). Sur les 3 parois en haut, fresques du XIIIe s. : Histoires de l’Ancien Testament.
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Maître-autel dans une colonnade fin XIIIe s. de marbrier ombrien. Dans l’abside, Crucifix sur bois du Maître de S. Chiara ; dans les retombées de la voûte d’ogive, fresques du Maître Expressionniste de Santa Chiara : Vierge et S. Claire ; S. Agnès vierge et martyre (ou Agnès, sœur de Claire ?) ; S. Catherine et autre sainte ; S. Lucie, S. Cécile, groupe d’anges en prière (vers 1337).
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Transept droit : paroi droite : S. Claire et 8 histoires de sa vie, du Maître Expressionniste de S. Chiara, qui tient son nom de ces fresques. Dans la zone supérieure : Annonce à Joachim, Mariage de la Vierge, Massacre des Innocents, Fuite en Égypte, Jésus dans le Temple ; paroi de gauche, en haut : Jugement dernier.
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Chapelle du Saint-Sacrement. Paroi d’entrée : fresques de Pace di Bartolo (milieu XIVe s.) : Annonciation, S. Georges, Crèche, Épiphanie. Paroi de gauche : Vierge à l’enfant sur le trône et saints (Puccio Capanna, milieu XIVe s.) ; Résurrection, Descente de Croix, Jésus déposé dans le sépulcre (peintre ombrien). Derrière l’autel, fragments de décoration (XIIIe s.) et fresques d’un peintre inconnu du XIVe s. (S. Catherine et sainte, S. François, Claire et Agnès).
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Oratoire du Crucifix et des Reliques : sur l’autel, Crucifix sur bois (fin XIIe s.), qui aurait parlé à François à S. Damiano en 1205 (« François, va et répare ma maison qui, comme tu le vois, tombe en ruine »). Dans la paroi du fond, derrière une grille, reliques franciscaines : crâne de S. Agnès, aube de diacre de François brodée par Claire, tunique, manteau et cordon de S. Claire, coffret avec ses cheveux, tunique de S. François, sandales et chaussettes du saint, cilice et crucifix de S. Claire.
Dans la crypte : urne et sarcophage de S. Claire.
À propos de la décoration des églises franciscaines
La chronologie des fresques de la basilique supérieure d’Assise est très difficile à établir, elle est liée aux débats à l’intérieur de l’Ordre franciscain dont l’aile « spirituelle » continue à refuser d’enrichir les églises par des décorations fastueuses. En 1260, au Concile de Narbonne, les Franciscains excluent encore l’usage des images, même à but didactique, mais on fait une exception pour Assise. En 1279, un autre concile franciscain rappelle cette interdiction, mais provoque une vive réaction du pape Nicolas III qui donne le feu vert aux fresques d’Assise. C’est un de ses successeurs, Nicolas IV (1288-92), le premier franciscain à devenir pape et grand mécène de la basilique, qui publie une Bulle décrétant que les aumônes offertes par les pèlerins venus à Assise devaient servir à financer la décoration de l’église. C’est donc seulement à partir de 1288 que l’on fait appel à de grands peintres pour décorer l’église : Cimabue et son jeune élève florentin, Giotto, et d’autres ateliers venus de Rome, de Florence ou d’au-delà des Alpes nommés à partir de l’oeuvre réalisée, le « Maître d’Isaac », le « Maître de saint Pierre », etc.À Florence, les Spirituels, sous la direction du Grand Maître de l’ordre Ubertino da Casale, s’opposent très fortement à la construction de l’église franciscaine de Santa Croce en 1294, et en 1333, lorsqu’une crue de l’Arno inonde l’église, elle sera interprétée comme un châtiment de Dieu pour la construction blasphématoire de cet édifice de richesse destiné à abriter des franciscains voués à la pauvreté. Giotto est l’un des peintres qui décorent l’église.
4) Les sites « françoisiens » - Itinéraire « franciscain »
Le premier est Rivotorto (du nom du ruisseau qui longe le site, le « Rivotorto », ruisseau tordu) : l’église Santa Maria di Rivotorto est érigée en 1854 en style néogothique sur l’emplacement d’un édifice plus ancien destiné à protéger le « tugurio » (la cabane) où François se réfugia vers 1208 avec Bernard de Quintavalle et Pierre de Catane après avoir quitté Assise. Sur la façade de l’église, inscription : « Hic primordia Fratrum Minorum » (Ici les débuts des Frères Mineurs). C’est là que fut probablement rédigée la « première » Règle, celle qui fut ensuite « perdue ». De façon significative, les piliers de l’église viennent perforer le toit des cabanes restaurées au XVe s. et une église assez majestueuse vient entourer les petites cabanes (Photo ci-contre à gauche, et à droite , image d’une cabane).
De Rivotorto, on peut remonter au couvent de San Damiano, qui conserve une partie de ses structures du XIIIe s. Ancien prieuré bénédictin, le couvent était presque abandonné et en ruine à l’époque où François y arrive et où, en 1205, le Crucifix (Cf. image ci-dessous à droite, aujourd’hui à l’église Santa Chiara) lui aurait révélé sa vocation : « François, va et répare ma maison qui, comme tu le vois, tombe en ruine ». François prend l’ordre au pied de la lettre et se livre à la première restauration de l’édifice : il n’a pas encore compris que l’Église était à réparer dans ses valeurs et dans ses comportements. En 1212, il y accueille Claire et ses premières compagnes ; il y séjourna ensuite plusieurs fois et il y composa le Cantique des Créatures en 1224-25 avant de partir à la Porziuncola pour y mourir. Après la mort de sainte Claire, en 1260, ses compagnes cédèrent le couvent au chapitre de la Cathédrale en échange de S. Giorgio. L’ensemble a été donné définitivement aux Mineurs Observants en 1983. Sur la petite place, à droite, niche avec une Vierge sur le trône, les Saints François et Claire et deux autres saints, du XIVe s. Dans la paroi supérieure du portique, petite porte où, un vendredi de septembre 1241, Claire se montra, l’ostensoir à la main, aux Sarrasins envoyés par Frédéric II contre les guelfes d’Assise, et les mit en fuite. Sous le portique, à dr., Chapelle de S. Jérôme : fresques de Tiberio d’Assise (1517 et 1522), Vierge à l’enfant avec les Saints François, Claire, Bernardin et Jérôme et S. Sébastien et S. Roch.
On entre dans l’église à une nef et voûte ogivale : tout de suite à dr., petite fenêtre par laquelle on raconte que François, en signe de mépris pour l’argent, jeta la bourse prise à son père et refusée par le prêtre pour la restauration de l’église ; une fresque (XIVe s.) rappelle l’épisode ; sur les parois, restes d’enduit préparé pour des fresques jamais exécutées. À l’autel, copie du Crucifix qui parla à S. François ; dans l’abside, choeur en bois de 1504 qui couvre en partie la fenêtre par laquelle les Clarisses communiaient et par où elles virent passer le cercueil de François quand il fut rapporté de la Porziuncola à Assise.À dr., on passe dans un vestibule, à dr. la Sacristie, à g. le choeur avec des stalles grossières et un lutrin du temps de Claire ; à l’autel, Crucifixion, et une petite pièce où, selon la légende, François se cacha pour échapper à son père.
Du vestibule, un escalier monte à dr. dans le jardin de S. Claire (vue sur une partie de la plaine). En reprenant l’escalier, on arrive à l’Oratoire de S. Claire (fresques du XIVe s.), et de là à un des dortoirs des religieuses (une croix sur le mur indique le lieu où mourut S. Claire en 1253).On descend dans le cloître, charmant espace de méditation (fresques d’Eusèbe de San Giorgio, 1507), puis dans le Réfectoire, avec bancs et tables d’origine ; une croix et un vase indiquent le lieu occupé par S. Claire (au mur, fresques de Cesare Sermei, 1581-1668).
L’eremo delle Carceri
De la porte des Capucins, on monte à pied ou par un service de petits bus, au milieu des chênes, des yeuses et des oliviers, sur une route d’où l’on a une vue très belle sur la vallée. Noyé dans la forêt sur les pentes du mont Subasio, se trouve le bâtiment construit sur le lieu où François et ses compagnons se retiraient (« s’emprisonnaient », d’où le nom de Carceri = prison), près d’une petite église entourée de grottes fréquentées par des ermites depuis les débuts du christianisme. Le couvent est construit au XIVe s. et agrandi par Bernardin de Sienne au XVe s.
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Dans la cour, puits d’où l’eau aurait jailli suite à un miracle de François.
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Église du XVe siècle ; à travers une grille de fer, on entre dans la petite église primitive, consacrée à Sainte Marie des Prisons, probablement une grotte aménagée en chapelle.
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On descend à droite par un escalier et des portes minuscules dans la grotte de S. François, en deux parties : l’une avec le lit de fer sur lequel il dormait, l’autre avec un rocher sur lequel il s’asseyait pour méditer et prier.
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Sur le mur près de la porte de sortie, fresque du XIVe siècle représentant le Sermon aux oiseaux, qui se posaient sur le chêne vert visible près du petit pont. Le mur, construit en 1609, couvre une crevasse dite « trou du diable », où le diable se serait précipité, vaincu par les prières de François. À côté, le « fossé sec », aux eaux duquel François aurait demandé d’arrêter de faire du bruit pour ne pas troubler les prières des frères.
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Après le pont, bronze de Vincenzo Rosignoli (1856–1920) représentant François libérant les tourterelles, puis la promenade dans la forêt parsemée des grottes où vivaient les premiers compagnons de François (Léon, Bernard de Quintavalle, Silvestre, Ruffin, Massée, etc.).
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Sur la gauche, bronzes représentant François et ses deux compagnons en méditation face au ciel (lire la plaque de commentaire).
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Petit autel de pierre sur lequel priait François (mais il n’y célébrait pas la messe, ayant refusé d’être prêtre).
La Porziuncola et Santa Maria degli Angeli
C’est avec Rivotorto le lieu le plus représentatif des deux visions de la foi chrétienne : autour de la plus humble chapelle entourée des cabanes d’argile et de joncs des premiers franciscains, le pape Pie V décide de construire la plus grandiose basilique baroque de la région, à l’issue du concile de Trente, à partir de 1569. Autour de la plus grande pauvreté, la plus grande richesse ! Même les lieux de l’époque de François furent décorés de façon à insister sur le côté mystique de François et sur son idéal de pauvreté, mais aussi sur son orthodoxie et sa reconnaissance par l’Église officielle (Voir la reconnaissance du Pardon par le pape Honorius III).
Le lieu dit « Porziuncola », à partir de 1045, doit sans doute son nom à la « petite portion » de bois qui se trouvait au pied de la ville d’Assise. Près d’une ancienne léproserie où François rencontra et embrassa le lépreux, c’est là qu’il décida d’installer les premières cabanes des frères, vers 1205 (Cf ci-contre à droite estampe ancienne). Il existait déjà une petite église abandonnée, qui appartenait aux bénédictins du mont Subasio, et qui fut la troisième église que François restaura ; ayant obtenu des moines qu’ils la lui remettent, il vint souvent y demeurer. C’est là qu’il reçut Claire en 1212 et qu’il tint en 1221 le « chapitre des Nattes » où furent présents plus de 5000 frères. C’est là qu’il est mort le soir du 3 octobre 1226.
L’église de Santa Maria degli Angeli fut construite sur projet de Galeazzo Alessi (1512-1572) approuvé par Vignola (1507-1573) ; elle fut achevée en 1579 avec la construction du clocher de droite ; elle est restaurée entre 1836 et 1840 après le tremblement de terre de 1832 ; la façade n’est achevée qu’en 1925-30 en style baroque romain ; la coupole est visible de toute la plaine d’Assise.L’intérieur à trois nefs comporte des chapelles richement décorées qui constituent un musée de la peinture ombrienne des XVIe et XVIIe siècles (Voir le plan ci-dessous).
- Chapelle de S. Antoine abbé (fresques 1670)
- Chapelle de S. Jean-Baptiste (Cesare Sermei, 1602)
- Chapelle de S. Anne (fresques des Circignani, 1602)
- Chapelle de Pie V (Baldassare Croce, 1602)
- Chapelle de l’Annonciation (crèche en terre cuite ; à gauche sur la fresque, façade d’origine de la basilique)
- Autel de S. Pierre aux Liens (1675)
- Autel de S. Pierre d’Alcantara (Appiani, XVIIIe siècle)
- Chapelle des Reliques (XVIIe siècle)
- Sacristie
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Coupole :
- S. François institue l’ordre des Mineurs
- Les Bénédictins cèdent la Porziuncola à François
- Remise de l’habit à S. Claire
- S. Bonaventure écrit la vie de S. François (Francesco Appiani, 1704–1792)
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Chapelle de la Porziuncola :
- Oratoire du Xe–XIe siècle consacré à Sainte Marie des Anges, restauré par François, en pierres polychromes du mont Subasio
- Église rectangulaire rustique et simple, fresque d’Overbeck (1829) sur la façade, fresques du XVe s. sur le flanc droit
- Fresque du Pérugin (le Calvaire) à l’arrière
- Intérieur : Annonciation et histoires du Pardon (Ilario da Viterbo, 1393), Évangélistes sur la voûte
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Chapelle du Transit :
- Infirmerie où mourut François le 3 octobre 1226
- Grille en fer forgé, fresque de Domenico Bruschi (1886), statue de François en terre cuite d’Andrea della Robbia
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Abside :
- Chœur en bois et chaire baroques
- Nouvel autel avec 7 panneaux en bronze (Enrico Manfrini)
- 2 ambons décorés de scènes de la vie de François
- Crypte sous l’autel avec parement d’autel d’Andrea della Robbia (6 scènes)
- Autel de S. Antoine de Padoue (Crucifix en bois, artiste du Nord)
- Autel de la Vierge des Grâces (parement en bronze de Tommaso Gismondi, 1977)
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Oratoire du S. Sacrement :
- S. Pierre d’Alcantara (Giacomo Giorgetti, 1603–1679)
- Fresques détachées de la chapelle de la Porziuncola (Perugino)
- Chapelle du Rosaire
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Chapelle du Couronnement de la Vierge :
- Fresques de Simeone Ciburri, 1603 : Assomption de la Vierge, S. Diego guérit la fille du roi d’Espagne, Apparition de S. François et Claire, Saints et Vertus
- Chapelle de la Descente de Croix (Baldassare Croce, 1558–1628)
- Chapelle des Stigmates (Giacomo Giorgetti et Cesare Sermei)
- Chapelle de S. Diego d’Alcala
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Depuis la Sacristie :
- Couloir avec statue de François et un nid de colombes
- Portique menant au lieu de vie de François (Vincenzo Rosignoli, 1912)
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Chapelle de la Roseraie :
- Première salle (S. Bernardin de Sienne) : fresques de Tiberio d’Assisi (1518)
- Seconde salle (Oratoire de S. Bonaventure) : fresques de Tiberio (1506), voûte avec le Père éternel
- Troisième salle : grotte construite après la mort de François (poutres et pupitre d’origine)
- À gauche en sortant : petit jardin avec figuier, souvenir de la cigale qui chantait la louange du Créateur
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Chapelle des Pleurs :
- François pleure en méditant sur la Passion du Christ
- Restes du couvent du XVe siècle récemment restauré, avec puits du XIIe siècle
- Musée
5) Penser François d’Assise dans son temps
En réalité, la récupération de François d’Assise par les mouvements révolutionnaires, écologistes ou pacifistes est aussi inadaptée que celle qu’ont opérée l’Église catholique et les conservateurs de tous temps. François d’Assise n’est ni anticapitaliste, ni « démocrate », ni pacifiste, ni écologiste : les problèmes ne se posaient pas en ces termes au XIIIe s. Inversement, en faire le personnage un peu mièvre ou conforme aux normes dominantes dans la hiérarchie catholique de l’époque, ou le nommer « patron des marchands et commerçants italiens » comme l’a fait le pape Pie XI, est une totale trahison de la réalité « françoisienne ».
Ce début du XIIIe s. est le grand moment de l’expansion des communes marchandes italiennes et du triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse féodale ; l’envers de cet enrichissement des villes est une grande misère des campagnes, une pauvreté d’une partie importante du peuple. Parallèlement, c’est une époque où la Papauté, qui a appuyé la lutte des communes guelfes contre l’Empire et les gibelins, s’affirme d’une façon nouvelle. La réforme grégorienne n’a pas changé que les modes de chant religieux, mais aussi l’idée que l’Église se fait d’elle-même : pour incarner sa mission religieuse, elle a la conviction qu’il lui faut occuper une place politique, sociale, économique solide.À l’époque féodale où les princes et chefs locaux conféraient les « bénéfices » en même temps que les fonctions ecclésiastiques, Grégoire VII avait voulu libérer l’Église de la tutelle féodale : le principe de sa réforme était de réserver à l’Église l’investiture des fonctions sacrées tout en conservant les « bénéfices » ; par là, l’Église conservait sa liberté, mais restait solidaire des pouvoirs politiques et économiques établis. C’est un nouveau tournant dans l’histoire de la foi chrétienne : l’Église a vite compris qu’il lui faut faire alliance avec la bourgeoisie communale, c’est-à-dire avec ceux qui représentent la richesse et la puissance, de la banque florentine à la couronne de France, et elle devient elle-même une institution puissante et riche.
Cela suscite dans le peuple chrétien de nombreuses réactions. À Lyon, dans les années 1170-1180, un riche bourgeois, Pierre Valdo, dit à peu près ce que dira François 30 ans plus tard, il revendique la pauvreté et l’humilité comme idéal de vie chrétienne, donne tous ses biens aux pauvres et demande pour tout chrétien laïc la possibilité de prêcher l’évangile ; il est à l’origine du mouvement vaudois. La hiérarchie de l’Église voit très mal un mouvement de laïcs qui veulent prêcher un évangile de pauvreté ses droits sacrés et comme une dangereuse subversion sociale, d’autant plus que les femmes avaient aussi une place dans le mouvement vaudois, autre élément de rupture. Les Vaudois sont donc condamnés comme hérétiques et persécutés tout au long de leur histoire jusqu’à l’unité de l’Italie au XIXe s. (Voir notre dossier sur les Vaudois : les Vaudois et le Piémont)
Parmi les réactions que provoque l’enrichissement de l’Église, il y a celles qui se limitent à la réforme du clergé et des classes dominantes (de S. Bernard, fondateur des Cisterciens de Clairvaux à S. Robert qui fonde le monastère de la Chaise-Dieu, de S. Norbert et les Prémontrés à S. Jean Gualbert qui fonde le monastère de Vallombrosa près de Florence), et il y a les réactions populaires (Humiliés, Patarins, disciples d’Arnaud de Brescia, Cathares, Flagellants, « Laudesi », associations de fidèles qui chantent et jouent les « laudes », des litanies et des actions dramatiques comme la passion du Christ). Celle de François d’Assise tient un peu des unes et des autres.Il est fils de marchand de drap, il appartient à la jeunesse dorée d’Assise, il a reçu la bonne éducation (lecture, écriture, calcul) que devait avoir un futur marchand, il était destiné à reprendre le négoce paternel. Par ailleurs il avait une mère française (picarde) qui lui avait enseigné toute la culture courtoise française : il dira souvent qu’il est le « Chevalier de Dame pauvreté » pour laquelle il mène un combat chevaleresque. La pratique du Psautier liturgique et des Écritures lui ont donné une bonne culture religieuse.
Il a fait l’expérience de la guerre que se mènent les villes et il est resté prisonnier près d’un an à Perugia dans la guerre entre Assise et Perugia pour la domination du territoire. Il a aussi l’expérience de la pauvreté, il voit les pauvres, il croise sur sa route les lépreux. Et, de retour de la prison, il entend une lecture de l’évangile où le Christ appelle ses disciples à abandonner leurs biens et à s’en aller prêcher la parole de Dieu. Jeune homme très ardent et enthousiaste, il renonce à l’héritage paternel après en avoir utilisé une partie pour réparer des églises qui tombaient en ruine, et il part nu (il a même restitué ses vêtements à son père qui réclamait son dû !) prêcher à travers les campagnes ombriennes. Beaucoup de jeunes bourgeois d’Assise le rejoignent bientôt, et ensemble ils constituent un mouvement qui comptera en peu de temps des milliers de fidèles.
l ne veut pas constituer un « ordre », il veut un mouvement beaucoup plus souple qui aille prêcher la parole de Dieu dans un monde qui vit dans le péché, parce que, même dans sa partie sacrée, le clergé, il s’est laissé prendre au jeu du pouvoir, du sexe et de l’argent. François dépose simplement en 1209 une « règle » orale qui a été « perdue » et que le pape approuve « oralement » ; puis, le nombre de disciples augmentant très vite, il fixe quelques normes de vie selon la règle de la pauvreté.François respecte l’institution ecclésiale et les prêtres, même pécheurs, car ce sont eux qui dispensent les sacrements. Mais pour sa part, il refuse la prêtrise, il se laissera ordonner diacre parce que le pape l’y oblige, puisqu’un laïc n’a pas le droit de prêcher. Il mène son combat par l’exemple, il vit la pauvreté quotidiennement et il prêche le modèle évangélique, convaincu que le Christ et ses disciples ne possédèrent rien ni en propre ni en commun. Il refuse l’installation dans le monde : avec ses compagnons, il refuse de vivre dans un couvent ou dans un quelconque bâtiment en dur, tous vivent dans des cabanes qu’ils construisent eux-mêmes ou dans des grottes naturelles, il refuse l’aumône, mais gagne de quoi vivre par d’humbles travaux de maçon, paysan, domestique ; il refuse l’uniforme du moine et ne veut posséder qu’une tunique grossière d’un tissu et d’une couleur quelconques, avec une corde en guise de ceinture. Toute possession lui paraît contradictoire avec l’idéal christique. Il prêche le dépouillement, la vie fraternelle égalitaire, la mission universelle. Beaucoup de cardinaux et le pape lui-même trouvèrent que c’était là une entreprise « au-dessus des forces humaines ».
À la différence de mouvements comme le catharisme et d’autres groupes charismatiques qui renient le corps et le monde, François est animé par le principe de réalité : il est attentif à tous les aspects d’un monde terrestre qu’il aime, nature, animaux constamment présents dans tous les récits de sa vie, êtres humains dans leur réalité physique et spirituelle. Lui qui est un religieux (mais ni moine ni prêtre) méfiant vis-à-vis des femmes, comme tous ceux de son temps (l’image dominante de l’Ève tentatrice !) est sensible à leur présence quotidienne ; le « couple » qu’il forme avec S. Claire ne peut pas être minimisé, il est à l’imitation de celui de S. Benoît et de sa soeur S. Scholastique. Claire est la première femme à rédiger elle-même la règle d’un Ordre, au lieu de se plier, comme c’était l’habitude, aux règles des Ordres masculins. Il faut rappeler aussi « frère » Jacopa dei Settesoli. François a aussi hérité de son père le sens du travail créateur, il a compris la transformation sociale que représentait le passage de la féodalité aux communes bourgeoises, et il veut l’humaniser. C’est dans toute cette réalité naturelle et humaine qu’il veut réaliser l’idéal évangélique et non le vivre hors du monde en attendant sa fin.
Il prêche et pratique le dialogue plutôt que la guerre : en 1219, pendant la 5e Croisade, il part en Orient rencontrer le Sultan au péril de sa vie pour discuter avec lui de sa foi religieuse. Il réussit à être reçu et respecté, tandis que les Croisés connaissent à Damiette une terrible défaite que François leur avait prédite.
Quand il rentre d’Orient, François débarque à Venise en 1220 et il apprend que les frères de Bologne sont installés dans un beau couvent et se livrent au travail intellectuel. Il fait aussitôt vider le couvent, lance une malédiction contre le provincial, dépose tous les vicaires, nomme Pierre de Catane ministre général, renonçant lui-même au généralat pour aller préparer une nouvelle Règle, qu’il devra assouplir un peu pour la faire approuver par le pape en 1223.
François sait dorénavant qu’il a échoué dans son Église et dans la société et que son idéal sera trahi, adapté aux normes de l’institution. Il se retire alors sur l’Alverne, La Verna, où il reçoit les « stigmates », puis à S. Damiano où il écrit le Cantique des Créatures, un des textes qui contestent le plus radicalement la pratique du pouvoir dans l’Église et dans la société de son temps. Quant au symbole des stigmates, - qui sont peut-être la conséquence d’une longue incubation de la peste contractée lors du « baiser au lépreux » -, c’est l’affirmation d’une stratégie précise : accepter formellement le pouvoir établi, mais le nier radicalement dans son corps en y manifestant les symboles de la Passion du Christ, en faisant de son corps une perfection de dépouillement et de pauvreté, sans riposte possible de la part des institutions. L’Église mettra d’ailleurs longtemps avant de reconnaître (et de récupérer) la réalité des stigmates.
Il faut avoir ces faits présents à l’esprit si on veut comprendre les lieux « franciscains », interpréter correctement les fresques de Giotto et les sites les plus mystiques des environs d’Assise, évaluer la portée du message de François et de ceux qui l’ont « trahi », bien distinguer
* ce qui relève de l’héritage direct de François d’Assise et de ses disciples fidèles, les « Spirituels », puis les « Fraticelli » dont un des derniers (Fra Minore Minorita : voir notre traduction de sa vie) sera brûlé à Florence en 1389, après que le pape Jean XXII eut condamné comme hérétique en 1322 la proposition selon laquelle le Christ et les apôtres n’avaient rien possédé ni en propre ni en commun, c’est-à-dire précisément le coeur de la pensée de François ;
* ce qui exprime l’héritage adapté, récupéré par l’institution, la « régression » du franciscanisme, dans la lignée des « Conventuels » installés, dont le premier fut le frère Élie et dont Giotto fut une des plus belles traductions picturales.
Quelques saints franciscains
Bonaventure (1221-1274) : frère franciscain, évêque et cardinal, théologien important à l’école franciscaine de Paris ; élu Ministre général de l’Ordre en 1257, il insista sur la nécessité de l’étude et de l’enseignement dans les universités, à l’opposé de la doctrine de François ; modéré hostile aux Spirituels, il écrivit une Vie de François qui fut reconnue comme la version officielle, et en 1266, le chapitre décréta la destruction de toutes les autres Vies.
Bernardin de Sienne (1380-1444), prêtre franciscain, grand prédicateur dans toute l’Italie qu’il parcourut à pied, il devait installer un pupitre à ciel ouvert tant étaient nombreuses les foules venues l’écouter ; Vicaire général de la branche des Observants, il en multiplia le nombre par 10, tant était grande sa renommée. Il refusa par trois fois d’être évêque.
Ludovic de Toulouse (d’Anjou, 1274-1297), prêtre franciscain et évêque de Toulouse ; il abolit l’usage des matériaux précieux à l’église.
Antoine de Padoue (1195-1231), prêtre franciscain né à Lisbonne ; prit part au chapitre des Nattes en 1221 ; théologien et prédicateur, nommé Docteur de l’Église en 1946. Invoqué pour retrouver les objets perdus. La Fondation du Pain de S. Antoine, consacrée à ceux qui souffrent de la faim, est toujours active dans les pays pauvres.
Élisabeth de Hongrie (1207-1231), reine, épouse de Louis IV, landgrave de Thuringe, mère de trois enfants, bientôt réprouvée par sa famille pour son adhésion aux principes de François d’Assise. Après la mort de son mari à la croisade en 1227, elle entra dans le Tiers Ordre des Franciscains et vécut durement en soignant les malades et les pauvres, sous la direction spirituelle cruelle et presque sadique de son confesseur, Conrad de Marburg, qui devint un des plus féroces inquisiteurs.
Pierre d’Alcantara (1489-1562), prêtre franciscain né en Espagne, fondateur d’une branche réformée de l’Ordre. Éduqué à l’Université de Salamanque, il devint franciscain Observant et ascète. Provincial du district d’Estrémadure, il tenta de réformer la vie religieuse, mais échoua. Il créa alors près de Lisbonne une petite communauté d’ermites franciscains qui fut la base d’une nouvelle province des « Alcantarini » à la règle très sévère. Il fut considéré par S. Thérèse d’Avila comme l’inspirateur de son couvent. Patron du Brésil.
Diego d’Alcala (1400-1463), frère franciscain d’Andalousie. Il fut envoyé dans les îles Canaries, puis à Séville et à Rome où il se consacra à l’assistance des pèlerins et des malades. Connu pour ses miracles, entre autres la guérison du fils de Philippe II, à qui il dut sa canonisation en 1588.
« Frère » Jacopa dei Settesoli, bienheureuse. Noble romaine de la famille des Normanni. Elle épouse Graziano Frangipane, qui vit dans un palais somptueux situé dans le Septizonium, au pied du Palatin, qui donne son nom à cette branche de la famille : Septemsolis. Devenue veuve encore jeune et mère de 2 garçons, elle se consacrait à Rome aux oeuvres de charité lorsque François s’y rendit pour faire approuver sa Règle. Ils devinrent amis et c’est elle qu’il fit appeler à la Porziuncola alors qu’il était mourant. Elle assista à sa mort et resta à Assise dans la communauté de S. Claire.
6) Actualité de François
Notre objet est de comprendre l’importance de ce François Bernardone non seulement dans l’histoire religieuse mais dans celle de toute notre culture, jusqu’à aujourd’hui où les débats internes à l’ordre franciscain et à l’église catholique éclairent singulièrement quelques grandes questions du monde contemporain, par exemple celle des rapports entre les civilisations issues de traditions religieuses distinctes autour de la Méditerranée. François d’Assise reste un personnage d’une présence et d’une modernité extraordinaires qui ne cesse d’alimenter la réflexion et la créativité (Cf. ci-dessous, les oeuvres qu’il continue à inspirer). Il y a quelques similitudes entre son temps et le nôtre : période de mutation rapide d’une société et une autre, conflits meurtriers, changements profonds dans les rapports avec la nature, et la « stratégie » de François, - le salut par la liberté, la liberté par la pauvreté -, mérite qu’on y réfléchisse, que ce soit dans le cadre d’une pensée religieuse ou simplement dans celui d’une pensée laïque soucieuse d’humanisme : on peut être « françoisier », comme dit Joseph Delteil, sans être « franciscain », ni même croyant.
Dans ces dix dernières années, Assise a été touchée par deux secousses de nature et d’importance différentes : le tremblement de terre de septembre et octobre 1997 qui a ravagé l’Ombrie et les Marches, et le « coup de crosse » de Benoît XVI de novembre 2005. Par un décret (« motu proprio ») du 19 novembre 2005, le pape a en effet retiré aux franciscains l’autonomie dont ils disposaient par rapport à l’évêque d’Assise, accordée par Paul VI en 1969 et confirmée par Jean-Paul II. Les franciscains de la Basilique d’Assise et de Santa Maria degli Angeli avaient pris ces dernières années des initiatives qui plaisaient peu à l’évêque très traditionaliste de la ville : dans la foulée de la Journée mondiale pour la Paix proclamée par Jean-Paul II en 1986, ils organisaient chaque année une grande marche pour la paix, de Perugia à Assise, qui rassemblait des milliers de pacifistes, chrétiens ou non ; ce fut par exemple l’occasion d’une des grandes manifestations de l’opposition d’une majorité des Italiens à l’engagement de l’Italie dans la guerre d’Irak en 2003. La présence de nombreuses personnalités internationales des milieux intermondialistes et souvent de gauche (l’Ombrie était une région « rouge » en même temps que catholique ! Le centre droit ne l’a emporté qu’aux élections politiques de 2018, et aux élections régionales de 2018, le centre gauche reste en tête) ou peu favorables à la politique berlusconienne, suscitait l’hostilité de la droite et des milieux traditionalistes de l’Église. On reprochait donc à ces franciscains d’être « instrumentalisés par la gauche », et par ailleurs de favoriser un dialogue inter religieux qui, déjà en 1986, apparaissait au futur Benoît XVI, comme une tentation de syncrétisme. En 1986, des Indiens d’Amérique s’étaient livrés à leurs danses rituelles dans l’église Santa Chiara, et des animistes africains y avaient sacrifié des poulets sur l’autel. Les franciscains pourront-ils maintenant poursuivre leur travail de diffusion du message de François, par des colloques, rencontres, manifestations internationales, sous la houlette du nouvel évêque d’Assise nommé le jour même du Motu proprio, et ancien Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin, Mgr Domenico Sorrentino , nommé en 2005?Le franciscanisme est porteur aussi d’un autre message plein d’actualité touchant les rapports de l’homme à la nature : François prêchait un amour des créatures, hommes, animaux, nature, qui prend tout son sens en une époque où la nature est souvent saccagée, pillée par la recherche du gain et d’une productivité peu soucieuse de l’avenir. Il a donc été appelé en renfort dans beaucoup d’opérations de protection de la nature, la défense du loup, des espaces naturels, sans que soient toujours bien interprétés des épisodes comme ceux du loup de Gubbio, du sermon aux oiseaux, des cigales qu’il caresse et des petits vers qu’il ramasse sur le chemin pour qu’ils ne soient pas écrasés, ou des textes comme le Cantique des créatures. C’est à ce texte que s’est référé le pape nommé le 13 mars 2013, qui a pris le premier le nom de François : son encyclique Laudato sii du 24 mai 2015 contient des références explicites à la pensée de François.
Quelques œuvres inspirées par François d’Assise
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Musique :
- Saint François d’Assise – Légende franciscaine en huit tableaux, opéra d’Olivier Messiaen, créé en 1983, repris en 2003 à Bochum
- Angelo Branduardi, L’infinitamente piccolo... le vie del pellegrinaggio (2000) : 11 chansons sur des textes tirés des Fonti Francescane, de François, Dante et ses biographes
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Théâtre :
- 1998 : Francesco Agnello, L’Extra-Ordinaire François d’Assise, « Les Fioretti », onze histoires mises en scène avec 60 instruments de percussion
- 1999 :
- Marco Baliani et Felice Cappa, Francesco a testa in giù (François la tête en bas), pour la RAI, puis joué à Rome
- Dario Fo, Lu santo jullare Francesco (Le saint jongleur François), créé à Spoleto
- Ron, Susanna Tamaro, Roberta Mazzoni, Saverio Marconi, Francesco, musical
- José Saramago, Seconda vita di Francesco d’Assise : François revient sur terre et découvre son Ordre perverti par l’argent
- 2000 : Vincenzo Cerami, Francesco, il musical, créé à Assise
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Cinéma :
- 1949 : Roberto Rossellini, Francesco giullare di Dio
- 1966 : Pier Paolo Pasolini, Uccellacci e uccellini
- 1971 : Franco Zeffirelli, François et le chemin du soleil
- 2002 : Michele Soavi, Francesco, avec Raul Bova et Amélie Daure, créé à Rome
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Essais :
- Chiara Frugoni, Saint François d’Assise, la vie d’un homme, Préface de Jacques Le Goff, Pluriel, Hachette Littérature, 1999
- Jacques Le Goff, Saint François d’Assise, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1999, 224 p.
- Jacques Le Goff, Héros du Moyen Âge, le saint et le roi, Gallimard, Quarto, 2004, 1344 p. (reprend les textes sur Saint François et Saint Louis)
- Jean-Louis Fournier, Le Pense-bêtes de saint François d’Assise, Préface de Pierre Desproges, 35 histoires humoristiques inspirées des Fioretti, dont la 12 : « Frère François apprenant le décès de sœur Poule décide de couver les œufs »
- Joseph Delteil, François d’Assise, 1960 (repris dans Œuvres complètes, Grasset, 1961, pp. 549–695), considéré comme un des plus beaux textes sur François
À propos du Nom de la Rose d’Umberto Eco : la « Querelle de la pauvreté ».
1220 : Les clercs entrent en masse dans la fraternité (François avait refusé d’être ordonné prêtre) et se dressent contre la Règle qui impose la pauvreté absolue.
1230 : La Bulle Quo elongati tente de trouver une solution médiane et ouvre une première brèche dans la règle de pauvreté absolue. Se forment les deux branches des Conventuels et des Spirituels ou Observants, qui pratiquent l’érémitisme et la pauvreté : Clareni, Amadeiti, Célestins.
1260 : Les Constitutions de Narbonne intellectualisent l’Ordre dont les membres partent à la conquête des grades universitaires et entrent dans le monde de la scholastique (Bonaventure est Maître à l’Université de Paris).
1322 : Dans la Bulle Ad conditorem, le pape Jean XXII condamne comme hérétique la thèse de la pauvreté absolue du Christ et de ses apôtres et la proposition selon laquelle ils ne possédèrent rien ni en propre ni en commun. Il institue un jeu d’institutions de médiation entre les Frères et les propriétaires : les Frères vivent bien tout en continuant à pratiquer la mendicité et la charité. Les « Fraticelli » sont condamnés au bûcher (1317–1323 et tout au long du XIVe siècle : en 1389, arrestation et condamnation de Fra Michele Minorita).
1444 : Mort de saint Bernardin de Sienne qui a imposé un retour à l’observance de la Règle.
1517 : Dans la Bulle Ite et vos, le pape Léon X sépare les Conventuels, institués gardes du couvent et de la basilique d’Assise, et les Observants qui ont la première place parmi les deux Ordres.
1525 : Matthieu De Basci (mort en 1552), qui a pratiqué un retour radical à la Règle, institue les Capucins qui vivent la pauvreté dans leurs couvents hors des lieux habités. Les Observants se ramifient alors en Congrégations : Réformés, Tiers Ordre régulier, en France Récollets, constituant quatre familles qui seront réunies en 1897 par Léon XIII en un seul Ordre : les Frères Mineurs (Franciscains). Les Capucins et les Conventuels restent indépendants.
1857 : Création à Saint-Pétersbourg et en Pologne des Sœurs franciscaines de la Famille de Marie par Z.S. Felinski.
1952 : Pie XII désigne François comme « Protecteur spécial des marchands et commerçants italiens ».
1972 : Dans la ligne du concile Vatican II, se fait sentir le rappel à la pauvreté : création des Frères Mineurs Rénovés (les seuls qui n’aient pas leur siège à Assise) et des Sœurs franciscaines de l’Évangile.
2000 : Début de la discussion à l’intérieur de l’Ordre sur le nouveau look des Frères : couleur de la soutane (gris des origines ? noir des Conventuels ? marron des Capucins ? brun beige des Mineurs ?), modernisation de la forme (cape en pointe, plus longue derrière et ramenée sur la poitrine avec deux poches utilitaires ; capuchon fonctionnel ; ouvertures latérales pour accéder aux poches du pantalon ; fermeture éclair de la poitrine au cou). Il faudrait six mètres d’étoffe de laine de qualité pour habiller un frère !
ANNEXES
1) Un texte de Dante Alighieri (Divina Commedia, Paradiso, Chant XI, vv. 49-63)
De cette côte si fertile (comme Dante l’a dit au vers 45), quand elle arrive à la plaine (Assise est au bas de la pente de la montagne, le Monte Subasio), est né un soleil (c’est-à-dire François, selon l’expression que Dante reprend de la Vie de Tommaso da Celano) qui est plus lumineux comme celui qui sort du Gange au moment du solstice d’été : François luit de la splendeur de sa charité comme le soleil physique luit au solstice d’été. Pour parler d’Assise (Ascesi est la forme commune de l’époque), on devrait donc parler d’Orient (dans les livres sacrés, c’est le nom qu’on donne au Christ), là où naît le soleil. « Orto » est un latinisme pour parler de la naissance ; la dame est évidemment la pauvreté, que François voulut suivre dès sa jeunesse, contre le gré de son père qui voulait en faire un marchand ; en effet, après que François eût donné des draps précieux de la boutique et que son père l’avait traduit devant la « cour spirituelle », c’est-à-dire l’évêque d’Assise, il renonça à son héritage pour se consacrer à la dame Pauvreté dont il se dit le chevalier, tandis que le Christ sera dit plus loin le « premier mari » de la dame. François s’ouvre à la Pauvreté avec un plaisir que personne n’éprouve, de même que personne n’en éprouve à l’approche de la mort. Ce n’est pas par sacrifice douloureux que François épouse la Pauvreté mais par une joie profonde de tout son être.
2) Un texte de Goethe (25 octobre 1786)
Je quittai Pérouse par un magnifique matin et je ressentis la félicité d'être à nouveau seul. La ville est bien située, la vue du lac très agréable. Je me suis bien gravé les images dans l'esprit. Le chemin descendit tout d'abord, suivit ensuite une vallée riante, entourée, des deux côtés de collines dans le lointain, puis ensuite je vis Assise. Par Palladio et Volkmann je savais qu'un délicieux temple de Minerve, bâti au temps d'Auguste, s'y trouve encore bien conservé. A Madonna del Angelo je quittai mon cocher, qui poursuivit son chemin vers Foligno et montai à Assise par un grand vent, car j'avais la nostalgie d'une promenade à pied dans un monde pour moi si solitaire. Je laissai à main gauche, avec dégoût, les monstrueuses substructures des églises entassées, comme la tour de Babel, les unes au-dessus des autres et où saint François repose, car je pensais qu'on y frappe les têtes, dans le genre de celle de mon capitaine. Puis je demandai à un joli petit garçon où se trouvait Maria della Minerva ; il m'accompagna en haut de la ville, bâtie à flanc de, montagne. Enfin nous arrivâmes dans la véritable vieille ville, et je vis tout à coup devant mes yeux l'édifice le plus digne d'éloge, le premier monument complet de l'antiquité que j'ai vu. Un tempIe modeste, comme il convenait à une si petite ville et pourtant si parfait, si bien conçu, qu'il brillerait partout. Quelques mots avant tout sur sa situation ! Depuis que j’ai lu dans Vitruve et Palladio comment on doit bâtir les viles, placer les temples et les édifices publics, j’ai un grand respect de toutes ces choses. En ce point aussi les anciens avaient tant de grandeur dans le naturel.le temple a une belle situation à mi-côte, juste au point où deux collines se rencontrent sur la place – elle s’appelle encore ainsi – celle-ci monte un petit peu et il y débouche quatre rues qui forment une croix de Saint-André très écrasée, deux viennent du bas, deux du haut.Vraisemblablement, dans l’antiquité, les maisons qui se trouvent maintenant en face du temple et masquent la vue n’y étaient pas encore. Si on les imaginait absentes, le regard se perdrait au sud dans la région la plus riche, et en même temps le sanctuaire de Minerve serait vu de tous les côtés. La disposition des rues doit être vieille, car elle uit la forme et la pente de la montagne. Le temple ne se trouve pas au milieu de la place, mais orienté de telle sorte qu’il se présente en un beau raccourci à ceux qui montent de Rome. Il ne faudrait pas seulement dessiner l’édifice mais aussi son heureuse situation.Je ne pouvais me rassasier d’admirer dans la façade le génie logique et conséquent de l’artiste, ici aussi. Il est d’ordre corinthien : les entre-colonnes d’un peu plus de deux modules. Le pied des colonnes et leur plinthe semblent reposer sur un piédestal, mais ce n’est qu’une apparence ; car le socle est fait de cinq parties, et chaque fois cinq degrés s’élevent entre les colonnes, par ceux-ci on accède à la surface où s’élèvent les colonnes à proprement parler, et puis on passe dans le temple. Oser couper le socle, c’était une témérité qui est ici à sa vraie place, car le temple étant à flanc de montagne, l’escalier qui y conduisait aurait dû être porté bien trop en avant et aurait rétréci l’espace. Combien de degrés avaient été posés en-dessous, il est impossible de le fixer ; quelques-uns exceptés, ils sont recouverts et enfouis sous le pavé. Je m’arrachai à regret à cette contemplation et me promis de porter l’attention des architectes sur cet édifice, afin d’en avoir un plan exact. Car il me fallait remarquer encore une fois à quel point la tradition est une mauvaise chose. Palladio, en qui j’avais toute confiance, donne il est vrai la reproduction de ce temple, mais il est impossible qu’il l’ait vu lui-même, car il met vraiment des piédestaux sur la surface, ce qui donne aux colonnes une hauteur démesurée et rend l’édifice disproportionné et affreux à la manière de Palmyre, alors qu’en réalité c’est un charmant et calme spectacle qui satisfait les yeux et la raison. Ce qui s’est développé en moi par la contemplation de cet édifice est inexprimable et porteur de fruits éternels. Par le soir le plus beau je descendais la voie romaine, dans la sérénité d’esprit la plus belle, lorsue je perçus derrière moi des voix rude et violentes qui discutaient. Je présumais que c’étaient les sbires que j’avais déjà remarqués dans la ville. Je continuai ma route calmement et tendis l’oreille à ce qui se passaot derrière moi. Alors je pus bientôt m’apercevoir que c’était à moi qu’ils en avaient. Quatre de ces hommes, deux armés de fusils, et l’air peu engageant, passèrent devant moi en grommelant, revinrent bientôt sur leurs pas et m’entourèrent. Ils me demandèrent qui j’étais et ce que je faisais ici. Je répondis que j’étais un étranger qui s’en allait à pied par Assise, pendant que mon cocher allait à Foligno. Il ne leur parut pas vraisemblable que quelqu’un paye une voiture et s’en aille à pied. Ils demandèrent si j’avais été au Grand Couvent. Je le niai et leur assuréi que je connaissais l’édifice depuis longtemps. Mais qu’étant architecte j’avais simplement, cette fois, considéré Maria della Minerva, qui était, comme ils le savaient, un édifice modèle. Ils ne le nièrent pas, mais prirent très mal que je n’aie pas présenté mes hommages au Saint et me laissèrent deviner qu’ils soupçonnaient que je faisais mon métier de la contrebande. Je leur montrai combien il était ridicule qu’un homme seul sur la route, sans sac de voyage et les poches vides, puisse être pris pour un contrebandier. Puis je leur offris de retourner avec eux à la ville, d’aller chez le podestat et de lui montrer mes papiers, après qui il reconnaîtrait que j’étais un honorable étranger. Sur ce, ils grommelèrent et dirent que ce n’était pas nécessaire et comme je continuais à me montrer décidé et sérieux, ils s’éloignèrent enfin vers la ville. Je les suivis des yeux. Au premier plan donc marchaient ces drôles grossiers et derrière eux l’aimable Minerve me jetait un regard très aimable et consolateur, puis je regardai à gauche la pitoyable église de Saint-François et j’allais poursuivre mon chemin lorsqu’un de ceux qui n’étaient pas armés se détacha de la troupe et vint à moi très aimablement. En me saluant il dit tout de suite : « Monsieur l’étranger, vous devriez me donner au moins un pourboire, car je vous assure que je vous ai pris tout de suite pour un brave homme et que je l’ai dit tout haut à mes compagnons. Mais ce sont des têtes chaudes que tout de suite s’emballent et qui n’ont aucune expérience du monde. Vous aurez aussi remarqué que moi le premier j’ai applaudi et donné du poids à vos paroles ». Je l’en louai et le priai de protéger les honorables étrangers qui viendraient à Assise tant à cause de la religion qu’à cause de l’art ; surtout les architectes qui, pour la gloire de la ville, voudraient mesurer et dessiner le temple de Minerve, qu’on n’avait pas encore bien dessiné et gravé sur cuivre. Qu’il les aide, car ils se montreraient sûrement reconnaissants, et en disant cela je lui mis dans la main quelques piécettes d’argent qui le réjouirent au-delà de son attente ; il me pria de revenir, surtout je ne devais pas manquer la fête du saint, très sûrement je pourrais m’édifier et me réjouir. Et même si, joli cavalier comme je l’étais, j’avais besoin, comme c’est normal, d’une jolie fmme, il pouvait m’assurer que, sur sa recommandation, la plus jolie et la plus honorable de tout Assise, m’accueillerait avec joie. Il prit congé alors, assurant que dès ce soir il penserait à mois dans ses dévotions au tombeau du saint et qu’il prierait pour la bonne continuation de mon voyage. C’est ainsi que nous nous séparâmes, et je me sentis très heureux d’être à nouveau seul avec la nature et moi-même. le chemin de Foligno fut une des plus belles et agréables promenades que j’aie jamais faites. Quatre heures entières le long d’une montagne, à droite une vallée aux riches cultures.
(Goethe, Voyage en Italie, Aubier, Montaigne, 1961, Tome 1, pp. 233-39)
3) Un texte de Giosuè Carducci, Santa Maria degli Angeli (Rime Nuove, 1877)
Frère François, que d’air embrasse
cette belle coupole de Vignola,
où, à l’agonie, croisant les bras,
tu gisais nu sur la terre seule.
Et juillet brûle et le chant d’amour vole
sur la plaine laborieuse.
Oh, que le chant ombrien
me donne une trace de ta parole
et le ciel ombrien une trace de ton visage.
Sur l’horizon du pays montagneux
dans la grande splendeur douce et solitaire
comme sur le seuil de ton paradis,
que je te vois droit les bras tendus
chantant à Dieu : - Loué sois-tu, Seigneur,
pour notre sœur Mort corporelle.
4) Un texte de Taine de 1865 sur Assise (Voyage en Italie, Paris, Hachette et Cie, 1881, p. 20-32)
IV. - Les lacs
L’Ombrie est vraiment un résumé de toute l’Italie, par sa nature, par son agriculture, par son histoire, par sa gastronomie, par ses villes, c’est aussi une des régions où on est le mieux accueillis. C’est la raison d’être de ce long dossier en quatre parties, une invitation à aller passer vos vacances dans cette région et à vous y promener.
1. Le lac Trasimène
Son nom, son origine, un peu d’histoire
Son nom est dû à une légende qui raconte les amours tragiques entre Trasimène, le fils du roi étrusque (ou du dieu) Tirreno, et la nymphe Agilla, amoureuse de Trasimène ; un jour après leurs noces, Trasimène voulut se baigner et ‘enfonça dans le eaux sans jamais réapparaître, malgré les recherches d’Agilla qui finit aussi ses jours sur une barque au milieu du lac près de l’île Polvese. On raconte aussi que Trasimène, se promenant près du lac, fut attiré par un chant merveilleux qui venait de l’île, qu’il se mit à nager pour s’en approcher et qu’il se noya. On dit aussi que, pour apaiser des querelles entre les populations locales, le roi Tirreno maria son fils Trasimène à la fille du roi étrusque Amno, et que l’on donna au lac le nom du fils. C’est en tout cas pour cela que les romantiques trouvent au lac une forme de cœur, et que, quand il y a de la brise, on croit entendre encore les lamentations d’Agilla.
Plus vraisemblablement, le nom du lac viendrait de la position géographique de celui-ci, « oltre il monte Imeno », à l’époque le nom de la montagne qui se trouve au nord du lac.C’est le plus grand lac de l’Italie péninsulaire et le troisième lac d’Italie, après les trois lacs du Nord ; sa surface et de 126 km2, il n’est pas très profond, au maximum 6 mètres (plutôt 4,50 mètres aujourd’hui), car il a pour origine le remplissage d’une dépression tectonique, un reste des anciens grands lacs d’Italie centrale de l’ère quaternaire. C’est donc aussi une zone humide fragile, de niveau variable, dont les hommes, depuis les Romains, cherchent à régulariser le volume d’eau ; récemment on y a fait affluer les eaux des torrents Tresa et Rigo Maggiore. Le lac contient trois îles, Isola Maggiore, sur laquelle se retira François d’Assise en 1213, Isola Minore et Isola Polvese. Tout autour dans la plaine et sur les collines pousse une végétation variée, de bruyères, de chênes verts, d’oliviers, de vignes, de roseaux et de prés, dans laquelle vit une faune abondante de foulques, cormorans, canards, grèbes, faisans, hérons cendrés, faucons ; dans les eaux des brochets (luccio), chevaines (cavedano), gardons (scardola), anguilles (connues depuis 1342), carpes (introduites au XVIIIe siècle), perches, poissons-chats, arborellas (alburnus arborella).La région est déjà habitée depuis une lointaine antiquité, les Étrusques y installent de petits centres agricoles, et les bergers de l’époque romaine laissent des traces de rites religieux, surtout sur les collines. C’est aussi sur les rives du lac que s’est déroulée en 217 av.J.C. la grande bataille où les armées romaines du consul Caius Flaminius furent battues et décimées par les troupes carthaginoises d’Hannibal, dont on a peu de traces mais qui ont déterminé le choix du nom de certains sites comme Ossaia, Sanguineto, Sepoltaglia (Voir plus loin).
À l’époque communale, entre 1139 et 1180, se développe l’autonomie des communes.La situation géographique du lac en a toujours fait un lieu stratégique tout au long de l’histoire, mais surtout depuis le Moyen-Âge, – où les villes voisines, Perugia, Sienne, Arezzo, Rome, s’en disputent la possession –, ce qui explique l’abondance des bourgs fortifiés, des châteaux, des tours de guet, souvent détruits et abandonnés dès l’invention des armes à feu. À partir de la domination pontificale sur l’Ombrie, on constate un retour de la féodalité, et c’est une dynastie qui domine le Trasimène dès 1550, parmi d’autres familles (les Montemelini, Oddi, Baglioni, Fiorenzi), les Della Corgna ; Ascanio Della Corgna (1514-1571 - Cf. portrait ci-contre), neveu du pape Jules III (1487-1550-1555), fut un chef militaire (un condottiero), un grands homme d’épée (Cf. ci-dessous à gauche, de Pomarancio, son duel avec Giovannei Taddei, 1582), habile en même temps qu’un mécène qui fit construire et orner de fresques le palais de Castiglione del Lago ; il mourut après la bataille de Lépante en 1571, où il avait rencontré Miguel de Cervantès. Il fut un des membres de sa famille qui firent édifier de puissantes demeures nobiliaires.
Les Della Corgna ont été un peu oubliés, car leur dernier descendant s’éteint en 1647, mais ce fut une famille nobiliaire importante en Ombrie depuis son fondateur Berardo au XIIIe siècle. Corniolo, un de ses descendants, avait écrit, entre 1410 et 1416, un traité d’agriculture, Divina Villa, qui fut utilisé jusqu’au XIXe siècle. L’origine de la famille se trouve au château de Bastia Corgna, au-dessus de Passignano, érigé par Francesco, le fils de Berardo qui avait pour emblème le cornouiller (« corniolo »), qui donnera naissance au nom de la famille. En 1537, le château hébergera Matteo dell’Isola, auteur du poème mythologique La Trasimenide, trois livres écrits en hexamètres latins sur le lac Trasimène (réédité en 1998 par Fabrizio Fabbri à Perugia).
Les Della Corgna, furent apparentés aux Baglioni, Oddi, Colonna, Sforza et surtout aux Ciocchi del Monte par le mariage de Francesco della Corgna avec Giacoma, sœur cadette du futur pape Jules III, d’où naquirent Ascanio en 1514, le premier à devenir marquis en 1563 , nommé par le pape Pie IV, Fulvio en 1517, résidant à Rome au Palais Salviati, et Laura, qui épouse Arciprete della Penna, descendant d’une très ancienne famille allemande venue en Ombrie en 1027 avec l’empereur Conrad II, et dont le premier-né Diomede della Penna sera à l’origine des deux dernières générations de la famille, qui obtiendra le titre ducal en 1617 du pape Paul V. La dernière descendante, Francesca, épousa un noble de Cortona, Onofrio Vagnucci, désormais seule famille héritière des della Corgna.
Une loi de 1996 a créé le Parc du Lac Naturel Régional Trasimène destiné à protéger et à valoriser le bassin lacustre qui analyse depuis le Centre de Passignano la qualité et l’évolution de l’eau.
Les villes autour du lac
Quand on arrive de Perugia, on traverse Corciano, d’environ 21.000 habitants, classés parmi les plus beaux bourgs d’Italie. Une légende attribue son origine à Coragino, un mythique compagnon d’Ulysse, mais les traces les plus anciennes de présence humaine remontent au néolithique (IXe-VIIIe siècles). L’existence du château est attestée dès le XIIIe siècle. Au XIVe siècle, la ville passe aux mains de l’État pontifical, fief des Della Corgna, elle se défend contre une attaque de Braccio da Montone, avant de lui céder et de retomber ensuite au pouvoir du pape jusqu’à l’occupation napoléonienne.Le village sur la colline est encore muni de ses murailles du XVe siècle. Son château du XIIe siècle fut l’un des plus puissants de la région (Cf. à droite) ; la place Coragino (ci-contre à gauche) donne sur le côté de l’ancienne église paroissiale médiévale Santa Maria, qui contient un étendard de Benedetto Bonfigli (1472) et un tableau de Perugino (1513). Plus haut apparaît l’église de San Cristoforo, construite sur un autel étrusque, dont on voit encore probablement des traces dans les monolithes de la base des murs extérieurs.
En descendant le long du cours Rotelli, on passe devant de nombreux palais, et à gauche le Palais des Prieurs (XVe siècle), le Palais du Capitaine du Peuple et le Palais communal (XVIe siècle), autrefois résidence des Della Corgna, qui contient un petit musée archéologique. Au bout du cours Rotelli, l’église San Francesco, en style gothique altéré à partir du XVIIe siècle, et le couvent de Sant’Agostino.
Entre 1978 et 1982, Renzo Piano construit à Corgiano le quartier résidentiel Il Rigo, une œuvre d’avant-garde architecturale par sa technique de construction et son adaptabilité.
En continuant vers Magione, on rencontre plusieurs châteaux, tours et oratoires. On arrive à Magione, ville d’environ 14.000 habitants, dont l’existence est attestée depuis environ 1075. C’était un lieu de passage de pèlerins et l’Ordre des Chevaliers de Jérusalem (i gerosolimitani) y construisirent un hospice, une « magione », maison pour recevoir et soigner les pèlerins. Puis l’édifice se transforme en abbaye puis en forteresse ; en 1311-12, lorsque l’Ordre des Templiers est exproprié. C’est là qu’en 1502, les conjurés ombriens préparèrent leur conspiration contre César Borgia, qui, par une trahison, fit ensuite, massacrer les conjurés.
On y trouve encore le Château des Chevaliers de Malte, l’église San Giovanni Battista, construite en 1571 par les Chevaliers de Malte, détruite en 1944 par un bombardement et reconstruite avec des fresques de Gerardo Dotton (1947), l’église de Santa Maria delle Grazie (1720), et la Place del Carpine.
Après avoir passé quelques châteaux (celui de Montecolognolo), on arrive au premier village du bord de lac, San Vito, avec son clocher préroman (Cf. ci-contre à droite), avant de remonter jusquà Passignano sul Trasimeno. Le village (Ci-dessus à gauche), d’un peu plus de 5.000 habitants, est encore entouré des murailles médiévales de l’ancien bourg fortifié, et doté de sa Rocca, la forteresse placé sur le point le plus haut de la ville (Cf. à gauche), dans laquelle a été installé le Musée des barques des lacs ombriens. La Tour Triangulaire est un aure élément défensif de la ville (Cf. ci-dessous à droite).
L’église San Cristoforo est antérieure à l’an 1000, construite sur un ancien temple païen (Cf. ci-contre à gauche). L’intérieur est orné de fresques représentant des figures de saints, de Benedetto Bonfigli (1420-1496), qui donnent une idée intéressante de la vie rurale à la Renaissance. Plusieurs autres églises de la Renaissance enrichissent ce bourg, dont le sanctuaire de la Madonna dell’Oli vete, à la sortie du village, édifié entre 1582 et 1586.Une grande fête populaire, le Palio delle Barche évoque l’ancienne rivalité des familles Baglioni et Oddi, et la grande bataille qu’ils se livrèrent en 1495, lutte sur le lac et fuite sur terre avec les barques sur le dos.La principale activité artisanale de Passignano est le fer forgé. On peut voir ci-dessous à gauche le gonfalon de Passignano
Au milieu des oliviers, on peut monter à Castel Rigone, le bourg fortifié en 1297, qui contient le Sanctuaire de la Madonna dei Miracoli, édifiée en 1494 et ainsi nommée par le pape Alexandre VI, un des meilleurs exemples d’architecture de la Renaissance et grand lieu de dévotion populaire. L’intérieur est riche de plusieurs tableaux de peintres ombriens. On pense que le village doit son nom à l’ostrogoth Arrigo (ou Rigone), lieutenant de Totila, qui avait établi ici son camp en 543.
En continuant vers le nord, on voit quelques châteaux (Bastia Corgna , Vernazzano), et on arrive à Tuoro sul Trasimeno (du latin Torus = terre surélevée). C’est un petit village de près de 4.000 habitants, célèbre surtout parce que ce fut probablement le lieu de la bataille entre les Romains et les Carthaginois en 217 av.J.C., rappelée chaque année par une grande fête populaire, le Ferragosto Torregiano, combat entre les 4 quartiers de la ville. Sur le mausolée du consul romain a été édifié le Palais del Capra (Photo ci-dessous à droite), à la fin du XVe siècle (Capra était le pseudonyme du constructeur, neveu de l’illustre juriste Benedetto dei Benedetti). C’est dans ce palais qu’est situé le Centre de documentation sur la Bataille du Trasimène. Le village est connu aussi pour ses carrières de grès, et avec cette pierre Pietro Cascella a créé entre 1985 et 1989 un ensemble de compositions de divers artistes, appelé Campo del Sole, sculptures en forme de colonnes.
La Bataille du Trasimène
La première Guerre Punique s’était terminée en 241 av.J.C. par la défaite des Carthaginois aux îles Egadi, qui les oblige à abandonner la Sicile et les îles environnantes. Ils décident alors à se retourner vers l’Espagne, et la guerre reprend en 219 av.J.C. entre les Romains et l’armée carthaginoise commandée par Hannibal. Rome envoie contre lui deux armées en Afrique et en Espagne. Mais Hannibal veut envahir l’Italie et de briser l’alliance entre Rome et les peuples italiques, et en 218 il franchit les Pyrénées avec une armée de plus de 100.000 hommes, mercenaires libyens, numides et ibériques accompagnés de quelques dizaines d’éléphants ; il traverse les Alpes à la fin d’octobre, provoque la défaite des deux consuls romains près du Tessin, et commence sa descente vers Rome, en passant par le lac Trasimène. Le consul Flaminius se met à sa poursuite, arrive au lac Trasimène à l’aube du 21 juin217. Hannibal avait disposé ses hommes sur les hauteurs autour de Tuoro, et dans une aube brumeuse, il les lança sur les Romains qui ne savaient pas où étaient leurs ennemis et furent pris par surprise, 10.000 hommes firent massacrés, y-compris les consul Flaminius, et cette embuscade est resté un modèle de bonne tactique militaire (Voir l’ouvrage de Giovanni Brizzi, Ermanno Gambini et Luca Gasperini sur La bataille du Trasimène (publié par le Musée en juin 2018).
Profitez-en pour (re)lire le beau livre de Paolo Rumiz, Annibale. Un viaggio, Milano, Feltrinelli, 2008, où il suit toutes les routes parcourues par Hannibal, jusqu’à sa tombe en Orient. Traduit en français en 2012 sous le titre L’ombre d’Hannibal (Folio)
On continue vers la rive orientale du lac, on voit à droite le château de Monte Gualandro, construit vers 1249, poste de douane de Perugia vers la Toscane, sur les ruines du château des Montemelini, rasé en 1247 (Voir la photo ci-contre à gauche). On traverse Borghetto, fraction de Tuoro (photo à droite) ; c’était un lieu de frontière entre Perugia et Cortona, et réputé pour le nombre de ses contrebandiers. C’est par là que les troupes romaines étaient arrivées avant de tomber dans l’embuscade d’Hannibal. Et après voir traversé le bois du Cerreto, on arrive à Castiglione del Lago.
Castiglione del Lago (du latin Castellum Leonis = le château du Lion) est une petite ville d’un peu plus de 15.000 habitants, autrefois une île, rattachée ensuite à la terre ferme par l’abaissement des eaux du lac. La ville est fondée par les Romains (mais le site était déjà disputé par les Étrusques) sous le nom de Novum Clusium (Nouvelle Chiusi) qui était donc la 4e île du lac. Elle est fortifiée au XIIIe siècle sous le règne de Frédéric II et devient au XVe siècle un bourg fortifié, par les Della Corgna, feudataires des États de l’Église à partir du pape Jules III. Ils restructurent la ville, sous la conduite de Vignola (1507-1573) et de Galeazzo Alessi (1512-1572), réorganisent les murailles et le château où le Marquis préparait de somptueuses réunions, en l’Accademia degli Insensati, où se retrouvaient les artistes et les écrivains, comme le poète burlesque Cesare Caporali (1531-1601), philosophes et nobles de Perugia entre 1561 et 1720 (Voir le site à leur nom sur Internet). Le duc de Castiglione était attaché à la symbolique du chiffre 3, symbole de la Trinité et des trois classes de la société, clergé, noblesse et paysannerie : il y a donc trois églises à Castiglione, la forteresse était triangulaire, il y avait trois grandes rues parallèles (l’ancien decumanus romain), ensuite réduites à deux, et trois portes d’accès (Ci-dessous). Tout autour de la ville, le duc fit aussi installer de nombreuses fermes où il encouragea la culture de l’olivier (Cf image ci-dessous à droite).On trouve en arrivant les églises de Santa Maria Maddalena, existante depuis le XIe siècle et refaite entre 1836 et 1860 en style néoclassique par Giovanni Caproni ; puis l’église San Domenico di Guzman, construite en style baroque en 1636 pour accomplir le vœu fait par le duc Fulvio II Alessandro pour que sa femme guérisse de la gangrène du bras, ce qui fut réalisé. La troisième église est Santa Maria delle Grazie de 1631 en style baroque, ordonnée par le duc Fulvio pour remercier la Vierge de l’avoir guéri d’une grave maladie.
Au centre de la ville, place Gramsci, se trouve le Palais Ducal, édifié par Ascanio Della Corgna en 1563 et développé par ses successeurs ; il illustre la fortune de la famille et les goûts de l’époque ; c’est le plus « royal » de tous les châteaux du duc, décoré parles fresques de Pomarancio (Niccolò Circignani, 1530-1597), Salvio Savini (1589-1609) et Giovanni Antonio Pandolfi (1540-1581). Le Palais avait aussi 3 stanze segrete, trois pièces secrètes sousla Salle du Trône où les marquis organisaient leurs réunions privées, en particulier avec le poète Cesare Caporali, grand ami de Miguel de Cervantès qui combattit ensuit à la suite d’Ascanio à la bataille de Lépante.Le Palais est rattaché par une longue galerie (un camminamento - Cf. image ci-contre) à la Rocca del Leone. Cette forteresse de plan pentagonal est édifiée par Frédéric II sur les ruines d’une ancienne construction pour exerver une surveillance du lac du haut du donjon. Puis, après les Baglioni de Perugia qui l’agrandirent, c’est Ascanio Della Corgna qui le transforma en 1563 et le rendit inattaquable à l’époque, ce qui lui donna une renommée européenne. la Rocca passa ensuite sous contrôle de l’Église et on utilise aujourd’hui la cour pour des spectacles.La Rocca a un haut donjon triangulaire, il est doté de 4 tours d’angle, dont certaines furent rendues cylindriques au XVIe siècle après l’invention de l’artillerie.
On peut comparer le Palais Ducal à la Villa Del Colle construite en 1576 par le cardinal Fulvio Della Corgna près de Perugia (Cf. ci-dessous à droite).
De Castiglione, on peut redescendre tout au sud du lac jusqu’à Panicale, en passant par Panicarola et ses deux sanctuaires, où on a retrouvé une nécropole d’époque protovillanovienne (entre 1175 et 960 av.J.C.).Panicale, ville-château de près de 6000 habitants, se trouve sur une colline aux pieds du Mont Petrarvella, dans la Val di Chiana. Il est classé parmi les bourgs les plus beaux d’Italie par le Touring Club Italiano. L’origine de son nom est discutée, soit pan colis = lieu où on cultive le millet (panìco), soit Pani calet = lieu où on dresse des autels au dieu Pan, soit Pan Kalon = en grec lieu où tout est beau.
Son origine est probablement très ancienne, mais on n’en connaît pas grand-chose. On sait qu’au Moyen-Âge, c’était une centre de production important de blé et de pain, et un avant-poste de Perugia vers l’Ouest. Au XIVe siècle, la ville a eu un Statut indépendant certifié par notaire, malgré sa soumission aux seigneurs de Perugia. En 1416, elle est dominée, comme Perugia, par Braccio da Montone ; mais, dominée par diverses seigneuries, elle vit cependant bien, elle est assez riche, et peut développer faire venir de grands artistes comme Perugino (Pietro Vannucci, 1448-1523). En 1540, elle tombe sous la domination de l’État pontifical jusqu’à l’Unité italienne, sauf dans la parenthèse de l’occupation napoléonienne, et c’est comme partout une période de déclin. Son blason est en deux parties, à droite, le château (une tour assortie de trois petites tours à créneaux guelfes), à gauche le griffon de Perugia évoquant les batailles menées au côté de Perugia, en particulier sous les ordres du condottiero de Panicale, Boldrino Paneri (1331-1391). Panicale a aussi donné naissance au grand peintre florentin, Masolino da Panicale (1383-1440), collaborateur de Masaccio.
Promenez-vous dans la petite ville, où en effet « tout est beau ». Voyez le Palazzo del Podestà, sur Piazza Masolino, en style gothique lombard du XIIIe siècle, chef-d’œuvre des maîtres Comacini, ces anonymes constructeurs, maçons, sculpteurs, originaires d’une île du lac de Côme, actifs dès le VIIe siècle dans toute l’Italie. Le palais est le siège des Archives de la Commune (Voir photo à droite).Passez devant la maison de Boldrino Paneri, visitez la Pinacothèque du Palais Landi (XVe siècle). Visitez quelques églises, la Collégiale de Saint Michel Archange des Xe et XIe siècles, amplifiée en 1546, de façade Renaissance et d’intérieur baroque, qui contient une Annonciation de Masolino da Panicale (ci-contre à droite, 2 photos). Allez voir le Martyr de saint Sébastien, œuvre originale de Perugino (1505), dans l’église Saint Sébastien : le saint est lié à une colonne devant des arcs à l’ancienne derrière lesquels se déploie un paysage tranquille, quatre archers le criblent de flèches tandis que, le corps légèrement balancé, il regarde paisiblement le Père Éternel et les deux anges dans les bas-reliefs du sommet.
Voyez en passant le Théâtre Cesare Caporali, du XVIIe siècle, le plus petit de la région, mais admirable pour ses décorations ; traversez encore quelques places (il y en a trois) et remontez admirer une dernière fois cette étendue d’eau du lac Trasimène, que quelques personnes intéressées (propriétaires fonciers, disent certains) proposent de temps en temps d’assécher !
Les îles du lac Trasimène
L’Isola Minore est privée. L’Isola Maggiore (ci-dessous à gauche) peut être visitée en prenant le bateau de Passignano, et elle en vaut la peine. Ce n’est pas la plus grande, l’Isola Polvese est plus étendue, mais son petit bourg et sa nature sont très intéressants, et elle est encore habitée par quelques familles de pêcheurs. Au Moyen-Âge, des nobles et des moines s’y seraient réfugié pour fuir la peste de Perugia. On en a connaissance depuis 817 quand le lac fut concédé au pape par l’empereur Ludovic le Pieux. En 1211, François d’Assise vint s’y retirer pour le Carême, et les Franciscains s’y installèrent. En 1578, elle avait 600 habitants. En 1887, le marquis Guglielmi fit transformer les édifices franciscains en château, qu’il occupe jusqu’en 1975, puis laisse à l’abandon ; aujourd’hui, les restaurations commencées en 2005 n’ont pas été terminées. En 1944, les SS nazis vinrent faire un ratissage des Juifs réfugiés dans l’île et des partisans, un agent de la préfecture et le prêtre de la paroisse les firent fuir dans les bois et transporter par les pêcheurs sur la rive libérée.
Une des activités de l’île est le travail de la dentelle d’Irlande : en 1904, la marquise Elena Guglielmi avait fait venir de Dublin une irlandaise qui avait enseigné aux fille à pratiquer une technique spéciale de travail au crochet qui reste une particularité de l’île, rappelée par un Musée de la Dentelle.
Vous pouvez voir au sommet de l’île le château (ci-contre à droite), de 1891, en style néogothique, et l’église San Michele Arcangelo (Ci-contre à gauche) du XIIIe siècle, qui contient un Crucifix de Bartolomeo Caporali (1420-1505), très intéressant en particulier pour les décorations du bout des bras, de la tête et du pied de la Croix (Cf. ci-dessous à gauche, avec François d’Assise à g et le crâne d’Adam dont one ne sait pas ‘il crie ou s’il rit). Au-dessus de la tête du Christ, se trouve saint Michel Archange entre saint Jérôme et saint Léonard ; au pied de la Croix, saint François (est-ce une commande franciscaine ?) et la Madeleine en prière et le crâne d’Adam ruisselant du sang du Christ. Le Crucifix a été restauré en 1933, prêté au Musée de Cleveland en 2012 et revenu à l’Isola Maggiore en juin 2013.
Voyez quelques autres monuments, comme la Maison du Capitaine du Peuple, du XIVe siècle.
L’Isola Polvese est la plus grande des trois (Voir le plan ci-contre, tiré de Bell’Italia, Umbria, 2008). Son nom vient probablement du mot polvento = zone sous le vent. Elle était déjà connue des Romains, et au Moyen-Âge occupée par environ 500 personnes, avec un monastère olivétain de 1482 ; elle dépend de Perugia. Au XVIIe siècle, les moines l’abandonnent et c’est le déclin. Puis elle et rachetée en 1959 âr le comte Citterio et enfin devient propriété de l’administration de Perugia en 1973 qui y installe à partir de 1995 un parc scientifique et didactique et un Centro di Esperienza Ambientale (de l’environnement) pour les écoles et les touristes. On y étudie les plantes et les animaux, on y fait des cultures biologiques. On peut y voir :
1) la Villa qui abrite le Centre (Voir ci-dessous à gauche) ;
2) Le jardin des plantes aquatiques réalisé par l’architecte Pietro Porcinai ;
3) Le château du XIVe siècle (Voir ci-contre à droite) et l’église de San Giuliano, du XIe siècle, ornée de fresques et qui a encore des restes d’opus reticulatum romain (Ci-après);
4) parcours de cannaies et d’oliveraies ;
5) Ruines du monastère olivétain (Voir ci-dessous au centre) ;
6) Panorama. L’île n’est ouverte aux touristes que de Pâques à septembre. On peut y séjourner.Passer une semaine autour du Trasimène serait un beau projet.Stendhal écrivait (Promenades dans Rome, 25 mars 1828 , Voyages en Italie, Pléiade, p.786) : « Les abords du lac de Trasimène sont de première beauté ».
Le lac de Piediluco
Il se trouve au sud de l’Ombrie, au sud-est de Terni, le second lac de l’Ombrie après le Trasimène. Le petit bourg au pied du lac était appelé Castello di Luco, qui vient de lucus = bois sacré. Le lac était le lacus Velinus des Romains (le Velino est la rivière affluente). Il est d’une profondeur maximum de 19 mètres. C’est une grand bassin naturel. Il faisait partie du Grand Tour à partir du XVIIe siècle, et il a été peint par de nombreux artistes dont Jean-Baptiste Corot. Sa faune est nombreuse et variée, l’anguille, la carpe, la tanche, le brochet, la perche, la truite, etc. C’est aussi un lieu central du canotage italien
Les fouilles archéologiques à Piediluco ont révélé un habitat datant de l’âge du Bronze, abandonné au début de l’âge du Fer lorsqu’est fondé le bourg de Terni. Après l’occupation des Sabins et des Romains dont on n’a aucun témoignage. Pour avoir une documentation sûre, il faut arriver à 1028, date d’une remise des lieux par un feudataire à l’Abbaye de Farfa ; on sait aussi qu’il y avait une forteresse en-haut de la colline, avec un village de pêcheurs au bord du lac. Entre le XIe et le XIIe siècle est édifiée l’église de Santa Maria del Colle, à l’époque où Frédéric II remit le bourg aux Brancaleoni, en 1244. On édifia aussi le couvent et l’église de saint François en souvenir de la visite du saint en 1208. Le lieu fut ensuite disputé entre seigneurs guelfes et seigneurs gibelins, et en 1353, c’est le cardinal Albornoz qui fit renforcer une forteresse de contrôle du territoire, comme il le fit dans les autres villes de l’Ombrie et des Marches, désormais possessions pontificales. C’est à partir de ce moment que le village se développa sous le nom de Piediluco (aux pieds de Luco), passant d’un feudataire du pape à un autre (les Trinci, les Poiani, les Ancajani, les Pianciani, enfin après l’Unité italienne les Franchetti). La proximité des cascades delle Marmore fut ce qui permit le développement du Grand Tour, et la visite de nombreux voyageurs, comme Montaigne, Byron, Goethe, Gregorovius, Andersen ; Wagner, Freud Ce sont les Franchetti qui firent construire à la fin du XIXe siècle la Villa de Villalago . Sur la rive opposée à Piediluco, en haut du mont Caperno, d’une esplanade on écoute un écho qui renvoie en 4 secondes jusqu’à deux hendécasyllabes. Un lac qu’on oublie trop.
Le lac de Corbara
Ce lac s’est formé après la construction d’un barrage sur le Tibre entre Orvieto et Todi, construit en 1962 pour augmenter la production hydroélectrique ; ce barrage a 641 mètres de long, 416 en ciment et 225 en terre. Le lac a une superficie d’un peu plus de 10 km2 et une profondeur de 51 mètres. On y pratique de nombreux sports nautiques et la pêche, dans les environs on fait de la spéléologie. Corbara est une fraction de la commune d’Orvieto, ancien site étrusque puis romain, dominé au Moyen-Âge par les Montemarte, et disputé entre Perugia et l’Église. On peut encore voir son château (Cf à droite, et au centre le barrage)
Autres lacs d’Ombrie et Cascade delle Marmore
Le lac de Recentino, résultat d’un petit barrage sur le torrent L’Aia, dérivation de la rivière Nera. On l’appelle aussi le Lac de Narni.
Oasis naturelle du lac d’Alviano, dans la province de Terni, d’une surface de 900 hectares, réalisée en 1963 à partir d’un barrage sur le Tibre, d’une profondeur d’une trentaine de centimètres, mais qui attire de nombreux oiseaux migratoires et autres, canards de diverses races, cormorans, hérons, hirondelles, grèbes, etc. (Cf à gauche le lac ; à dr. des foulques qui se poursuivent au fil de l’eau).
Le lac de San Liberato se trouve aussi dans la province de Terni, bassin artificiel d’un volume de 6 millions de m3, issu d’un barrage sur la rivière Nera. Ecosystème d’un grand intérêt pour sa faune aquatique, dans le parc fluvial de la Nera.
Enfin, dans la même région, à l’est de Terni, l’immense Cascade delle Marmore. C’est une des plus grandes d’Europe, sur une hauteur de 165 mètres en trois sauts ; on peut la visiter soit d’en haut soit d’en-bas et parcourir un sentier entre les deux. La cascade est une partie de la rivière Velina, proche de la commune de Marmore, dont environ seulement un tiers est dévié, provenant du lac de Piediluco (Voir plus haut).
À l’origine, le Velino formait un marécage nocif pour la santé des habitants de la région (il y en a des restes dans les petits lacs Lungo et Ripa Sottile). Aussi en 271 av.J.C., le consul romain Curius Dentatus ordonna la construction d’un canal (le Cavo curiano) qui faisait dévier les eaux stagnantes en direction du saut naturel de Marmore et de là le fleuve coulait directement dans la Nera, affluent du Tibre. Mais ce créa un énorme flux d’eau qui menaçait la ville de Terni et il y eut en 54 av.J.C un procès entre Rieti et Terni, où Cicéron représentait Rieti et Quintus Hortensius Ortalus Terni, mais cela ne donna rien. Après la chute de l’empire romain, le canal ne fut plus entretenu et le flux diminua ; en 1422, on construisit un autre canal à l’initiative du pape Grégoire XII (Il Cavo gregoriano) , et en 1545, le pape Paul III fit encore ouvrir un nouveau canal par Antonio da Sangallo le Jeune, qui ne dura qu’une cinquantaine d’années (il Cavo Paolino). Le pape Clément VIII décida alors en 1598 de faire élargir le canal romain initial et de construire un pont régulateur, valve qui permettrait de réguler le flux, réalisée par Giovanni Fontana, frère du célèbre architecte Domenico Fontana, et Carlo Maderno : on l’appela la Cava Clementina. Cela provoqua tellement d’inondations des campagnes que le pape Pie VI demanda à l’architecte Andrea Vici (1743-1817) de travailler directement la cascade, ce qui régla à peu près le problème. Et à partir de 1896, on commença à exploiter la cascade pour produire de l’énergie hydroélectrique. Une légende attribue à la Nera et au Velino, la nature d’une Nymphe et d’un berger, amoureux l’un de l’autre, punis par Junon pour leur amour irrégulier, et sauvés par Jupiter qui les transforma en rivières pour qu’ils puissent se rejoindre. La légende est racontée par un follet légendaire de l’Ombrie, le Gnefro.Les cascades eurent de nombreux visiteurs illustres parmi les écrivains et les peintres, de Pline et Cicéron, à Galilée, Alfieri, Corot, Turner, Byron … Léonard de Vinci aurait représenté la cascade en 1473 dans son dessin Paesaggio ci-contre (Florence, Uffizi).
V. - L’Ombrie / Perugia, une ville d'exception
Perugia, capitale régionale de l’Ombrie
Perugia est la plus grande ville d’Ombrie, elle a plus de 160.000 habitants, et elle est connue internationalement pour son Université, une des plus anciennes d’Italie, et son Université pour étrangers, qui attire chaque année des milliers d’étudiants du monde entier. Elle possède aussi la seconde Académie des Beaux-Arts la plus ancienne d’Italie, créée en 1573, l’Académie Pietro Vannucci. La ville haute ancienne est située sur des collines d’environ 450 mètres d’altitude (la plus haute a 494 mètres) ; elle est amplifiée aujourd’hui d’une importante ville basse dans la plaine, dont les quartiers sont épars sur une vaste étendue. On ne sait pas exactement quelle est l’origine du nom de la ville, ombrienne ou étrusque ?
On a connaissance d’habitat humain dès la fin de l’âge du Bronze et les débuts de l’âge du Fer, avec des cabanes d’époque villanovienne retrouvées sur la colline. Puis les Ombriens doivent céder la place aux Étrusques à partir du VIe siècle av.J.C.. Perugia (en étrusque, Perusna) devient une des 12 cités (les lucumonies) de la fédération étrusque, et elle édifie sa muraille de protection, encore en partie visible, entre le IVe et le IIIe siècle av.J.C. : une construction de gros blocs de travertin de trois km qui couvre les deux collines Landone et del Sole. Elle laisse aussi à l’extérieur des murs de nombreuses nécropoles.La ville passe ensuite sous la domination romaine après la bataille perdue de Sentino en 295 av.J.C., mais conserve sa langue étrusque et une partie de son autonomie jusqu’à la fin de la période républicaine ; en 217 av.J.C., après la bataille du Trasimène, elle donne refuge aux fuyards de la légion romaine, et obtient la citoyenneté romaine en 89 av.J.C.
La ville est incendiée en 41 av.J.C., reconstruite selon une autre structure sous Auguste, et elle devient Augusta Perusia, s’étendant bien au-delà des murs (voir l’amphithéâtre hors de la Porta Marzia, les Thermes et un temple de Mars). Elle continue cependant à pratiquer des jeux étrusques jusqu’au IVe siècle ap.J.C.
Dès la période paléochrétienne, les lieux de culte se multiplient : Sant’Angelo, San Pietro, San Costanzo, et la ville connaît une période florissante. Sa situation stratégique au croisement de la Via Flaminia et de la Via Amerina fait que les Goths s’en emparent en 548, Totila fait écorcher vif (selon Grégoire le Grand) et tuer l’évêque Ercolano ( ? -549) coupable d’avoir organisé la résistance, et celui-ci deviendra un des saints patrons de la ville. Après cela, jusqu’au VIIIe siècle, Perugia restera liée à l’empire byzantin, pour tomber ensuite sous la domination pontificale et carolingienne, c’est l’évêque qui dirige la ville, et en 936 est construite la cathédrale San Lorenzo.
La Commune et le gouvernement des Consuls se constituent en 1139 (la Civitas Perusina), soumise à l’Île Polvese du lac Trasimène ; en 1186, elle obtient du futur empereur Henri VI son indépendance par rapport à l’empire, confirmée par le pape Innocent III en 1198. Perugia fut à plusieurs reprises un lieu de refuge pour les papes quand ils devaient quitter Rome, et cinq conclaves s’y déroulèrent, elle resta toujours guelfe, mais ne se soumit jamais totalement à l’autorité pontificale. Au XIIIe siècle, elle étend son territoire sur Assise, Gualdo Tadino et Montone, sa population compte alors 45.000 habitants dont 28.000 dans la ville ; elle est dotée d’environ 70 tours (il reste la Torre degli Sciri). La Fontana Maggiore est construite entre 1275 et 1277 par Arnolfo di Cambio (1245-1302/1310 ?), la bourgeoisie s’est développée, la ville compte 41 corporations (Arti), parmi lesquelles sont élus les Prieurs qui siègent au Palais des Prieurs commencé en 1293 (Cf. ci-contre à gauche). L’Université est instituée en 1308 ; la ville trouve dans la dynastie angevine une alternative au pouvoir pontifical et élit le saint angevin Ludovic de Toulouse (1274-1297) comme son Avocat (Cf. le portail du Palais des Prieurs). Le juriste de Perugia Bartolo da Sassoferrato (1314-1357) déclare alors que Perugia ne dépend ni de l’Église ni de l’Empire. Malheureusement la peste noire de 1348 affaiblit considérablement la ville qui retourne en 1370 sous la domination de l’Église.
Dans toute cette période communale, du XIe à la fin du XIVe siècle, la ville s’étend, conquiert de nouvelles campagnes, dont le lac Trasimène, et c’est à partir de ce moment qu’elle commence à dominer la campagne, soumettant les paysans et les obligeant souvent à venir habiter en ville. Par ailleurs s’installent les grands ordres mendiants, Franciscains, Dominicains, Agostiniens, qui évangélisent les populations et en même temps les aident et les contrôlent : ils ont à Perugia, comme dans toutes les Communes une importance déterminante. Enfin, la ville se développe et se modernise, construit entre autres de 1254 à 1276 le grand aqueduc qui part du Monte Pacciano, à 4 km de la ville et vient alimenter la grande Fontana Maggiore de la Place centrale où se retrouvent le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir politique.
Pour diverses raisons, la ville perd son autonomie en 1370, après sa défaite contre le pape Urbain V (1310-1362-1370), et tombe sous l’autorité pontificale (les papes commencent à rentrer d‘Avignon en 1377). Dans cette période de luttes contre l’Église, Perugia se trouve sous la domination de diverses familles seigneuriales, les Visconti, Michelotti, Fortebracci, en particulier de cette famille Braccio Fortebracci (Braccio da Montone) qui réalise de nombreuses constructions. Retombée sous domination pontificale, Perugia achève la cathédrale dont le grand mur latéral ferme le côté nord de la place (Cf. ci-contre à gauche). En 1393, c’est Biordo Michelotti (1352-1398 - Image ci-contre à droite) qui s’empare du pouvoir, est élu Capitaine Général des Milices et fait bannir 150 Gentilshommes, dont Braccio da Montone : il devient ainsi le premier « Seigneur » de Perugia de 1393 à 1398. Michelotti est assassiné en 1398 par une conjuration dirigée par l’abbé de San Pietro, et c’est Gian Galeazzo Visconti (1351-1402), duc de Milan, qui devient Signore de Perugia en 1400, avec le projet d’un grand État unitaire entre le nord et le centre de l’Italie, mais il meurt en 1402. C’est l’Église qui revient au pouvoir avec Boniface VII ( ? -974-983), jusqu’à ce que les armées de Braccio reviennent au pouvoir en 1416, jusqu’en 1424, et c’est alors la fin de la Commune
Les Baglioni arrivent ensuite avec Braccio I, qui est un neveu de Braccio da Montone, et suivi de ses frères Guido et Rodolfo. Ils développent la ville, construisent des routes, des églises (le clocher de San Pietro sur un dessin de Bernardo Rossellino, 1409-1464) et des palais (palais du Capitaine, 1473-1481), dont le Palais des Prieurs entre 1429 et 1433, et leur mécénat fait de Perugia une grande ville artistique avec des artistes comme Piero della Francesca (1416-1492), Pinturicchio (1452-1513), Raffaello (1483-1520), Perugino (Pietro Vannucci, 1448-1523), Piermatteo d’Amelia (1445-1508). De Perugia viennent aussi les peintres Benedetto Bonfigli (1418-1496), Bartolomeo Caporali (avant 1442-1505) et son fils Giovan Battista Caporali (1497-1555), Fiorenzo di Lorenzo ( ? 1462-1522), Domenico Alfani ( ? 1506-1553) et son fils Orazio Alfani (1510-1583), l’architecte Galeazzo Alessi (1512-1572).
Enfin, après des luttes entre les Oddi et les Baglioni, la ville est à nouveau acquise par le gouvernement pontifical à partir de 1540, après la défaite subie dans la Guerre du Sel : l’État pontifical avait imposé en 1531 une taxe sur le sel (le sel des salines pontificales est déjà deux fois plus cher que celui des salines siennoises), que le pape Paul III (né Alessandro Farnese, 1468-1534-1549) déclara vouloir augmenter en 1539. Cela provoqua un refus de la population et une révolte que le pape décida de réprimer par les armes, dévastant d’abord toutes les campagnes environnantes. Perugia fut assiégée et conquise, et pour marquer sa domination, le pape fit construire la Rocca Paolina sur la maison des Baglioni, de 1540 à 1543. Une légende, sans doute inexacte, disait qu’à partir de ce moment, les habitants de Perugia firent la grève du sel et n’en mirent plus dans leur pain. C’était la rupture définitive avec l’époque médiévale et communale et l’entrée dans une autre économie et un autre urbanisme.
De la fin du XVIe au XVIIIe siècle, Perugia garde ses monuments médiévaux et ne construit que des palais de style Renaissance ou baroque, une grande église baroque, San Filippo Neri (Cf. Ci-contre à gauche), de 1627 à 1665, de Paolo Maruscelli (1594-1649), deux théâtres, ne faisant qu’augmenter l’empreinte patricienne (les palais Donini, Della Penna, Gallenga Stuart, Conestabile della Staffa), dans une lente stagnation économique et démographique. Perugia donne naissance au compositeur Francesco Morlacchi (1784-1841), aux peintres Domenico Bruschi (1840-1910) et Annibale Brugnoli (1843-1915).Au XIXe siècle, Perugia n’aura de cesse de se libérer du pouvoir pontifical, durant la révolution de 1848 (où la Rocca est détruite), et en 1859, après une période où les artistes et les intellectuels, ralliés à l’idée de la monarchie piémontaise, se retrouvent dans les salons de la princesse Maria Alessandrina Bonaparte (1818-1874), nièce de Napoléon Bonaparte et favorable à la politique italienne de Napoléon III, les révolutionnaires de Perugia subissent une dure répression militaire de la part des armées pontificales (gardes suisses). Le 14 septembre 1860, les troupes piémontaises prirent la ville et Perugia fut intégrée au Royaume d’Italie.Le premier Plan régulateur fut adopté en 1931, et la ville s’accrut encore de nouveaux quartiers (San Sisto, Ponte San Giovanni en particulier). La Marche sur Rome organisée par les fascistes part de Perugia en 1922. Le 24 septembre 1961, l’intellectuel antifasciste Aldo Capitini (1899-1968) organise au contraire la première Marche pour la Paix de Perugia à Assise.Les animaux symboliques de Perugia restent le griffon (Cf. ci-contre le blason de Perugia) et le lion. De Perugia, viennent le poète Sandro Penna (1906-1977) et le critique littéraire Walter Binni (1913-1997). La ville est encore aujourd’hui le siège de plusieurs grands festivals de musique, dont Umbria Jazz, qui se déroule dans plusieurs villes d’Ombrie.
Visite de la ville
Itinéraire 1 : de Porta Marzia à Piazza IV Novembre
Perugia est intéressante à visiter, il y faut plusieurs jours, et on peut suivre plusieurs itinéraires, car comme le montre le petit plan de droite, elle s’étend en longueur suivant l’arête des collines pour la ville ancienne et dans la plaine pour l’extension plus moderne.On entre par l’ancienne Porta Marzia (en bas au centre de la carte). Construite dans la seconde moitié du IIIe siècle av.J.C, elle fut démontée en 1540 et replacée 4 mètres en avant, dans les bases de la Rocca Paolina (Cf. ci-dessous à droite). Son nom vient soit de la proximité d’un Temple de Mars, soit de la famille Vibio Marso qui avait fait restaurer et embellir l’ancienne porte étrusque au Ier siècle apr.J.C. et l’amphithéâtre encore visible sous le Palais della Penna (ancien palais Vibi). On voit en haut la terrasse des Jardins Carducci.La Rocca est maintenant détruite, mais entre 1932 et 1965, les architectes aménagèrent les anciennes maisons médiévales des Baglioni et les souterrains de la Rocca en une rampe qui permet d’accéder à la ville haute. En 1983, on ajouta à la rampe un escalator mécanique moins séduisant. Cette montée est une visite étonnante de la Perugia médiévale (voir ci-dessous à gauche) l’entrée dans la Rocca par la Porta Marzia et au centre le quartier médiéval que l’on traverse).
On débouche sur les jardins Carducci et sur le Palais de la Province (ancien Palais Pontifical), seul reste de l’ensemble de la Rocca Paolina. Les jardins doivent leur nom à Giosuè Carducci (1835-1907) qui fut séduit par ses visites de Perugia en 1877, et écrivit un long poème de 30 quatrains à la ville, Il canto dell’amore. En voici le début :
Italien
Oh bella a' suoi be' dí Rocca Paolina
Co' baluardi lunghi e i sproni a sghembo !
La pensò Paol terzo una mattina
Tra il latin del messale e quel del Bembo.
— Quel gregge perugino in tra i burroni —
Troppo volentier — disse — mi si svia.
Per ammonire, il padre eterno ha i tuoni
Io suo vicario avrò l'artiglieria.
Coelo tonantem canta Orazio, e Dio
parla tra i nembi sovra l’aquilon.
Io dirò co’ cannoni : O gregge mio
torna a i paschi d’Engaddi e di Saron.
Ma poi che noi rinovelliamo Augusto,
odi, Sangallo : fammi tu un lavoro
degno di Roma, degno del tuo gusto,
e del pontificato nostro d’oro.
Disse : e Sangallo a la fortezza i fianchi
arrotondò qual di fiorente sposa :
Gittolle attorno un vel di marmi bianchi,
cinse di torri un serto a l’orgogliosa.
Français
Oh belle dans ses beaux jours Rocca Paolina
avec ses longs bastions et ses éperons en oblique !
C’est Paul Trois qui la pensa un matin
entre le latin de son missel et celui de Bembo.
Ce troupeau de Pérouse entre ses ravins
trop volontiers – dit-il – se détourne de moi.
Pour admonester, le père éternel a sa foudre,
Moi son vicaire j’aurai l’artillerie.
Coelo tonantem, chante Horace, et Dieu
parle dans les nuages en haut de l’aquilon.
Je dirai avec mes canons : Oh mon troupeau
reviens aux pâturages d’En-Gaddi et de Saron.
Mais nous renouvelons Auguste,
écoute, Sangallo ; fais-moi toi un travail
digne de Rome, digne de ton goût,
et de notre pontificat d’or.
Ainsi dit-il : et Sangallo arrondit les flancs
de la forteresse comme ceux d’une florissante épouse :
autour d’elle il jeta un voile de marbres blancs
il ceignit l’orgueilleuse d’une guirlande de tours
Le Carducci garibaldien et anticlérical de sa jeunesse est maintenant un poète royaliste rallié à la monarchie de Savoie (et à la reine Marguerite), et plein de pitié pour le pape Pie IX (1792-1846-1878) enfermé dans le Vatican par l’Unité italienne, depuis 1870. Il dit clairement que la Rocca Paolina fut demandée à Sangallo par Paul III pour réprimer les révoltes de Perugia contre son pouvoir, et il décrit ce pape guerrier et népotiste comme un humaniste qui compense la médiocrité du latin religieux de son missel par la beauté de celui de Pietro Bembo, l’humaniste de la Renaissance (1470-1547) et par celui d’Horace, et qui appelle par ses canons le peuple (le « troupeau ») à se soumettre à lui et à chanter comme le Cantique des Cantiques (I-14 et II-1) les roses de Saron et les vignes d’En-Gaddi. Étonnant cléricalisme aveugle où Carducci transfigure une forteresse de tyran en un monument de beauté (la Rocca n’a jamais eu ni tours ni marbres blancs), mais belle louange de Perugia ! Et on a depuis les jardins une vue magnifique sur l’Ombrie.
C’est dans les Jardins Carducci que se trouve le monument à Perugino (voir plus haut), à côté d’autres bustes d’auteurs, entre autres Carducci (Cf. image ci-dessus, les jardins) et l’explorateur Orazio Antinori (1811-1882).Beaucoup d’autres écrivains ont parlé de Perugia, Giorgio Bassani qui l’appelait « la reine de l’été », ou Alberto Moravia qui y a écrit son premier roman, Gli indifferenti, en 1927, et qui disait qu’on y revenait toujours parce qu’elle changeait toujours de perspective. La ville a été nommée Capitale Italienne de la Culture en 2015 (Voir en annexe le texte d’Hippolyte Taine).
On entre dans le centre historique, désormais piétonnier, et on arrive sur la Place d’Italie, restructurée entre 1883 et 1896 par Alessandro Arienti (1833-1896). Autour de la place décorée par un Monument à Victor-Emmanuel II de 1890 (Giulio Tadolini, 1849-1918) se dressent le Palazzo Antinori du XVIIe siècle (Hôtel La Rosetta), au Nord, le Palazzo Cesaroni, de 1897 (Guglielmo Calderini, 1837-1916), siège du Conseil Régional, dont une salle est décorée de fresques d’Annibale Brugnoli (1843-1915) et de Domenico Bruschi (1840-1910), et en face le Palazzo della Provincia, d’Alessandro Arienti (1870), avec ses fresques allégoriques de Domenico Bruschi ; à l’ouest, le Palazzo della Banca d’italia, de 1871 (Guglielmo Rossi, 1857-1918), et l’Hôtel de luxe Brufani d’Alessandro Arienti (1882-83) ; à l’est, l’immeuble Calderini, de 1873, construit par Guglielmo Calderini. À l’angle avec le corso Vannucci, la Présidence du Conseil Régional a son siège dans le Palazzo Donini, construit de 1716 à 1724, qui s’inspire du style toscan du XVIe siècle, et qui est décoré par Francesco Appiani (1704-1792).
C’est la partie de la ville qui symbolise la nouvelle bourgeoisie arrivée au pouvoir avec l’Unité italienne de 1861 (Voir aref www.keytoumbria.com/perugia).
De là part le Corso Vannucci, axe central de la ville depuis les Étrusques, qui relie les deux collines, Landone (côté Rocca Paolina) et Del Sole au Nord, et d’où partent des rues latérales qui permettent de rejoindre toutes les anciennes portes de la ville. En dialecte « fare una vasca » signifie : faire une promenade Corso Vannucci. On arrive bientôt à l’élargissement de la Piazza della Repubblica, avec à gauche le Théâtre del Pavone (du Paon), réalisé en 1717-1723 sur le site de l’ancienne Locanda degli Ebrei (Auberge des Juifs). Il est d’abord construit en bois, puis refait en maçonnerie en 1765 sur le modèle du Teatro Argentina de Rome. En 1772, Francesco Appiani (1704-1792) décore le rideau de scène en représentant une déesse symbolisée par un paon : c’était l’Accademia del Pavone qui avait commandé la construction. Plusieurs grands opéras eurent leur première représentation dans ce théâtre.
De la droite de la place part la Via Baldo, où l’on voit encore la maison de Baldo degli Ubaldi (1327-1400), le grand juriste et frère mineur, élève de Bartolo da Sassoferrato, conseiller du pape Urbain VI. Noter ses fenêtres cintrées. On voit ensuite la façade de l’ex-église de Sant’Isidoro, recomposée par Valentino Martelli (1556-1630).Plus loin, se trouve le Palais Graziani (ci-contre à gauche), siège de la Banca Commerciale depuis 1905 et de la Fondation Cassa di Risparmio depuis 1995 ; il est de 1585, attribué parfois à Vignola (1507-1573). Son premier étage a été décoré de 1889 à 1895 par Annibale Brugnoli de fresques qui racontent des épisodes de l’histoire de l’Ombrie (victoire d’Hannibal et lutte d’Ascanio della Corgna) et de Perugia au IXe siècle. Et on croise la Via Mazzini, ouverte en 1547 pour faciliter le passage vers la place Matteotti (Voir plus loin).
En continuant, on voit à droite le Palazzo del Collegio dei Notari, construit en 1440, mais mutilé en 1591 à cause de l’ouverture de la via Calderini (autrefois via Pinella) par le légat pontifical cardinal Domenico Pinelli, qui devait faciliter l’accès à la place Matteotti, alors appelée place du Sopramuro. Il fut construit pour remplacer la salle d’audience des Notaires, près de la cathédrale. La façade est en pur style gothique, en travertin d’Assise, percée de deux fenêtres trilobées au-dessus du portail d’entrée, entre lesquelles on voit encore l’emblème du Collège des Notaires ; la fenêtre de gauche est coupée par la rue Calderini (Cf. photo).
On arrive enfin au centre civil et religieux de la ville, la place IV Novembre (ancienne Piazza Grande). Là était déjà l’ancien forum romain, là est structuré le centre urbain dès le Xe siècle, quand la cathédrale est transférée dans la nouvelle église de San Lorenzo, puis quand est construit le Palais des Prieurs et installée la Fontana Maggiore.La Fontana Maggiore est l’œuvre de Nicola Pisano (1220-1284) et de son fils Giovanni Pisano (1248-1315), avec l’aide de Fra Bevignate da Cingoli (1250-1305) et de Boninsegna Veneziano (2e moitié du XIIIe siècle) pour l’installation hydraulique. Elle est construite entre 1275 et 1278 pour célébrer l’arrivée de l’eau à Perugia par le nouvel aqueduc venu du Mont Pacciano. Elle est endommagée par le tremblement de terre de 1348, restaurée de 1995 à 1999. Elle est constituée de deux vasques polygonales en marbre, surmontées d’un bassin en bronze orné d’un groupe de nymphes d’où jaillit l’eau. La décoration des vasques est constituée de 50 bas-reliefs et 24 statues : la vasque inférieure représente les mois de l’année, les signes du zodiaque, les scènes de vie agraire, les arts libéraux. Regardez-les avec attention, c’est une belle représentation de la vision du monde du XIIIe siècle dans une organisation communale.
Janvier est représenté par une figure masculine et une figure féminine qui se réchauffent au feu, Février par deux pêcheurs et le signe des Poissons sculpté à gauche, Mars le « spinario » (le tireur d’épine ou d’arête), le bélier et la taille de la vigne, Avril le Printemps (féminin en Italien : la primavera) et le Taureau, Mai deux jeunes nobles à cheval qui pratiquent la chasse au faucon et les Gémeaux, Juin la moisson et le battage avec le Cancer, Juillet le sarclage et la séparation du blé et de la balle avec le Lion, Août et Septembre (Cf. supra), Octobre la préparation des tonneaux avec le Scorpion, Novembre et Décembre (Cf. supra).Parmi les autres bas-reliefs, Le lion guelfe et le griffon de Perugia, La géométrie et la Musique, l’astronomie et la Philosophie, La Rhétorique et l’Arithmétique, La Grammaire et la Dialectique, et des scènes bibliques, Le Péché originel et l’expulsion du Paradis terrestre, Samson , David et Goliath, puis Romulus et Remus, La louve allaite les jumeaux, Deux fables d’Ésope (la grue et le loup, Le loup et l’Agneau) Deux aigles, des personnages mythologiques (Vestale portant une cage, symbole de la virginité …).Le début (Janvier) se trouve face au Palais des Prieurs. Entre chacune des 24 représentations se trouve un groupe de trois colonnettes torsadées.Les statues de la vasque supérieure, entre des plaques lisses ou portant des inscriptions, représentent des saints (Pierre, Paul, Laurent, Ercolano, Jean-Baptiste, Benoît et Maure …), des personnages bibliques (Salomon, Moïse, David, Melchisédech, Salomè, l’Archange Michel…) et des personnages historiques de Perugia (Matteo da Correggio, podestat de Perugia, Eulisle, le fondateur mythique de la ville, le Clerc qui avait trahi S. Ercolano, Ermanno da Sassoferrato capitaine du Peuple …), des personnages allégoriques (L’Église romaine, Rome caput Mundi, la Nymphe du Trasimène, une autre Nymphe, la Théologie, la Victoire…), On commence par le côté qui fait face à l’Archevêché.Le bassin de bronze et les trois nymphes du sommet sont du fondeur pérugin, Rosso Padellaio (1277). À côté de la fontaine, on a découvert un puits étrusque de 47 mètres de profondeur, marqué par une plaque et une inscription.
Cette fontaine est une des plus belles illustrations de la nouvelle idéologie de la bourgeoisie communale, avec le campanile de la cathédrale de Florence.(Pour plus d’images, voir : https://it.wikipedia.org/wiki/fontana ou le même intitulé avec fr au lieu de it. Tous les mois sont reproduits sur www.medioevo.org/artemedievale/pages/umbria/FontanaMaggioreaperugia.htm).
Derrière la Fontaine se trouve la Cathédrale San Lorenzo. Un premier édifice avait été construit en 969 par l’évêque Rugerio, reconstruit en 1300 sous la direction du frère Bevignate. Un autre chantier dura de 1437 à 1490, l’église fut consacrée en 1560 et surélevée au XVIIe siècle. À part le portail de Pietro Carattoli (1703-1766) de 1729, la façade n’a jamais été achevée. Le côté gauche est orné à sa base d’un revêtement de pierre blanc et rose inachevé, et des fenêtres gothiques éclairent l’intérieur ; un portail en travertin de 1568, d’Ippolito Scalza (1532-1617) et Galeazzo Alessi (1512-1572) est surmonté d’un Crucifix réalisé en 1540 par Polidoro Ciburri ( ? -1567) pour symboliser la résistance de Perugia à Paul III dans la Guerre du Sel. À côté, la statue en bronze de Jules III (1555), qui restitua à Perugia les magistratures supprimées par Paul III, de Vincenzo Danti (1530-1576). Elle a été peinte de croix gammées en 2017 par des néo-nazis.
À droite du portail, est placée une chaire d’où prêcha saint Bernardin de Sienne (1380-1444) en 1425 ; elle est composée de fragment de mosaïques cosmatesques. À la suite on voit la Loggia di Braccio Fortebraccio (Cf. à droite), construite en 1443 par celui qui était alors seigneur de Perugia, terrasse destinée aux promenades de la noblesse de la ville. Elle est attribuée à Fioravante Fioravanti (1390-1447). Elle fit partie au début du palais du Podestat brûlé en 1534 ; on peut voir dessous un reste de mur romain, les fondations du vieux clocher et une inscription de 1264 qui rappelle que toute la dette publique est effacée.
L’intérieur de San Lorenzo est à trois nefs d’égale hauteur séparées par de grands piliers octogonaux qui soutiennent des arcs et des voûtes ogivales, peintes de fresques par Francesco Appiani (1704-1792), Vincenzo Monotti (1734-1792), Pietro Carattoli (1703-1766), Carlo Spiridione Mariotti (1726-1790), Marcello Leopardi (1720-1795), Domenico Sergardi. La nef centrale, deux fois plus large que les latérales se termine par une abside polygonale. Pour une visite détaillée suivez les indications du livret disponible à l’entrée.
De la chapelle à droite du presbyterium, on passe à la Sacristie, construite en 1438 par l’évêque Antonio Baglioni et refaite en 1472 par l’évêque Fulvio Della Corgna, ornée de fresques et de belles armoires marquetées. De là on accède aux petits Cloîtres de la Cure. Puis on sort sur la Place Cavallotti et on visite l’aire archéologique souterraine, qui permet de parcourir sur un km les fouilles de l’époque étrusque, romaine et médiévale, et le Musée Capitulaire de l’œuvre du Dôme (ci-joint à gauche), accessible sous l’aile méridionale du premier cloître, qui présente de nombreuses parures ecclésiastiques, sculptures et tableaux, dont la Vierge sur le trône avec l’enfant entourée des saints Jean-Baptiste, Onofrio, Laurent et Ercolano, de Luca Signorelli, de 1484 (Pala di Sant’Onofrio, 221 sur 189 cm). La Vierge en majesté lit et l’enfant tient un lys, dominant un ange musicien qui joue du luth, deux autres petits anges volent dans les coins supérieurs, à droite de la Vierge, Jean-Baptiste vêtu de peau de chameau et portant un phylactère, petite banderole couverte d’une inscription, à la gauche de la Vierge saint Laurent, et en-dessous, les saints patrons de la ville Onuphre l’anachorète et Herculan de Pérouse dont la coiffe est posée sur le rebord de pierre. Outre le lys du Christ, remarquez les autres fleurs, des plantes sèches coupées qui évoquent la mort dans un vase transparent au premier plan, le feuillage qui couvre la nudité d’Onuphre, des fleurs vivaces sur les côtés de l’arc qui entoure la tête de la Vierge. Les trois têtes du haut sont alignées, l’ange musicien est un rappel de la peinture vénitienne du XVe siècle, les anges volants remplissent l’espace vide du haut (on a « horreur du vide ») ; les saints de gauche sont pauvrement vêtus ou nus, ceux de droite richement habillés, et Laurent porte sur la poitrine une représentation de la Résurrection et sur le bras gauche un Noli me tangere. Peinture très intéressante qui précède l’œuvre de Signorelli à Orvieto.
Après la Loggia de Braccio et l’ex-Palais du Séminaire, on passe devant le Palais de l’Archevêque, qui remplace en 1534 l’ancien Palais du Podestat, brûlé dans un incendie allumé probablement par Rodolfo Baglioni. Ce palais contient en particulier un Musée d’Histoire Naturelle.
On se trouve alors devant le Palais des Prieurs, expression de la fierté et de la puissance de Perugia, une des plus belles réalisations de la civilisation médiévale des communes, dont la construction se poursuit de 1293 à 1443. La première construction de 1293 correspond aux trois premières fenêtres sur la place et aux dix premières fenêtres sur le Corso Vannucci (1 sur le plan ci-dessous, extrait du Guide du Touring Club Italien, p. 119). Puis en 1300, on détruit l’église San Severo, malgré l’opposition des chanoines, et on construit un nouveau bloc en 1333.
Le portail gothique est surmonté d’un griffon et d’un lion, symboles de Perugia et des Guelfes ; les chaînes qui pendent autour des deux animaux et qui supportent une barre sont celles que Perugia prit aux portes de Sienne après la bataille de Torrita de 1358 ; l’escalier, double à l’origine devient en 1902 l’escalier en éventail qu’on voit encore aujourd’hui. Le portail donne accès à la Sala dei Notari. Les 2 trifore (fenêtres trilobées) de droite sont plus distantes des trois premières, et cette asymétrie montre la différence des dates de construction. Sur la droite de l’escalier on installe un portique de 3 arcs sous lesquels on lisait les décrets des prieurs depuis une petite chaire.
Puis le Palais s’agrandit par acquisition des édifices de la Via della Gabbia (derrière le Palais, parallèle au Corso Vannucci) et de la Via dei Priori (qui descend vers la Porta Trasimeno, perpendiculaire à Via della Gabbia, ainsi nommée parce qu’il y avait une cage en fer dans laquelle on suspendait les malfaiteurs). Les habitations des Prieurs sont encore agrandies par l’achat de la maison et de la tour de Messire Limosino Benedictioli, et la chapelle de San Giovanni devient le Collegio del Cambio (n° 6 du plan) à partir de 1429. En 1443, les créneaux guelfes sont mis en place.
Du grand portail de la place on accède à la Salle du Peuple, devenue en 1553 celle de l’Art des Notaires, construite entre 1293 et 1297 pour servir aux réunions populaires et aux séances de tribunal du Capitaine du Peuple. C’est une grande salle rectangulaire dont la voûte est supportée par 8 grands arcs transversaux. Les retombées et les murs latéraux sont ornés de fresques de la fin du XIIIe siècle, représentant des légendes, des scènes bibliques et des portraits des Capitaines du Peuple et des podestats jusqu’en 1499. Elles ont été restaurées entre 1880 et 1885. Les stalles et les sièges sont du XVI siècle.
Il est intéressant de faire le tour du Palais par la Via della Gabbia, qui permet de mieux voir la structure d’ensemble et la maison-tour de Madame Dialdana, intégrée en 1255. On revient sur le Corso Vannucci, et après avoir observé le jeu des fenêtres trilobées et deux fenêtres bigéminées (quadrifore), on arrive à l’Arc des Prieurs qui donne accès à la Via dei Priori, datant de l’expansion du Palais au-delà de cette rue et qui englobe la tour de Benvenuto di Cola avec son horloge. Puis on trouve le Portale Maggiore (Grand portail) de 1346, flanqué de deux pilastres reposant sur des lions ; celui de gauche porte les allégories de la Magnanimité, de la Fertilité et de l’Orgueil, celui de droite celles de l’Avarice, de l’Abondance et de l’Humilité ; au-dessus des pilastres, deux griffons qui ont les pattes sur des veaux, symbole de la Corporation des bouchers qui avaient financé la construction ; dans la lunette les saints Laurent, Ercolano et Constant (ou saint Ludovic de Toulouse ?), patrons de la ville.
Rappelons que le nom du palais dérive des dix magistrats (les décemvirs ou prieurs) qui assurèrent le gouvernement du Moyen-Âge au début du XVIIIe siècle. Deux d’entre eux appartenaient à la Corporation des Marchands.
Intérieur du Palais des Prieurs : on entre par le Grand Portail dans un grand atrium gothique couvert de voûtes en croisée d’ogives ; sur les parois, des blasons de pierre, dont celui de Braccio da Montone, avec un mouton ; un coffre-fort du XVe siècle était celui de la Commune.
Au premier étage se trouve la Salle du Conseil Municipal, avec une fresque de Pinturicchio, Vierge à l’enfant entre deux anges ; sur le fond, le griffon et le lion.Au deuxième étage, on voit la Salle Rouge de Jules III, ornée de fresques de Giovanni Schepers ( ? -1579-1593) et un tableau de Dono Doni (1500-1576) représentant les décemvirs de Perugia remerciant le pape Jules III. À côté une Salle Jaune, ancienne chapelle.
Au troisième étage, visitez la Galerie Nationale de l’Ombrie, le plus grand musée de la région pour la peinture, la sculpture, les bijoux et les tissus d’Ombrie, du XIIIe au XIX siècles, et un des plus riches d’Italie. Elle est constituée à partir du XVIe siècle par l’Académie du Dessin, amplifiée à partir du XVIIIe siècle et devient Musée d’État en 1861, installée en 1879 au Palais des prieurs, peu à peu restructuré à partir de 1890 ; la modernisation de 2002 rend sa visite très pédagogique et agréable.Vous trouverez facilement un catalogue et il n’est pas question de le reproduire ici, d’une statue de 1272, de peintres ombriens du XIIIe siècle, d’art siennois et gothique, de grands peintres du XVe siècle et de la Renaissance (dont Perugino et Pinturicchio) jusqu’aux peintres de l’époque pontificale et du XVIIIe siècle et aux sections spéciales d’orfèvrerie et d’objets religieux.
À l’angle avec la via Boncambi (n° 6 du plan), on arrive d’abord au Collegio del Cambio, siège de la corporation des banquiers (L’Arte del Cambio), la puissante corporation de ceux qui changeaient les monnaies. Ils furent hébergés à l’extrémité du Palais, à l’angle de la via Boncambi, à partir de 1442. On rencontre d’abord le vestibule ou Salle des Légistes de la corporation, avec ses comptoirs marquetés par Giampietro Zuccari de 1615 à 1621. À droite, se trouve la Salle des Audiences, centre de l’activité commerciale de la corporation, dont les lunettes sont peintes de fresques de Perugino ; dans une niche une statuette de la Justice assise, attribuée à Benedetto da Maiano (1442-1497), et un grand comptoir marqueté (1492-3) de Domenico del Tasso (1440-1508), tandis que l’ensemble des sièges est de Antonio da Mercatello (1476-1530). Les fresques de Perugino sont considérées comme une des grandes œuvres de la Renaissance ; pour ce travail il fut payé 350 ducats d’or. Il y travaille de 1496 à 1500, illustrant le thème de la concordance entre la sagesse païenne et la sagesse chrétienne, élaboré par un humaniste de Perugia, Francesco Maturanzio (1443-1518), grand poète, spécialiste du grec qu’il enseigne dans plusieurs universités italiennes, chercheur, typique intellectuel au service des lettres et de sa ville. Perugino peint sur la voûte une série de divinités et de planètes sur des chars tirés par divers animaux (Cf. ci-contre, Jupiter et Apollon), sur les lunettes les 4 Vertus cardinales et les 3 Vertus théologales avec 3 épisodes de la Vie du Christ, La Prudence et la Justice au-dessus de 6 Sages de l’Antiquité (Cf plus haut dans l’histoire de Perugia), La force et la Tempérance au-dessus de 6 héros de l’Antiquité. Sur les lunettes du fond, la Transfiguration (Cf ci-dessus à gauche) sur le Mont Thabor, symbole de la Foi, la Nativité, allégorie de la Charité, et sur la paroi de droite Dieu le Père en gloire entre des anges et des chérubins sur un groupe de prophètes (Isaïe,Moïse, Daniel, David, Jérémie, Salomon) et de sibylles (Érythrée, Persique, de Cumes, Libyque, Tiburtine, Delphique), allégorie de l’Espérance (Voir l’Annexe). Sur un pilier de la paroi gauche, on peut voir l’Autoportrait de Perugino, avec une inscription qui fait allusion au débat sur la supériorité des Anciens ou des Modernes (Ci-contre à gauche). C’est un des grands ensembles picturaux qui exposent de façon cohérente les concepts littéraires de l’humanisme de la Renaissance à partir des classiques, montrés dans des images harmonieuses qui mêlent savamment les couleurs, orange et vert, jaune et bleu, rose et vert, une œuvre qui fit l’admiration de tous ses contemporains. Au fond à droite de la Salle des Audiences, on passe à la Chapelle de Saint Jean-Baptiste réalisée de 1506 à 1509 par Gasperino di Pietro et ornée de fresques de Giannicola di Paolo (1484-1544).
Après le Collegio del Cambio, on va au Collegio della Mercanzia (n° 4 du plan), construit en 1390 pour la corporation des marchands, présidée par 4 consuls et 44 recteurs. C’était la plus importante de la ville, qui contrôlait aussi le marché des Draps de lin et les « Merciari » (les merciers). C’est la Commune qui paya la construction pour rembourser un prêt fait par la Corporation. C’est là qu’on jugeait les conflits commerciaux, qu’on surveillait les poids et mesures, qu’on contrôlait l’administration de la ville et qu’on protégeait les libertés publiques.
On entrait directement par un grand arc ogival (Cf à gauche) dans la Salle des Audiences, rectangulaire, assez sombre, revêtue de bois (pin ou peuplier et noyer). Sur la lunette au-dessus du tribunal, le symbole de la corporation, un griffon sur une balle de tissu ; au milieu de la paroi de gauche, une niche est ornée de 4 figures en bas-relief, la Prudence (sagesse), la Force (courage), la Justice et la Tempérance (modération), les 4 vertus cardinales (Cf. photos ci-après).
Si vous n’avez qu’un jour à passer à Perugia, vous pouvez suivre l’itinéraire synthétique proposé par Bell’Italia (Supplément Umbria au n° 265 de mai 2008). Si vous avez plus de temps suivez les itinéraires plus détaillés proposés par l’Azienda di Promozione Turistica di Perugia dont nous reprenons les plans ci-dessous.
Itinéraire 2 : de Piazza IV novembre verso Porta Sant’Angelo
De la place IV Novembre, on descend par la Via Maestà delle Volte (n° 7 du plan ci-joint). C’était à l’origine un passage couvert sous le palais du Podestat (voulu par Martin IV en 1284, qui s’écroule en 1534), où se réunissait le Grand Conseil de la ville, il pouvait accueillir plus de 400 personnes. La rue doit son nom à la fresque d’une Maestà peinte en 1297 sous une voûte du palais du Podestat, protégée maintenant par un petit Oratoire. À côté, voir la fontaine de Pietro Angelini (1892-1985) de 1927, ornée de son griffon. Cette rue donne une belle idée de ce qu’était la ville médiévale.
On continue à descendre jusqu’à la Piazza Cavallotti (n° 8), en remarquant la maison-tour dont les trois arcades donnent sur la via Fratti. La place est l’ancienne Piazza degli Aratri, où on vendait les charrues au Moyen-Âge, et sous le pavement de laquelle se trouve une zone archéologique romaine accessible depuis le Musée Capitulaire. Elle porte aujourd’hui le nom de Felice Carlo Emanuele Cavallotti (1842-1898), homme politique garibaldien, poète, dramaturge, mort suite à un duel avec un journaliste conservateur. On peut voir un peu plus loin la Piazza Morlacchi, bordée d’édifices du XVIIIe siècle dont le Palais Aureli, aujourd’hui siège de la Gypsothèque Grecque, Étrusque et Romaine, riche de nombreuses pièces, et le Théâtre Municipal Morlacchi construit en 1780.
On reprend ensuite la Via dell’Acquedotto qui descend le long de l’ancien aqueduc qui apporta l’eau du Monte Pacciano à la Fontaine de la place IV Novembre (photos après).
On peut faire un détour par la via Sant’Elisabetta, du nom de la sainte de Hongrie canonisée à Perugia en 1235 par le pape Grégoire IX, où on peut voir une mosaïque romaine (n° 10) du IIe siècle apr.J.C. représentant Orphée et les bêtes sauvages, qui ornait probablement des thermes (Ci-dessous au centre). Ce fut le quartier des teinturiers. Un peu plus bas, l’église de saint Sébastien et saint Roch (n° 11), du XVe siècle, décorée en 1655 de fresques de Pietro Montanini (1603-1679) (Ci-desous à gauche). Il y eut aussi dans le quartier de célèbres maisons closes (dont celle della Bianca), fermées en 1958 par la loi Merlin, c’était une des zones les plus populaires et les plus pauvres de Perugia. Notons aussi la via e Piazza Lupattelli (vers le n° 27), patriote de Perugia, fusillé en 1844. Promenez-vous librement dans toutes les ruelles du quartier.
On peut faire un détour jusqu’à la place dell’Università (n° 12) où on édifia en 1740 le grand ensemble du Monastère de Montemorcino Nuovo, à côté de l’église des Olivetan (Ci-dessous à droite) construite aussi en 1740 par Luigi Vanvitelli (1700-1773) et Carlo Murena (1713-1764), qui est depuis Napoléon le siège du Rectorat de l’Université.
De là, on peut remonter jusqu’à l’église de San Francesco delle Donne (n° 13 et ci-contre à gauche), une des plus anciennes implantations de Franciscains en Italie, installée en 1212 par François d’Assise sous forme d’un petit ermitage où il se réfugiait quand il venait à Perugia ; adossée aux murailles, elle est bien protégée à partir de 1327, et profitait des cultures de vignes et d’oliviers opérées hors des murs dans la zone de la Conca, près de la Porta Pàstina (du verbe latin pastinare = bêcher pour planter des vignes). C’est un des sites où eut lieu la rencontre entre François d’Assise et saint Dominique. Elle est à nef unique, en croix latine. Elle est aujourd’hui déconsacrée et occupée par le Musée Laboratoire du tissage à la main des tissus ombriens avec des métiers à tisser anciens et selon les dessins du Moyen-Âge, en particulier ceux qu’avaient inventés les religieuses bénédictines qui remplacèrent dès 1250 les Franciscains désormais désireux de lieux plus grands et plus confortables. Abandonnée en 1810, l’église, transformée en monastère des religieuses de Santa Giuliana, devint un lieu d’accueil pour les jeunes filles pauvres de la région ; et le Comte Zeffirino y crée ensuite une filature où vinrent travailler de nombreuses femmes. En 1994, l’édifice devient le siège du Laboratoire de tissage de Giuditta Brozzetti qui développe à nouveau une activité traditionnelle de l’Ombrie.On peut revenir ensuite par la via Zefferino Faina jusqu’à la via Fabretti . on est dans le quartier de Sant’Angelo, caractérisé par son abondance de monastères, d’abord l’ex Monastère de San Benedetto (n° 14), aujourd’hui occupé par un service de l’Université, puis celui de Santa Caterina d’Alessandria (n° 15), édifié par Galeazzo Alessi en 1547, aujourd’hui occupé par les religieuses bénédictines (on peut voir dans l’église des fresques de 1718 de Mattia Batini, 1666-1727 : Martyre de sainte Catherine sur une roue), suivi de l’ex-monastère de Sant’Antonio (n° 16), aujourd’hui Maison des Étudiantes : c’est là que se trouvait le Polyptique de saint Antoine de Piero della Francesca, aujourd’hui à la Galerie Nationale de l’Ombrie. On voit aussi le Monastère della Beata Colomba (n° 17, voir ci-contre à gauche), du XVe siècle, restauré en 1760, où a été reconstituée la cellule de la Bienheureuse Colomba de Rieti (Angelella Colomba Guadagnoli, 1467-1501), mystique du tiers ordre dominicain, orné d’un Christ portant sa croix de Giovanni di Pietro (connu de 1504 à 1528). Colomba fut ainsi appelée parce qu’on dit que le jour de son baptême une colombe s’était approchée des fonts baptismaux ; ce fut une des femmes influentes en politique, conseillère d’Astorre et d‘Atalanta Baglioni.et reçue par le pape Alexandre VI pour la famille duquel elle prédit beaucoup d’adversité, et par son fils César Borgia. L’ancien monastère est aujourd’hui une caserne de pompiers.
Vers la droite on trouve l’Arco dello Sperandio (n° 18 - Ci-contre à gauche), restauré en 1329, porte médiévale secondaire, près de laquelle se trouvait le monastère bénédictin de Sperandio. Hors de l’enceinte murale, on a retrouvé en 1900 le sarcophage étrusque d’une femme de la fin du IVe siècle et une nécropole étrusque du VIe siècle av.J.C. Jusqu’au Moyen-Âge, c’était encore la zone où on incinérait les cadavres.
Sur le corso Garibaldi, on trouve ensuite le monastère de Santa Lucia (n° 19 - Ci-contre à droite), ancien monastère des religieuses agostiniennes ; il devint ensuite Conservatoire Antinori, qui, de 1815 à 1870, offrit refuge aux filles pauvres et marginalisées, et il est aujourd’hui le siège d’une école primaire. Par la via del Tempio, on arrive à l’église paléochrétienne de Sant’Angelo (San Michele Arcangelo, n° 21), probablement du Ve siècle, de forme circulaire, édifiée sur un temple à Mithra ; le nom indique que c’était un lieu de culte byzantin ou longobard (ces derniers ont construit le Sanctuaire de Saint Michel sur le Gargano) ; les restes de pierres tombales indiquent que c’était aussi un lieu de cimetière. Remaniée en 900, puis en 1487 par les Baglioni qui en font une forteresse militaire, elle est restaurée au XVIe siècle, puis en 1948. On peut la comparer à Santo Stefano Rotondo de Rome sur le Monte Celio, et ce sont de rares exemples de cette architecture prébyzantine qui apparaît au Ve siècle grâce à des influences orientales. L’intérieur présente deux parties concentriques séparées par 16 colonnes romaines de granit gris, marbre de Carrare, cipolin et marbre noir veiné, ornées de chapiteaux corinthiens et ioniques ; 12 fenêtres de plein cintre sont ouvertes sur le tambour. L’ensemble forme un espace mixte entre le plan central et la croix grecque, grâce aux 4 chapelles qui entourent l’édifice. Remarquer aussi à gauche de l’entrée le bénitier du XVIe siècle, et à droite la fresque du XIVe siècle représentant Véronique avec les saints Laurent et Agathe. Les prés qui l’entourent sont bordée de cyprès.
Près de Sant’Angelo , on trouve le Monastère de Sainte Agnès (n° 20), construit vers 1318 et occupé jusqu’en 1911 par des Clarisses ou des religieuses tertiaires de l’Ordre franciscain, où allaient surtout les jeunes filles de la noblesse de Perugia. Reconstruite en 1602 la petite église a un plan quadrangulaire, elle est ornée de 3 autels en faux marbre de 1816 et contient plusieurs fresques, dont celle de Perugino (1523) qui représente la Vierge des Grâces entre Antoine Abbé et Antoine de Padoue ; aux pieds de la Vierge sont agenouillées deux religieuses franciscaines, peut-être Éléonore du Portugal et Élisabeth de Hongrie ou deux cousines de Perugino. Au centre du couvent se dresse un cloître, doté d’un puits de 1477, qui recueille l’eau de pluie et a encore pu fournir de l’eau à la population de Perugia en 1944.
En revenant sur le corso Garibaldi, on trouve la Porte (Cassero) Sant’Angelo ou Porte des Arméniens (n° 22), une des plus grandes portes médiévales des murs de Perugia commencés en 1321, réalisée en 1325 par Lorenzo (Ambrogio ?) Maitani (avant 1270-1330). Elle servait en fait de tour de guet. Elle est transformée en caserne en 1416, puis en fortin. On y avait installé en 1930 un Musée des Instruments de Musique, dans les années 1950 elle a abrité un Cercle récréatif du Parti Socialiste, et maintenant c’est un Musée des Portes et des Fortifications de Perugia depuis les Étrusques.En remontant la via Monteripido, on arrive à l’église de San Matteo degli Armeni (n° 23) construite sur la colline de la Pàstina entre 1273 et 1277 sur un lieu donné aux moines arméniens de la règle de Saint Basile, et jointe à un hospice destiné à recevoir les moines de saint Basile arrivés en Italie pour fuir les persécutions des Sarrasins. Elle fut cédée en 1632 à la famille Oddi qui réalise un somptueux jardin de plantes ornementales et de 4 fontaines ; le tout, très négligé, est restauré à partir de 2009. En 1523, on y enterrait les personnes mortes de la peste, et l’édifice devient un lazaret lors de la grande peste de 1528, parce qu’il était hors des murs. L’intérieur contient de nombreuses fresques d’artistes ombriens, dont un saint Serge, symbole des désirs d’indépendance de l’Arménie. C’est un des rares exemples d’église à nef unique de la fin du XIIIe siècle, d’inspiration franciscaine.
En reprenant le corso Garibaldi en direction de la place IV Novembre, on s’arrête à l’Hôpital du Collegio della Mercanzia (n° 25), qui mêle des structures du XIIIe siècle et d’autres de 1507, auberge des pauvres jusqu’à une date récente, puis à l’ensemble de Sant’Agostino (n° 26 et 27). La présence des moines Agostiniens est attestée à partir du XIIe siècle quand on transporte les dépouilles du saint de Sardaigne à Pavie, les constructions sont du XIIIe siècle, refaites en 1450 puis en 1795-1803. Dans les luttes civiles du Moyen-Âge, ce fut toujours un point de référence du « popolo minuto » (le petit peuple des corporations mineures), en opposition à San Francesco al Prato, qui était celui de la noblesse. La façade de l’église est en deux parties (Cf. ci-contre à droite), la partie inférieure du XIIIe siècle en style gothique, un motif géométrique de marbre blanc et rose et la partie supérieure en briques du XVIe siècle de Bino Sozi (connu de 1573 à 1602). L’intérieur est à une nef, en croix latine, décoré à toutes les époques ; on note en particulier dans la 2e chapelle à droite un Martyre de Sainte Catherine (1560) d’Arringo Van Den Broek il Fiammingo (1519-1597) ; dans la chapelle Danzetta de gauche, dédiée à sainte Rita di Cascia, des décorations de Bissietta de 1974, dans la seconde chapelle de gauche une Crucifixion (1377) de Pellino di Vannuccio (connu de 1377 à 1402), et dans l’abside un Baptême du Christ (1502) de Perugino et Baccio d’Agnolo (1462-1543), aujourd’hui à la Galerie Nationale de l’Ombrie ainsi que plusieurs autres tableaux
À droite de l’église on trouve les Oratoires de Sant’Agostino, de 1405, rénovés de 1529 à 1586 : le premier se compose de deux églises superposées, qui servirent autrefois d’hôpital de la confrérie : le second a été rénové au XVIIe siècle ;On arrive enfin au Palais Gallenga Stuart (n° 28), construit à l’initiative du marquis Antinori entre 1740 et 1758 par Pietro Carattoli (1703-1766) sur dessin de Francesco Bianchi (1ère moitie XVIIIe siècle), qui occupe un côté de la place Braccio Fortebraccio. Il est terminé entre 1931 et 1937 grâce à la donation d’un riche étudiant américain. L’intérieur est somptueusement décoré. C’est le siège de l’Université Italienne pour Étrangers, dont l’histoire commence en 1921 par les cours de l’avocat Astorre Lupattelli, et depuis 1992 est devenue Université d’État.
En face du palais, remarquez l’église de San Fortunato (n° 30), construite du XIIe au XVIIe siècle, dont la forme actuelle remonte à 1634, quand elle fut reconstruite par les moines de saint Sylvestre, mais sa façade garde encore des traces médiévales, dont son portail.
On termine l’itinéraire par l’Arco Etrusco (n° 30), construit autour de la seconde moitié du IIe siècle av.J.C., porte septentrionale de la muraille étrusque. il est monumental, flanqué de 2 tours trapézoïdales ; au-dessus de l’arc, on voit des boucliers ronds. La loggia supérieure a été ajoutée au XVIe siècle, ainsi que la petite fontaine de la base.
On redescend de là à la Piazza Danti, ancienne Piazza della Paglia, où on vendait le blé et le pain depuis l’époque romaine (les magasins de blé étaient dans les souterrains de la Rocca del Monmaggiore), et aujourd’hui les céramiques de Deruta. Giovan Battista Danti (1478-1517) fut un enfant génial de Perugia : mathématicien et physicien, il était déjà une gloire de l’Université à 20 ans. Il fit un des premiers essais de vol au-dessus du lac Trasimène et rencontra pour cela Léonard de Vinci en 1502 à Castiglione del Lago, après avoir étudié les tentatives anciennes du grec Archita, de l’espagnol Armen Forman (852) à Cordoue et du moine bénédictin Eilmer de Malmesbury (XIe siècle). Il recommença son expérience sur la Piazza Grande de Perugia en 1498 à l’occasion du mariage de Pantasilea Baglioni, il se cassa une jambe, mais avait suscité l’admiration générale pour avoir volé un moment. Les descendants de sa famille connurent plusieurs artistes célèbres, Vincenzo Danti, sculpteur de la statue de Jules III devant la cathédrale, dont on doit voir comment la main gauche serre férocement le bec du griffon pour manifester la domination pontificale sur la ville. Mais le nom lui-même de Danti est dû au frère aîné de Giovan Battista, Pier Vincenzo, qui aimait tant Dante Alighieri qu’il changea son nom de Ranaldi pour celui de Danti ; il eut deux enfants, Giulio qui fut architecte et Teodora qui fut poétesse, peintre et passionnée de mathématique. Vincenzo fut un grand sculpteur sous l’influence de Michelange, auteur d’œuvres conservées à Florence ; son frère Ignazio, devenu moine, était mathématicien, géographe et astronome, il dessina des cartes géographiques pour Côme I de Médicis, puis pour le pape Grégoire XIII au Vatican, et c’est lui qui mit au point le nouveau calendrier grégorien en 1482 ; c’est encore lui qui organisa le déplacement de l’obélisque de la place saint Pierre pour le pape Sixte V. Une grande famille d’artistes, méconnus, dont les tombes sont toutes à S.Domenico de Perugia.Sur la place, le teatro Turreno, inauguré en 1891, accueillit les Frères Lumière en 1897. De la piazza Danti, on accède à via Ulisse Rocchi (ancien maire de Perugia de 1879 à 1885) et à via Della Nespola qui pénètre dans l’ancien ghetto
Itinéraire 3 : de Piazza IV Novembre à Piazza San Francesco
e l’arc qui s’ouvre sous le Palazzo dei Priori, on prend la via dei Priori, qui descend rapidement vers la Porte Santa Susanna, ancienne voie étrusque qui conduisait à la route du Trasimène, et à cette zone importante qui était la source de blé de la ville de Perugia. C’est un quartier de petites rues médiévales souvent en escalier et couvertes de voûtes.Quelques mètres plus loin on trouve à gauche l’église des Saints Sévère et Agathe (n° 4 du plan ci-dessous)).
Elle est construite sur une ancienne chapelle de 1163 entre 1290 et 1314, en style gothique franciscain, dédiée à Agathe, une martyre sicilienne de 251, patronne des mères qui allaitent, des nourrices et des malades du sein (on la martyrisa en lui coupant les seins) et protectrice contre les incendies, les éruptions et des constructeurs de cloches, et à Sévère, ancien évêque de Ravenne, honoré jusqu’à Perugia qui était sur le corridor byzantin qui reliait Byzance et Rome. On lui ajouta saint Sévère après la destruction de son église sur la place IV Novembre pour l’agrandissement du Palais des Prieurs. L’église est ornée de fresques du XIVe siècle de style ombrien influencé par les Siennois Simone Martini (1584-1344)et Pietro Lorenzetti (1280-1348)
Plus loin sur la droite, après la via Ritorta aux maisons populaires médiévales, on voit l’église San Filippo Neri (n 5 du plan, avec sa grande façade dans le style de Vignola, construite de 1627 à 1635 par Paolo Maruscelli (1594-1649), selon le modèle romain des églises de la Contre Réforme. Pour l’édifier à l’époque baroque, on dut abattre une dizaine de maisons et boutiques et un baptistère paléo-chrétien du XIe siècle. Dans la première pierre de travertin, on inséra 12 médailles de bronze et une d’argent en hommage au Christ et à ses apôtres. L’église est à nef unique avec des chapelles latérales. En 1687-1690, on annexa à l’église l’Oratoire de Santa Cecilia, petit édifice en croix grecque destinée à être la salle de musique des Philippins.
De là on peut descendre à gauche par la via della Cupa qui s’appuie sur l’escarpement qui fut déjà la limite de la ville étrusque. Au n° 17 de la rue, se trouve selon la tradition la maison de Perugino. En longeant les murailles, on a une belle vue de la plaine et des quartiers modernes. Tout le long de la rue, sont de nombreuses églises, d’abord Santa Maria della Valle, puis le Collegio della Sapienza Vecchia, autrefois Collège des étudiants de saint Grégoire en théologie et droit(1362-1825), maintenant internat féminin.
On aperçoit plus loin à gauche (n° 6) l’escalier roulant qui permet de rejoindre la partie basse de la ville.En continuant la via Cupa, on arrive à la Piazza Annibale Mariotti où s’élève l’église della Confraternità dell’Annunziata, connue depuis 1334, mais il y avait déjà une église en 1163 ; sa façade est de 1860. Entre 1878 et 1901, Domenico Bruschi (1840-1910) la décore de figures féminines de la Bible (Ci-contre, Figure d’Anne, 1901). À côté, contre la muraille étrusque, le Conservatoire de Musique Francesco Morlacchi, créé par le compositeur Luigi Caruso (1754-1823), à son arrivée à Perugia en 1788 ; c’est le compositeur Francesco Morlacchi (1784-1841), auteur d’une vingtaine d’opéras qui lui succéda. Ce conservatoire est un des plus grands d’Italie.
De la Piazza Mariotti, on descend jusqu’à l’arco della Mandorla (Porta Eburnea = Porte d’ivoire) d’origine étrusque. Son nom primitif vient des défenses d’éléphant dont elle était ornée, et c’est son arc en ogive médiéval qui lui a fait donner le nom de Mandorla. Serait-ce le signe qu’on aurait trouvé des défenses d’éléphant dans les environs de Perugia, souvenir de la bataille du Trasimène ? C’était la porte qui ouvrait la route menant à Orvieto. En continuant à descendre par la via San Giacomo puis la via Eburnea, on atteint la Porta Crucia (du nom du constructeur, le gouverneur Antonio Santacroce) construite en 1576 sur une ancienne porte commandée par Braccio Fortebraccio. La rue était appelée « rue des poissons », parce que c’est par là qu‘entraient les pêcheurs qui apportaient le poisson du lac Trasimène à la place Matteotti (autrefois place du Sopramuro). De la porte, on peut monter les escaliers de l’église Santo Spirito, édifiée par le frère Giovanni Francesco Vezzosi (XVIIe siècle) pour les Frères Minimes de Saint François de Paule sur un ancien monastère de Bénédictines entre 1579 et 1689 et édifiée par Pietro Carattoli (1703-1766).En sortant par la Porta Crucia et la via San Prospero, on arrive à l’ancienne église de San Prospero édifiée à partir du VIIe siècle et reconstruite en 1285, abandonnée et utilisée comme grange jusqu’au tremblement de terre de 1997, après lequel elle fut restaurée ; c’était probablement le lieu de sépulture des Étrusques et des Romains. Outre un ciboire d’époque longobarde, elle possède un reste de fresques les plus anciennes de Perugia (de Bonamico, 1225). Saint Prosper était un noble soldat romain converti et décapité en 304, symbole de prospérité et de santé
De là on remonte via dei Priori qui continue droite entre des palais dont celui des Oddi, au n°84, appartenu ensuite aux Marelli Clarelli Santi. Les Degli Oddi furent une des grandes familles de Perugia, venue de Hongrie avec l’empereur Frédéric Barberousse, et ils étaient devenus les plus grands rivaux des Baglioni, jusqu’au triomphe de ces derniers en 1488. Ils ne retrouvèrent leur pouvoir à Perugia qu’à l’arrivée du pape Paul III. C’est aujourd’hui un Musée d’œuvres du XVIIIe siècle.
La rue devient alors tortueuse et permet de voir la petite église dei Santi Stefano e Valentino (n° 5 du plan), construite au XIIe siècle et restructurée au XVe. Dédiée d’abord à saint Étienne, on ajouta à son nom celui de Valentin quand l’église de ce dernier fut détruite en 1819. Il ne reste de l’édifice que l’abside et le clocher. Vers l’église a été installé un escalier roulant qui conduit aux parkings de via Pellini.
Un peu plus loin à gauche, l’église de Santa Teresa degli Scalzi, construite de 1622 à 1718, restaurée après l’écroulement d’une de ses 5 coupoles. On arrive dans le quartier de la grande famille des Sciri, puissante à partir du XVIe siècle sur la maison desquels se dresse la haute tour des Sciri (46 mètres. N° 7 du plan), construction de défense du XIIIe siècle, la seule qui reste des nombreuses tours de l’époque, parce qu’elle fut utilisée comme grenier à blé. Elle est faite de blocs de calcaire blancs homogènes. Avant d’appartenir aux Sciri, elle avait été construite par les Degli Oddi pour compenser la perte de leur château de Pierle. La famille des Sciri s’éteint au XVIIe siècle et la tour passe à Caterina Della Penna qui en fit don à Suor Lucia Tartaglini, qui y fonda en 1680 un Conservatoire pour jeunes filles pauvres et orphelines qu’elle faisait adhérer au Tiers Ordre franciscain. En 2015, la Région a terminé des travaux de transformation en édifice résidentiel. La tour domine le panorama de la ville (Cf. image).
À côté de la tour, se trouve l’oratoire de la Confrérie des Disciplinati de saint François, installé en 1319 (N° 6 de la via degli Sciri. N° 8 du plan). En 1472, la confrérie s’unit à celles des Augustins et des Dominicains pour former le Pio sodalizio Braccio Fortebracci, société de secours mutuel pour les nobles, encore existante aujourd’hui. La confrérie fut fondée en 1259 par le frère Ranieri Fasani, vieil ermite qui vint prêcher à Perugia en se flagellant publiquement ; de nombreux laïcs l’imitèrent et la confrérie fut bientôt fondée, suscitant dans toute l’Ombrie, la Romagne et la Toscane un mouvement de flagellants d’une intense piété. Le local est encore décoré de nombreuses fresques. C’est un bel exemple du premier baroque de Perugia, avec son portail de marbre du XVIe siècle, le plafond à caisson doré de l’oratoire de 1570, les sièges de Mario Pace et de Gianpietro Zuccari de 1584, et les fresques sur la vie du Christ de Giovanni Antonio Scaramuccia (1611), de Benedetto De Giovanni (1558) ; dans la sacristie, une fresque plus ancienne (1480) de Flagellation de Pietro di Benedetto (1480).
La via dei Priori se termine dans une courbe sur la piazza della Madonna della Luce qui offre une belle vue sur la ville ancienne, et sur laquelle se trouve la petite église de la Madonna della Luce (n° 10 du plan), alignée avec la piazza Trasimeno, construite de 1513 à 1519 pour accueillir une image miraculeuse de dévotion populaire, espace carré appuyé sur les murs étrusques. La coupole a été décorée de fresques par Giovanni Battista Caporali en1532. Sur sa gauche, on voit la Porta Trasimena (ou Arco di San Luca. N° 10 du plan), porte étrusque qui donnait accès au lac Trasimène, remanié au Moyen-Âge avec un arc à ogive. Sur la droite de l’église s’en trouve une autre, San Luca, érigée en 1586 par Bino Sozi pour l’Ordre des Chevaliers de Malte. Un peu plus loin, l’ancienne maison des Chevaliers de l’ordre de Malte avec ses deux fenêtres croisées du XVe siècle. Si on descend la via della Sposa on arrive à la Porta Santa Susanna (ou Sant’Andrea. N° 11 du plan), qui prend son nom de l’ancienne église de Santa Susanna et connue aussi comme Porte de Saint André ou Della Colombata, ouverte dans l’enceinte des XIII-XIV siècles, avec un arc ogival. La décoration supérieure en briques et ornée de corneaux est postérieure, avec son griffon de pierre rose. Elle ouvrait sur une route ancienne (della Colombata) qui reliait Perugia au lac Trasimène et à la Toscane. De l’autre côté s’étend ce qui fut un site préhistorique et maintenant un quartier moderne qui dispose d’installations sportives de la ville. Le nom de la via della Sposa est lié à une belle tradition (Cf. percorsi.diocesi.perugia.it)
On prend ensuite la via San Francesco jusqu’à la place homonyme où l’on voit d’abord l’église San Francesco al Prato (n° 14 du plan), une des premières construites après la mort de François d’Assise, qui devient siège des Franciscains conventuels alors que les Spirituels sont à San Francesco a Monteripido. Plusieurs fois écroulée à cause de l’affaissement de la colline, devenue aujourd’hui auditorium ouvert seulement pour un spectacle. Plusieurs membres importants des grandes familles de Perugia y furent ensevelis dans les sept chapelles de l’église, un véritable Panthéon local. Plusieurs grands tableaux de Raffaello et Perugino y furent créés, maintenant déposés dans des musées de Perugia ou du Vatican. Dans le couvent rattaché à l’église se trouve aujourd’hui l’Accademia di Belle Arti (n° 13 du plan). C’est de la petite via del Poggio qu’on a la meilleure vue de l’église.
Sur la gauche de la piazza San Francesco, il y a l’Oratoire de San Bernardino (n° 12 du plan). Il est achevé en 1452 pour saint Bernardin (1380-1444) qui venait souvent prêcher à Perugia sur le pré qui est devant l’église. La façade est réalisée de 1457 à 1461, ouvrant l’édifice par un double portail surmonté d’une grande lunette où est représentée l’Ascension de saint Bernardin dans une mandorle ; les tabernacles latéraux contiennent des statues de Saint Ercolano et saint Costanzo en bas (patrons de Perugia), de l’Archange Gabriel et de l’Annonciation de Marie en haut. Dans le tympan, Jésus bénissant entre des anges et des séraphins. Dans les montants des portes et dans la frise, Histoires de la vie de Bernardin et 6 vertus franciscaines avec 6 groupes d’anges musiciens (Cf. image ci-dontre à droite). l’ensemble de la décoration est d’Agostino di Duccio (1418-1481), un magnifique exemple d’art de la Renaissance. À l’intérieur voir l’autel, fait d’un sarcophage paléo-chrétien du IVe siècle, où fut enseveli le frère Egidio en 1262 (Cf. ci-contre à gauche), qui représente au centre Jésus sur le trône entouré d’apôtres.
On peut remonter la via Alessandro Pascoli (1669-1757), un écrivain, philosophe et médecin de Perugia, disciple de Descartes et de Malebranche. On est dans le quartier de la Conca, celui des artisans teinturiers au Moyen-Âge qui profitaient de son abondance en eau, encaissé au pied des murs étrusques, puis intégré dans les murs médiévaux, avec la Porta Conca (Cf. ci-contre à droite), sur laquelle on peut lire le volume 3 de Quaderni Regione dell’Umbria / serie ricerche sul territorio, 1983, Guerra, 448 pages. Le quartier fut occupé initialement par des jardins remplacés aujourd’hui par des bâtiments universitaires ; on a trouvé dans l’un d’entre eux (Faculté des Sciences) une belle mosaïque romaine du IIe siècle représentant Orphée et les bêtes sauvages, fond d’une piscine romaine, visible de la rue (Voir aussi plus haut). Si on prend la via dell’Eremita, on voit l’église Santi Sebastiano e Rocco (Madonna della Pace), qui contient une image miraculeuse, et décorée en 1655 par Pietro Montanini (1608-1679), joyau du baroque de Perugia. Encore en 2009, la presse locale se plaignait de l’abandon d’un quartier où se développent en conséquence la vente de drogues, pourtant dans une zone proche des Universités. L’église Santa Elisabetta, démolie et intégrée dans l’Université fut la première dédiée en Italie à la princesse Élisabeth de Hongrie (1207-1231) après sa canonisation par le pape Grégoire IX (1145-1227-1241).
On peut remonter ensuite par la via del Poggio et la via Armonica, voir le Mur étrusque (n° 15 du plan), le Palais Florenzi (Voir ci-contre à gauche. n° 16 du plan) où Marianna Bacinetti Florenzi (1802-1870) tint un grand salon littéraire, aujourd’hui Faculté des Sciences de la Formation fondée par Giuseppe Ermini (1900-1981), homme politique démocrate-chrétien, ministre et Recteur de l’Université de Perugia de 1945 à 1976.Sur la Place Morlacchi, on trouve plus loin le Théâtre Morlacchi (n° 17 du plan), inauguré en 1781 et refait entre 1951 et 1953, et plus loin l’église San Martino al Verzaro (N° 18 du plan - Verzaro vient de « viridiarum » = lieu de verdure), existante depuis 1163, qui contient des fresques de Giannicola di Paolo (1460-1544), élève du Pérugin. Enfin, en redescendant par la via Fratti, on aperçoit l’Oratoire Santa Cecilia (n° 19 du plan), la salle de musique des frères Philippins, réalisée de 1687 à 1690, en croix grecque, aujourd’hui salle de concert (Cf. ci-dessous, façade et intérieur).
Itinéraire 4 : de Piazza IV novembre à Porta Sole
On part du palazzetto dei Notari par la via Calderini (n° 1 du plan - Guglielmo Calderini, grand architecte, 1837-1916), on trouve peu après la piazza Matteotti et l’église del Gesù (n° 2 du plan), que fait construire Fulvio della Corgna de 1562 à 1571, pour la nouvelle compagnie des Jésuites ; la façade est refaite en 1934 sur un modèle ancien par l’architecte Eduardo Vignaroli. L’église a trois nefs, réalisées en partie par Bartolomeo Tronchi (1529-1604), jésuite architecte florentin. Sur les nefs latérales, des frises invoquent le coeur de Jésus. La voûte du croisillon a été peinte par Giovanni Andrea Carlone (1639-1697), Histoires de Josuè. Sur l’autel sont deux belles colonnes noires de marbre africain. De nombreuses autres figures de Jésus et de saints jésuites ornent l’église, souvent peints par des peintres jésuites dont le romain Andrea Pozzi (1642-1709).
Sous l’abside se trouvent trois oratoires superposés en forme de tour selon la hiérarchie sociale, l’oratoire de la Congrégation des Nobles (1596), celui de la Congrégation des Artistes (1603), celui de la Congrégation des Paysans (dei Coloni, XVIIIe siècle), où les Jésuites assurent encore des conférences.
À côté de l’église, les Logge dei Lanari (n° 3 du plan. Ci-contre à droite), édifiées au XIVe siècle par l’Art de la Laine, d’où l’on accède à la Terrasse du Marché couvert (1932), qui offre une belle vue sur le Monte Subasio et sur Assise.
Au fond de la place Matteotti s’ouvre la Via Volte della Pace (n° 4 du plan et ci-contre à gauche), qui reprend le tracé de l’ancienne voie étrusque, long portique ogival du XIVe siècle où, selon la tradition, étaient signés les Traités de Paix entre Perugia et les villes voisines. C’est une rue très représentative des quartiers anciens de la ville.
Du nord de la place, on prend la via Alessi puis la via Cartolari (les papetiers, c’est un des quartiers d’artisanat les plus prestigieux et les plus fragiles de Perugia, que l’administration communale se propose de réanimer) pour arriver à l’église San Fiorenzo et à son couvent annexe (n° 5 du plan). C’est une église du XIIIe siècle, édifiée au VIIIe siècle sur les bords extérieurs des murs étrusques ; elle est restructurée en 1444 et entièrement refaite en 1768-1770 sur dessins de Pietro Carattoli (1703-1766) ; elle possède encore des toiles de Francesco Appiani (1704-1792 - San Pellegrino et un ange, Prodige de l’ostie de santa Giuliana Confalonieri), et une bannière de Benedetto Bonfigli (1418-1496) de 1476. Après l’Unité italienne, le couvent devient le siège de l’école normale masculine et il est aujourd’hui celui de l’Université du Troisième Âge.
Un peu plus loin, on arrive à la Porta Santa Margherita (n° 6 du plan) qui a été construite dans l’enceinte médiévale ; elle doit son nom au monastère de Bénédictines qui se trouvait alors hors les murs, transformé en hôpital psychiatrique en 1816. C’est aujourd’hui une zone occupée par des édifices universitaires et sanitaires. On voit à sa droite un bastion de briques, reste d’une fortification du XVIe siècle, avec une niche contenant une image de la Vierge. Fermée en 1821, elle est rouverte en 1934.
On reprend la via della Viola (réanimée par une association de jeunes du quartier, Fiorivano le viole, voir ci-dessous) puis la via del Duca et on tourne à gauche vers l’Arco dei Gigli, nom donné à partir de 1535 (ou Porta Sole ou Arco dei Montesperelli, du nom de l’ancienne famille qui habitait dans les environs), ainsi nommée à cause des lys des Farnese peints en honneur du pape Paul III. Ce fut une des 5 portes de l’enceinte étrusque qui conserve ses montants en travertin d’origine sous la voûte ogivale qui est réalisée au XIIIe siècle. C’était l’aboutissement de l’ancien decumanus étrusco-romain qui rejoignait à l’Ouest la Porta Trasimena. Dans le blason d’origine de la porte figurait le soleil associé à la lumière (y avait-il un ancien temple étrusque du soleil ?) et à la blancheur de la farine qui arrivait par là des moulins à roue du Tibre.
En continuant la via del Duca (nom dû à Diomede della Corgna constructeur d’un palais de la rue), puis la via del Carmine, on arrive à l’église San Simone del Carmine (n° 8 du plan), érigée en 1285 sur un édifice plus ancien du début du siècle, reconstruite en 1377 en utilisant les matériaux de la démolition de l’ancienne forteresse de Porta Sole, remaniée au XIXe siècle ; à l’intérieur, quelques tableaux et bannières, et un orgue monumental de 1602. Elle était liée au couvent des Carmélites, laïcisé en 1861.
Plus loin sur la via dell’Asilo, l’ex église de San Crispino (n° 6 du plan) et l’ancien hôpital du même nom, géré par les cordonniers de l’arte dei Calzolai. On peut faire un détour par la via Enrico Dal Pozzo jusqu’à l’église San Bevignate (n° 10 du plan) construite entre 1256 et 1262, à la demande de Bonvicino, Chevalier de l’Ordre militaire des Templiers ; quand celui-ci fut dissous en 1312, le monastère passa aux Chevaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, puis en 1324, un riche marchand de Perugia la racheta pour installer à sa femme et à ses filles un monastère féminin placé sous la règle de l’Ordre de Saint Jean. En 1517, pour des raisons financières, le monastère retourna à l’Ordre et en 1860, avec la suppression de plusieurs ordres religieux, il revint à la Commune et fut désacralisé. Saint Bevignate fut un ermite local mal identifié et très populaire de la moitié du XIIIe siècle, qui fut l’objet d’une canonisation « laïque » en 1453 par le peuple de Perugia ; il était protagoniste du frère Ranieri Fasani dont on a parlé plus haut, créateur des processions de flagellants. L’église a toutes les caractéristiques des édifices de l’Ordre des Templiers, intérieur à nef unique, abside carrée, parois ornées de fresques rappelant l’histoire de l’Ordre (Cf. ci-dessus à gauche la fresque représentant le lion et les moines templiers). L’église a été restaurée de 2003 à 2009, et on a retrouvé à cette occasion sous le pavement de l’église la mosaïque d’une domus romaine et 5 vasques d’une laverie romaine, que l’on peut voir à travers une vitre de sol. Un peu après l’église se trouve le Cimetière Monumental de la ville (n° 11 du plan), qui occupe une partie de la colline de Monterone.
On remonte jusqu’à la via del Carmine et on prend la via del Roscetto et la via Pinturicchio, à travers l’Arco dei Tei (ou Porta Pesa di Santa Maria Nuova, n° 14 du plan), Porte du XIIe siècle, appelé Porta Pesa parce que ce fut la porte de la douane avant l’expansion de la ville vers le quartier Sant’Antonio au XIV e siècle. Le nom d’Arco dei Tei provient du voisinage de la famille Tei. On découvre bientôt l’église de Santa Maria Nuova (n° 12 du plan), construite au XIIIe siècle sur un ancien édifice bénédictin. En 1372, l’architecte Matteo di Giovannello Gattapone (1300-1383) construit la Forteresse de Porta Sole qui endommage l’église, restaurée lors de la démolition de la forteresse en 1375, après quoi les moines de saint Sylvestre s’y installent en 1404 et la modifient, changeant l’orientation, ajoutant trois nefs et une abside heptagonale avec deux chapelles latérales. Plus tard, Braccio da Montone y fit encore des restaurations. En 1540, les moines de saint Sylvestre déménagent à San Fortunato, et ce sont les Servites qui s’y installent, chassés de leur siège par la construction de la Rocca Paolina. Le clocher fut ajouté au XVIIe siècle, et l’occupation française de 1797 puis l’Unité Italienne privèrent l’église de beaucoup de ses œuvres d’art, mais il en reste quelques-unes, outre le grand orgue de 1584. Ce fut toujours un lieu important de rencontres sociales, lié à la vie de 7 confréries, siège d’hôpitaux, et pôle de référence de nombreux étudiants et étrangers qui laissent leur marque dans l’église.
Ayant franchi l’arc, on prend le corso Bersaglieri qui longe la crête de la colline du Borgo Sant’Antonio. On y trouve de nombreux édifices religieux, l’oratoire de San Giovanni Battista, de 1536 mais refait en 1705 et très dégradé, puis celui de la Confraternità Disciplinata di Sant’Antonio Abate et l’église du même nom (n° 15 du plan et cf. ci-contre à gauche) du XIIIe siècle, remaniée en 1669, appartenant aux religieux Olivétains ; dans la rue, un petit cochon en pierre sur une base de colonne romaine, symbole de Saint Antoine Abbé, le protecteur des animaux et des paysans qui entraient par là dans la ville. Puis on atteint la Porta (cassero) Sant’Antonio (n° 16 du plan et ci-contre à droite) ouverte en 1374 à l’extrémité de la forteresse pontificale de Porta Sole. C’est par là qu’en 1859 les Bersaglieri entrèrent dans la ville, d’où le nom de la rue.
On prend ensuite la via Enrico Cialdini qu’on peut suivre jusqu’à Santa Maria di Monteluce. C’était autrefois une zone populaire isolée (on voit encore quelques ateliers et commerces médiévaux le long de la rue. Cf. n° 17 du plan), hors des murs, maintenant transformée par les constuctions d’immeubles du XIXe siècle. Un escalier permet d’accéder à la Piazza et à l’église S. Maria di Monteluce (n° 18 du plan). Construite au XIIe siècle sur un terrain donné au cardinal Ugolino, futur pape Grégoire IX, elle est refaite au XVIe siècle ; elle faisait partie d’un ancien monastère de religieuses bénédictines fondé en 1219 puis de Clarisses Damianites, à partir de 1248, à la demande d’une dame d’Assise, Benvenuta di Cilino. Elle est restructurée en 1448 par les Observants franciscains, et il y a 68 religieuses en 1468.
La façade de l’église, en marbre blanc et rose est de 1451, les deux portes en bois sont ornées de reliefs représentant la Madonne et les saints Claire, François et Bernardin. Le clocher massif a été complété à ses pieds par une chapelle de la Renaissance. L’intérieur rectangulaire à une seule nef est décoré de fresques (de 1602 à 1697) de Giovanni Maria Bisconti, ou Matteuccio Salvucci (1576-1627), l’autel est orné de fresques de Giulio Romano (1492-1546), Giovan Francesco Penni (1488-1428) et Fiorenzo di Lorenzo (1440-1525) ; c’est une belle expression du maniérisme de Perugia, sur des thèmes franciscains. L’église est fermée en mars 2017 pour des raisons de sécurité après le tremblement de terre de 2016, et les habitants de Perugia demandent avec insistance au maire sa réouverture, pour laquelle plusieurs centaines de milliers d’euros ont été votés. En 1927, on avait installé dans le couvent une Polyclinique.
Par la via Cialdini on revient jusqu’à la via del Cane (n° 19 du plan) d’où on a une vue panoramique. On descend à gauche le viale Sant’Antonio jusqu’au couvent San Tommaso (n° 20 du plan), dans la via Pinturicchio, fondé vers 1274 pour les religieuses cisterciennes et passé aux Dominicaines vers 1550, et aujourd’hui déconsacré et devenu lieu d’exposition. On arrive à l’église Sant’Angelo della Pace (n° 21 du plan et photo de la façade ci-contre à gauche), aujourd’hui déconsacrée et devenue la Sala Binni de la Bibliothèque Augusta (n° 23 du plan). Elle fut fondée en 1548 pour le compte du pape Paul III par Galeazzo Alessi (1512-1572), et devient propriété de la famille Connestabile della Staffa de 1946 à 1964, puis est cédée à la Commune (Voir l’intérieur ci-dessous à droite). C’est à la même famille qu’appartient le palais situé en face de l’église, créé en 1629, construit par l’architecte jésuite Rutilio Clementi et centre de la Bibliothèque Augusta, née en 1582 de la donation de sa bibliothèque par l’humaniste Prospero Podiani (1535 ?-1615); elle contient environ 300.000 volumes, dont des manuscrits de miniatures sur l’Enfer de Dante et sur François d’Assise.
Ci-contre un plan ancien). En 1371, l’abbé et cardinal Gerardo Du Puy Monmaggiore ( ? -1389) choisit l’endroit le plus haut de la ville (493 m.), autrefois siège de l’acropole étrusque, pour construire une citadelle pontificale qui aurait le pouvoir de contrôler la ville, sur un projet de Matteo Gattapone : à l’intérieur d’une double enceinte un grand palais avec un puits et des cours de résidence des troupes, des magasins, des moulins à vent et tout ce qui était nécessaire pour maintenir l’indépendance de la forteresse. Mais les citoyens de Perugia la prirent d’assaut en1375 et la détruisirent. Il n’en reste que les grands arcs qui soutiennent la Piazzetta delle Prome, le mur qui rejoignait la Porta di Sant’Antonio et quelques tours. On jouit peut-être de là du plus beau panorama de la ville.
On passe Piazza Fortebraccio, créée en 1536 par le cardinal Marino Grimani (1488-1546), qui fit combler la dépression qui séparait alors la ville intérieure aux murs du Borgo Sant’Angelo (d’où son premier nom de Piazza Grimana) ; sur la place, l’Arco Etrusco et le Palazzo Gallenga Stuart (Voir plus haut, Itinéraire 1).
Par Piazza Michelotti, le point le plus haut de la ville, et via Aquila, on rejoint Piazza Raffaello, et on peut visiter la Cappella San Severo (n° 24 du plan) construite par les moines camaldules à l’époque où était encore vivant saint Romuald, leur fondateur, mort entre 1023 et 1027. Elle contient la seule des nombreuses œuvres de Raffaello restées à Perugia, une Trinité avec les saints Maure, Placide, Benoît abbé à gauche et Romuald, Benoît le Martyr et le moine Jean à droite, commandée en 1505 par l’évêque Troilo Baglioni ( ? -1506) et terminée par Perugino, à qui l’on doit les saints Scholastique, Jérôme, Jean l’Évangéliste, Grégoire le Grand, Boniface et Marthe peints dans la partie inférieure de la fresque. Dans la niche du centre, Vierge à l’enfant en terre cuite polychrome du XVe siècle.
On arrive enfin à Piazza Piccinino (de Nicola Piccinino, le grand capitaine d’aventure, 1368-1444) qui permet de voir l’église Santa Maria della Misericordia, construite au début du XVIIe siècle et l’église de la Compagnia della Morte (n° 25 du plan), chargée à partir de 1570 de donner une sépulture aux morts pauvres. Elle a été restaurée entre 1997 et 1998.
On revient Piazza Danti, où on voit l’emplacement du Puits étrusque (ou Pozzo Sorbello, du nom de la famille qui possède encore le palais qui se trouve au-dessus. N° 26 du plan)). Le puits se trouve en effet dans les souterrains du Palais Bourbon-Sorbello construit au XVIe siècle à l’extrémité orientale de la place Danti, appuyé contre le mur étrusque. Puits et citerne de l’époque étrusque, il témoigne du développement atteint par Perugia à cette époque ; construit en travertin comme les murs étrusques, il est profond de plus de 30 mètres, et d’un diamètre maximum de 5,60 mètres, et il était probablement alimenté par l’eau des nappes phréatiques. Il a été exploré pour la première fois en 1965. Quant au palais, il a été construit par la famille puissante des Montimelini, une des plus anciennes de la ville, et acheté en 1780 par Uguccione III di Sorbello. Il possède une riche galerie de tableaux dont un Perugino. Il est le siège du Gran Orient d’Italie depuis 1970.
Il ne nous reste que deux itinéraires à proposer, vers le sud-ouest et le sud de la ville. Cela vous permettra de compléter votre semaine à Perugia !
Itinéraire 5 : de la via Bonazzi à Santa Giuliana et au Jardin del Campaccio
Commençons par la via Bonazzi, qui part sur la droite de Piazza della Repubblica ; la rue est une de ces rues très intéressantes du centre ville, portant le nom de Luigi Bonazzi (1811-1879), une historien et acteur de théâtre de Perugia, auteur d’une Histoire de Perugia, des origines à 1860 ; bordée de maisons des XIIIe et XIV siècles, elle permet de voir dans le passage surmonté de voûtes gothiques l’ancienne Confrérie de Santa Maria del Suffragio (1639 - n° 4 du plan), maintenant galerie d’art, et l’oratoire de la Confrérie des saints Crispino et Crispiniano (Crépin et Crépinien, 1621-1625), avec une entrée surmontée d’un couteau, emblème des cordonniers qui ont fondé l’église en 1533. On tourne à droite dans la via Caporali, où l’on a trouvé au n° 4 une citerne étrusque couverte comme celle du Palais Sorbello (voir itinéraire précédent). Une centaine de mètres plus loin, on trouve l’église de Sant’Angelo di Porta Eburnea (n° 5 du plan) et, en prenant la via Bruschi, on arrive à la Porta Eburnea (Arco della Mandorla - N° 6 du plan - voir plus haut).
On trouve sur la via Parione l’église et le couvent de Santo Spirito (n° 9 du plan, près de la Porta Crucia -Voir plus haut). On trouve au bout de la via Parione l’escalier roulant (n° 10 du plan). On peut ensuite descendre jusqu’à l’église et le couvent de Santa Giuliana (n° 11 du plan), fondés en 1253, comme monastère de religieuses cisterciennes, remaniés à plusieurs reprises et négligés jusqu’à devenir grenier à blé après la suppression des communautés religieuses par Napoléson Bonaparte, aujourd’hui École de Langues Étrangères de l’Armée. La façade de l’église (ci-contre à droite) est du XIVe siècle, recouverte de marbres polychromes à dessins géométriques, selon un motif commun dans l’architecture religieuse de Perugia, l’intérieur est décoré de fresques (voir ci-dessous à drite un détail du Couronnement de la Vierge, du XIIIe siècle) ; le clocher est un des rares à conserver sa pointe gothique ; le cloître (ci-dessous à gauche) est d’environ 1376 ; au XIXe siècle, il est transformé en hôpital militaire. Il en reste le portail du XIIIe siècle de la première cour. Il est attribué à Matteo Gattapone (1300-1383), d’environ 1376, et il vaut la peine d’être visité (salle capitulaire en particulier).
De là on peut remonter jusqu’à Piazza del Circo où on voit l’église des saints Biagio et Savino (n° 12 du plan) de 1832, puis le Collegio Bartolino et l’Hôpital Saint-Jean de Dieu (n° 13 du plan). Continuez jusqu’à Piazza Mariotti avec son Couvent delle Mantellate et l’église dell’Annunziata (n° 14 du plan), d’origine médiévale et restructurée en 1641, avec une façade du XIXe siècle, à côté du Conservatoire de musique Francesco Morlacchi, construit au XIIIe siècle comme monastère des religieuses Servites le long de la muraille étrusque. Plus haut sur la via Cupa, voir le Collegio della Sapienza Vecchia (Cf. itinéraires précédents). On découvre un des plus beaux panoramas sur la ville, et, en-dessous sur le jardin public Campaccio (n° 17 du plan). Ensuite apparaît la petite église de Santa Maria della Valle (n° 16 du plan) avec son abside semi-circulaire du XIIIe siècle. Un peu plus loin, presque encastrée dans les murs étrusques l’église San Benedetto (n°18 du plan et ci-contre à gauche) en pierre claire, édifiée aux Xe et XIe siècles par l’ordre bénédictin, sans que l’on sache pourquoi l’ordre s’installa aussi près de la ville, les ordres préférant d’ordinaire s’installer hors de la ville le long des voies de communication pour avoir à la fois plus de tranquillité et plus de possibilités d’exploiter leurs terres. Au XIIe siècle les Bénédictins cèdent l’église à l’ordre chevaleresque de Jérusalem (Chevaliers de Malte), elle est alors transformée en style gothique, puis à nouveau en 1297 suite à l’écroulement partiel de la muraille étrusque, elle est divisée en deux églises, une pour les paysans de l’extérieur et une pour les habitants de la ville supérieure sur le modèle des deux basiliques d’Assise, avec la construction d’une passerelle qui permettait de passer de la ville à l’église. Celle-ci fut malheureusement abandonnée au XVIIIe siècle, et devient propriété de l’État après l’Unité. On peut cependant apprécier encore ses formes et sa petite absidiole gothique contre la muraille étrusque.
Itinéraire 6 : de Piazza Matteotti à Porta San Pietro
Un dernier itinéraire nous permettra de visiter la partie méridionale de la ville. On peut partir de Piazza Matteotti, chef-d’œuvre de l’urbanisme médiéval qui sait adapter les structures naturelles à ses exigences : sur les constructions réalisées pour contenir la colline, on creuse en 1247 cette longue place autrefois appelée pour cela Sopramuro (au-dessus du mur). C’est là que se déroulait le marché et de nombreuses activités de service, abattoir, pêcherie (abattue en 1911 pour installer le Palais des Postes), les greniers publics, le travail du saindoux, les magasins de selles, tanneries, et aujourd’hui la seule pharmacie ouverte 24 heures sur 24, toutes les activités humbles et populaires, qui utilisaient les niches couvertes qui abritent aujourd’hui l’accès aux ascenseurs du parking. La place dominait ce qu’on appelle « le champ de bataille » où se tenaient les jeux publics, dont la tauromachie et la « bataille des cailloux », où les équipes des quartiers de la ville se battaient à coups de cailloux ; pour cela, à partir du XVe siècle et de la construction des édifices du côté oriental, on construisit un parapet qui permettait d’assister aux jeux.
Parmi les monuments le Palais del Capitano del Popolo (ou del Bargello, n° 1 du plan - Ci-contre à gauche), édifice gothique de la Renaissance érigé de 1473 à 1481 par Gasparino di Antonio (architecte lombard du XVe siècle) et Leone Di Matteo (connu de 1472 à 1481), doté d’un portail portant deux griffons et une statue de la Justice. Notez au premier étage les fenêtres géminées et la loggia dei banditori d’où on lisait au peuple les édits et les ordonnances des magistrats. C’est Luigi Vanvitelli (1700-1773) qui restaura le deuxième étage suite à un écroulement causé par un tremblement de terre.
À gauche du Palais s’ouvrent les arcs ogivaux qui conduisent à la Loggia dei Lanari et au Marché couvert de 1932, d’où l’on voit les arcades de soutènement hautes de 15 mètres (Cf ci-contre à gauche les grands arcs de Via della Rupe, n° 3 du plan). À droite la Vieille Université (Università Vecchia. N° 2 du plan) construite au rez-de-chaussée en 1453 pour installer des magasins, l’étage fut ajouté de 1483 à 1515 à la demande du pape Sixte IV qui y installe l’université, deuxième d’Italie créée en 1266 après celle de Bologne ; elle y reste jusqu’en 1811, c’est maintenant le siège de bureaux du Palais de Justice.
Au Moyen-Âge, une commune brillait non seulement par ses corporations et la force de ses institutions politiques et militaires, mais aussi par sa capacité à transmettre la culture la plus avancée, de façon à faire progresser la société dominante, sous le contrôle du pape ou de l’empereur, et à faire obtenir un diplôme reconnu universellement. Deux activités arrivaient en tête, la Faculté de Droit et celle des Corporations en général, où la Médecine, la Philosophie et la Théologie tendaient à se distinguer des autres les ; les étudiants se réunissaient en une « Universitas » qui fonctionnait comme une corporation et participait donc au fonctionnement de la ville. De grands intellectuels vinrent y enseigner, Jacopo da Belviso (1270-1335), Cino dei Sinibuldi da Pistoia (1270-1336), Bartolo da Sassoferrato (1313-1356), Baldo degli Ubaldi (1327-1400), Gentile da Foligno (1280-1348), dans une époque de grande autonomie par rapport au pape, qui disparut largement à partir de 1467 jusqu’au renouvellement du XVIIIe siècle et de Napoléon, condamnée par le retour du pouvoir pontifical jusqu’à l’Unité Italienne, à partir de laquelle elle se développa à nouveau, créant des enseignements destinés par exemple à faire progresser l’agriculture. On nota alors de grands scientifiques qui donnèrent souvent leur nom à une rue, Antonio Brizi, Silvestro Bruschi, Pietro Vermiglioli, Annibale Mariotti, Giuseppe Severini, Annibale Vecchi, Domenico Bruschi, Bernardo Dessau, Ariodante Fabretti et le comte Giancarlo Conestabile della Staffa (Voir toute l’histoire de cette grande Université dans www.unipg.it/ateneo/storia).
Dans la via Oberdan, on passe l’ancien Hôpital de la Miséricorde (n° 4 plan), et, par les escaliers de Sant’Ercolano, à l’arc étrusque de Sant’Ercolano (n° 5 du plan), ancienne Porta Cornea, une des 7 portes de l’enceinte étrusque dont on voit encore les pierres à la base tandis que l’arc ogival est du Moyen-Âge. Au-dessus de la porte, un lion du XIIIe siècle, symbole du quartier de San Pietro et du parti guelfe, en même temps que de protection et de vigilance.
L’église sant’Ercolano (n° 6 du plan) se trouve ensuite au croisement entre la via Sant’Ercolano e le viale Indipendenza. Elle a été édifiée par la Commune sur le lieu présumé du martyre du saint protecteur de la ville (tué en 540 par Totila), à partir de 1297, peut-être sur dessin de Fra Bevignate (1250-1305) e Giovanni Pisano (1245-1318), et achevée en 1326 par Ambrogio Maitani (XIVe siècle) sous forme d’un édifice hexagonal. On accède à la porte supérieure par deux rampes d’escalier. Elle est confiée en 1381 aux moines du Corps du Christ et aux Pères de saint Dominique. En 1542, suite à l’édification de la Rocca Paolina, on décida d’abattre l’église supérieure, que l’on restaura en 1591, sous le contrôle des Frères Barnabites qui y font transférer les reliques du saint en 1609. Ils y restent jusqu’en 1777, laissant ensuite la place à la Compagnie de Saint Martin. Une nouvelle restauration a été réalisée de 2003 à 2006. Le grand autel repose sur un sarcophage romain destiné à recevoir les reliques du saint. L’église est aujourd’hui Monument des Morts de la guerre.
Au bas de la via Cavour, l’ouverture du carrefour des Tre Archi en 1857 (barrière douanière au XIXe siècle, dont il reste la bascule où on pesait les marchandises. Cf. ci-contre à droite) oblige à modifier l’église de San Giuseppe et Santa Croce (n° 7 du plan et ci-contre à gauche), déjà enregistrée au cadastre de 1107. Elle a appartenu à l’Ordre des Chevaliers de Malte, puis à celui des Chevaliers du Saint-Sépulcre. Au XIXe siècle, elle devient siège de la Compagnie de Saint-Joseph, corporation des menuisiers. Elle est encore décorée de quelques fresques anciennes.
On arrive sur la place Giordano Bruno où sont les édifices de Saint Dominique, Couvent (n° 10 du plan), Basilique (n° 8 du plan), clocher (n° 9 du plan). C’est la plus grande église de l’Ombrie, élevée au rang de Basilique mineure en 1961. Les Dominicains arrivent à Perugia vers 1230 ; ils édifient leur église entre 1231 et 1260 dans un des lieux centraux pour la classe dirigeante de l’époque à côté de l’ancienne cathédrale de Santo Stefano del Castellare : c’est là qu’étaient prises les grandes décisions, comme celle de construire la nouvelle cathédrale, le Palais des prieurs, Sant’Ercolano et les murs. C’était aux dépens des Franciscains dont le siège était plus éloigné, à San Francesco del Prato : les Dominicains étaient l’ordre mendiant officiel, plus apprécié de la classe dirigeante, dont ils étaient souvent les conseillers politiques. L’édifice fut agrandi en 1304, selon la mode de l’époque de trois nefs de hauteur égale, soutenues par 10 piliers de brique octogonaux ; les voûtes s’écroulent en 1614, et l’église est restructurée de 1629 à 1632 par Carlo Maderno (1556-1629), selon le modèle de Saint-Pierre de Rome, avec des piliers ioniques et une voûte en berceau. La façade est encore de style gothique avec un portail de 1596 auquel on accède par un double escalier en travertin doté d’une rampe de 1640 de Girolamo Ciofi. Le clocher est édifié entre 1464 et 1500, haut de 126 mètres à l’origine et réduit à 60 mètres pour des raisons de sécurité. Le cloître est construit de 11455 à 1579. Dans la crypte sont ensevelies de nombreuses personnalités de perugia, dont les membres de la famille Baglioni.
L’église est en croix latine à trois nefs, l’abside est celle du XVe siècle avec une grande fenêtre qui illumine l’espace ; les chapelles latérales sont des XIVe et XVe siècles. Dans le transept de droite, Monument funéraire du pape Benoît XI, (Cf. ci-dessus à gauche) mort à Perugia en 1304. L’abside a un très grand vitrail de 1411 (23 mètres sur 8,50 mètres) du Frère Bartolomeo di Pietro (fin XIVe-début XVe siècles) et Mariotto Di Nardo (connu de 1389 à 1434), consacré à la glorification de l’Ordre dominicain : Histoires de saint Jacques en bas, puis 6 saintes dominicaines (Lucia, Dorotea, Caterina d’Alessandria, Maddalena, Marie de Hongrie, Agnès), puis les Docteurs Thomas d’Aquin, Augustin, Ambroise, Grégoire le Grand, Jérôme, Innocent V, puis les 2 fondateurs, Dominique et Pierre martyr avec d’autres saints dont les 3 protecteurs de Perugia, puis au 4e rang, l’Archange Michel et l’Annonciation flanqués de saint Paul, Jacques le Majeur, Jean l’Évangéliste et Pierre, puis les 4 Évangélistes, puis des Archanges, des Prophètes, des anges musiciens, etc., tous sous des baldaquins (voir la description complète sur le site :
www.icvbc.cnr.it/bivi/schede/umbria/perugia/1sandomenico.htm) ; c’est une des plus grandes fenêtres gothiques d’Italie. L’orgue est de 1638-1641, de Luca Neri da Leonessa (organiste du XVIIe siècle), restauré par Nicola Morettini (1836-1924) en 1870. Toute l’église est décorée de tableaux du XIVe au XIXe siècles
En longeant l’église via del Castellano, on voit l’ancien Palais de l’Inquisition (n° 11 du plan), commencé en 1632 par Domenico Grotti (1604-1679) et on arrive à l’ancien couvent où est installé en 1964 le Musée Archéologique National (entrée ci-contre à gauche), organisé en deux sections, étrusco -romaine, préhistorique. Créé en 1790 par la donation du noble de Perugia Francesco Filippo Friggeri, puis amplifié par l’archéologue Giovan Battista Vermiglioli (1769-1848), puis par Ariodante Fabretti (1816-1894), et, après d’autres, par Giuseppe Bellucci (1844-1921), il est finalement transféré à San Domenico en 1964. Pour qui s’intéresse à l’histoire et à l’Antiquité, il est passionnant à visiter.
On passe ensuite plusieurs autres ex-monastères, d’abord l’ancien Hôpital dei Pellegrini (des Pèlerins - N° 12 du plan), édifié vers 1333 par une Confrérie dominicaine, refait au XVIIe siècle. Il abrite encore aujourd’hui un menuisier, rappelant qu’ils étaient autrefois nombreux dans ce quartier. Puis on trouve l’ancien Monastère de la Beata Colomba (n° 13 du plan - Voir itinéraires précédents), aujourd’hui caserne de pompiers. Il est suivi de l’ancien Couvent de Sainte Maria Maddalena (n° 14 du plan) construit en 1382 par les religieuses bénédictines, aujourd’hui siège du Commandement des carabiniers. Le n° 15 du plan est l’église Santa Maria del Colle, commencée en 1959 sous la direction de Sisto Maestrodicasa et sur projet de l’architecte Vincenzo Tutarini, qui lui donne une forme trapézoïdale, inaugurée en 1964 dans ce nouveau quartier de résidences populaires.
Au bout de la via Cavour, on arrive à la Porta San Pietro (ou Romana - N° 16 du plan). C’est une des portes de l’enceinte médiévale des XIIIe et XIVe siècles. La façade extérieure, de style Renaissance, est construite de 1475 à1480 par Agostino di Duccio (1418-1481) et Polidoro Di Stefano (connu à partir de 1527) qui s’inspirent de la façade du Temple de Malatesta de Rimini : une grande arcade s’ouvre dans le corps central, encadrée de deux piliers cannelés, tandis que les grandes niches latérales sont inachevées. La façade interne a gardé son aspect médiéval ; la profondeur de la porte a permis d’installer à l’intérieur l’Oratoire de Saint Jacques.
À l’intérieur de la Porte sur la via Benedetto Bonfigli, se trouvent le Couvent et la Porte de San Girolamo (n°17 du plan). La Porte a été construite vers 1483, en même temps que le couvent franciscain (aujourd’hui Cinéma Zénith). En 1582, elle fut reconstruite en briques par Valentino Martelli (1550-1530) pour le cardinal Alessandro Riario (1543-1585). Le côté extérieur à l’Est a deux niches qui portaient la statue de Pierre et de Paul, maintenant à l’Université. Chaque année depuis 1961 part de cette porte la Marche pour la paix et la Fraternité entre les peuples de Perugia à Assise créée par Aldo Capitini (1899-1968 - Important philosophe antifasciste de Perugia, promoteur de l’action non-violente). Elle porte ce nom parce qu’elle est annexée au couvent des Pères Amadeiti (Congrégation de Franciscains réformés fondée en 1964 par Amadeo Da Silva (1420-1482) et fermée par le pape Pie V en 1568) qui assistaient les pestiférés ; on l’appelle aussi Porta Romana parce que c’était le passage obligé pour prendre la via Flaminia et la route de Rome.
On entre alors dans le grand ensemble de San Pietro, Couvent, Basilique, Clocher, Jardin Botanique. C’est la plus importante collection d’œuvres d’art de Perugia après la Galerie Nationale. L’ensemble abbatial se dresse hors les murs, dans un lieu sacré où, selon la tradition fut martyrisé vers 170 le protecteur de la ville, Costanzo et où se trouvait la première cathédrale, près du cimetière des martyrs (dont le moine Ercolano, autre protecteur de la ville, en 547-49) sur le Mont Calvario (le Calvaire, nom de la colline voisine de Jérusalem). La cathédrale fut transférée à San Lorenzo au Xe siècle, mais le lieu resta sacré et un premier monastère est fondé en 966 par le moine de Clunis Pietro Vincioli ( ?-1022) jusqu’à aujourd’hui, après être passé à l’ordre cistercien. Les abbés de San Pietro restèrent toujours indépendants de l’évêque et seuls maîtres de leur immense domaine de 3200 hectares le long de la vallée du Tibre jusqu’à Todi, abritant de nombreux papes jusqu’à Pie IX en 1857. À partir du XVIe siècle, l’abbaye fut enrichie par de nombreux artistes, Benedetto Bonfigli (1418-1496), Perugino (1448-1523), Eusebio da San Giorgio (1470-1539), Sassoferrato (1609-1685), les miniaturistes Giapeco Caporali ( ? -1478) et Boccardino (1460-1529). L’abbaye devient aussi un centre culturel important comme siège d’activités scientifiques et d’érudition dans le Studium des moines où l’on enseignait la Rhétorique, la Philosophie et la Théologie. En 1859-1860, les moines protégèrent les insurgés de Perugia contre les troupes pontificales Puis les moines bénédictins s’intéressèrent à l’activité agricole et artisanale, et aujourd’hui c’est la Faculté d’Études Agraires (Facoltà di Agraria) qui occupe les locaux du couvent ; depuis 1970, ils y ajoutent la sismologie.
Le Monastère est un ensemble de trois cloîtres, l’un du XIVe siècle, celui de Galeazzo Alessi de 1571 (chiostro delle Stelle) et celui de Valentino Martelli et Lorenzo Petrozzi de 1614 (Chiostro Maggiore), dominé par le grand clocher construit sur un sépulcre étrusco-romain, dodécagonal jusqu’aux corbeaux, puis hexagonal ouvert de fenêtres géminées gothiques, surmonté d’un entablement qui porte une haute flèche pyramidale de diverses époques. À gauche on entre dans l’église.
C’est un édifice de plan basilical à trois nefs séparées par 9 colonnes par nef surmontées de chapiteaux ioniques de l’époque impériale, le plafond est à caissons dorés et décorés de 1556. L’abside et le presbyterium sont de 1446. Le portail de l’église (Ci-dessus à droite) du XVIe siècle est surmonté d’une lunette de Giannicolo di Paolo (1484-1544), Vierge entourée de deux anges ; sur la gauche du portail restes de fresques de la première façade du Maestro Ironico (1ère moitié du XIVe siècle), Trinité tricéphale, Annonciation, Saint Georges et le dragon, Saint Pierre et Paul (ci-dessus à droite). Au-dessus de l’autel se trouvait l’Ascension de Perugino de 1496, volée par Napoléon en 1797 et maintenant à Lyon et à Paris. Remarquez le chœur en bois du presbyterium, de 1526 à 1535, un des plus beaux d’Italie (Ci-dessous à gauche) ; la contre-façade est décorée de fresques de l’Aliense (1556-1629), Triomphe de l’ordre bénédictin (ci-dessous à droite). Une spécialiste y a découvert un visage diabolique qui pourrait représenter la corruption dans l’Église ou la présence du mal dans le monde, on ne sait pas. Toute l’église est décorée de fresques de nombreux peintres, représentant La vie du Christ et des Scènes de l’Ancien testament dans la nef centrale, Vies de saints dans la nef droite, Histoires de l’Ancien Testament dans la Sacristie de 1451, avec Sainte Françoise Romaine et l’ange de Caravaggio, Jésus et saint Jean de Raffaello, Sainte Famille de Parmigianino et Histoires de saint Pierre de Girolamo Danti, Scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament dans la nef gauche.
Une crypte de l’époque de Pietro Vincioli a été redécouverte en 1980.
Le Chiostro delle Stelle ouvre sur un jardin botanique médiéval (n° 20 du plan), qui était celui qu’utilisaient les Bénédictins, et il a retrouvé sa forme médiévale en 1996 (Hortus ccnclusus), entourée de murs, conservant une ancienne voie étrusco-romaine et riche d’environ 200 plantes médicinales. (Pour plus de détails voir entre autres le site www.fondazioneagraria.it). Ci-dessous l’ensemble de S.Pietro.
La Porta di Braccio (n° 20 du plan), construite en 1250 dans l’enceinte médiévale, est restée incluse dans le jardin du Monastère quand on a ouvert en 1257 la Porta di san Costanzo. Elle a été reconstruite avec un arc surbaissé, mais l’arc ogival d’origine est bien visible du côté intérieur. Elle était entourée de deux tours quadrangulaires, dont l’une est maintenant englobée dans l’agrandissement du monastère au XVIe siècle. Le nom de Braccio vient de ce que c’est lui qui a fait reconstruire la porte et cette partie du monastère.
De l’autre côté du Borgo XX Giugno se trouvent les Jardins del Frontone dont on fait déjà mention en 1275 comme « place des champs de bataille » où se jouaient les batailles de cailloux entre les quartiers ; sous Braccio da Montone, de 1414 à 1420, on érigea des murs autour du site qui devint alors lieu d’exercice militaire ; puis les batailles de cailloux furent remplacées par des jeux moins belliqueux, courses, tournois, fêtes, et la place devint « place d’amour » avant d’être abandonnée à la nature jusqu’au XVIIIe siècle où l’Académie des Arcadiens, arrivée à Perugia, créa la Colonie Auguste où elle tenait ses réunions sous les chênes verts des trois allées qui s’achevaient par un petit amphithéâtre et un arc de triomphe (il Frontone) qui donna son nom au jardin. Aujourd’hui, les soirs d’été, le jardin se transforme en cinéma à ciel ouvert.
Si on continue un peu, on arrive à la Porta San Costanzo (n° 22 du plan) qui tient son nom de l’église voisine de San Costanzo ; elle a été réalisée par les moines bénédictins sur un projet de Valentino Martelli (1550-1630). C’est l’agrandissement de l’Abbaye de San Pietro qui obligea à transporter la Porta di Braccio un peu plus loin. On l’appela « la portaccia » (la mauvaise porte) probablement parce que c’est par là qu’entrèrent à Perugia en 1799 les troupes autrichiennes qui chassaient les partisans des Français, et le 20 juin 1859 les mercenaires pontificaux qui firent un massacre d’habitants pour maintenir le pouvoir du pape, qui ne dut l’abandonner qu’en 1861… Et c’est le 20 juin 1944 que les troupes anglo-américaines entrèrent pour libérer Perugia du fascisme. Actuellement elle vient d’être restaurée après le tremblement de terre de 1997.
Après la porte, l’église San Costanzo (n° 23 du plan), construite en 1027 en l’honneur d’un des trois protecteurs de la ville, saint Constant ( ?-170) dont on a retrouvé les reliques sous le grand autel en 1781 (c’était alors un lieu de sépulture hors les murs) ; elle a été refaite en 1889 en style néoroman par Guglielmo Calderini (1837-1916). On retrouve quelques éléments de l’ancienne église, l’abside, les sculptures du portail, etc. Le 28 janvier, veille du jour de la fête du saint, on fabrique un gâteau particulier, le torcolo di san Costanzo, produit de pauvres fait à base de pâte à pain, dont le trou central représenterait la tête du saint décapité et la forme en couronne le collier du saint riche en pierres précieuses qui serait tombé au moment de la décapitation, d’où l’emploi de cédrat confit.
On peut alors remonter vers le centre ville par le viale Roma, jusqu’à la Porta dei Ghezzi (n° 24 du plan), elle fait partie de la muraille édifiée par Braccio da Montone dès son arrivée au pouvoir en 1416. Les murailles étrusques avaient suffi à la ville jusqu’au XIIe siècle, si l’on tient compte de la baisse démographique qui caractérise la fin du Moyen-Âge ; mais à partir du XIIe siècle, la reprise économique, les meilleures conditions de vie et le départ en ville de nombreux paysans qui veulent échapper à la domination des seigneurs féodaux, de nombreuses maisons en bois se construisirent hors les murs, base des futurs bourgs de la ville le long des grandes voies de communication. Pour les défendre on construisit donc une seconde enceinte qui déborda de l’enceinte étrusque, et à laquelle Braccio ajouta d’autres murs dont celui qui allait de Santa Giuliana à la Porta dei Ghezzi. Braccio trouvait une ville encore médiévale, où les rues étroites sont souvent couvertes de voûtes pour augmenter ls surface habitable sans réduire la largeur des rues, et où augmenta la hauteur des constructions. Braccio changea peu de choses mais fit renforcer les murailles pour éviter qu’elles s’écroulent et en construisit de nouvelles dans un but de défense, de San Giuliana à Porta dei Ghezzi, une zone plus facilement accessible aux assaillants (Voir ci-contre un dessin du XVe siècle de la ville de Braccio, et l’étude des portes en langue anglaise sur le site www.keytoumbria.com).
Plus loin on trouve l’ancien Collège de Sant’Anna, autrefois Monastère de Sainte Marie des Anges, transformé au XVIIIe siècle en orphelinat de filles très réputé, qui contient encore un cloître de 1495.
Au bout de la via Roma on arrive d’abord à la Gare Sant’Anna (Cf. ci-contre à gauche), construite en 1920, petit palais de style Liberty où arrivent les trains de Terni et d’Umbertide ; elle est restaurée à partir de 2017. On se rend ensuite à l’Arco dei Funari (n° 26 du plan), une des portes des murailles du XIIIe siècle, qui doit son nom à la proximité de la corporation des Funari, les fabricants de cordes. La partie droite de l’arc est maintenant inclus dans le mur du Palazzo della Penna (n° 27 du plan. Cf. ci-joint à gauche), par lequel se terminera l’itinéraire : on remonte ensuite vers la Rocca Paolina (Voir l’itinéraire 1). Le Palazzo della Penna, construit du XVIe au XIXe siècle sur les restes d’un amphithéâtre romain, est le siège du Museo Civico di Palazzo della Penna et d’une riche bibliothèque. Le Musée contient entre autres les œuvres de Gerardo Dottori (1884-1977), le grand peintre futuriste.
Cet itinéraire constitue un guide complet de Perugia. Il permet de s’apercevoir de l’importance de cette ville : c’est une des villes d’Italie dont l’histoire est la plus longue, sans interruption des Étrusques à nos jours, avec des traces de l’Antiquité parmi les plus clairement visibles. Le nombre d’églises, de couvents, d’ordres religieux dit aussi qu’elle a été soumise au pouvoir pontifical jusqu’à l’Unité Italienne, mais qu’elle a su souvent lui résister activement. Elle a été une ville riche en particulier grâce à son industrie agro-alimentaire (les Baci Perugina), maintenant souvent dépendante de capitaux étrangers, et elle connaît une crise comme tout le reste de l’Italie. Elle reste aussi une capitale culturelle et universitaire, en particulier par son Université pour étudiants étrangers. Perugia vaut la peine qu’on la parcoure attentivement du nord au sud, une petite semaine n’est pas de trop. Pensez-y pour vos séjours en Italie.
ANNEXE
HIPPOLYTE TAINE, Voyage en Italie, Tome II, Florence et Venise, Paris, Librairie Hachette, 4e édition, 1881, pp. 8-19.
C'est une vieille ville du moyen âge, ville de défense et de refuge, posée sur un plateau escarpé, d'où toute la vallée se découvre. Des portions de mur sont antiques ; plusieurs fondations de portes sont étrusques ; l'âge féodal y a mis ses tours et ses bastions. La plupart des rues sont en pente, et des passages voûtés y font des défilés sombres. Souvent une maison enjambe la rue ; le premier étage va se continuer dans celui qui fait face ; de grandes murailles de briques roussies, sans fenêtres, semblent des restes de forteresses. Vingt débris y mettent devant l'imagination la cité féodale et républicaine la noire porte San-Agostino énorme donjon de pierres tellement ravagées et rongées qu'on dirait une caverne naturelle, et tout au sommet une terrasse soutenue par de jolies colonnettes encore romaines, délicates créatures, premières idées d'élégance et d'art qui fleurissent au milieu des dangers et des haines du moyen âge ; le palazzo del Governo sévère et massif comme il est fallait pour les batailles et les séditions des rues, mais avec un gracieux portail où s'enroulent des torsades de pierre et des cordons de sincères et naïves figures sculptées; des formes gothiques et des réminiscences latines ; des cloîtres d'arcades superposées et de hautes tours d'églises en briques noircies par le temps ; des sculptures de la première renaissance, celles des treizième et quatorzième siècles, la plus original et la plus vivante de toutes ; une fontaine d'Arnolfo di Lapo, de Nicolas et de Jean de Pise, un tombeau de Benoît XI, encore par Jean de Pise. Rien de plus charmant que ce premier élan de la vive invention et de la pensée moderne à demi engagées dans la tradition gothique. Le pape est couché sur un lit, dans une alcôve de marbre dont deux petits anges tirent les rideaux. Au-dessus, dans une arcade ogivale, la Vierge et deux saints sont debout pour recueillir son âme. On ne peut rendre avec des paroles l'expression étonnée, enfantine et douloureuse de la Vierge; le sculpteur avait vu quelque jeune fille en larmes au chevet de sa mère mourante, et, tout entier à son impression, librement, sans réminiscence de l'antique, sans contrainte d'école, il exprimait son sentiment. Ce sont ces paroles spontanées qui font d'une œuvre d'art une chose éternelle ; on les entend à travers cinq siècles aussi nettement qu'au premier jour ; enfin, à travers l'oppression féodale et monastique, l'homme parle, et l'on écoute le cri personnel d'une âme indépendante et complète. Les moindres œuvres de ce premier âge de la sculpture vous arrêtent sur vos pieds et vous tiennent en place il semble qu'on entende une voix réelle et vibrante...
Après Michel-Ange, les types sont fixés ; on ne fait plus qu'arranger ou purifier une forme arrêtée ou prescrite. Avant lui et jusqu'au milieu du quinzième siècle, chaque artiste, comme chaque citoyen, est lui-même ; la mode et la convention ne s'imposent ni aux génies ni aux caractères chacun est debout devant la nature, avec son sentiment propre, et vous voyez surgir des figures aussi diversifiées et aussi originales dans les arts que dans la vie.
On chantait la messe dans la cathédrale, et je n'ai pu regarder qu'un tombeau d'évêque à l'entrée. Sous l'évêque couché (1451) sont quatre femmes qui tiennent deux vases, une épée, un livre, d'une simplicité et d'une largeur admirables, avec une ample figure et une magnifique abondance de cheveux, réelles pourtant, et qui ne sont qu'une empreinte plus noble d'un moule dont la vraie nature s'est servie. Être soi-même, par soi-même, par soi seul, sans réserve et jusqu'au bout, y a-t-il un autre précepte dans l'art et dans la vie ? C'est par ce précepte et cet instinct que l'homme moderne s'est fait et a défait le moyen âge. Voilà les rêveries qu'on emporte avec soi en errant dans ces rues baroques, montueuses, bossuées, dans ces couloirs escarpés, dallés de briques, traversés d'arêtes pour retenir les pieds, parmi ces étranges bâtiments où l'imprévu et l'irrégularité de l'antique vie municipale et seigneuriale éclatent à peine atténués par les rares redressements de la police moderne. Au quatorzième siècle, Pérouse était une république démocratique et guerrière qui combattait et conquérait ses voisins. Les nobles étaient écartés des emplois, et cent quarante-cinq d'entre eux complotaient le massacre des magistrats, on les pendait ou on les chassait. Il y avait sur le territoire cent vingt châteaux et quatre-vingts villages fortifiés. Des gentilshommes condottieri s'y maintenaient indépendants et faisaient la guerre à la ville. A Pérouse, des gentilshommes étaient condottieri. le principal, Biordo de Michelotti, prenant trop d'autorité était assassiné dans sa maison par l'abbé de Saint-Pierre. Assiégés par Braccio de Montone, les Pérousins sautaient du haut des murs ou se faisaient descendre avec des cordes pour combattre de près les soldats qui les défiaient. Parmi de pareilles mœurs, les âmes se maintiennent vivantes, et le sol est tout labouré pour faire germer les arts.
La peinture, Angelico, Pérugin
Mais quel contraste entre ces arts et ces mœurs ! On a rassemblé à la pinacothèque les tableaux de l'école dont Pérouse est le centre, elle est toute mystique ; il semble qu'Assise et sa piété séraphique y aient pris le gouvernement des intelligences. Dans cette barbarie, c'était le seul centre de pensée ; il n'y en avait pas beaucoup au moyen âge, et chacun d'eux étendait sa domination autour de lui. Fra Angelico de Fiesole, chassé de Florence, est venu vivre près d'ici pendant sept et il a travaillé ici même. Il y était mieux que dans sa Florence païenne, et c'est lui qui attire les yeux d'abord. Il semble en le regardant qu'on lise L’Imitation de Jésus-Christ,- sur les fonds d'or, les pures et douces figures respirent avec une quiétude muette, comme des roses immaculées dans les jardins du paradis. Je me rappelle une Annonciation de lui en deux cadres. La Vierge est la candeur, la douceur même, la physionomie est presque allemande, et les deux belles mains sont si religieusement jointes ! L'ange aux cheveux bouclés à genoux devant elle semble presque une jeune fille souriante, un peu bornée, et qui sort de la maison de sa mère. Tout à côté, dans la Nativité, devant le délicat petit Jésus aux yeux rêveurs, deux anges en longue robe apportent des fleurs ; ils sont si jeunes et pourtant si graves ! Voilà des délicatesses que les peintres ultérieurs ne retrouveront pas. Un sentiment est une chose infinie et incommunicable ; aucune érudition et aucun effort ne peuvent le reproduire tout entier ; il y a dans la vraie piété des réserves, des pudeurs, par suite des arrangements de draperies, des choix d'accessoires que les plus savants maîtres, un siècle plus tard, ne connaîtront plus.
Par exemple, dans une Annonciation du Pérugin, qui est tout près de là, le tableau représente non pas un petit oratoire secret, mais une grande cour. La Vierge est debout, effrayée, mais non pas seule il y a deux anges derrière elle, et deux autres derrière Gabriel. Retrouvera-t-on cette chasteté plus tard ? Un autre tableau du Pérugin montre saint Joseph et la Vierge à genoux devant l'enfant derrière eux, un portique grêle profile ses colonnettes dans l'air libre, et trois bergers espacés prient ; ce grand vide ajoute à l'émotion religieuse, il semble qu'on entend le silence de la campagne.
Pareillement, chez le Pérugin, les figures et les attitudes expriment un sentiment inconnu et unique les personnages sont des enfants mystiques, ou, si vous voulez, des âmes d'adultes retenues dans l'enfance par l'éducation du cloitre. Aucun d'eux ne regarde l'autre, aucun d'eux n'agit, chacun est enfermé dans sa contemplation propre, tous ont l'air de rêver en Dieu ; chacun demeure fixe dans son geste et semble retenir son souffle de peur de déranger sa vision intérieure. Les anges surtout avec leurs yeux baissés, leur front penché, sont les vrais adorateurs, prosternés, persistants, immobiles ; ceux du Baptême de Jésus ont la modestie, l'innocence humble et virginale d'une religieuse qui communie. Jésus lui-même est un séminariste tendre qui pour la première fois sort de chez son oncle le bon curé, n'a jamais levé les yeux sur une femme et reçoit l'hostie tous les matins en servant la messe. Les seules têtes qui puissent donner aujourd'hui l'idée de ce sentiment sont celles des paysannes élevées toutes petites dans un monastère. Plusieurs à quarante ans ont des joues roses sans une seule ride. A la placidité de leur regard, il semble qu'elles n'aient jamais vécu ; en revanche elles n'ont jamais souffert. Pareillement ces figures restent immobiles au seuil de la pensée sans le franchir, mais sans faire effort pour le franchir. L'homme n'est pas arrêté, il s'arrête ; le bouton n'est pas écrasé, mais il ne s'ouvre pas. Rien de semblable ici aux macérations, aux violences de l'ancien christianisme ou de la restauration catholique ; il ne s'agit pas de dompter la pensée ou de refréner le corps ; le corps est beau, la santé entière; un jeune saint Sébastien, en bottes vertes et dorées, une bonne jeune Vierge presque flamande et grasse, vingt autres personnages du Pérugin, sont exempts du régime ascétique ; mais les jambes grêles et l'œil inerte annoncent qu'ils vivent encore dans le bois dormant. Moment singulier, le même chez le Pérugin et chez Van Eyck les corps appartiennent à la renaissance, et les âmes au moyen âge.
Cela est encore plus visible au Cambio, sorte de bourse ou de guildhall des marchands. Pérugin fut chargé de la décorer en l'an 1500, et il y mit une Transfiguration, une Adoration des Bergers, les sibylles, les prophètes, Léonidas, Socrate d'autres héros et philosophes païens, un saint Jean sur l'autel, Mars et Jupiter sur la voûte. Tout à côté, on trouve une chapelle lambrissée de bois sculpté, dorée et peinte, le Père éternel au centre, diverses arabesques nues, d'élégantes femmes à croupes de lion. Peut-on mieux voir le confluent de deux âges, le mélange des idées, l'affleurement du paganisme nouveau à travers le christianisme vieillissant ? Les marchands en longue robe s'assemblaient sur les bancs de bois de cette salle étroite avant de délibérer, ils allaient s'agenouiller dans la petite chapelle voisine pour entendre une messe. Là, Gian Nicola Manni, aux deux côtés du maître-autel, a peint les fières et délicates figures de son Annonciation, une ample Hériodade, de charmantes femmes debout, gracieuses et fines, qui font sentir l'élan ou la richesse de la vitalité corporelle. Tout en suivant le bourdonnement des répons ou les gestes sacrés de l'officiant, plus d'un fidèle a laissé ses yeux remonter jusqu'au torse rose des petites chimères accroupies dans le plafond ; elles sont, à ce qu'on dit dans la ville, d'un jeune homme qui donne de belles espérances, élève favori du maître, Raphaël Sanzion d'Urbin. L'office est fini, on rentre dans la salle du conseil, et on raisonne, je suppose, sur le payement des trois cent cinquante écus d'or promis au Pérugin pour son travail ; ce n'est point trop, il y a mis sept ans, et ses concitoyens comprennent par sympathie, par ressemblance d'esprit, les deux faces de son talent, l'ancienne et la nouvelle, l'une chrétienne, l'autre demi-païenne.
Voici d'abord une Nativité (1498-1500 - NDR), sous un haut portique, avec un paysage d'arbres légers, comme il les aime. C'est un tableau aéré et recueilli, propre à faire sentir la vie contemplative. On ne peut trop louer la gravité modeste, la noblesse silencieuse de la Vierge, agenouillée devant son enfant. Trois grands anges sérieux sur un nuage chantent d'après un cahier de musique, et cette naïveté reporte l'esprit jusqu'au temps des mystères ; mais on n'a qu'à tourner les yeux pour voir des figures d'un caractère tout autre. Le maître est allé à Florence, et les statues antiques, leurs nudités, les grands gestes et les fières cambrures des figurines nouvelles lui ont dévoilé un autre monde qu'il reproduit avec mesure, mais qui l'attire hors de son premier chemin. Six prophètes, cinq sibylles, cinq guerriers et autant de philosophes païens sont debout, et chacun d'eux, comme une statue antique, est un chef-d'œuvre de force et de noblesse corporelle. Ce n'est pas qu'il imite le costume ou les types grecs : les casques compliqués, les coiffures fantastiques, les réminiscences de la chevalerie, viennent bizarrement se mêler aux tuniques et aux nudités mais le sentiment est antique. Ce sont là des hommes forts et contents de la vie, et non des âmes pieuses qui pensent au paradis. Toutes les sibylles sont florissantes de beauté et de jeunesse. La première s'avance, et son geste, sa taille, ont une grandeur et une fierté royales. Aussi noble et aussi grand est le prophète-roi qui fait face. Le sérieux, l'élévation de toutes ces figures sont incomparables ; à cette aube de la pensée, le visage, encore intact, garde, comme celui des statues grecques, la simplicité et l'immobilité de l'expression primitive. L'ondulation de la physionomie n'efface pas le type, l'homme n'est pas dispersé en petites pensées nuancées et fugitives, et le caractère fait saillie par l'unité et par le repos.
Sur un pilastre à gauche est une figure boulotte, assez vulgaire, avec de longs cheveux sous une calotte rouge; on dirait un abbé de mauvaise humeur il a l'air grognon et même sournois ; c'est le Pérugin peint par lui-même. Il était bien changé à ce moment. Ceux qui ont vu son autre portrait, fait aussi par lui-même quelques années auparavant à Florence, ont peine à le reconnaître. Il y a dans sa vie comme dans ses œuvres deux sentiments contraires et deux époques distinctes. Nul esprit n'a mieux témoigné, par ses contradictions et par ses harmonies, de la grande transformation qui s'accomplit autour de lui. Il est d'abord religieux, on n'en peut douter quand on le voit si longtemps, et jusqu'au cœur de la Florence païenne, répéter et purifier des figures si religieuses, peindre gratuitement ou pour obtenir des prières, l'oratoire d'une confrérie située vis-à-vis de sa maison, peindre et garder chez lui quatorze bannières pour les prêter aux processions, vivre et se développer dans les couvents de la pieuse Ombrie (Rio, Histoire de l'Art chrétien, t. II, p. 218). Il est inventeur dans la peinture sacrée, et un homme n'invente que d'après son propre cœur. Ce n'est pas non plus pousser trop loin les conjectures que de le représenter à Florence comme un admirateur de Savonarole. Savonarole est prieur du couvent qu'il décore; Savonarole fait brûler les peintures païennes et emporte tout d'un coup Florence jusqu'au bout de l'enthousiasme ascétique et chrétien. Les premières paroles d'un sermon de Savonarole sont sur un papier dans la main du portrait que Pérugin fait alors de lui-même, et il achète un terrain pour se bâtir une maison dans la cité du réformateur. Tout d'un coup la scène change : Savonarole est brûlé vif, et il semble à ses disciples que la Providence, la justice et la puissance divine se soient englouties dans son tombeau. Plusieurs d'entre eux ont gardé jusqu'au bout dans leurs souvenirs, toute corporelle et toute colorée, l'image du martyr trahi, torturé et insulté sur son bûcher par ceux dont il faisait le salut. Est-ce cette grande secousse, jointe aux enseignements épicuriens de Florence, qui a renversé les croyances du Pérugin ? Toujours est-il qu'au retour il n'est plus le même. Sa figure, ironiquement défiante, porte les marques de la concentration et de l'affaissement. Ses œuvres religieuses sont moins pures ; il finit par les expédier à la douzaine, en fabricant ; on va bientôt l'accuser de ne plus se soucier que de l'argent (Vasari). Il entame dans le Cambio des sujets païens et prend, pour les traiter, le style des orfèvres et des anatomistes de Florence. Il peint ailleurs des nudités allégoriques (Musée du Louvre), l'Amour et la Chasteté, maigrement et froidement, en libertin tardif qui se dédommage mal des sévérités de sa jeunesse. Il semble être devenu un simple athée, aigri et endurci, comme tous ceux qui nient haineusement et railleusement, à force de déceptions et de chagrin. « Il ne put jamais, dit Vasari, se forcer à croire à l'immortalité de l'âme. Sa cervelle de fer ne put être amenée aux bonnes pratiques ; il mettait toute son espérance dans les biens de la fortune. » Et un annotateur contemporain ajoute « Étant sur le point de mourir, on lui dit qu'il était nécessaire de se confesser. Il répondit « Je veux voir comment sera là-bas une âme qui ne se sera pas « confessée. » Et toujours il refusa de faire autrement. » Une telle fin après une telle vie ne montre-t-elle pas comment l'âge de saint François devient l'âge d'Alexandre VI ?
D'autres ont été plus heureux, Raphaël par exemple. C'est ici, dans cet atelier, devant ces paysages, qu'il s'est formé, et bien des fois ici j'ai pensé à son pur et heureux génie, à ses paysages bien ouverts, à la netteté un peu sèche, à la simplicité exquise de ses premières œuvres. Ce ciel est d'une pureté parfaite ; l'air léger, transparent, laisse apercevoir à une lieue de là les formes fines des arbres. A cent pas de San Pietro, une esplanade plantée de chênes-verts avance comme un promontoire ; au-dessous s'étale la campagne, vaste jardin parsemé d'arbres, où les feuillages des oliviers font des raies pâles sur la verdure des moissons nouvelles. La magnifique coupole bleue resplendit, peuplée par ce soleil, et les rayons jouent à plaisir dans ce grand cirque, qu'ils parcourent sans obstacle. Vers l'occident, les chaînes dorées s'étagent les unes au-dessus des autres, plus claires à mesure qu'elles s'approchent de l'horizon, et les dernières sont aussi riantes qu'un voile de soie. Cependant les croupes se rejoignent, mêlent leurs noirceurs et leurs clartés, jusqu'à ce qu'enfin, s'abaissant et s'allongeant, elles diminuent et s'effacent une à une dans la plaine. Lumière, relief, ordonnances ; les yeux s'étonnent et jouissent d'un si large espace, d'un si bel arrangement, d'une si parfaite netteté des formes ; mais l'air froid qui vient des montagnes empêche le corps de s'oublier dans un bien-être trop voluptueux on sent que le roc infécond et l'hiver sont à la porte. Là-bas, une longue arête tranchée et cassée tourne en coupant le ciel, et le ciel pâlit avec des tons d'acier au-dessus des neiges qui semblent des plaques de marbre.
VI - Orvieto
La ville est construite sur une impressionnante plateforme de tuf, isolée dans la vallée de la rivière Paglia et visible de tous côtés. les hommes s’y sont installés dès leur apparition dans la région, et ils en ont fait peu à peu un ville exceptionnelle, où l’architecture et l’occupation humaine ont su s’harmoniser remarquablement. Malheureusement ce développement urbain a compromis l’équilibre naturel du rocher : on a creusé le tuf pour en tirer des pierres de construction, créant des vides inquiétants sous les édifices, l’aqueduc ancien qui apportait l’eau à la ville arrivait dans un tunnel souterrain haut de 5 mètres et long de 200 mètres, on compte plus de 100 cavernes ou caves creusées par les hommes, le Puits de saint Patrice a 62 mètres de profondeur, etc. Les éboulements sont donc fréquents même à proximité du Dôme. Dès le début des années 1970, les archéologues, les architectes, les historiens et les habitants ont lancé des appels à un contrôle plus strict de toute la ville (Cf. par exemple l’Osservatore Romano du 14 octobre 1972, qui alerte sur l’état des bas-reliefs de la façade, dû aux agents atmosphériques, pluie, gel, et à la pollution humaine). Les restaurations ont alors commencé, mais l’argent manque souvent. Fin 1993, la presse annonçait la fin du nettoyage et de la restauration de la façade du Dôme, longtemps abandonnée à elle-même et dont les mosaïques tombaient parfois. L’équilibre de cette ville merveilleuse est encore en danger (Cf. par exemple la Repubblica du 06 décembre 1993)
Histoire de la ville
Les premières installations humaines identifiées sont de l’époque villanovienne, vers le IXe ou VIIIe siècle av.J.C. Puis les Étrusques s’y installent, donnant à la ville le nom de Velzna, changé par les Romans en Volsinii. C’était une ville centrale de l’Étrurie, entre la mer Tyrrhénienne et la vallée du Pô, et elle devint sans doute le lieu sacré le plus important des Étrusques, Fanum Voltumnae ; les restes retrouvés dans les nécropoles d’Orvieto témoignent de sa richesse, de son développement démographique et de l’inégalité des hommes dans le régime oligarchique des Étrusques. On parvient à avoir une idée assez claire de la structure de la ville vers le VIe siècle av.J.C. grâce aux murailles étrusques et à la disposition des nécropoles, dont les inscriptions révèlent, entre autres, la multiplication des ethnies présentes, souvent italiques mais parfois même grecques et celtiques, et l’abondance d’étrangers.
Il semble aussi que la lutte entre les classes sociales était devenue très violente, ce qui poussa les nobles étrusques à faire appel à l’aide de Rome, qui envoya ses armées, conquit et détruisit la ville en 264 av.J.C., en déportant ses habitants sur les bords du lac de Bolsena où se forma la ville de Volsinii Novi, en emportant à Rome plus de 2000 statues étrusques volées dans les temples, et en honorant dans l’Urbs le dieu Vertumnus, la principale divinité étrusque, dieu des jardins et des bergers dont le nom signifiait « tourner, changer » (le changement de saison), époux de la nymphe Pomone. Au contraire, les invasions dites « barbares » qui détruisirent Bolsena et la ville nouvelle poussèrent les habitants à retourner sur l’ancienne roche pour leur échapper, installant la forteresse médiévale d’Ourbibentos, qui deviendra peu à peu une ville du nom d’Urbs Vetus, qui deviendra Urbiveto jusqu’au XIVe siècle puis Orvieto. La forteresse fut construite pour contrôler ce qui était alors le seul point d’accès à la ville dans son point le plus élevé. Puis la ville s’étendit, construisant sa basilique paléochrétienne, sa place publique et ouvrant 4 portes entre le XIe et le XIIe siècle ; elle devient une Commune libre dotée d’un vaste « contado » (les terres agricoles qui l’entouraient) divisé en 34 « pivieri » (il piviere = la pieve = paroisse) et châteaux en 1292, formant un ensemble d’environ 20.000 habitants.Surtout à partir du XIVe siècle, la ville prend son nouvel aspect, on restaure le Palais Communal, siège du pouvoir politique, on installe la fontaine de la Grande Place, on édifie le Dôme et à côté le Palais Pontifical, et dans un autre pôle de la ville le Palais du Peuple. Le Palais des Sept (les 7 magistrats des Corporations qui dirigeaient la ville à partir de 1292), au centre de la ville vient compléter son aspect fonctionnel et symbolique de la hiérarchie urbaine. La ville est alors organisée en 4 quartiers, San Giovanni e San Giovenale, Serancia, Santa Pace et Postierla.
La peste de 1348 accentue la crise politique qui affecte toute l’Italie, et on passe bientôt de l’organisation communale à la domination des Seigneurs et de la puissance pontificale. À partir de là, l’urbanisme reste bloqué jusqu’au XIXe siècle, la seule intervention fut la reconstruction de la forteresse par le cardinal Albornoz en 1364, pour mieux dominer la ville, et la modernisation des édifices médiévaux au XVIe siècle, pour rendre la ville plus décorative, et au début du XIXe siècle avec les interventions des architectes romains Giuseppe Valadier (1762-1839) Virginio Vespignani (1808-1882). En 1888 on réalise l’accès à la ville depuis la gare et le parking de la vallée par un funiculaire à eau, remplacé au XXe siècle par un funiculaire électrique et par des ascenseurs. la ville se développe alors à l’extérieur de la roche primitive. La facilité d’accès piétonnier ainsi créée va favoriser l’augmentation du tourisme et la possibilité d’apprécier les richesses architecturales, en même temps qu’un artisanat qui a su se maintenir, travail du bois, du fer forgé, des dentelles, et surtout de la grande céramique héritée des étrusques et de la période préromaine. Orvieto est aussi un des centres ombriens du Festival International de Jazz.
Visite de la ville
En montant par la route nationale du nord de la roche, on peu s’arrêter à la Nécropole étrusque de Crocifisso del Tufo (n° 1 sur le plan ci-contre. Le nom vient d’un crucifix du XVIe siècle sculpté dans le tuf trouvé sur les lieux dans une petite chapelle), qu’on date entre le VIe et le IIIe siècles av.J.C., petites chambres funéraires qui portent sur l’architrave le nom et le sexe du défunt ; le résultat des premières fouilles de 1830 fut dispersé dans plusieurs musées européens de Paris, Londres et autres ; seules les fouilles effectuées à partir de 1880 sont restées au Musée Archéologique National d’Orvieto.
Elles ont montré que le cimetière était organisé comme une structure urbaine : les tombes sont alignées le long de petites rues droites selon un plan orthogonal (où les rues se croisent à angle droit) et elles ont livré de nombreux objets de la vie quotidienne étrusque. C’est une véritable « ville des morts » qui permet de se faire une idée de ce qu’était la ville des vivants.
Les Étrusques croyaient à une vie après la mort où le défunt restait en contact avec son corps terrien et ils déposaient à côté du cadavre son trousseau funèbre, ce qui lui serait utile pour vivre dans l’au-delà selon son statut social : on trouve donc, déposés sur les bancs de pierre où se trouvaient les cadavres ou leurs cendres, ou au pied du banc ou accrochés au mur (on a trouvé des clous en fer dans les murs), des céramiques, des vases (les « buccheri » de terre cuite noire), des bronzes, des miroirs, des lances. La tombe était fermée par une plaque de tuf.
À partir de cette nécropole, on peut visiter le PAAO, Parco Archeologico e Ambientale dell’Orvietano. D’autres nécropoles au sud de la ville sont celles de Cannicella.
On passe ensuite devant les restes du Temple étrusque dit du Belvedere (n° 2 du plan - Ci-contre à droite), dont on ignore quelle divinité il honorait. Il a été découvert par hasard en 1828 lors de la construction de la nouvelle Via Cassia. On le date du début du Ve siècle av.J.C. Des restes de bas-reliefs datés de 380-370 av.J.C. semblent représenter un épisode de la Guerre de Troie, la désignation du héros grec qui allait combattre Hector, peut-être symbole de l’assimilation étrusque à Rome. Pour les spécialistes, sa forme rappelle la description que faisait des temples anciens Vitruve, un architecte de l’empereur Auguste, dans son De Architectura (vers 15 av.J.C.)
On arrive aussitôt après au puits de San Patrizio (n° 3) ou puits de la Rocca, qui prit le nom de Patrizio au XVIIIe siècle en référence au « Purgatoire de saint Patrice », la cavité souterraine sans fond où le saint irlandais se retirait pour prier : ce fut la volonté des frères du couvent des Servi qui connaissaient la légende de Patrice. Il a été construit par Antonio da Sangallo le Jeune en 1527 à la demande du pape Clément VII qui se réfugia en 1527-1528 à Orvieto à l’époque du sac de Rome par les armées de Charles Quint, pour accéder à l’eau en cas de siège de la ville ; sur l’autre versant de la roche on retrouva au même moment le Puits étrusque della Cava, avec le même objectif. Il est achevé en 1537 sous le pape Paul III Farnese. C’est une œuvre gigantesque de 62 mètres de profondeur et 13 mètres de diamètre, cylindrique et dotée de deux rampes d’escalier en colimaçon de 248 marches qui se croisent sans se rencontrer, avec 72 fenêtres cintrées donnant sur le puits : c’était une imitation de l’escalier du Belvédère du Vatican ; ces escaliers étaient assez doux pour permettre aux ânes et aux mulets de descendre chercher l’eau au fond du puits, où un petit pont passait d’une rampe à l’autre. La légende voulait que si on parvenait à atteindre le fond de la grotte sans fond de saint Patrice, on gagnait le Paradis ! Le puits est alimenté par une source souterraine.
Près du puits, entrez dans la Rocca di Albornoz (n° 4) qui abrite aujourd’hui les jardins publics de la ville, d’où on a un beau panorama de la vallée d’Orvieto. La forteresse a été construite avec l’aide de l’architecte militaire, le comte Ugolino di Montemarte, à l’initiative du cardinal Egidio Albornoz en 1364 pour le pape Innocent VI, adossée à la double Porte Soliana, elle est détruite en 1390 et reconstruite entre 1450 et 1457 par le pape Nicolas V, avec l’adjonction du donjon encore existant aujourd’hui. Elle fut à nouveau détruite en 1831, les fossés furent comblés en 1888 pour la construction du premier funiculaire. Il ne reste maintenant de la forteresse que le donjon et à l’intérieur du jardin l’amphithéâtre où on donne des spectacles l’été.
De là on peut accéder à un itinéraire d’environ 5 km qui permet de faire à pied le tour du massif rocheux, intégré dans le PAAO, l’Anello della Rupe : après avoir franchi la porte on descend à gauche (ne jamais prendre les sentiers qui montent) jusqu’à une grille sur la gauche, à partir de laquelle il faut maintenant monter en pleine campagne ou dans des bois de châtaigniers, on passe devant la Fontaine de San Zeno reliée au puits de San Patrizio, puis on arrive devant la grotte della Fungaia, on aperçoit alors les tombes étrusques, dans l’ocre du tuf, puis l’église où se trouve le crucifix taillé dans le tuf, et continuant le tour du massif, on découvre l’église delle Madonna del Trono (On y trouve des toilettes). On arrive a Porta Maggiore, on est à l’intérieur de l’ancien Foro Boario (où se tenait la foire aux bestiaux), et on achève le tour en suivant les pancartes du PAAO. C’est un très beau panorama tout au long d’une agréable promenade (consulter auparavant sur Internet la Mappa dell’Anello).
Partant de la station supérieure du funiculaire (1888), on prend la via Postierla et on entre dans le quartier médiéval (ancien « rione » San Martino), trouvant d’abord l’ancienne église San Paolo, commencée en 1221 par les Bénédictins, quand les ordres monastiques commencent à s’installer sur le massif, puis passée aux Dominicaines et restructurée aux XVIe et XVII e siècle. On arrive à Piazza Marconi, sur laquelle on voit (n°5) le Palais de Tiberio Crispo Marsciano (1497-1566), neveu de Paul III Farnese, érigé entre 1551 et 1556 sur un dessin d’Antonio da Sangallo le Jeune et Simone Mosca (1492-1553), aujourd’hui siège de la Guardia di Finanza. À côté, l’église de San Bernardino (n° 6), de 1666, puis le Palais Buzi (n° 7), édifié en 1580 en style maniériste, orné de belles fenêtres trilobées d’Ippolito Scalza (1588).
Avec le palais Buzi, on est déjà sur la grande Piazza Duomo. Mais auparavant on peut descendre un peu jusqu’aux Jardins des Grottes (n° 8), où se trouve l’entrée de la visite guidée d’Orvieto souterraine, qui permet une très intéressante descente dans quelques-unes des 1200 cavités creusées par l’homme pour des activités artisanales nombreuses (moulins, puits, pressoirs, caves de température basse et constante très utiles jusqu’à l’invention des frigos, mais aussi décharges …). C’est une traversée étonnante de l’histoire d’Orvieto depuis les Étrusques (Cf. Ci-contre à droite).
On peut se rendre alors sur la Place du Dôme, centre religieux de la ville, restructuré à partir du XVIe siècle par les architectes pontificaux, dont Raffaello da Montelupo (1505-1566). L’espace de la place fut d’abord occupé par l’immense chantier de l’Oeuvre du Dôme (Opera del Duomo), où travaillaient tous ceux qui réalisaient la cathédrale d’Orvieto, une des plus grandes d’Italie. En 1347, pour exercer un contrôle plus strict du travail des ouvriers, la Papauté et la Commune firent construire par le Maître horloger Francesco un mécanisme d’horloge très moderne, le premier de ce type en Europe, qui réglait le temps de façon nouvelle, l’horloge est complétée en 1348 par un automate en bronze de 165 cm de haut, représentant un officier de l’œuvre, un « Dottiere », qui sonnait les heures en frappant les cloches, pour faire respecter les horaires de travail (Cf ci-dessus à droite). L’ensemble constitue la Torre del Maurizio (n° 15), ainsi appelée suite à la transformation du nom originel « ariologium de muricçio » (= orologio del cantiere, horloge du chantier) et la statue s’appela alors Maurizio. Les palais Pontificaux sont au nombre de quatre, résultat d’une longue opération due aux fréquents séjours de la cour pontificale à Orvieto à partir du XIIIe siècle, lorsqu’elle veut échapper aux troubles romains (n° 9 et n° 10). Ils se partagent les œuvres du Musée de l’Opera del Duomo :
* D’abord le Palais d’Urbain IV Pantaléon (1185-1261-1264), construit de 1262 à 1264, derrière l’abside de la Cathédrale, avec sa façade murale allégée par des fenêtres géminées, inspirées par l’architecture gothique de l’église Saint-Urbain de Troyes, dont le pape était originaire
* le Palais de Grégoire X Visconti (1210-1271-1276), édifié de 1272 à 1273, adossé à la paroi orientale du précédent, dont la façade est enrichie de fenêtres trilobées
* le Palais de Martin IV (1210-1281-1285), entre 1281 et 1284, où est installé le Musée Archéologique national, avec les trousseaux et les peintures retrouvées dans les tombes étrusques d’Orvieto.
* Enfin le Palais de Boniface VIII Caetani (1235-1294-1303) ou Palais Soliano ou Palazzo Papale (n° 9), construction commencée en 1297, suspendue en 1307, reprise en 1339 et achevée en 1556, en fonction de l’évolution des travaux de l’Opera del Duomo. Il est le siège du Musée de l’œuvre du Dôme, réaménagé à partir de 2003, et du Musée Emilio Greco au rez-de-chaussée. Le sculpteur sicilien Emilio Greco (1913-1995) était très attaché à Orvieto dont il sculpte les portails de la cathédrale entre 1962 et 1964, et à laquelle il laisse de nombreuses œuvres (Cf. ci-contre). Ses portes avaient suscité de nombreuses discussions et le Consiglio Superiore d’Antichità e Belle Arti s’était opposé à leur installation.
Sur l’autre côté de la place, presque face au palais Soliano, vous pouvez aussi visiter le Palais de l’Opera del Duomo (n° 13) érigé en 1359 pour centraliser l’administration de la construction du Dôme, restructuré en 1623, avec une façade adaptée en 1857 par Virginio Vespignani. À côté (n° 14) se trouve le Palais Faina construit par le Comte Claudio Faina de 1846 à 1866 en réutilisant l’ancienne maison des Monaldeschi (une des grandes familles d’Orvieto) restructurée entre les XVIe et XVIIe siècles (ci-contre à gauche) ; il contient les collections recueillies par le Comte Mauro Faina et par son fils Eugenio qui était Inspecteur des Monument et des Fouilles d’Orvieto, données à la ville en 1954. La collection commence par une série de vases donnés par Marie Bonaparte, elle s’enrichit des fouilles du Temple étrusque du Belvedere, des tombes de Crocifisso del Tufo, c’est une des plus grandes collections grecques et étrusques d’Italie pour cette époque. Une quelques pièces rares est la Vénus de Cannicella (Cf. ci-dessus à droite), statue grecque en bronze du VIe siècle av.J.C. retrouvée dans la nécropole d’Orvieto. Les restes préhistoriques, les vases et les monnaies représentent aussi un ensemble exceptionnel.
C’est un des monuments d’Italie les plus grandioses, par son architecture et par sa décoration. Posée sur un parterre de sept marches blanches et rouges, elle est commencée sur ordre du pape Nicolas IV (1227-1288-1292) en 1290, sur l’emplacement de l’ancienne cathédrale, par les architectes Fra’ Bevignate (1250-1305), Ramo di Paganello (1281-1320), puis Lorenzo Maitani (1255-1330) à partir de 1308, inspiré par le modèle de la cathédrale de Sienne, suivi par son fils, Vitale Maitani (qui travaille entre 1325 et 1330), et par beaucoup d’autres dont Andrea Pisano (1290-1348) et Nino Pisano (1315-1370), Andrea Orcagna (1308-1358), auteur de la rosace (1359), pour finir par Ippolito Scalza (1567-1617). La légende (sans fondement historique) rapporte que la construction aurait été liée à la célébration du Corpus Domini, qui suivit ledit « Miracle de Bolsena ».
On imagine mal le temps qu’il a fallu pour construire ce monument exceptionnel : les premières tranchées des fondations sont creusées en octobre 1290, et les portes actuelles sont de 1963-1970. Les discussions n’en finissaient pas entre la Commune et le Clergé, entre les évêques et les chanoines, entre les artistes partisans du style roman et ceux qui étaient partisans du style gothique ; les difficultés techniques étaient énormes ainsi que le choix des matériaux, depuis le tuf local jusqu’au travertin de Porano, au basalte de Bagnorea, aux marbres récupérés des monuments romains de l’époque impériale et à mesure que le temps passait, les modes changeaient. Toute la ville se transforme en un énorme chantier géré par l’Opera del Duomo, et c’est tout un peuple d’artisans, de maçons, de marbriers qui est le véritable constructeur du Dôme.
La façade est admirable par l’équilibre de ses lignes horizontales, verticales et obliques, la richesse de ses couleurs, et le contenu de son programme iconographique : un gigantesque triptyque ogival, soutenu par quatre piliers reposant sur un socle sculpté de bas-reliefs et couronnés de flèches ; l’entrée se fait par trois portails, celui du milieu de plein cintre, les deux latéraux ogivaux ; au-dessus se trouvent trois flèches qui atteignent ou dépassent une petite loggia horizontale qui sépare les deux parties de la façade, et qui est surmontée d’une rosace entourée de trois flèches qui reprennent la forme des flèches des portails.
Regardons de près les bas-reliefs (Voir plan de gauche, de bas en haut et de gauche à droite. Les scènes sont entourées de lierre, acanthe et vigne) :
1) scènes de la Genèse : Création des poissons, des oiseaux, des plantes, des mammifères et de l’homme // Dieu donne la vie à Adam et extrait Ève de sa côte // Dieu conduit le couple dans l’Eden, péché originel, condamnation divine // Expulsion de l’Eden, Adam pioche et Ève file // Offrandes de Caïn et Abel, Caïn tue Abel // Noémi apprend à lire à un enfant, Jubal invente les sons, un fils d’Adam dessine avec un compas (Cf. ci-contre à droite).
2) Prophéties messianiques : Adam, David, Salomon, Roboam, etc.
3) Histoires évangéliques : Annonciation, Visitation // Nativité et Épiphanie // Présentation au Temple et Fuite en Égypte // Massacre des Innocents et Discussion dans le Temple // Baptême et Miracle de Jésus // Entrée à Jésusalem et Baiser de Judas // Flagellation et Crucifixion // Marie au Sépulcre et Noli me Tangere.
4) Jugement Universel : Christ Juge entre anges, prophètes, apôtres, Marie, Jean-Baptiste, Instruments de la Passion, Les Anges appellent les morts au Jugement // Élus conduits à la Béatitude céleste // Séparation des Élus et des Damnés // Résurrection des morts et Descente aux Enfers (Cf. ci-contre à gauche).
5) Dans le portail central, une Vierge en majesté de 1325 est peut-être encore en restauration.
6)-9) Symboles des Évangélistes de Lorenzo Maitani (1329-1330) : Cf. ci-contre à droite le Lion de saint Marc.
10) Statue de saint Michel de Matteo di Ugolino (1356).
11) Agnus Dei d’Andrea di Cecco da Siena (?).
12) Statue de saint Michel Archange.
13) Rosace (Ci-contre à gauche) : un double cercle de petites colonnes avec au centre Tête du Rédempteur. Sur les côtés, dans les angles, les 4 Docteurs de l’Église, Augustin, Grégoire le Grand, Jérôme et Ambroise, mosaïques très restaurées entourées de 58 têtes en relief du XIVe siècle ; sur les côtés, douze prophètes, et au-dessus douze apôtres en travertin de 1556.
Mosaïques du XIVe siècle plusieurs fois restaurées :
- 14) Mariage de Marie,
- 15) Couronnement de la Vierge,
- 16) Présentation de Marie,
- 17) et 18) Archange Gabriel et Annonciation,
- 19) Baptême de Jésus,
- 20) à 22) Assomption avec les Apôtres,
- 23) et 24) Joachim et Anne,
- 25) Naissance de la Vierge.
Les fidèles qui ne savaient pas lire et qui contemplaient la façade avaient malgré tout une vision globale de la Bible et de l’Histoire de l’Église qu’ils complétaient en voyant les fresques et sculptures de l’intérieur.
L’intérieur, de type basilical, a trois nefs dont la médiane est deux fois plus large que les latérales. Elles sont séparées par deux rangées de piliers supportant des arcs à plein cintre de deux couleurs ; la lumière entre par de grandes fenêtres d’albâtre. Le pavement de calcaire rouge s’élève de la façade à l’abside et les chapiteaux s’abaissent, ce qui donne l’illusion d’une grandeur supérieure à la grandeur réelle de 88, 33 mètres. Les travées du toit sont découvertes et peintes. Visitez cette église avec le maximum de soin (selon les numéros du plan ci-joint), elle représente une rare synthèse de la pensée chrétienne alors dominante, comme la Fontaine de Perugia représente la vision du monde de la bourgeoisie communale.
1) Bénitier d’Antonio Federighi (1485).
2) Fonts Baptismaux gothiques de marbre blanc, avec une vasque rouge, soutenue par huit lions (1390-1403).
3) Bénitier de Camillo Cardinali (XIXe siècle).
4) Première chapelle (comme toutes, semi-circulaire) : fresques du XVe siècle (S. Sébastien et Vierge à l’enfant).
5) Deuxième chapelle : fresques du XIVe siècle (S. Antoine Abbé et S. Roch).
6) Troisième chapelle : fresques de Piero di Puccio (XIVe siècle) (Crucifixion, S. Jean-Baptiste, S. Jacques de Compostelle).
7) Quatrième chapelle : Vierge à l’enfant, sainte (Cola Petruccioli, connu de 1373 à 1401).
8) Chapelle de saint Brice : Cycle de fresques très important de Beato Angelico (1447-1449) et Luca Signorelli (1499-1504). La construction de la chapelle actuelle commence en 1396, à partir du Testament et de la donation d’un Orviétan, et par adaptation de l’ancienne chapelle de Lorenzo Maitani.
A) Fresques de l’Angelico, avec plusieurs assistants dont Benozzo Gozzoli : les dirigeants de l’Opera del Duomo décidèrent du programme avec l’artiste, le Jugement Universel, avec un Christ Juge et un Chœur de Prophètes, sur les deux premières calottes de la voûte. Après quoi les travaux s’arrêtent pendant 50 ans. Angelico travaille encore dans une perspective médiévale, les images doivent être faites pour être vues par Dieu plus que par les hommes.
B) Fresques de Signorelli : après de longues discussions avec Perugino qui s’était révélé trop cher, c’est Signorelli qui fut chargé d’achever les travaux. Il respecte dans la voûte la perspective de l’Angelico, mais sur les parois, il travaille selon une autre perspective, c’est le spectateur qui va regarder l’œuvre qui sera d’un grand réalisme ; Signorelli donne l’illusion que les scènes sont reculées dans l’espace qui devient aussi large que haut, et il insère entre la base et la fresque une série de portraits, dans de fausses fenêtres creusées dans une sorte de cuir, portraits de personnages illustres, poètes, écrivains qui s’inspirent de ceux qu’évoque Dante Alighieri dans le Purgatoire de sa Divine Comédie. Ce n’est pas par hasard que Signorelli, en accord avec les théologiens de la cathédrale et avec les suggestions anciennes de Thomas d’Aquin, choisit le thème du Jugement dernier, de la fin du monde, de la mort suivie du Paradis ou de l’Enfer : la période de composition (1500-1504) est une des plus troublées de l’histoire d’Italie, Florence sort de la prédication et du supplice de Savonarole en mai 1498, après la période de paix qui caractérisa la seconde moitié du XVe siècle et la domination de Laurent de Médicis, la Renaissance débouche dans les guerres d’Italie, la corruption et la violence l’emportent avec l’arrivée au pontificat d’Alexandre VI Borgia en 1492, en même temps que meurt Laurent. Dans cette période de violence et de dissolution des mœurs, les fresques rappellent la puissance du Jugement universel et le caractère terrible de la fin du monde. L’évocation est d’autant plus forte que le peintre représente souvent le portrait réaliste d’êtres réels de l’époque, dont celui de Fra Angelico et de lui-même vêtus de noir sur le bord gauche de la scène du sermon de l’Antéchrist.
L’arc d’entrée est surmonté d’une grande rosace gothique et orné sur les côtés de deux statues d’Adam et d’Ève, de Fabiano Toti (connu de 1584 à 1607). la grille de fer forgé qui ferme la chapelle est de 1506.
Les fresques de la voûte forment l’ensemble suivant (cf. plan de gauche et voir ci-dessus les calottes 1 à 5) :
- 1) Le Christ Juge avec des anges ;
- 2) Les Prophètes ;
- 3) Les Apôtres ;
- 4) Les signes préannonciateurs du Jugement dernier ;
- 5) Les Martyrs ;
- 6) Les Patriarches ;
- 7) Les Docteurs de l’Église ;
- 8) Les Vierges.
La Partie supérieure des parois :
- 9) La Sibylle Érythrée feuillette son livre de prophéties à côté du prophète David qui en confirme la véridicité, devant un temple qui s’écroule suite à un tremblement de terre, un raz-de-marée fait couler les navires, et c’est la guerre et la fin du monde ; à gauche, la Chute des anges rebelles d’où émane une pluie de feu. (Ci-contre scènes de guerre).
- 10) (Cf. ci-dessus) Les faits de l’Antéchrist, qui prêche debout sur un piédestal, avec les traits du Christ et un aspect démoniaque, il serait le portrait de Savonarole, peu aimé par Orvieto, ville pontificale ; le diable est à côté de lui et lui souffle à l’oreille ; autour deux groupes de personnages, de l’Antiquité (Alexandre) à l’époque contemporaine (Dante, César Borgia, à l’extrémité gauche avec sa barbe blonde et son chapeau rouge, des personnages politiques de la région, et même un pape, Enea Silvio Piccolomini) : le mal est le fait de tous les hommes. Au fond, image immense du Temple de Salomon à Jérusalem, donc l’Église elle-même, édifice de la Renaissance en croix grecque avec une double coupole. Entre l’Antéchrist et le Temple, des groupes de Frères dominicains et franciscains discutent et comptent sur leurs doigts la durée du règne de l’Antéchrist (1290 jours selon Daniel). À droite aux pieds du Temple il ordonne la décapitation d’Énoch et Élias, tandis qu’à gauche il ressuscitait un jeune homme. En haut, la chute de l’Antéchrist chassé par l’Archange Michel qui lance des flèches de feu sur les disciples de l’Antéchrist. À gauche en noir, portraits probables de Signorelli et de Fra Angelico.
- 11) Résurrection de la Chair, les morts sortent ici de la terre elle-même à l’appel des trompettes de deux anges ailés. La plupart sont déjà reconstitués, mais quelques-uns sont encore en train de sortir d’un terrain lisse presque de glace, devant non pas un paysage mais un espace blanc comme un brouillard ou comme une poussière du temps. Certains sont encore à l’état de squelette ou revêtus de peau mais pas encore de muscles, ceux qui ont atteint la résurrection complète, homme et femmes, sont nus, jeunes et vigoureux comme des êtres de 20 ou 30 ans. Vision exceptionnelle de la Résurrection, inspirée d’un texte de l'Ecclésiaste. et de l’Évangile de Matthieu, 24, 5-10 et 13, 22-23.
- 12) L’Enfer, la première scène de Signorelli dans la chapelle, sous la surveillance des archanges armés, un grouillement de corps nus d’hommes, de femmes et de diables qui s’entremêlent. Un démon volant porte une femme sur son dos et cligne de l’œil en la regardant, un autre mort l’oreille d’un homme ; devant eux, un démon bleu avec une seule corne enlève contre son gré une femme bien en chair : ce serait un autoportrait de Signorelli qui se vengerait ainsi d’une femme infidèle, dont toutes ces femmes blondes seraient aussi le portrait. En-haut, on voit la chute des anges rebelles. C’est une scène d’un érotisme étonnant et du plus grand réalisme de toutes celles de Signorelli dans ces fresques.
- 13) Le Paradis, où les Élus sont debout, regardant vers le haut un chœur de 9 anges musiciens, tandis que deux autres anges jettent sur eux des roses et des camélias (presque totalement effacés). Ceux qui sont face à nous ont simplement le sexe caché par un bout de tissu, mais les deux qui nous tournent le dos montrent deux magnifiques paires de fesses nues. Le second personnage en partant de la gauche est la même femme blonde que celles de l’Enfer, et on l’avait déjà vue aussi presque aux pieds de l’Antéchrist, la prostituée, deuxième sur sa droite. Le concert d’anges qui représente l’harmonie céleste est très classique, et l’ensemble reste assez froid.
- 14) Vestibule de l’Enfer, d’un côté de la fenêtre représentation conforme à celle de Dante dans son Enfer (Chant III), avec Minos qui annonce sa damnation à un homme tenu par les cheveux par un diable, et Caron qui se prépare à emmener les défunts dans sa barque. Un groupe d’« ignavi », les lâches, les indifférents, ceux qui ne prennent pas parti, court derrière un diable qui porte un étendard blanc. En haut, deux archanges surveillent la scène.
- 15) Appel des Élus, où des anges musiciens accompagnent les Élus que d’autres anges conduisent au Paradis. Dans l’ébrasement de la fenêtre, deux évêques protecteurs d’0rvieto, Constance et Brice, sous Michel Archange qui pèse les âmes, les Archanges Gabriel et Raphaël et Tobie.
La partie inférieure de la paroi représente de manière originale une série de personnages illustres, plus ou moins bien identifiés, en particulier à partir du chant IV de l’Enfer de Dante :
- 16) Salluste (86-34 av.J.C.), homme politique et historien latin,
- 17) Petite chapelle Gualterio de 1726,
- 18) Dante occupé à lire ses œuvres, entouré de médaillons représentant des scènes du Purgatoire (Cf. image ci-contre),
- 19) Stace, le poète latin (40-96) qui se convertit au christianisme,
- 20) Scènes du Purgatoire de Dante,
- 21) Scènes diverses tirées d’Ovide,
- 22) Claudien (370-404), poète latin,
- 23) Ovide (43 av.J.C -18 apr.J.C.) et des scènes de ses Métamorphoses, un des ouvrages anciens les plus lus à l’époque,
- 24) Pleurs des saints Faustino et Pietro Parenzo sur le Christ mort,
- 25) Tibulle (54-18 av.J.C.), poète élégiaque latin,
- 26) scène perdue à cause de l’installation du sépulcre de Ferdinando Nucci en 1717,
- 27) Empédocle (Ve siècle av.J.C.), philosophe, poète, ingénieur, médecin grec de Sicile, qui observe le Jugement dernier.
Revenons au plan du Dôme :
- 9) Le petit Autel de la Gloire, surmonté par la Vierge de saint Brice (que la tradition dit exécutée par saint Luc, mais qui est du XIIIe siècle), et derrière la Chapelle des mages, commencée par Pietro da Como en 1503, et terminée par Simone Mosca (1492-1553) en 1546.
- 10) En face, une chaire en bois du XVIIe siècle.
- 11) Aux pieds des degrés une statue maniériste d’Ippolito Scalza (1608) représentant un Ecce Homo.
- 12) De l’autre côté, un Christ à la Colonne de Gabriele Mercanti (1627).
- 13) Dans le chœur, derrière l’autel, grand Crucifix en bois de l’école des Maitani, et un ensemble de trois rangs de stalles marquetées par Giovanni Ammannati da Siena et d’autres maîtres siennois entre 1331 et 1340. Les parois sont décorées d’une Vie de Marie d’Ugolino di Prete Ilario (1370-1384) et dans le voûte, une Gloire de Marie.
- 14) Sacristie.
- 15) Salle capitulaire.
- 16) Chapelle de la Visitation, avec un riche autel de marbre de Simone Mosca et Raffaello da Montelupo (1547).
- 17) Groupe de la Pietà (Vierge, Christ, Madeleine et Nicodème), chef-d’œuvre d’Ippolito Scalza (1579 - Cf image ci-contre à gauche).
- 18) Chapelle di Corporal : c’est la référence au « miracle de Bolsena » de 1263 où un prêtre de Bohème qui doutait de la transsubstantiation de l’hostie dans la consécration et qui se trouvait à Bolsena en rentrant de Rome, vit tout à coup couler de l’hostie du sang qui vint tacher le corporal (le linge qui couvrait l’autel). Le pape Urbain IV (1200-1261-1264) fit aussitôt transporter le corporal à Orvieto où il se trouvait et ordonna la construction d’un autel puis d’une chapelle qui fut réalisée entre 1350 et 1355, et il instaura la fête du Corpus Domini. Des statues et des fresques racontent le miracle et le mystère de l’Eucharistie. Sur le mur droit, la Vergine dei Raccomandati (1320) de Lippo Memmi (1291-1356). Cf Image ci-contre à droite. Sur l’autre paroi, exposition du sacré linge de lin dans un reliquaire, un des grands produits de la joaillerie de Sienne d’Ugolino di Vieri (XIVe siècle) : sur la façade du Dôme gothique d’Orvieto sont représentés les 32 épisodes du miracle, sculptés en argent et émaillés. Il a été transporté dans le Musée de l’œuvre du Dôme voisin.
- 19) 4e chapelle de la nef gauche.
- 20) 3e chapelle.
- 21) 2e chapelle.
- 22) 1ère chapelle.
- 23) Fresque (1425) de Gentile da Fabriano (1370-1427), Vierge en majesté avec l’Enfant et des anges.
Cet ensemble du Dôme d’Orvieto est la plus belle et la plus complète synthèse de la vision théologique chrétienne et de la vision de l’Antiquité du Moyen-Âge et de la Renaissance. Elle a été élaborée par des théologiens et des artistes (Fra Angelico était moine) de différentes époques qui ont voulu cela pour leur ville. La contempler en détail est une excellente expérience d’histoire sociale et religieuse. Importante car les Chrétiens ne connaissent plus très bien la Bible et l’histoire de leur Église, et nous ne lisons plus beaucoup les auteurs grecs et latins, même en traduction. Si on parvient donc à lire la cathédrale d’Orvieto, on a fait un véritable pas en avant dans notre culture
Il y a encore beaucoup à voir dans cette ville, de part et d’autre du Corso Cavour qui la traverse et qui est l’ancienne via della Mercanzia ::
16) Palazzo Netti (Cf. ci-contre), il prend le nom du grand Aldobrando Netti (1869-1925), pionnier de l’énergie électrique et réalisateur d’une centrale hydro-électrique près d’Orvieto à Sugano. Le palais fut construit initialement pour le Professeur Smerrini de Florence par adaptation d’un ancien palais, à qui on doit les fresques de l’intérieur des éléments et des vertus.
17) Chiesa di San Giuseppe, (2) dite aussi Chiesa dei Falegnami, des menuisiers, via Duomo, construite entre 1665 et 1685, gérée aujourd’hui par la paroisse du Dôme. L’intérieur est octogonal à nef unique, et contient une statue de saint Joseph, le patron d’Orvieto, célébré par de grandes fêtes du 16 au 20 mars. On y donne un prix au meilleur artisan, on y célèbre la fête des pères, on y distribue les « frittelle » traditionnelles d’Orvieto, petits gâteaux de riz frit à l’huile et parsemé de sucre.
18) Chiesa di Francesco, Piazza dei Febei, fondée en 1240 (mais on dit parfois dès 1227, à la mort de François), consacrée en 1266 par Clément IV (Fin XIIe-1265-1268) après son agrandissement demandé par saint Bonaventure, complétée en 1280. C’est une des plus anciennes de la ville. Selon le modèle franciscain, elle est à nef unique et abside quadrangulaire. Surtout l’intérieur est restauré dans la première moitié du XVIe siècle, selon la volonté des grandes familles qui y font installeur leur autel sur les murs latéraux. On la restaura encore entre 1768 et 1773, en ajoutant des chapelles latérales qui communiquent entre elles. Elle fut attribuée aux Jésuites jusqu’en 1860 puis fut déconsacrée et réservée à des usages civils, aujourd’hui bibliothèque municipale. Le portail est resté celui de l’origine, ainsi que les deux petits portails latéraux et les deux rosaces, on ajouta seulement la fenêtre centrale à l’époque baroque. De la décoration intérieure du Moyen-Âge, il ne reste dans la chapelle gauche de l’église qu’une Vie de saint Matthieu de Pietro di Puccio (seconde moitié du XIVe siècle), contenant sur la fresque les paroles prononcées par l’apôtre, presque illisibles aujourd’hui.
19) Le Palais Monaldeschi della Cervara, construit pour une des plus importantes familles présentes dans la ville depuis le IXe siècle, et qui garda toujours un grand pouvoir économique et politique même sous la domination pontificale. Le palais fut commandé par Sforza della Cervara, condottiero au service de Pier Luigi Farnese, à Simone Mosca vers 1570 et achevé par Ippolito Scalza en 1574-5. C’est aujourd’hui le siège de l’Institut d’Art d’État. L’intérieur est décoré de fresques représentant des paysages et une allégorie des douze signes du zodiaque et des vingt constellations.
20) Le Palais Clementini (ou del Cornelio), sur la place Ippolito Scalza, réalisé par l’architecte homonyme entre 1567 et 1569, resté inachevé jusqu’en 1937, aujourd’hui siège du Lycée Classique d’Orvieto et d’une Bibliothèque Municipale, doté d’un beau portail.
21) Chiesa di San Giuseppe e Giacomo (degli Scalzi), restaurée et rouverte en 2017. Elle avait été commandée par le cardinal Fausto Poli, évêque d’Orvieto, entre 1653 et 1657, pour la Confrérie des Scalzi, créée en 1615, et pour la Compagnie du Saint Sacrement (Cf. ci-contre à droite).
22) Chiesa dei Santi Apostoli Filippo e Giacomo, construite en 1007 sous le pape Jean XVIII, à trois nefs, avec un transept couvert d’une coupole. Elle contient un tableau de Vincenzo Pasqualoni (1820-1885), L’immaculée Coneption avec les deux saint Philippe et Jacques.
23) Chiesa di San Lorenzo de’ Arari (Cf. ci-contre à gauche) à laquelle on descend par la via Scalza. Elle est reconstruite en 1291 sur une église précédente de 1028, par les Frères Franciscains qui émigrent en ce lieu pour échapper au bruit des prières des prêtres de saint Laurent ; elle est en style roman, avec une façade très simple dotée d’un portail du XVe siècle. Ces querelles étaient fréquentes vu l’espace restreint et l’abondance des monastères. Le clocher est décoré d’une fenêtre géminée et d’une fenêtre simple. L’intérieur est décoré de fresques du XIIe au XIV e siècleL’intérieur à trois nefs est sévère. Son nom vient de ce que, pour l’autel, on utilisa celui d’un ancien temple étrusque, d’où le « de arari ».
24) Chiesa del Buon Gesù (Ci-contre à droite) se trouve plus loin en continuant par la via Ghibellina. Annexée au couvent des Clarisses construit entre 1499 et 1520 grâce à la donation d’un Orvietan, (les Franciscains occupaient cette partie du massif), c’est une église érigée entre 1618 et 1637 grâce au financement d’un riche orviétan, Muzio Cappelletti ; l’intérieur est baroque, orné de stucs de 1660 et de fresques (1647) de Salvi Castellucci (1608-1672), des Histoires de Marie et du Christ (1647). Sur le Grand autel, une Vierge du mort vivant, détachée d’un mur extérieur en 1572 et transportée dans une grande procession parce qu’elle était réputée avoir réalisé un miracle : sur le point de mourir, le cardinal Girolamo Simoncelli aurait obtenu la guérison en l’invoquant.
25) Palazzo Saracinelli est un édifice d’Ippolito Scalza, de 1580, jamais achevé (Cf. ci-contre à gauche).
26) Chiesa del Carmine, sur Piazza dei Ranieri qu’on atteint facilement par l’escalier roulant à partir du parking Della Fiera. Elle a été édifiée à partir de 1308 par les Carmes, dernier Ordre mendiant arrivé sur le massif d’Orvieto. On modifia pour cela l’ancienne Loggia dei Mercanti qui était au Moyen-Âge un lieu de rencontres, d’affaires et de commerce. La transformation des structures continua jusqu’en 1820 avec la construction de l’orphelinat Pianzolano. L’édifice fut ensuite destiné à être un dépôt communal, jusqu’à ce qu’il soit restauré dans les années 1980 et transformé en salle multifonctionnelle pour les activités théâtrales et culturelles. Sur la même place, se trouve l’ensemble monastique de San Lodovico, construit au XIIIe siècle lors de l’arrivée des Frères Franciscains, occupé par des Clarisses, remplacées à partir de 1834 par les Sœurs de la Compagnie de Marie Notre Dame, ordre fondé en 1607 à Bordeaux par sainte Jeanne de Lestonnac pour l’éducation et l’instruction. À côté de l’église, on peut voir la Torre dei Ranieri, édifiée au XIIIe siècle par le cardinal Teodorico Ranieri, aujourd’hui coupée, mais qui rappelle l’orgueil des anciennes familles de la noblesse orviétane.
27) Chiesa San Giovanni Evangelista, fondée en 916, dans une des premières périodes d’urbanisation, une des plus anciennes d’Orvieto, construite sur plusieurs niveaux sur les restes d’un théâtre romain lui-même construit sur un temple étrusque (Cf. image ci-contre à gauche).
28) Convento San Giovanni, réalisé à côté de l’église au début en 1513, aujourd’hui occupé par un Palais du Goût et une oenothèque.
29) Porta Maggiore, s’ouvre au bout de la via della Cava, probable accès principal de la ville étrusque ; elle est intégrée dans la roche et s’ouvre par un unique arc de plein cintre, mais elle en avait certainement deux si on tient compte de la niche désaxée qui porte une statue de Boniface VIII (Cf. ci-contre à droite).
30) Chiesa San Giovenale, est un des plus grands monuments romans de la ville, construite sur le bord du massif de tuf en 1004 sur une église paléochrétienne, elle-même construite sur un temple étrusque dédié à Jupiter. Elle fut financée par les familles nobles du quartier, les Monaldeschi, Montanari, Salvani, Ranaldini, Conti, Rossi et Marsciano. Construite en style roman, elle fut remaniée au XIVe siècle en style plus gothique. La tour semble indiquer que ce fut une église fortifiée. Elle a une façade simple avec une seule porte en plein cintre et une rosace creusée dans le tuf. Elle fut la cathédrale avant l’édification du Dôme ; elle a un plan basilical à trois nefs, et elle a conservé les fresques d’artistes orviétans à partir du XIIe siècle, son autel de 1170 de style byzantin est en marbre, la contre-façade porte un bas-relief longobard (Cf. ci-contre à gauche). De l’église on a une belle vue sur la vallée de la rivière Paglia.
31) Chiesa Sant’Agostino, construite en 1264 en même temps que le Couvent des Augustiniens, rectifiée et modernisée en 1487, avec un beau portail gothique en pierre calcaire. L’ex-couvent a un cloître du XVIe siècle, peut-être d’Antonio da Sangallo il Giovane, est devenu la caserne Nino Bixio. L’église est l’un des sièges détachés du Musée de l’Oeuvre du Dôme.
32) Palazzo Caravajat / Simoncelli, œuvre d’Ippolito Scalza (1532-1617) créée pour le cardinal espagnol Bernardino Lopez de Carvajat (1456-1523)
33) Palazzo Filippeschi/Petrangeli, réalisé sur une ancienne demeure des Gibelins Filippeschi exilés d’Orvieto en 1313, possédée ensuite par les Simoncelli et les Petrangeli. C’est une des plus beaux palais de style Renaissance d’Orvieto, restructuré à la fin du XVe siècle et au début du XVIe, peut-être par Bernardo Rossellino, avec un beau portail et un beau portique en basalte dans la cour, surmonté de fenêtres à arc rabaissé. Catherine de Médicis habita le palais, œil du pape Clément VII, son grand oncle, avant son départ pour le royaume de France (Cf. ci-contre à droite).
34) Fornace della Cava : on est sur la via della Cava (ainsi appelée parce qu’il y eut là dès l’Antiquité une carrière de matériaux de construction), la plus ancienne et sans doute l’unique rue de la ville étrusque, creusée dans le tuf. On y a retrouvé une fraction du mur étrusque, très puissant qui défendait la ville, et dans le sous-sol d’un magasin, au n° 6 de la rue, un four en céramique à réverbération. Au XVe siècle, il y avait des ateliers de céramique, et on voit encore des restes de céramique et des instruments de travail de cette époque. Il y avait aussi des caves, une citerne et des tombes étrusques. Un peu plus loin, on arrive au :
35) Pozzo della Cava, puits creusé à la main par les Étrusques dans le tuf, de 36 mètres de profondeur, alimenté par une source. Il a été réadapté au XVIe siècle et a servi de modèle au Pozzo di San Patrizio. On y voit encore les « pedarole », les prises installées par les Étrusques pour monter et descendre.
36) Palazzo Comunale, il est situé Piazza della Repubblica, sur la gauche du Corso Cavour, probablement construit entre 1216 et 1219, puis amplifié et restauré plusieurs fois jusqu’à l’intervention d’Ippolito Scalza en 1573-1581, après laquelle il passe dans les mains de plusieurs familles avant de revenir à la Commune. À la base, il a de grands arcs qui soutiennent les balcons. En face il y avait autrefois une grande fontaine copiée sur celle de Perugia, car la Place fut probablement le Forum antique puis celui du Moyen-Âge, et c’est là que la Commune fit construire son siège politique (Cf. ci-contre à gauche le Palais, la tour et l’église Sant’Andrea).
37) Chiesa di Sant’Andrea e Bartolomeo, à côté du Palais Communal, a été fondée au VIe siècle (on en a des traces dans le souterrain, à partir des murs villanoviens et étrusques, jusqu’à des mosaïques romaines), reconstruite aux XIe et XIIe siècles, complétée au XIVe et refaite en style roman au XVIe siècle. Le portail gothique est de 1487, avec une Vierge à l’Enfant, S. André et S. Barthélemy d’Antonietta Paoli Pogliani (1928) dans la lunette. À droite de l’église s’élève la puissante Tour dodécagonale, de l’époque médiévale, avec ses fenêtres géminées, qui raccorde l’église au Palais communal. C’est de cette église que fut lancée la 4e croisade par Innocent III et que Martin IV fut couronné pape en 1281 en présence de Charles d’Anjou. L’intérieur est basilical à trois nefs séparées par 8 colonnes de granit oriental du IIe siècle surmontées de chapiteaux de 1512 .
38) Palazzo dei Sette (Cf. ci-contre à gauche), ainsi appelé parce qu’il abritait au Moyen-Âge les sept magistrats qui représentaient les principales corporations de la ville, avant de devenir propriété pontificale et siège du gouverneur. Il est restauré en 1578 par Ippolito Scalza, avec un grand portail à bossages. il est devenu lieu d’expositions. C’est un des palais construits pour de grandes familles de la ville comme on en voit plusieurs dans ce quartier. On trouve un peu plus loin sur le Corso la Torre del Moro, tour médiévale dont la cloche de 1316 porte les symboles des 24 corporations d’Orvieto (Cf. ci-contre à droite).
39) Palazzo Gualterio, sur la Place Gualtiero et la via del Duomo, tracée à la fin du XIIIe siècle pour relier le centre politique et le centre religieux. Le palais est une construction de Simone Mosca avec un portail d’Ippolito Scalza.
40) Palazzo del Capitano del Popolo : la nouvelle organisation communale de la ville impose à partir du XIIIe siècle un espace doté de plusieurs centres, on ouvre alors la petite via della Greca, alignée sur l’escalier du Palais du Capitaine du Peuple de 1281. Il est en pierre basaltique et en tuf avec un grand escalier extérieur qui permettait d’accéder au grand salon du premier étage où se tenaient les assemblées populaires. Il fut ensuite agrandi pour abriter la résidence du Capitaine du Peuple, et on fit édifier en 1308 sa tour avec des cloches. La restauration de la fin du XIXe siècle, qui ajoute les créneaux du sommet, garde la présence des grands arcs et des fenêtres trilobées. Devant le Palais, on crée aussi la grande Piazza del Popolo, centre politique de la ville, couverte de briques dès 1295 et sur laquelle se dressent d’autres édifices, l’église San Rocco et le Palazzo Bracci Testasecca (aujourd’hui Grand Hôtel Royal).
41) Chiesa di San Domenico (Cf. ci-contre à droite), on y arrive en venant de la Piazza del Popolo à travers beaucoup d’édifices du XIVe siècle. Les frères Dominicains arrivent à Orvieto entre 1230 et 1233, utilisent d’abord une ancienne chapelle puis font édifier leur couvent et leur église entre 1260 et 1280. L’ensemble est diminué en 1934 pour construire l’édifice qui est aujourd’hui l’École Militaire d’Éducation Physique. L’intérieur comprend le Crucifix qui, selon la tradition légendaire, aurait parlé à Thomas d’Aquin. De la tribune on peut à nouveau descendre dans la Chapelle Petrucci , un lieu rare à plan central, de la Renaissance (1516-1518) où les membres de la famille Petrucci pouvaient venir tranquillement prier pour leurs défunts.
42) Teatro Luigi Mancinelli ou Teatro Civico, édifié en 1866 par Giovanni Santini (1802-1868) et Virginio Vespignani (1808-1882) et dédié au musicien d’Orvieto Luigi Mancinelli (1848-1921) L’intérieur a de belles décorations, et un rideau de scène de Cesare Fracassini (1866) représentant Bélisaire qui délivre Orvieto de l’assaut des Goths en 535 (Cf. ci-contre à gauche).
43) Chiesa di Sant’Angelo, édifiée au VIe siècle sur un ancien Temple dédié à Diane, elle fut importante au Moyen-Âge, gérée par les bénédictins. Elle fut reconstruite en 1838, et souvent appréciée pour sa simplicité (Cf. ci-contre à droite).
44) Chiesa di Santo Stefano, petite église romane de la fin du XIIe siècle, probablement sur un ancien temple étrusque. Elle renferme une série d’ex-voto intéressante et, à gauche de la porte une fresque datée vers 1350 représentant la Vierge et l’Enfant sur le trône avec deux anges.
45) Chiesa dei Servi di Maria, fondée en 1259 et restaurée en style néoclassique par Virginio Vespignani (1808-1882).
46) Abbazia dei Santi Severo e Martirio (« La Badia »), (Cf. Ci-contre à gauche et au centre) située au sud, à environ 3 kms de la ville, le long de la route vers Porano. Elle est mentionnée dès 1055, mais fut construite au VIe siècle sur l’ordre d’une noble lombarde. Une légende raconte que le corps de saint Sévère fut transféré ici et que voulant s’en emparer, la noble Rotruda posa la main sur le cercueil et y resta attachée jusqu’à ce que la dame promît de construire une abbaye. Aux dépouilles du saint, on ajouta plus tard celles de san Martirio. La date est gravée sur un chapiteau placé près du grand autel. L’abbaye appartint aux Bénédictins jusqu’en 1221, date à laquelle le pape les expulse d’Orvieto pour s’être révoltés contre l’évêque, et donne l’abbaye aux Prémontrés (ordre bénédictin réformé français - i Premostratensi) qui ajoutent un grand réfectoire à droite de l’entrée qui conserve une fresque du XIIIe siècle (Crucifix avec des saints), un cloître et une salle capitulaire, d’où on a aujourd’hui une belle vue sur le massif d’Orvieto (Cf. image ci-dessus à droite) ; la comtesse toscane Mathilde l’enrichit et fait construire en 1103 le clocher dodécagonal, avec ses deux étages de fenêtres géminées et ses créneaux guelfes. Au XVe siècle, le pape remplace les Prémontrés par les Olivétains. C’est aujourd’hui un hôtel et lieu d’accueil.
L’église à laquelle on accède par un arc de 1221 est à nef unique avec un pavement cosmatesque de la première phase de construction. Elle comporte une absidiole latérale (Cf. ci-contre à droite) d’où l’abbé assistait aux cérémonies, structure propre à plusieurs églises anciennes d’Orvieto.
Cette abbaye est un lieu délicieux qu’il serait dommage de ne pas visiter à Orvieto.
Voilà donc l’essentiel de cette ville exceptionnelle que vous pouvez prendre quelques jours pour visiter. C’est une des villes italiennes qui a la plus longue histoire, des Étrusques à nos jours et qui en garde le plus de traces. L’abondance d’églises et de couvents nous dit encore que ce fut longtemps une possession pontificale, dont elle reflète aussi les conflits internes entre les Ordres religieux ou les représentants de la Hiérarchie, et qui n’en a pas moins gardé sa spécificité laïque, communale et républicaine, ainsi que sa richesse culturelle, malgré la crise économique actuelle. Depuis 1970, date de naissance de l’institution régionale, l’Ombrie reste d’ailleurs de façon significative gérée par un Conseil Régional à dominante communiste et socialiste d‘abord, puis de centre-gauche ensuite, avec une forte minorité démocrate-chrétienne (3)
NOTES :
1. Sur la cathédrale, Voir : AA.VV. Tesori d’Arte Cristiana, n° 54, Orvieto Duomo, 1967 Bologna, pp. 365-392 , et le Guide Umbria du Touring Club Italiano, Biblioteca di Repubblica, Milan, 2004, pp. 588-608. De ces excellents volumes sont extraites plusieurs illustrations. Sur le Dôme, voir aussi : Renato Bonelli, Il Duomo di Orvieto e l’architettura italiana del Duecento-Trecento, Edizioni dell’Angelo, Città di Castello, 1952, repris en 1972 par Officina, Roma et en 2003 par Opera del Duomo, Orvieto
2. Sur les églises d’Orvieto, voir le volume d’Aldo Lo Presti, Chiese di Orvieto, Intermedia Edizioni, 2011.
3. Voir sur Internet le dossier de Marco Damiani et Giovanni Barbieri, Elezioni e classe politica nella Regione Umbria (1970-2010), http://www.regione.toscana.it/documents/10180/452241/Quaderno%20n.%2066%20-%20Marco%20Damiani/674fc4bd-a7ea-4e59-8d36-a6746f4e5d01
VII - Terni - Narni - Richesses de l’Ombrie
I) Terni et Narni
Terni est une réalité à double face, le centre historique qui se développe sur la rive droite de la rivière Nera, affluent du Tibre dans lequel elle se jette à Orte, et la ville industrielle qui se développe à partir du XIXe siècle sur la rive gauche de la rivière et qui efface un peu la vieille ville jusqu’à une date récente. On appela en effet Terni la « Manchester italienne ».
Histoire de la ville historique
La ville se situe dans un lieu stratégique, au croisement de plusieurs voies de communication et zone de rencontre entre les Piceni et les Étrusques, elle fut donc habitée dès le néolithique, l’âge du cuivre et l’âge du bronze (activités pastorales et habitat dans des cabanes trouvée le long de la Via dell’Ospedale ou des grottes), mais surtout l’âge du fer : on a trouvé des nécropoles datant du Xe siècle av.J.C., dont celle des Naharti fut la plus importante, déjà attestée sur les Tavole eugubine (Voir le dossier sur Gubbio) des IIIe et IIe siècles av.J.C. et utilisée jusqu’au VIe siècle av.J.C. Les Naharki furent le résultat d’un mélange entre des peuples migrants de la Grèce et du Moyen-Orient avec la population locale, de Sabins et d’Ombriens. Les tombes les plus anciennes révèlent la pratique de l’incinération remplacée plus tard par celle de l’inhumation.
Selon une tradition vraisemblable, l’origine de la ville d’Interamna Nahars remonterait à 672 av.J.C., le nom de « nahar » qui signifiait « fleuve » (d’où le latin = la rivière Nera) laissant entendre que cette ville (= la ville entre deux rivières) était entourée et protégée par le fleuve. À la différence de beaucoup de villes ombriennes où les hommes se réfugiaient en haut d’une colline, Terni s’est construite dans la plaine, à une altitude de 130 mètres, dans la cuvette de la Nera et de la Serra, dont ils bonifièrent les terrains. L’emblème de Terni resta cependant le dragon porteur de peste (Thyrus) qui rappelait le danger des marais non travaillés, tandis que le travail humain avait fait de la zone un « jardin charmant », comme l’écrivit un auteur du Ve siècle (Cipriano Piccolpasso), où on cultivait entre autres l’olivier.
On n’a vraiment de trace de la ville romaine qu’à partir de 290 av.J.C., époque de construction d’une route disparue, la Via Curia et d’une première muraille. Les Romains conquièrent d’abord Narni puis le site d’Interamna, mais la ville ne se structure apparemment qu’à partir du début de l’Empire, où on édifie le théâtre, les thermes et l’amphithéâtre. Les murailles en travertin et opus quadratum irrégulier, qui semblent dater des débuts de l’occupation et de la guerre punique, délimitaient une aire urbaine d’environ 1500 mètres de côté, dotée de 4 portes et traversée par la Via Flaminia (aujourd’hui Via Roma-Corso Vecchio) qui formait le « cardo maximus » (rue nord-sud) et croisait le « decumanus maximus » (est-ouest, via Garibaldi-via Cavour) à la hauteur de l’actuelle Piazza della Repubblica.
Histoire de l’Ombrie - Septième partieI) Terni - Narni. II) Richesses de l’OmbrieI) Terni et NarniTerni est une réalité à double face, le centre historique qui se développe sur la rive droite de la rivière Nera, affluent du Tibre dans lequel elle se jette à Orte, et la ville industrielle qui se développe à partir du XIXe siècle sur la rive gauche de la rivière et qui efface un peu la vieille ville jusqu’à une date récente. On appela en effet Terni la « Manchester italienne ».1)Histoire de la ville historique La ville se situe dans un lieu stratégique, au croisement de plusieurs voies de communication et zone de rencontre entre les Piceni et les Étrusques, elle fut donc habitée dès le néolithique, l’âge du cuivre et l’âge du bronze (activités pastorales et habitat dans des cabanes trouvée le long de la Via dell’Ospedale ou des grottes), mais surtout l’âge du fer : on a trouvé des nécropoles datant du Xe siècle av.J.C., dont celle des Naharti fut la plus importante, déjà attestée sur les Tavole eugubine (Voir le dossier sur Gubbio) des IIIe et IIe siècles av.J.C. et utilisée jusqu’au VIe siècle av.J.C. Les Naharki furent le résultat d’un mélange entre des peuples migrants de la Grèce et du Moyen-Orient avec la population locale, de Sabins et d’Ombriens. Les tombes les plus anciennes révèlent la pratique de l’incinération remplacée plus tard par celle de l’inhumation.Selon une tradition vraisemblable, l’origine de la ville d’Interamna Nahars remonterait à 672 av.J.C., le nom de « nahar » qui signifiait « fleuve » (d’où le latin = la rivière Nera) laissant entendre que cette ville (= la ville entre deux rivières) était entourée et protégée par le fleuve. À la différence de beaucoup de villes ombriennes où les hommes se réfugiaient en haut d’une colline, Terni s’est construite dans la plaine, à une altitude de 130 mètres, dans la cuvette de la Nera et de la Serra, dont ils bonifièrent les terrains. L’emblème de Terni resta cependant le dragon porteur de peste (Thyrus) qui rappelait le danger des marais non travaillés, tandis que le travail humain avait fait de la zone un « jardin charmant », comme l’écrivit un auteur du Ve siècle (Cipriano Piccolpasso), où on cultivait entre autres l’olivier.On n’a vraiment de trace de la ville romaine qu’à partir de 290 av.J.C., époque de construction d’une route disparue, la Via Curia et d’une première muraille. Les Romains conquièrent d’abord Narni puis le site d’Interamna, mais la ville ne se structure apparemment qu’à partir du début de l’Empire, où on édifie le théâtre, les thermes et l’amphithéâtre. Les murailles en travertin et opus quadratum irrégulier, qui semblent dater des débuts de l’occupation et de la guerre punique, délimitaient une aire urbaine d’environ 1500 mètres de côté, dotée de 4 portes et traversée par la Via Flaminia (aujourd’hui Via Roma-Corso Vecchio) qui formait le « cardo maximus » (rue nord-sud) et croisait le « decumanus maximus » (est-ouest, via Garibaldi-via Cavour) à la hauteur de l’actuelle Piazza della Repubblica.En 271 av.J.C., le consul romain modifia le cours de la rivière Velino, créant l’actuelle Cascade delle Marmore (Voir plus haut le chapitre sur les lacs). Puis pendant les guerres entre Romains et Carthaginois, Terni ne put fournir les deux légions demandées contre Hannibal, ce fut considéré comme une trahison et la ville dut payer de lourds tributs aux Romains. Sous l’empire, Interamna fut intégrée dans la VIe Région.À Terni se forme bientôt une communauté chrétienne dont un évêque aurait été saint Valentin (176-273), nommé quand il avait 21 ans et martyrisé à plus de 90 ans. Une de ses légendes en fait le patron des amoureux : il avait l’habitude d’offrir une fleur aux couples d’amoureux qui passaient devant chez lui, et il rendit un couple tellement heureux que beaucoup d’autres vinrent se faire bénir par lui. On dit aussi qu’il fut décapité pour avoir marié une chrétienne avec un légionnaire païen romain (Cf. ci-contre une image de Léonhard Beck, 1480-1542). Parmi les premiers évêques attestés à partir du IVe siècle seraient Praetextatus en 465 et Felix en 501. Plus tard elle fut dévastée par les Goths de Totila en 546, puis occupée par les Byzantins de Narsès en 551 et par les Longobards du Duc de Spoleto à l’époque d’Autari à la fin du VIe siècle, tandis que Narni restait byzantine.On dispose d’un certain nombre de restes de la ville romaine : l’église San Giovannino fut construite sur un temple romain, San Salvatore sur une domus de l’époque d’Auguste dont on a quelques traces (autel, colonnes…), mais on a cru longtemps qu’elle était construite sur un temple romain dédié au dieu Soleil (cf. ci-contre à droite) ; au palazzo Gazzoli, on trouve les restes de thermes publics, de l’amphithéâtre (Cf en haut de la page) ; l’église Sant’Alò (Sant’Eligio Aloysius) a réutilisé des fragments de décorations romaines. On dispose aussi de restes d’un pont romain, d’une citerne, de monuments funéraires. Sous l’ancienne église San Giovanni Decollato (Ci-contre à gauche), construite en 1566 et abattue en 1921, remplacée par le palais de la Poste, on a trouvé en 2000, en creusant des parkings souterrains, les restes d’une ancienne basilique romaine. À quelques km de Terni, on peut visiter aussi la ville romaine de Carsulae sur la via Flaminia.
Au Moyen-Âge, Terni fut une commune libre à partir de 1100, qui perdit sa puissance quand l’empereur Frédéric Barberousse imposa ses fidèles à la tête de l’évêché, et quand elle fut détruite en 1174 par le Légat impérial de Frédéric Barberousse, Christian de Mayence, pour ne pas avoir payé sa gabelle. C’est seulement le pape Innocent III qui réussit à reprendre ce territoire en 1198 et qui reconstitua un Chapitre de la Cathédrale, au pouvoir peu étendu parce que convoité par Narni et Spoleto appuyée par la famille romaine des Crescenzi. Le XIIIe siècle fut enfin l’époque où la Commune s’affirma sur la campagne environnante (il contado), comme dans les autres villes, par la construction de son Palais Communal et de sa cathédrale, et la nomination de deux Consuls, d’un Parlement, d’un Podestà (équivalent du Maire, mais nommé et non élu) et d’un Capitaine du Peuple. Elle refait peu à peu une enceinte plus ample (Cf. ci-contre, fragment de muraille Via Saffi-Piazza Tacito), ouvre les portes (Ci-contre à droite Porta Sant’Angelo), et installe en ville les ordres mendiants : François d’Assise y prêche dès 1218.
En 1241, Terni se soumet de nouveau à l’empereur, Frédéric II, qui en fit la base de son installation en Italie centrale, mais avec la mort de l’empereur en 1250, la ville revint peu à peu à un état de soumission à l’État pontifical, tout en gardant une relative indépendance, en élisant en 1294 ses « Défenseurs du Peuple » et en 1307 ses Prieurs, grâce à l’importance prise par les corporations de lainiers, teinturiers, forgerons, commerçants, et jusqu’en 1354, Terni combattit à plusieurs reprises les armées pontificales
Frédéric II à Terni
Finalement soumise par le cardinal Egidio Albornoz (1310-1367) en 1353, elle développe pendant deux siècles ses nouvelles murailles sur trois côtés, la rivière Nera étant suffisante pour défendre le quatrième. À partir du XVe siècle, elle restructure ses canalisations qui remontaient à l’époque romaine. Pendant ce temps, Terni fut soumise à diverses seigneuries, d’Andrea Tomacelli, un frère du pape Boniface IX, Andrea di Gioanuccio Castelli, condottiero gibelin, de Braccio da Montone (1368-1424), avant de tomber directement sous la domination pontificale. Ce fut une période de luttes permanentes entre Terni et les communes voisines de Narni et Spoleto qui étaient guelfes alors que Terni prenait parti pour l’empereur dès qu’elle en avait la possibilité, comme en 1527 au profit des lansquenets de Charles Quint, si bien qu’en 1510, elle avait déjà été déclarée « ville rebelle » au pape.Avec ses 3000 ou 7000 habitants Terni est alors une ville riche, grâce à ses activités manufacturières et à ses commerçants dont l’activité est facilitée par ses eaux fluviales (elle a par exemple plus de 500 moulins). Les six Prieurs qui gouvernaient la ville avaient une charge mensuelle et beaucoup de pouvoirs politiques et administratifs, faisant de Terni le centre manufacturier de l’Ombrie. Outre les six Prieurs, la ville était dirigée par le Consiglio di Credenza de 24 personnes représentant les 6 quartiers dotés chacun d’un drapeau, et les papes du XVe siècle ne parvinrent jamais à les remplacer par un Gouverneur pontifical. Jusqu’en 1564 où éclata une révolte dite des « Banderari » (on appelait ainsi les représentants des quartiers dotés d’un drapeau) contre les nobles de la ville, ce qui provoqua une violente répression du pape Pie IV, après laquelle la Municipalité renonça à son autonomie, ce fut la fin de la Commune.
La ville ayant alors perdu son identité propre fut dominée par les familles Aldobrandini et Barberini ; c’est alors que Rome décide d’attribuer à Terni un nouveau patron, saint Valentin, et fait venir à Terni de grands artistes comme Antonio da Sangallo le Jeune (1484-1546), concepteur du Palazzo Spada (ci-contre à droite), Jacopo Barozzi da Vignola (1507-1573), Carlo Fontana (1638-1714) et Carlo Maderno (1556-1629).
La ville de cette époque compte une famille de grands condottieri, les Tomassoni, tous responsables d’armées pontificales, d’abord Alessandro (1508-1556), dont les deux fils furent aussi condottieri, Raimondo (1540-1598) et Enea (1545-1571, à la bataille de Lépante). Le frère d’Alessandro fut Lucantonio Tomassoni (1511-1592), qui lutta contre les Huguenots français, en Provence et à Sisteron, puis contre les Turcs auxquels la France s’était alliée pour combattre l’Espagne de Charles Quint ; il fut déclaré le « héros italien anti-hérétiques ». Un membre de sa famille, Ranuccio Tomassoni, fut assassiné par Caravaggio en 1606.
erni fut affligée par la peste de 1657, et par le passage continuel d’armées étrangères durant les Guerres de succession d’Espagne, de Pologne et d’Autriche jusqu’en 1748, et la ville ne compta alors qu’un peu plus de 8000 habitants, dont 40% habitaient les campagnes, et dont une bonne partie était composée de membres d’un clergé très contre-réformiste. Ce fut pourtant le début d’une petite industrialisation.
Terni connut une brève période jacobine début 1799, vite réprimée par une révolte populaire et l’arrivée des troupes austro-russes. Elle fut ensuite intégrée dans l’empire napoléonien, accablée de nombreux impôts ; en mai 1814, elle retourna sous le pouvoir de Pie VII. Au XIXe siècle, Terni connut une poursuite de son industrialisation, dans le travail du coton, de la laine, dans le développement des forges, puis en 1846, l’arrivée du chemin de fer Terni-Roma (qui met aujourd’hui 47 minutes).
En 1848, les sentiments républicains et mazziniens devinrent plus forts et après le retour de Pie IX, la ville connut de nombreuses manifestations contre la politique pontificale jusqu’à l’occupation par l’armée piémontaise en septembre 1860. Le plébiscite pour l’annexion au Royaume d’Italie fut voté par 3461 votants contre une voix hostile. La ville fut en 1870 un des points de départ des troupes italiennes qui occupèrent Rome le XX septembre.
C’est alors que se développa l’industrialisation de Terni, en particulier par l’installation d’usines d’armement en 1875, à l’initiative de Vincenzo Stefano Breda (1825-1903 - Ci-contre à gauche), ingénieur, entrepreneur et homme politique de droite italien, qui créa aussi les Aciéries de Terni, dont il était propriétaire. Un industriel belge, Cassian Bon (1842-1921 - Ci-contre à droite), fonda en 1881 les Hauts Fourneaux et les Fonderies de Terni. En 1898 se créent la Société Italienne du Carbure de Calcium, Acétylène et autres gaz et des centrales électriques, qui permirent à Terni d’être la 4e ville d’Italie à avoir l’éclairage public électrique. L’arrivée de main-d’œuvre du nord multiplia par quatre la force de travail de la ville, ce qui posa de grands problèmes de logistique, logements, services sociaux, instruction, doublés d’une hostilité de la population pour ces nouveaux « immigrés ». On créa pourtant un Lycée Scientifique et un Institut Technique Royal.
La première Guerre Mondiale permit de développer les industries d’armement et les aciéries, cuirasses de bateaux, canons de marine, le fusil Carcano Mod. 91 qui équipa l’armée italienne (2000 fusils par jour fabriqués) et dont l’un équipa l’assassin présumé de John Kennedy en 1963. On vit aussi se développer des activités comme la production de cartes postales (30% de toute la production italienne). Cette présence massive d’ouvriers suscita aussi la création d’une Chambre du Travail très active (grandes grèves de 1907) et l’organisation de la main-d’œuvre féminine : Carlotta Orientale (1893-1980 - Cf. portrait ci-contre à droite), ouvrière dans la fabrique de Jute Centurini, fut Secrétaire Nationale de l’Union Syndicale italienne durant la première Guerre Mondiale. Elle a une rue à son nom à Terni. En 1919, les socialistes obtinrent 71% des voix aux élections politiques, malgré la présence dans la ville de 500 militants fascistes.
Sous le fascisme, les aciéries de Terni devinrent le principal centre industriel italien, et d’autres sociétés furent créées dont la Società Anonima Industria Gomma Sintetica (SAIGS) et des industries chimiques. Les fascistes étaient divisés sur la politique industrielle à suivre, mais Mussolini imposa le développement de l’industrie.
En 1934, on construisit la « Grande Pressa » de 12.000 tonnes pour permettre la réalisation de nouvelles coques de navire ; en 1994, comme elle était usée, on en fit un monument devant la gare
En même temps, le Parti Communiste italien créait des sections clandestines dans les usines, malgré les nombreuses arrestations, condamnations et déportations, et en 1943 se constitua la Brigade de partisans antifascistes Antonio Gramsci, qui engagea la lutte dans l’Apennin d’Ombrie et des Marches. L’importance industrielle de Terni lui valut aussi 108 bombardements des Alliés, et à la fin de la guerre, on compta plus de 2000 morts et seulement 17% des constructions restées intactes. Les Anglais entrèrent à Terni le 13 juin 1944.
Terni dut donc se reconstruire, la crise des industries provoqua le licenciement de milliers d’ouvriers. La création de l’ENEL en 1962 eut pour conséquence la nationalisation de toutes les entreprises électriques, les entreprises métallurgiques passèrent à l’ENI et à la Finsider. Beaucoup d’autres usines fermèrent dans les années 1980, et d’autres furent peu à peu privatisées (la SAIGS cédée à la Montecatini … ). Quelques-unes se modernisèrent, dans la chimie et la production d’armements pour l’Italie et pour l’OTAN. Dans les années 1990, la ville fut restructurée en trois quartiers historiques, les quartiers périphériques se sont développés, on a modernisé toutes les voies de communication. Terni a aujourd’hui plus de 110.000 habitants.
Visite de Terni
Terni est la deuxième ville d’Ombrie en nombre d’habitants, mais elle est culturellement moins riche qu’Orvieto ou Perugia. Sa visite peut se faire en un jour ou deux, mais elle vaut la peine d’être faite.Laissez votre voiture près de la gare et partez de la Piazza Dante Alighieri devant la Gare, inaugurée en 1866. Descendez à pied le viale della Stazione puis la via Tacito, au nord (voir plan ci-dessous), c’est à peu près l’ancien tracé de la via Flaminia. après avoir passé la Préfecture sur la gauche, qui occupe une partie du Palais du Gouverneur construit en 1930 sur projet de Cesare Bazzani (1873-1939), un des plus grands architectes de la première moitié du XXe siècle, auteur de plusieurs grands édifices entre 1903 et 1939
Le Palais de la Préfecture donne sur la Place Tacito, sur laquelle se trouve aussi le siège de la Banque d’Italie. La place et sa fontaine centrale sont l’œuvre des architectes Mario Ridolfi (1904-1984), qui construisit d’autres édifices de Terni jusqu’en 1970, et Mario Fagiolo Dell’Arco (1901996), architecte et poète, à partir de 1932 ; regardez la fontaine et son ornementation de signes du zodiaque, avec des mosaïques de Corrado Cagli (1910-1976)
On continue par le Corso Cornelio Tacito. Il doit son nom à Gaius Cornelius Tacitus (55-120 apr. J.C.), l’historien, orateur et sénateur romain Tacite, peut-être originaire de Terni par sa mère. À l’angle avec la via Goldoni, voir le Palais Paglia, du XVIe siècle, doté d’une belle cour de la Renaissance, malheureusement non-visitable.
De là, on peut descendre jusqu’à la Piazza della Repubblica, la grande place de la ville romaine puis médiévale, qui forme aujourd’hui avec d’autres places un ensemble urbain de grande ampleur. Sur son côté sud, on peut voir le Palais communal, autrefois Palazzo del Podestà ou du représentant du Pape ; il date de la fin du XIIIe siècle, il est reconstruit à plusieurs reprises, et à partir de 1862 par l’architecte Benedetto Faustini (1836-1895) en style Renaissance ; il faut encore le restaurer après les bombardements de 1943. Notez sur la façade à gauche de l’entrée la niche contenant deux anges porteurs de lance et d’éponge avec une croix : c’est là qu’on exécutait les condamnations capitales
Derrière le Palais, se trouve une autre place, la Piazza Solferino, qui est bordée par la Poste. Au sud, vous trouvez la Piazza Europa, à laquelle on arrive après avoir dépassé le Palazzo Montani-Falerna, et l’église San Giovannino, construite sur un édifice romain puis refaite en 1642. La Place Europa a été dégagée après la seconde guerre mondiale en abattant des immeubles entre le Palais Montani, le Palais Morandi -Rossi et le Palazzo Spada. Celui-ci, maintenant communal, est l’ancien palais de la grande famille Spada, construit en 1555, élaboré par Antonio da Sangallo le Jeune (1484-1546) pour le comte de Collescipoli, Michelangelo Spada, chancelier secret du pape Jules III. L’intérieur est orné de fresques représentant la Bataille de Lépante (Cf. image ci-contre) et la Nuit de la Saint-Barthélemy de Karel van Mander (1548-1606), un peintre maniériste flamand.
Au fond de la place, voyez l’église San Salvatore. C’est une des plus anciennes de la ville, elle aurait été déjà existante à l’époque des Longobards. Elle se compose de deux parties, un corps longitudinal et une rotonde cylindrique dotée d’une abside rectangulaire qui est peut-être la partie du VIe siècle, et dans laquelle s’ouvrent huit grandes fenêtres plein cintre. Sur le flanc gauche ont été ajoutées plus tard deux chapelles. L’intérieur comprend des fresques intéressantes.
De ces places on peut suivre la via Cavour, qui reprend le tracé de l’ancien decumanus. Elle est bordée de résidences nobiliaires comme le Palazzo Mastrozzi, le Palazzo Mazzancolli au n° 14 de la rue, réalisé pour Giovanni Mazzancolli, évêque du XVe siècle et ami de Pie II Piccolomini. C’est un bel exemple de l’architecture ancienne, édifié à partir de deux anciennes maisons-tours. Voir près du balcon du premier étage le blason de la famille, un bras armé plié qui tient une masse d’armes. Remarquer aussi le porche à trois ordres qui ouvre sur une petite cour, avec un escalier extérieur qui permet d’accéder aux étages, où se trouvent maintenant les Archives d’État. Au début du XVIIe siècle, la famille abandonne le palais, où en 1826, un Juif d’Ancône, Abramo Ascoli, installa une usine de filature ; il fut repris en 1876 par une Congrégation de Charité, après restauration par l’architecte Benedetto Faustini. Le palais passe enfin au Domaine de l’État, après avoir été le siège de la Fédération Fasciste.À l’angle de la Via Fratini, voir l’élégant Palazzo Fabrizi, refait au XVIIIe siècle. En descendant ensuite par la Via XI Febbraio, on trouve à gauche la Via del Teatro Romano et au n° 19 le Palazzo Gazzoli (Cf. ci-contre), siège de la Pinacothèque communale, aujourd’hui fermée avant transfert. Il a été érigé en 1795 pour le cardinal Luigi Gazzoli, membre d’une grande famille de commerçants et propriétaires de forges, sur un projet d’Andrea Vici (1744-1817), avec des décorations en grotesques représentant des scènes de l’Aurore et du Char du Soleil. On y a aussi trouvé les restes d’un édifice thermal romain. La Pinacothèque représente des travaux locaux du XIVe (dont des peintures franciscaines) au XXe siècles. Il y reste maintenant une petite collection archéologique transférée du Palazzo Carrara. Le Palais est aussi depuis 2015 le siège du Parquet de Terni.
En continuant la Via XI Febbraio, on arrive à Piazza Duomo, où on visite d’abord la Cathédrale de Santa Maria Assunta édifiée sur une première construction du VIe siècle (qui correspondrait à la crypte, sur les restes d’un temple païen romain), restructurée au XIe siècle puis au XVe siècle, enfin rénovée et reconsacrée en 1653 (nef rehaussée, clocher, fonts baptismaux, chapelles latérales), sur ordre de l’évêque, le cardinal Francesco Angelo Rapaccioli. Gian Lorenzo Bernini (1598-1680) participa à la réalisation de la construction et de la place baroques. La façade est précédée d’un portique dans lequel s’ouvrent trois portes de style roman, la partie supérieure est moderne avec sa balustrade et ses statues. L’intérieur en croix latine est divisé en trois nefs séparées par des piliers, avec des chapelles latérales dont celles du baptistère et du Très Saint Sacrement. Remarquez le Chœur de 1559, la fresque de la contre-façade avec les saints protecteurs de la ville, les fonts baptismaux avec les emblèmes de Terni de 1585, le tabernacle de Carlo Murena (1712-1764) réputé renfermer du sang du Christ donné à l’évêque en 1650, l’orgue de 1647 de Luca Neri. En 2007, le peintre argentin Riccardo Cinalli a réalisé sur la contre-façade une fresque représentant la Résurrection des corps avec des portraits de personnages contemporains, des prostituées, des homosexuels et des transsexuels.
Sur la place, en face de la cathédrale, voir le Palazzo Rosci-Bianchini-Riccardi, édifié au XVIe siècle sur le modèle romain, attribué à Antonio da Sangallo le Jeune, à Vignola ou à Bramante avec un portail en bossage rustique, une rangée de lys angevins et une corniche. À l’intérieur une belle décoration représentant entre autres les Allégories des arts et des sciences avec des scènes mythologiques et tirées de la Jérusalem délivrée du Tasse, et une image de la Madonna del Cassero. À côté se trouve une fontaine de 1935.
Voir encore le Palazzo Manassei, sur le Corso Vecchio, du XVe siècle mais refait au XVIIe siècle et dont la famille Manassei disait qu’il avait été construit sur le palais des Empereurs Marcus ClaudiusTacitus et Annius Florianus Tacitus. On y voit une statue de l’historien Tacite.
Remontez ensuite le Corso Vecchio, avec le Théâtre communal Giuseppe Verdi terminé en 1849, puis l’église San Lorenzo e Cristoforo, construite vers le XIIe siècle sur un ancien édifice romain (un temple de Mars ?), puis agrandie au XVIIe siècle (ajout de la nef gauche), dotée d’un portail de 1492. François d’Assise y aurait prêché sur un fut de colonne qui porte aujourd’hui sa statue. À l’intérieur sur le premier autel de gauche, Martyre de saint Blaise, de Vincenzo Manenti (1600-1674).Après Piazza Buozzi, on arrive au Complexe Polyfonctionnel Fontana , qui ouvre sur la ville industrielle.
Les alentours de Terni fournissent d’agréables occasions de promenade dans la cuvette de Terni (la conca ternana), qui fut toujours, depuis l’Antiquité un centre de peuplement important de l’Italie centrale, entre l’Étrurie, le Latium, le pays des Sabins, etc. Vers le sud-est, la Valnerina, on arrive à la cascade delle Marmore et au Lac de Piediluco (Voir dossier sur les lacs d’Ombrie). Vers le nord-ouest, on va vers Cesi, intéressante petite ville sur les pentes du Mont Eolo et du Mont Torre Maggiore, d’où on a une belle vue sur toute la conca ternana. Elle vaut la peine d’être visitée.
Au sud-ouest, en suivant la via Flaminia, on va vers Collescìpoli et Narni. De Collescìpoli, on a aussi une belle vue jusqu’à Cesi. C’est une ancienne ville romaine déjà connue et citée par Pline, et jusqu’au Moyen-Âge nommée Turritulum, pour ses tours.Un peu plus loin, on arrive à Narni.
Narni
Aujourd’hui ville d’environ 20.000 habitants, Narni est très ancienne, occupée par les osco-ombriens dès le début du premier millénaire, perchée sur son éperon de 240 mètres de haut, qui domine toute la vallée de la Nera et la « conca ternana », entre Ombrie et Latium, stratégique pour contrôler la route entre Rome et l’Adriatique. La ville a une forme allongée, suivant la forme de la colline, du Nord (première zone occupée par les populations ombriennes et romaines) au Sud développé au Moyen-Âge, avec la Rocca construite par le cardinal Albornoz pour renforcer le pouvoir pontifical. Saccagée en 1527 (sac de Rome) par les lansquenets de Charles Quint et reconstruite après, elle se développe aujourd’hui dans la plaine. Elle occuperait le centre géographique de l’Italie (précisément sur le pont Cardona, construit par Rome au 1er siècle). Son emblème est un griffon rouge, créé à partir de la légende médiévale qui raconte que Terni et Narni durent combattre et tuer cet animal, Terni gardant les os (d’où le griffon blanc de son emblème) et Narni garda la peau (d’où le griffon rouge). Voir la carte ci-dessus tirée du Guide Rouge sur l’Ombrie.
La ville ombrienne s’appelait Nequinum, que les Romains changèrent en Narnia (du nom ancien de la Nera, Nar) pour éviter ce nom de mauvais augure (« Nequeo » signifiait « Je ne peux pas ») ; elle fut occupée en 299 av.J.C. par les Romains qui y font passer leur via Flaminia, restructurée sous l’empereur Auguste. Il semble qu’elle ait eu un port sur la Nera et un chantier naval découvert récemment. Elle se développe à partir du XIe siècle, construisant peu à peu ses monuments publics et sa cathédrale ; soucieuse de son indépendance elle se révolte à plusieurs reprises contre le pouvoir pontifical ou impérial. Elle décline ensuite à partir du XVIe siècle, quand Terni prend de l’importance, et ne reprend vie qu’à partir du XIXe siècle quand se développe l’industrie.
On peut entrer par la Porta Ternana, à l’est, point d’arrivée de la via Flaminia, et par laquelle on pénétrait dans la ville intérieure aux murailles, et on arrive Piazza Garibaldi, ancienne Piazza del Lago, parce qu’elle recouvre l’ancienne citerne de la ville, point d‘arrivée de l’aqueduc romain de la Formina (au sud-est de la ville), qui alimente encore la fontaine de la place. Sur la gauche, on voit une des tours qui reste du Moyen-Âge. Sur la droite se trouve l’ex-Palais de l’évêque, du XVIIe siècle, qui contient aujourd’hui la Pinacothèque communale, organisée pour illustrer l’histoire de la ville. Elle présentait en particulier un tableau de Domenico Ghirlandaio, de 1486, le Couronnement de la Vierge avec des anges, réalisé à l’origine pour l’église San Girolamo. Les 11 chérubins sont peints dans l’arc supérieur ; la partie supérieure a un fond d’or et représente la Vierge couronnée par le Christ ; une mince couche de nuages la sépare de la partie inférieure où un groupe de saints, surtout des saints franciscains (François d’Assise est au centre) contemple la scène ; sur la prédelle, les Stigmates de François d’Assise, le Christ entre la Vierge et saint Jean l’Évangéliste, saint Jérôme dans le désert.
Sur la gauche, voyez la Cathédrale San Giovenale, premier évêque de la ville, on passe vers sa façade sur la Piazza Cavour sous une console de 1832. Sous la place se trouve encore la nécropole où fut enseveli Giovenale en 376. l’édifice actuel est construit à partir de 1047, consacré en 1145 par le pape Eugène III, mais la partie absidale est refaite en 1322 ; la façade, simple est précédée d’un portique dont les arcs sont surmontés d’une frise de style Renaissance de 1497, mais en dessous, le portail est toujours celui du XIIe siècle.
L’intérieur est basilical à trois nefs. On entre à droite dans la Chapelle du Baptistère, puis dans la nef droite on voit à droite deux sacellas (le « sacellum » est une petite abside des chapelles latérales) ; au-dessus du portail du second on voit la plaque de la sépulture de saint Cassius et de sa femme, de 558, et à l’intérieur les sépultures de plusieurs évêques de la ville. Le chœur est de style gothique, un baldaquin surmonte le grand autel, et de là on a accès à la vaste crypte. Visitez aussi la nef gauche en vous aidant de la brochure disponible à l’entrée.
Le clocher comprend encore à sa base des restes des fortifications romaines.
Par la via Garibaldi, début de l’axe principal de Narni, on remonte vers Piazza dei Priori, ancienne place centrale et forum romain, en passant sous un arc des anciennes murailles romaines, avec à droite le palazzo dei Priori dont vous pouvez remarquer le portail et la loggia d’où étaient annoncés au public les édits de la commune ; en face, l’ancien palazzo del Podestà (Ci-contre à droite), aujourd’hui palais municipal, symbole imposant de la grandeur de la ville à l’époque communale. Il date de 1273, construit à partir de trois maisons-tours antérieures où les fenêtres géminées sont remplacée par les actuelles fenêtres à croix guelfe, une imitation du Palazzo Venezia de Rome. Dans l’atrium, on voit encore la « mensa ponderaria », un bloc de travertin creusé de six vasques destinées à mesure le volume des céréales, et, en montant le grand escalier, le Mont de Piété fondé en 1400, le premier d’Italie.
En prenant à droite par la via del Campanile, on arrive à l’église Sant’Agostino, fondée au XIVe siècle près des murs par les Frères augostiniens, rénovée en 1728, avec un intérieur à trois nefs ; au plafond, une immense Gloire de saint Augustin. On peut descendre ensuite par la via Gattamelata (le grand condottiere de ce nom, Érasme de Narni (1370-1443) était originaire de cette rue où se trouve encore sa maison), on arrive à la Porta Nuova, du XVIe siècle (de Vignola ?) puis à la Porta della Fiera, de l’enceinte médiévale (Cf. image ci-contre à droite).
Au contraire, si on prend à gauche, on trouve bientôt l’église San Francesco, construite en 1226 après la mort du saint qui habita et prêcha ici (Cf. ci-contre à gauche). Elle est riche de fresques sur la vie de François d’Assise. Intérieur à trois nefs, dévasté par un incendie en 1998.
En continuant la via Mazzini, on arrive d’abord à l’église Santa Maria Impensole, lieu de culte bénédictin édifié vers 1175, qui doit son nom au fait qu’elle se trouve sur une pente, édifiée sur un ancien temple de Bacchus ; elle a deux citernes romaines dans son souterrain. Puis on trouve l’église San Domenico (Voir ci-contre à droite), un grand ensemble construit au XIIe siècle sur un ancien temple romain dédié à Minerve. Ce fut la première cathédrale de Narni, confiée ensuite aux Dominicains en 1304. La façade a été refaite à plusieurs reprises, le portail est celui de l’époque romane, tandis que la grande fenêtre du dessus est du XIIIe siècle. L’intérieur est à trois nefs avec des chapelles latérales, il est provisoirement occupé par des bureaux municipaux ; il est décoré de nombreuses fresques. En prenant la rue à gauche de l’église, on arrive dans le Jardin de saint Bernard, d’où on accède aux souterrains avec leur petite église romane à nef unique, du XIIe siècle, dont les parois sont creusées directement dans la roche et sont recouvertes de fresques ; on y trouve aussi un ancien puits romain et une salle où se tenait le tribunal de l’Inquisition, avec une petite salle où les détenus ont laissé d’intéressants graffitis.
On peut continuer la via Mazzini, bordée d’édifices anciens, puis redescendre, prendre la via Saffi, où on peut visiter le Palazzo Eroli, construit pour le cardinal Berardo Eroli, et son Musée archéologique et un Musée d’art où se trouve maintenant la fresque de Ghirlandaio citée plus haut, et une Annonciation de Benozzo Gozzoli (1449 - Cf. ci-contà gauche).
Au sud de la ville a été construite la Rocca, forteresse voulue par le cardinal Egidio Albornoz en 1367 pour la défense de l’État pontifical après l’exil d’Avignon, sur une précédente construction de Frédéric Barberousse ; dotée de 4 tours d’angle, entourée d’une enceinte et d’un fossé, elle domine toute la vallée et tout l’habitat de la ville. La forteresse fut renforcée par le pape Sixte IV en 1484, un avant-poste fut construit dans un bourg de Narni, formé de 5 tours rondes reliées à la Rocca par un souterrain. La forteresse mesurait environ 36 mètres de côté, et son donjon 12 mètres. En 1527, elle résista même aux lansquenets allemands, qui allèrent piller la ville. En-dehors de rares périodes (comme celle de la domination de Braccio Fortebraccio qui la conquiert en 1417), elle appartint toujours au pape jusqu’à la conquête par 14.000 soldats français en 1798, puis par l’armée italienne en 1860.
On peut faire de nombreuses excursions autour de Narni, vers le sud-est par la via Flaminia, vers l’ancien couvent franciscain de San Girolamo, transformé en château après 1866 (Cf. ci-contre à gauche), puis, revendu par la Commune à un Institut Diocésain de soutien au clergé, il fut transformé en hôtel 4 étoiles à vocation religieuse et culturelle. On trouve ensuite le Ponte Cardona à côté de l’aqueduc romain della Formina, utilisé jusqu’en 1924, que l’on peut visiter sur demande. À 13 km de Narni, on arrive au Speco (= la caverne) di San Francesco, fondé par François d’Assise en 1213. C’est un des lieux les plus significatifs du franciscanisme primitif, construit près de plusieurs grottes sur un ancien ermitage bénédictin. François s’y retirait volontiers pour prier. Dans les siècles suivants, on fit construire un sanctuaire, d’où on peut pourtant accéder par un sentier à l’ancienne grotte. Selon la tradition rapportée par Tommaso da Celano dans son Traité des miracles (lisible sur Internet), François y aurait fait plusieurs miracles, transformer en vin de l’eau qui le guérit alors d’une maladie, et un châtaignier poussé à partir de sa canne plantée dans le sol.
Un peu plus à l’ouest on peut visiter un village comme Otrìcoli, qui se souvient de son ancien évêque du VIe siècle, Fulgence, qui s’opposa à l’arianisme de Totila. Sur une fraction du village, Poggio, voir le château. On y raconte aussi l’histoire du « serpente regolo » (lu regulu en dialecte), un grand serpent mythique qui habiterait une grotte de la zone archéologique d’Ocriculum et hypnotiserait (abbafare en dialecte) les visiteurs. L’ancien site romain d’Ocriculum sur la via Flaminia est important et conserve de nombreux monuments de l’époque, et d’objets transportés aux Musées du Vatican, comme cette tête de Jupiter.
Au nord de Narni, voir Amelia (Amèria romain), ville de 11.000 habitants très ancienne, de la fin du 2e millénaire (on voit encore une partie des murs mégalithiques, voir ci-contre), puis romaine. Une ville très intéressante à visiter, pour ses nombreux témoignages, archéologiques, médiévaux, Renaissance (palais, etc.), églises. On peut en profiter pour visiter la Teverina, la zone située entre Amelia et Orvieto au nord.
I) Terni et Narni
L’Ombrie est une région particulièrement riche et offre une quantité de ressources que le visiteur appréciera à sa façon.
Quelques « saints » ombriens.
On aura remarqué dans chaque ville la quantité d’églises, de couvents, d’édifices religieux, et l’importance des évêques et cardinaux dans la construction des palais et dans l’urbanisme. C’est bien sûr la conséquence de la domination pontificale sur la région pendant des siècles. Mais cela souligne aussi le fait que l’Ombrie a été le refuge des courants « hérétiques » qui voulaient réformer une Église devenue une puissance temporelle et revenir à une plus grande fidélité au message christique.
C’est donc un phénomène historique important auquel il est utile de s’intéresser de façon « laïque », ou en tant que pèlerin croyant.
a) Un des premiers souvenirs religieux est l’adoration du saint Corporal. C’était en 1263 à Bolsena, près d’Orvieto, une période difficile de guerres civiles, de doutes religieux, en particulier sur la présence réelle du Christ dans l’hostie et le vin consacrés par les prêtres, et il fallait pour l’Église répondre à ces problèmes. Il faut se rappeler qu’en 1047, Bérenger, évêque de Tours (988-1088), avait montré que la présence du Christ dans l’hostie était symbolique et non réelle ; il avait été condamné par plusieurs conciles, et en 1215, le Concile du Latran avait confirmé la transsubstantiation qui devient dogme de foi ; mais il fallait bien en avoir confirmation par un miracle. C’est alors qu’un prêtre de Prague, qui était rempli de doutes, se rendit à Rome pour visiter les tombeaux de Pierre et de Paul pour dissiper ses inquiétudes ; arrivé à Bolsena, il célébra la messe, et après la Consécration, il vit l’hostie devenir une chair vivante d’où s’écoulait goutte à goutte du sang qui trempa le corporal (linge de lin blanc représentant le Suaire du Christ, étendu pendant la messe sur l’autel sous le calice pour recueillir les fragments de l’hostie) et les dalles de l’église. C’est alors que le pape Urbain IV, qui résidait à Orvieto fit examiner le fait par Thomas d’Aquin (qui avait fixé le dogme de la présence réelle du Christ dans l’hostie, conception niée par l’atomisme de Galilée, une des raisons pour lesquelles il fut condamné par les Jésuites) et Bonaventure qui confirmèrent le miracle, et institua la Fête du Très Saint Sacrement, toujours célébrée aujourd’hui le jeudi de la semaine après la Pentecôte ; les dalles tachées de sang et le Corporal sont enchâssées dans la chapelle du Corporal de la cathédrale d’Orvieto (Cf. ci-dessus à droite l’ostensoir). Partisan de Thomas d’Aquin et d’Aristote, ou partisan de Galilée et de Bérenger de Tours ? Chacun analysera le fait comme il veut, mais on ne peut nier l’importance historique actuelle de ces discussions. D’ailleurs l’Église catholique reconnaît aujourd’hui, (alors que les « miracles » se font très rares) que seule la Résurrection du Christ est article de foi, et on peut être béatifié sans avoir fait de miracles.
b) Un autre phénomène religieux de l’Ombrie est sans doute François d’Assise. En suivant les lieux franciscain, vous pouvez parcourir toute l’Ombrie, de La Verna (au sud de la Toscane) et Montecasale au nord à Narni au sud (Voir notre dossier su Assise, et toutes les villes d’Ombrie).
c) Nous avons rencontré aussi à Norcia un autre saint important, Benoît (480-543). C’est le fondateur de l’ordre des Bénédictins, source principale du monachisme européen. C’était le fils d’une famille noble romaine de Norcia, élevé par un esclave très instruit. Il part à Rome en 495, mais le désordre et l’immoralité de la ville le dégoûtent, il part avec sa sœur jumelle Scolastica, et initie sa vie érémitique à Subiaco, puis peu à peu, suivi par de nombreux disciples, il commence à fonder des monastères, pour arriver à celui du Mont Cassin. Sa Règle devient un fondement de toute la vie monastique de l’Occident. Vous pouvez voir le plus grand cycle de fresques sur la vie de Benoît à l’abbaye bénédictine de Monte Oliveto Maggiore (Toscane - C’est la maison-mère de l’ordre des Olivétains), réalisées par Sodoma et Luca Signorelli de 1497 à 1505. Benoît est le saint patron de l’Europe.
d) Un autre saint moins connu mais célèbre en Ombrie, réformateur de l’ordre bénédictin et fondateur de la branche autonome des Camaldules, Saint Romuald. Il était fils d’une famille noble de Ravenne, et hostile à la brutalité de son père, il va vivre une vie d’ermite à Ravenne, en Catalogne, puis en Italie où il fonde l’abbaye de Sitria dans l’est de l’Ombrie, celle de Montecorona près d’Umbertide et plusieurs autres.
e) Parmi les rebelles à l’ordre pontifical, citons Jacopone da Todi (1230/1236 ?-1306), Jacopo de Benedictis, fils d’une famille noble de Todi, devenu docteur en droit civil après ses études à Bologne. Il se marie à Todi en 1267 et après la mort accidentelle de son épouse en 1268, après laquelle on trouve un cilice sur son corps, il change de vie et commence une errance de pénitent du Tiers-Ordre franciscain, il est alors surnommé Jacopone (le gros Jacques). Il choisit aussitôt le courant spirituel des « fraticelli » qui s’opposait aux « conventuels » partisans d’une application plus modérée de la règle de François, et il soutint le pape ermite Célestin V durant son bref règne, parce qu’il avait reconnu les Spirituels, mais le nouveau pape Boniface VIII, élu en 1294, excommunie les Spirituels et donc Jacopone qui fut emprisonné et libéré seulement en 1303 par le pape suivant Benoît XI. Il fut plus tard béatifié. Son œuvre est éditée sous le titre de Laude. Voir ci-contre son portrait par Paolo Uccello (1346, Prato)
f) L’Ombrie est riche aussi de femmes mystiques. Rappelons-en quelques-unes :
- Commençons par Scolastica (480-547), la sœur jumelle de Benoît, dont on sait peu de choses et dont on ne parle généralement que par rapport à Benoît. Elle fit ses études avec lui à Rome, suivit ensuite son frère à Subiaco, forma pourtant une communauté féminine près de Montecassino, à l’origine de la branche féminine de l’ordre bénédictin. Les moines se disputèrent beaucoup pour disposer de ses reliques qui seront finalement transférées au Mans en France, mais une partie de ses ossements sont sans doute ailleurs. Elle fut sanctifiée. (Voir ci-contre le Monastère de Scolastica à Subiaco, près de Rome, et à droite sa statue).
- On peut évoquer ensuite Claire d’Assise (1193-1253), la disciple de François d’Assise. Fille du comte Favarona di Offreduccio degli Scili, un des nobles les plus riches d’Assise, elle fut initiée à la charité et aux pèlerinages par sa mère. Elle était cousine de Ruffin, un des premiers disciples de François, et c’est probablement par lui qu’elle entendit parler de François. Sans autorisation de sa famille, raconte la légende, elle s’enfuit à Santa Maria della Porziuncola vers les frères franciscains qui lui coupent les cheveux, puis elle part à San Damiano, bientôt rejointe par sa petite sœur Agnès à qui on coupe aussi les cheveux, signe de passage à l’état de pénitente. Toutes deux résistent à des tentatives d’enlèvement par leur famille. Le pape accepte bientôt de reconnaître la possibilité de créer un ordre de religieuses cloîtrées, même n’ayant pas la dot jusqu’alors exigée, mais l’idéal de pauvreté de Claire était opposé à cette coupure avec le monde et à l’obligation que tenta de lui imposer le pape d’avoir des biens. Claire obtint enfin ce qu’elle voulait pour San Damiano.
- Claire eut aussi une longue correspondance et amitié avec Agnès de Bohême (1211-1282), fille du roi de Bohême, qui devint elle-même clarisse et fut béatifiée en 1874, parce qu’elle était l’objet d’une grande dévotion populaire.
- Claire écrivit elle-même la règle des clarisses. Mais en 1288, le pape Nicolas IV, premier pape d’origine franciscaine, obligea les religieuses à abandonner leur « privilège de pauvreté » pourtant fondamental pour Claire, autre trahison pontificale de l’idéal franciscain.
- Sur Claire, lire le livre de Chiara Frugoni, Storia di Chiara e Francesco, Einaudi, 2011, et le très beau texte de Joseph Delteil.
- Une autre sainte ombrienne du même nom est Chiara di Montefalco (1268-1308), canonisée en 1881 par Léon XIII, ancien évêque de Perugia. Ses frère et sœur avaient fondé à Montefalco un hospice pour femmes où elle voulut entrer dès l’âge de 6 ans. Malgré l’opposition d’autres communautés religieuses qui considéraient que c’était une concurrence pour les aumônes, sa sœur obtint de l’évêque la transformation en monastère qui adopta la règle de saint Augustin et dont Chiara devint abbesse après la mort de sa sœur en 1291. C’est là qu’elle fut ensevelie après sa mort en 1308 ; les légistes dirent avoir trouvé dans son cœur un crucifix, un fléau et trois globes d’égale grandeur, symboles de la Trinité. Sa fête est célébrée le 17 août à Montefalco. Voir la fresque du XIVe siècle ci-contre où le Christ plonge sa croix dans le cœur de sainte Claire.
- Beaucoup de ces saintes furent des franciscaines comme Angela da Foligno (1248-1309), canonisée par le pape François en 2013, mais vénérée depuis longtemps par la piété populaire : née dans une famille noble de Foligno, mariée et mère de famille, elle eut une apparition de saint François après la mort de son mari et de ses enfants en 1285, et devint tertiaire dans le Tiers-Ordre franciscain ; adepte de la pauvreté absolue, elle abandonna tous ses biens et se consacra aux soins des pauvres et des malades, écrivant de nombreux textes qui restent parmi les témoignages de la descendance spirituelle de François. Elle fut une théologienne très influente sur plusieurs Spirituels franciscains, en particulier Ubertino da Casale.
- Autre sainte d’Ombrie, Rita da Cascia (1378-1457), elle aussi mariée à un noble gibelin violent et mère de famille, après sa mort, elle entra dans le monastère augustinien de Cascia. Selon la légende, elle fit refleurir une vigne desséchée et reçut une épine de la couronne du Christ, toutes choses irréalisables et elle devint la sainte des choses impossibles, une des plus vénérées par les Italiens.
- Une autre franciscaine est Angelina da Marsciano ou da Montegiove (1357-1435), béatifiée par Léon XII en 1825, fondatrice du Tiers-Ordre franciscain Régulier.
- la bienheureuse Lucia di Broccadelli (1476-1544), de Narni. Bien qu’ayant fait vœu de virginité, on l’obligea à se marier avec un jeune noble dont elle se sépara au bout de 5 ans. Son mari devint frère franciscain, et elle prit l’habit du Tiers-Ordre de saint Dominique. Elle reçoit les Stigmates, puis fonde un monastère à Ferrare où elle devint conseillère du duc de la ville. Elle meurt à Ferrare où son corps est exposé sur l’autel de saint Laurent dans la cathédrale.
- De Città di Castello, citons d’abord Margherita della Metola (1287-1320), fille de paysans (ou de nobles ?) pauvres, née aveugle et atteinte de difformités des épaules, elle fut abandonnée par ses parents dans le monastère de Sainte Marguerite, qui se débarrassa d’elle parce qu’elle critiquait la vie trop légère des religieuses en la confiant à une famille qu’elle émerveilla par sa connaissance de la doctrine chrétienne (alors qu’elle n’avait jamais fait d’études) et sa gentillesse. Elle devint tertiaire de l’ordre dominicain à 14 ans et surprit tous les théologiens par sa sagesse doctrinale, en particulier Ubertino da Casale, le leader du mouvement spirituel franciscain. Elle devint célèbre par ses nombreux miracles, et on conserve encore deux ampoules d’une huile qui aurait coulé de son corps après sa mort. On aurait aussi trouvé dans son cœur les trois globes déjà vus dans celui de Chiara di Montefalco.
- Toujours de Città di Castello fut Veronica (Orsola) Giuliani (1660-1727). Selon la légende, elle commence à marcher à 5 mois pour aller adorer un tableau de la Sainte Trinité, et elle eut des visions à partir de deux ans. Dès six ans, elle se mortifie quotidiennement, mettant une main dans le feu sans pleurer, se flagellant, marchant sur les genoux. Elle écrit son Diario (journal intime) à partir de 1696 pour raconter sa vie mystique ; elle aurait reçu les stigmates et dans son cœur se seraient imprimés les signes de la Passion du Christ que le légiste dit avoir retrouvés lors de son autopsie. Elle fut canonisée en 1839 et elle reste vénérée à Città di Castello. Lire le récit du médecin dans Marisa Borchiellini, Veronica Giuliani, La fiamma dell’amore, Edimond, Città di Castello, 1999, et voir ci-dessus, tirée de ce livre , la gravure qui montre son cœur après l’autopsie.
On pourrait citer d’autres saints d’Ombrie sans oublier saint Valentin, martyr, peut-être évêque de Terni, devenu le patron des amoureux.
La gastronomie ombrienne
Profitez aussi de la cuisine ombrienne, sa qualité, sa diversité, mais aussi ses prix modérés. C’est resté une cuisine de tradition paysanne, qui a su se moderniser. L’Ombrie est une région surtout de collines et de montagnes, mais c’est aussi une région très riche en eaux où l’agriculture, activité essentielle, s’est développée facilement depuis des siècles. La cuisine ombrienne est naturelle, utilisant ses produits, selon la saison.
On ne connaît souvent à l’étranger que les « Baci Perugina », les petits chocolats farcis de gianduia et de noisettes travaillés à Perugia depuis 1922. La société, la Perugina-Cioccolato e Confetture, administrée d’abord par Buitoni puis intégrée dans le groupe Nestlé depuis 1988. La fondatrice du « Bacio » est Luisa Spagnoli, épouse de Giovanni Buitoni, qui décide d’exploiter en même temps la laine des lapins angora ; elle était aussi une entrepreneuse qui se préoccupait du bien-être de ses salariés (crèches, salles d’allaitement, etc.), et elle mourra à Paris en 1935 (avait-elle émigré par hostilité au fascisme ?). L’Ombrie sait aussi mélanger sa cuisine paysanne traditionnelle avec du chocolat, elle prépare par exemple des spaghettis au chocolat.
L’Ombrie a une autre spécialité, la truffe, blanche à Gubbio ou Orvieto, noire à Norcia et Spoleto. Connue depuis l’Antiquité romaine, elle ne se valorise vraiment qu’à une date plus récente : une vieille italienne d’un village près de Città di Castello, maintenant décédée, nous disait : « Au début du XXe siècle, nous à la campagne, on mangeait les truffes comme des patates ». Maintenant la truffe d’Ombrie est exportée dans le monde entier, une foire de Norcia fixe les prix de la truffe noire (de 350 à 800 euros le kg), une autre de Città di Castello ceux de la truffe blanche (de 3.000 à 4.000 euros le kg). Dans plusieurs villes comme Gubbio, il est possible d’acheter des préparations à la truffe d’un parfum exceptionnel, et beaucoup de restaurants préparent tous les plats d’un repas avec de la truffe, les « crostini », la viande, le gibier, les pâtes, les œufs, le dessert.
Parmi les légumes, on trouve les lentilles, comme à Castelluccio qui produit les plus appréciées d’Italie à 1400 mètres d’altitude, lentilles vertes, savoureuses, vite cuites et cultivées sans aucun produit antiparasites (leurs graines ne sont pas attaquées par le charançon). On les préparait souvent avec de l’épeautre, cultivé écologiquement et moulu depuis des siècles, et des oignons ou des tomates, cultivés dans la région. On cultive aussi les pommes de terre rouges, les gesses (la cicerchia), sorte de pois chiches que l’on cuisait avec la couenne près du lac Trasimène. On trouve aussi le gobbo (le cardon), les poivrons, et on consomme les herbes sauvages bouillies pour accompagner la viande. On fait la Bandiera avec des poivrons verts, des oignons blancs et des tomates rouges, les trois couleurs du drapeau italien.
Les pâtes sont préparées de plusieurs façons différentes : on se régalait à la veille de Noël de gnocchis avec une sauce de noix et de chocolat, on fabriquait les « spaghettoni » avec une grande diversité de condiments, et on les appelle ciriole (macaronis courts sans œufs de farine de blé moulue à la main) à Terni, bigoli à Gubbio, bringoli à Lisciano, umbricelli à Orvieto ou Perugia, strozzapreti à Todi, vincisgrassi (du nom d’un général autrichien d’occupation à l’époque napoléonienne) à Foligno, strangozzi (Cf. image ci-jointe) à Spoleto où ils sont fins comme des lacets de souliers (la stringa - Voir à gauche), strascinati, petite feuille de pâte travaillée à la main, ntrelocchi … Les paysans se préparaient l’acqua cotta, une soupe composée des légumes de saison cuits avec du pane sciocco, le pain sans sel du centre de l’Italie, et de l’huile d’olive.
Voilà un autre produit ombrien, l’olive : le relief et le climat ont favorisé la culture de l’olivier depuis l’antiquité. L’huile ombrienne a plusieurs variétés avec 5 origines géographiques différentes (huiles DOP = Denominazione di Origine Protetta). L’huile extra-vierge est préparée dans de nombreux pressoirs (il frantoio). Elle accompagne la plupart des plats de la cuisine ombrienne, en particulier ces entrées qui s’appellent la bruschetta, des tranches de pain grillé sur la braise, frotté avec de l’ail et arrosé d’huile d’olive, le crostino, tranche de pain grillé couverte d’une pâte de foie de poulet quelquefois garni de truffes d’anchois ou de champignons, ou la panzanella (panmollo) qui sert parfois de plat unique, tranche de pain (parfois trempé dans l’eau, émietté et ajouté aux autres ingrédients) couvert d’oignon rouge, basilic, huile d’olive : plats pauvres mais savoureux. Il y a un Musée de la Civilisation de l’Olivier à Trevi, et un Musée de l’Olivier et de l’Huile à Torgiano.
Une autre caractéristique de la cuisine ombrienne est l’utilisation de la viande de porc (il maiale) ou d’autres animaux. Signalons en particulier le gibier : l’Ombrie est une région de chasseurs, qui préparent entre autres les pigeons sauvages (la palomba) qui fournissent les plats de Piccione ripieno, de Palombaccio ou de Piccione alla ghiotta (= la gloutonne), où la viande cuite est arrosée d’une sauce préparée avec du jambon de campagne, des aromates, de l’ail et les abattis de la palombe cuits sur un feu de bois. On trouve aussi des faisans (il fagiano), des escargots (la lumaca), et des grenouilles (la granocchia, la rana) et on élève les oies que l’on fait rôtir ; avec les poulets, on prépare la Galantina, poulet désossé, vidé, dont on remplit la peau de viande hachée, d’œufs, de noix muscade, de pistaches. On élève aussi les pintades.
Mais le plus caractéristique est le porc. Mangez de la Porchetta (cf. photo de droite) : le porcelet est rôti après qu’il ait été rempli de fenouil (il finocchio) et d’herbes aromatiques, puis coupé en tranches, et mis dans un petit pain (panino), souvent vendu par des marchands ambulants dans les concerts, fêtes, marchés. Mais on fabrique aussi de nombreuses formes de saucisses (la salsiccia) que l’on mange souvent avec des lentilles, saucisses de porc ou de sanglier (il cinghiale) faites avec la viande des diverses parties de l’animal, le Barbozzo (avec la joue de porc), le Capocollo (avec les muscles du dos), le Ciauscolo (avec l’épaule, le jambon, le lard) que l’on mange sur du pain grillé, le Mazzafegati (avec le foie, des raisins secs, des pignons, de l’écorce d’orange et du sucre), le Lombetto (avec les longes). Ajoutons l’arvoltolo, beignet chaud salé ou sucré.
L’art de la charcuterie se pratique surtout à Norcia ou à Spello. « Norcino », le nom de l’habitant de Norcia, est devenu l’équivalent de « charcutier ». Ils furent tellement habiles dans le découpage des viandes et les opérations de castration des porcs qu’ils donnèrent naissance à Preci (Prov. de Perugia) à une école célèbre de chirurgie expérimentale de la fin du Moyen-Âge au XVIe siècle, développée dans l’abbaye bénédictine de Sant’Eutizio (Ci-contre à gauche). Mais, les moines n’ayant pas le droit d’exercer la chirurgie, ils transmirent leur savoir aux artisans de cette région riche en spécialistes de charcuterie.
Le porc est aussi à l’origine de « l’intocco », pour lequel on découpe et fait bouillir les tripes, les oreilles, la queue et les pieds du porc, puis on les met dans une casserole placée sous la broche de la porchetta et dans laquelle coule alors la graisse du porcelet.
L’Ombrie a, comme toutes les autres régions, ses formes particulières de pain. Citons par exemple sa Torta al testo, une sorte de fougasse, préparée dans toute la région de diverses façons, cuite sur une plaque autrefois de gravier de fleuve, aujourd’hui de fonte ; elle est souvent farcie, comme sur l’image ci-contre. On trouve aussi à Todi le pan nociato, pain aux noix avec des raisins secs et du pecorino, le pan pepato, sorte de pain d’épices de Noël avec des noix, des amandes, des raisins secs, des noisettes et des fruits confits.
N’oublions pas les fromages de la région, le pecorino, avec du lait de brebis, ou le caciotta, avec du lait de vache, le ravigiolo à pâte blanche et qui ne fait pas de croûte, la scamorza, la ricotta, le provolone, etc.
À côté du pain, les Ombriens fabriquent de nombreux gâteaux, eux aussi à partir de leurs produits locaux, comme les gâteaux aux châtaignes cultivées sur les collines : le castagnaccio (Ci-contre à gauche), le tartufo di marrone et les pinoccate. Le premier est à base de farine de châtaigne et enrichi de raisins secs, de pignons, de noix et de romarin. Les pinoccate (ci-contre à droite) sont à base de pignons et d’écorces de citrons et de vanille. On en trouve en Ombrie des centaines d’autres, la castagnola, les strufoli, beignets recouverts de miel, la cicerchiata, les frittelle di San Giuseppe préparées avec de la mie de pain et du riz frits dans l’huile, etc. (cherchez-en d’autres en tapant sur Internet « cucina umbra »)
Enfin pensez à arroser vos repas de quelque bon vin dont l’Ombrie offre un grand choix de qualité que les Romains connaissaient déjà bien : vin blanc d’Orvieto, vin blanc et rouge de Torgiano, les Colli del Trasimeno, les Colli altoriberici, les Colli perugini, les vins de Montefalco. Il y a un Musée du vin à Torgiano (Ci-contre un pressoir).
L’Ombrie est une région de grande gastronomie populaire. C’est un des aspects de la civilisation ombrienne.
Beaucoup d’autres aspects de l’Ombrie devraient être soulignés. D’abord l’artisanat, encore florissant, la céramique d’Orvieto, de Gubbio ou de Deruta (voir le Musée de la Céramique ombrienne à Deruta), les tissus de Perugia ou de Città di Castello, l’art du bois et du fer forgé (ferro battuto).
Vous avez noté dans les différentes villes l’importance des tours et des châteaux, héritage de l’histoire. Pour en avoir une idée plus complète, consultez : mondimedievali.net/castelli, qui en compte et décrit 375.
Et en allant d’un village à un autre, d’un musée à un autre, d’un artisan de la céramique à un fabricant de nappes, d’un agriturismo à un autre, d’une fête à l’autre, vous apprécierez la douceur des paysages ombriens, et chacun fera sa propre découverte de tout ce que nous avons oublié.