4.1.8. De 1870 à la seconde guerre mondiale : 1915-1918 (suite)
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L’ITALIE DANS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE (1915-1918) - suite
Le 18 juin 1916, Salandra est renversé et remplacé par un  ministère d’union nationale (comprenant même 2 socialistes  réformistes, Ivanoe Bonomi et Leonida Bissolati, et un catholique,  Filippo Meda) de Paolo Boselli (1838-1932) qui dura jusqu’au 30  octobre 1917, et qui continua à faire confiance à Cadorna. À  l’automne, de nouvelles offensives italiennes sont bloquées par les  Autrichiens sur l’Isonzo, provoquant des dizaines de milliers de  morts. L’année 1917 connaît une grande crise morale, une forte poussée  pacifiste, accentuée par la note du pape Benoît XV «  pour une paix juste et durable  » du 1er août 1917. Les insuccès militaires  confortent l’opposition à une guerre impopulaire  : les troupes  austro-allemandes enfoncent le front italien, et Cadorna doit se  retirer sur le Piave après sa défaite sur l’Isonzo à Caporetto dans  la bataille du 24 octobre au 9 novembre 1917. Les Austro  Allemands d’Otto von Bellow attaquent par de forts tirs d’artillerie, l’usage de gaz toxiques, de grenades et  de lance-flammes  ; les Italiens laissent près de 200.000 morts,   265.000 prisonniers, 3200 canons (la moitié de leur artillerie), 3000 mitrailleuses, 300.000 fusils, 73.000 animaux de bât et d’importants stocks de vivres.  Cependant les troupes italiennes se défendent avec courage, et parviennent à  constituer une nouvelle ligne de front et à résister sur le Monte Grappa (L’ossuaire militaire du Monte Grappa regroupe les restes de 22.910 soldats italiens et  autrichiens, souvent anonymes). Cadorna avait attribué la défaite de Caporetto à  la lâcheté et au «  défaitisme  » des soldats  ; la cause de la défaite est ailleurs,  dans l’anéantissement d’un régiment par les gaz autrichiens et dans le manque  d’intervention du haut commandement qui laissa les troupes sans ordres précis  (incapacité de Cadorna qui se contentait de faire la comptabilité des soldats  vivants, morts et blessés).   Les forces franco-anglo-américaines (les États-Unis interviennent dans la guerre  à partir de mars 1917 et de mai 1918) viennent renforcer l’armée italienne, et la  défaite provoque un sursaut étonnant dans la population. Curzio Malaparte évoque cette période dans Viva Caporetto republié sous le titre de La révolte des saints  maudits (1921, traduction française aux Belles Lettres, 2012)  ; Ernest Hemingway a décrit cette bataille dans l’Adieu aux Armes (1929), et Alessandro Baricco dans  Cette histoire-là (2005, traduction chez Gallimard). Le gouvernement Boselli tombe le 25 octobre 1917  ; il est remplacé par Vittorio  Emanuele Orlando (1860. 1952) jusqu’au 23 juin 1919. Le 8 novembre 1917, Orlando remplace Cadorna par le général Armando Diaz (1861-1928), qui organisa la   résistance sur le Piave et le Monte Grappa,  réorganisa l’armée italienne, évitant les répressions et les brutalités inhumaines de Cadorna. Le Piave devint la ligne de résistance et reste un mythe dans l’histoire italienne. Tellement que, en 1918,  Gabriele D’Annunzio proposa que l’on transforme son nom  : il s’appelait «  LA Piave  », mais un lieu de  combat devait avoir un nom masculin et on l’appela «  IL  » Piave (comme La Brenta devient Il Brenta, etc.  Honneur aux hommes  !!). E. A. Mario (1884-1961) écrivit aussitôt une chanson qui contribua à entretenir le  moral des troupes et de la nation, qui devint un classique  et fut même l’hymne officiel de la République  italienne entre 1943 et 1946, remplacé ensuite par l’hymne de Mameli, qui ne devint hymne définitif que le 17 novembre 2005 par le vote du Sénat :  
La leggenda del Piave  (1918) Il Piave mormorava calmo e placido al passaggio             Le Piave murmurait calme et paisible au passage dei primi fanti il ventiquattro maggio ;                                 des premiers fantassins le vingt-quatre mai ; l'esercito marciava per raggiunger la frontiera                    l’armée marchait pour rejoindre la frontière per far contro il nemico una barriera !                                 pour faire une barrière contre l’ennemi ! Muti passaron quella notte i fanti,                                       C’est en silence que les fantassins passèrent cette nuit, tacere bisognava e andare avanti.                                      car il fallait se taire et aller de l’avant. S'udiva intanto dalle amate sponde                                    On entendait de temps en temps depuis les rives aimées sommesso e lieve il tripudiar de l'onde.                              Tout bas et léger l’exultation des eaux. Era un presagio dolce e lusinghiero.                                   C’était un présage doux et flatteur. il Piave mormorò: "Non passa lo straniero!"                        Le Piave murmura : « L’étranger ne passe pas ! ».   Ma in una notte triste si parlò di un fosco evento                 Mais une nuit triste on parla d’un sombre événement e il Piave udiva l'ira e lo sgomento.                                      Et le Piave entendait la colère et l’effroi. Ahi, quanta gente ha visto venir giù, lasciare il tetto,           Ah, que de gens il a vu descendre, quitter leur toit, poiché il nemico irruppe a Caporetto.                                  Parce que l’ennemi fit irruption à Caporetto. Profughi ovunque dai lontani monti,                                    Partout des réfugiés depuis les monts lointains, venivano a gremir tutti i suoi ponti.                                      Venaient remplir tous ses ponts. S'udiva allor dalle violate sponde                                        On entendait alors depuis les rives violées sommesso e triste il mormorio de l'onde.                            Bas et triste le murmure des eaux. Come un singhiozzo in quell'autunno nero                          Comme un sanglot dans cet automne noir il Piave mormorò: "Ritorna lo straniero!"                              le Piave murmura : « Il revient l’étranger ». E ritornò il nemico per l'orgoglio e per la fame                     Et l’ennemi revint par orgueil et par faim volea sfogare tutte le sue brame,                                         il voulait se passer toutes ses convoitises, vedeva il piano aprico di lassù : voleva ancora                    il voyait la plaine ensoleillée de là-haut : il voulait encore sfamarsi e tripudiare come allora !                                       se rassasier et exulter comme alors ! No, disse il Piave, no, dissero i fanti,                                   Non, dit le Piave, non, dirent les fantassins, mai più il nemico faccia un passo avanti !                           que jamais plus l’ennemi ne fasse un pas de plus ! Si vide il Piave rigonfiar le sponde                                       On vit le Piave faire gonfler ses rives, e come i fanti combattevan l'onde.                                       Comme les fantassins les eaux combattaient. Rosso del sangue del nemico altero,                                   Rouge du sang de l’ennemi hautain, il Piave comandò : "Indietro va', o straniero!"                      le Piave commanda : « Recule, oh étranger ».   Indietreggiò il nemico fino a Trieste fino a Trento                L’étranger recula jusqu’à Trieste, jusqu’à Trente e la Vittoria sciolse l'ali al vento !                                         et la Victoire délia ses ailes au vent !                Fu sacro il patto antico, tra le schiere furon visti                 Il fut sacré le pacte ancien, et dans les troupes on vit risorgere Oberdan, Sauro e Battisti !                                   revenir Oberdan, Sauro et Battisti ! Infranse alfin l'italico valore                                                  La valeur italique brisa enfin le forche e l'armi dell'Impiccatore!                                        Les fourches et les armes du Bourreau ! Sicure l'Alpi, libere le sponde,                                              Sûres furent les Alpes, libres les rives e tacque il Piave, si placaron l'onde.                                    Et le Piave se tut, ses eaux s’apaisèrent. Sul patrio suolo vinti i torvi Imperi,                                        Sur le sol de la Patrie, les torves empires vaincus, la Pace non trovò né oppressi, né stranieri !                         la Paix ne trouva ni opprimés ni étrangers !  
La première version de E.A. Mario comportait des vers différents de la  seconde strophe  : «  Ma in una notte trista si parlò di tradimento …/ … Per  l’onta consumata a Caporetto  »  : c’était l’idée alors répandue par les  autorités qu’il y avait eu «  trahison  » et que c’était une «  honte  »,  débandade des soldats, trahison du haut commandement (ou des soldats  eux-mêmes  ?), et cela provoqua de violentes critiques des anciens  combattants que le fascisme partagea, modifiant le texte comme ci-dessus,  en 1929. En juin 1918, les Autrichiens décident d’en finir avec le front italien et mènent une offensive dans la région  d’Asiago. Mais Diaz, qui a su attendre l’arrivée de troupes américaines et l’aide française (Voir la  bibliographie), les bloque, prend l’offensive avec 58 divisions contre 73 autrichiennes, et prend Vittorio  Veneto le 29 juin. La Bataille dite «  du Solstice  », du 13 au 22 juin, coûta 84.600 morts aux Italiens et  149.000 aux Autrichiens. C’est le début du reflux des Autrichiens  : les Italiens arrivent à Trento   le 3  novembre, et l’Autriche capitule le 4 novembre à la Villa Giusti, résidence de Victor-Emmanuel III. À la fin de la guerre   Diaz fut élu sénateur, et reçut le tire de «  Duca della Vittoria  ». Les soldats italiens se sont bien battus, maintenant qu’ils étaient encadrés plus solidement. Il faut signaler aussi les interventions de  l’aviation qui contribua à démoraliser l’armée autrichienne en jetant des tracts jusqu’à Vienne (entreprises  de D’Annunzio, pilote de guerre efficace).  
IV.- Conséquences de la guerre  : crise, développement du nationalisme, fascisme au pouvoir.     Les Italiens ont eu environ 750.000 morts entre civils et militaires (la Russie 1.700.000, la France  1.357.800, l’Empire Britannique 908.371, la Roumanie 325.706, les USA 126.000, la Serbie 45.000, la  Belgique 13.715, le Japon 300  ; l’Allemagne 1.773.700, l’Autriche-Hongrie 1.200.000, la Turquie 325.000 et la Bulgarie 87.500. Le total = 8.638.315 morts). Il faut y ajouter près d’un million de blessés, dont 220.000  mutilés, et des millions de personnes marquées par les horreurs des tranchées, des bombardements, des  deuils, sans qu’il soit   évident pour tous que cela était nécessaire pour la «  patrie  » que rien ne menaçait,  et alors que la guerre avait enrichi une poignée d’impérialistes interventionnistes  : en deux ans le  capital de l’ILVA (sidérurgie) est passé de 30 à 300 millions, ainsi que celui de sa rivale, l’Ansaldo (8000  ouvriers en 1914, 56.000 en 1918)  ; la Fiat, qui a assuré 50% de l’équipement de l’armée italienne  (véhicules, moteurs d’avion et de sous-marins, etc.) passe de 3251 véhicules en 1913 à 16.552 en 1918  (176 véhicules par jour), puis 24.000 en 1924, de 4300 ouvriers en 1913 à 36.000 en 1918, et Agnelli  devient le «  Napoléon de l’industrie automobile européenne  ». Les industries chimiques (Montecatini), les  fabriques de pneus (Pirelli), les fabriques de vêtements et de chaussures pour l’armée prospèrent. Mais cette croissance est fragile, car son maintien aurait supposé le développement d’un grand marché  intérieur (automobiles, textiles, etc.)  ; or l’économie intérieure est en ruines  : l’agriculture a diminué (les  paysans étaient au front), la production de blé passe de 5,6 millions de tonnes en 1913 à 3,7 millions en  1917, d’où la nécessité d’importer et un plus grand déficit de la balance commerciale (2 milliards de lires en  1915, 5,6 milliards en 1916, 10,683 en 1917 et 12, 694 milliards en 1918)   ; les impôts ont augmenté pour  financer la production de guerre payée par l’État, les emprunts ont fait monter l’inflation de façon  vertigineuse, les prix grimpent. Qui paie  ? La paysannerie qui a fourni la majorité des soldats, ce qui a  ruiné l’agriculture et accru la différence entre le nord industriel et le sud agricole, et la petite bourgeoisie,  qui s’est appauvrie au profit des «  requins  » de la grande industrie, et qui critique les ouvriers « planqués » dans les usines d’industries de guerre, alors que c’est de cette classe que sont sortis la plupart des sous  officiers et officiers qui sont maintenant méprisés et insultés par la population, souvent avec l’approbation  des ex-neutralistes (socialistes), et le fascisme en profitera et trouvera dans cette classe sociale une partie  importante de ses militants  ; en tout cas le mécontentement populaire est grand. Plusieurs des promesses faites au début de la guerre ne furent pas tenues. Sonnino avait déjà négocié les application de l’accord de Londres pour l’Italie lors de la conférence de Saint-Jean-de-Maurienne les 19  et 20 avril 1917, en l’absence de la Russie prise par ses problèmes intérieurs. Mais la défaite de Caporetto, l’entrée en guerre des Etats-Unis et la révolution en Russie ont changé la donne, et on arrive à l’idée  dominante de détruire l’empire austro-hongrois, donc à donner satisfaction à toutes les minorités, y compris les minorités slaves, ce qui allait à l’encontre des revendications italiennes. Comme dit René Bondois (Cahiers d’histoire, N° 38, Juillet 1964, p. 130), «   La monarchie italienne a donc  confirmé le choix déjà fait avant 1914, celui de proposer comme but final à la nation un impérialisme  agressif, destiné à assurer des succès de prestige, – et cela malgré les échecs déjà subis, les dangers  qu’une telle politique représentait, et les difficultés qu’il y avait à la mener  ». Mais cette politique  d’expansion reposait sur des rapports de forces, et l’Italie n’avait sans doute pas les moyens nécessaires  pour s’imposer (difficultés économiques et problèmes sociaux graves  : misère, chômage, sous-emploi,  déséquilibre politique aggravé par l’octroi du suffrage universel masculin en 1912 et par la poussée des  forces nationalistes aventuristes). Une partie de la coalition, Etats-Unis en tête, limitèrent donc les  revendications italiennes.
L’armistice de 1918 ordonne l’évacuation de tous les territoires accordées à l’Italie dans les accords de  Londres  : les revendications «  irrédentistes  » étaient satisfaites, même si cette conquête de Trente et de  Trieste avait coûté plus à l’Italie que toutes les guerres d’indépendance de 1859-1860. L’Italie n’avait réussi que dans la réalisation d’une politique de puissance égale à celle des autres États européens, mais pas  dans la réalisation d’une meilleure démocratie. La conférence de Paris du 19 janvier 1919, d’où étaient exclues les puissances vaincues, donna lieu au  traité de Saint-Germain qui démembra l’Empire des Habsbourg et accorda à l’Italie le Trentin et le Haut  Adige, Trieste et l’Istrie, mais ni Fiume ni la Dalmatie, à cause de l’opposition du Président Wilson, ni l’octroi d’avantages africains et moyen-orientaux. Cela provoqua l’échec d’Orlando qui fut renversé par la  Chambre le 19 juin 1919 et remplacé par Francesco Saverio Nitti (1858-1963) jusqu’au 21 mai 1920, suivi  de Giovanni Giolitti du 15 juin 1920 au 4 juillet 1921, de Ivanoe Bonomi du 4 juillet 1921 au 26 février 1922,  et de Luigi Facta du 26 février au 31 octobre 1922, qui laissera la place à Benito Mussolini jusqu’au 25 juillet 1943  : l’instabilité politique va donc suivre, et le fascisme. Par ailleurs les promesses faites aux paysans soldats (don de terres promis après Caporetto et prime de 5000 lires) furent oubliées. Enfin la tentative  d’occupation des terres par les «  braccianti  » et de révolution ouvrière dans les usines fut un échec (voir  notre dossier de 2012 sur Antonio Gramsci), et les grands propriétaires fonciers alliés au grand patronat  commencent à financer les groupes paramilitaires du fascisme. Cela développe le thème de la « victoire mutilée  » et de l’Italie  « nation prolétaire » brimée par  « l’impérialisme bancaire étranger », malgré tous les sacrifices acceptés par les Italiens ; les     nationalistes et les interventionnistes de gauche appuyèrent donc l’initiative de Gabriele D’Annunzio,  grand poète et héros militaire, de reconquérir Fiume qu’il occupe avec une troupe de volontaires en  septembre 1919 jusqu’en décembre 1920, date à laquelle il est délogé par l’armée italienne. Mussolini  commence alors à structurer son parti. Le fascisme est proche. La Société des Nations fut fondée le 28 avril 1919.  
DOCUMENTS : 1) Discours de Gabriele D’Annunzio  du 13 mai 1915 :  « Compagnons, ce n’est plus le temps de parler mais de faire, ce n’est plus le temps des discours mais des actions et des actions romaines.  S’il est considéré comme un crime d’inciter les citoyens à la violence, je me vanterai de ce crime, je le prendrai sur moi seul. Si au lieu d’alarmes je pouvais jeter des armes aux hommes résolus, je n’hésiterais pas ; et il ne me semble pas que j’en aurais des remords. Tout excès de force est permis, s’il sert à empêcher que la Patrie se perde. Vous devez empêcher qu’une poignée de lèche-culs et de fraudeurs  parvienne à souiller et à perdre l’Italie.  La loi de Rome absout toutes les actions nécessaires. Écoutez-moi. Comprenez-moi. La trahison est aujourd’hui manifeste. Nous n’en respirons  que l’horrible odeur, mais nous en sentons déjà tout le poids honteux. La trahison s’accomplit à Rome, dans la ville de l’âme, dans la ville de la  vie ! Dans votre Rome on tente d’étrangler la patrie avec un licou prussien manié par ce vieux bourreau aux grosse lèvres(1) dont les talons de  fuyard connaissent la route de Berlin. C’est à Rome que s’accomplit l’assassinat. Et si je suis le premier à le crier, et si je suis le seul, de ce  courage vous me tiendrez compte demain.([1) Le « vieux bourreau » est Giovanni Giolitti qui avait une grosse lèvre inférieure. Il est ici accusé de s‘être accordé  avec les Allemands. La « fuite à Berlin » fait allusion au scandale de la Banque de Rome, où Giolitti fut accusé de ne pas avoir déféré à la justice l’administration de la  banque après la découverte des fraudes. Il dut démissionner le 23 novembre 1893 et aller à l’étranger. Son innocence fut ensuite reconnue.   Mais qu’importe … Votre sang crie. Votre révolte rugit. Finalement vous vous souvenez de votre origine ! Votre histoire s’est-elle faite dans les boutiques des fripiers et des chiffonniers ? Les balances de votre justice croulaient-elles peut-être de  l’étalage où était posé un quignon à écraser , un os à ronger ? Votre Capitole était-il un banc de tricheurs et de trompeurs ? La gloire s’y montrait-   elle et y babillait- elle comme une marchande ambulante ? Pas d’os, pas de quignons, pas de haillons, pas de concussions, pas d’escroqueries.  Cela suffit ! Renversez les bancs ! Brisez les fausses balances ! Cette nuit pèse sur nous le destin romain ; cette nuit pèse sur nous la loi romaine.  Notre sort ne se mesure pas à l’aune du mercier, mais avec une longue épée. C’est pourtant avec le bâton et avec la claque, avec le coup de pied et le coup de poing que se mesurent les complices et les entremetteurs, les  pique-assiettes et les lèche pattes de l’ex-chancelier allemand … Cette valetaille de basse main craint les coups, elle a peur des frappes, elle est  épouvantée par le châtiment corporel. Je vous les recommande. Je voudrais pouvoir dire : je vous les remets. Les plus batailleurs d’entre vous  auront les remerciements de la ville et de la santé publique. »  2) La guerre comme « fatalité » et comme loi humaine.  Pour D’Annunzio, la guerre  était « fatalité et loi de l’histoire romaine ». On peut rappeler aussi la théorie des poètes futuristes, dès le Manifeste de  Marinetti en 1909 : «1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité. ..3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié  l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fièvreuse, le pas de gymnastique, le saut  périlleux, la gifle et le coup de poing. … 7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans caractère agressif. La poésie doit  être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme. … 9. Nous voulons glorifier la guerre – seule  hygiène du monde – le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées qui tuent, et le mépris de la femme ». 3) Le neutralisme de Giovanni Giolitti.  « J’avais la conviction que la guerre serait longue, et je manifestais librement cette conviction à tous mes collèges de la Chambre. À qui me parlait  d’une guerre de trois mois, je répondais qu’elle durerait au moins trois ans, parce qu’il s’agissait de vaincre les deux Empires militairement les plus  organisés du monde, qui depuis plus de quarante ans se préparaient à la guerre, qui avaient une population de plus de cent vingt millions et qui  pouvaient appeler sous les armes jusqu’à vingt millions d’hommes ; que l’armée de l’Angleterre, de formation nouvelle, ne serait efficace, comme  déclarait le gouvernement anglais lui-même, qu’en 1917 ; que notre front, tant vers le Carso que vers le Trentin, présentait des difficultés  formidables. J’observais d’autre part que, étant donné l’énorme intérêt de l’Autriche d’éviter la guerre avec l’Italie, et la petite partie que  représentaient les Italiens « irredenti » dans un Empire de cinquante-deux millions d’habitants, il y avait les plus grandes probabilités que des  tractations bien menées finissent par conduire à un accord. De plus, je considérais que l’Empire austro-hongrois, à cause des rivalités entre  l’Autriche et la Hongrie, et surtout parce qu’il était miné par la rébellion des nationalités opprimées, slaves du sud et du nord, polonais, tchèques,  slovènes, roumains, croates et italiens, qui en formaient la majorité, était fatalement destiné à se dissoudre, auquel cas la partie italienne s’unirait  pacifiquement à l’Italie. En outre, il me paraissait douteux que cet empire puisse résister à une guerre de plusieurs années. À l’intervention des  Etats-Unis, qui fut la vraie cause déterminante d’une victoire rapide, personne ne pensait alors et ne pouvait y penser … Je considérais encore  que la guerre prenait déjà alors le caractère d’une lutte pour l’hégémonie du monde entre les deux plus grandes puissances belligérantes, tandis  qu’il était de l’intérêt de l’Italie de maintenir l’équilibre européen, ce à quoi elle pouvait concourir seulement en conservant ses forces intactes »  (Mémoires de ma vie, 1922). BIBLIOGRAPHIE :  * Vous pouvez écouter l’émission du 14 janvier 2013 sur  sur ce sujet, très sommaire (28’) et malheureusement ponctuée de « euh euh » à toutes  les phrases, et marquée par une belle ignorance de la prononciation italienne !  Consultez plutôt le site italien  www.arsbellica.it/pagine/contemporanea/Piave.hmtl sur les batailles du Piave, avec de nombreuses cartes. Voyez  aussi le site : demémoire.gouv.fr/les français en Italie. Évocation des Français qui ont combattu en Italie en 1917-1918. Ou sur Wikipedia.org le  site : « catégorie : histoire militaire de l’Italie ». * Lisez : L’histoire de l’Italie des origines à nos jours, de Pierre Milza (Collection « Pluriel », Arthème Fayard, 2013, 1098 pages, 15€), plutôt bien  faite. L’Italie en guerre - 1915-1918 de Jean-Pierre Verney, Enzo Berrafato et Laurent Berrafato (Soteca, 2013, 18,99€) *Lisez surtout les romans indiqués dans le texte ci-dessus, Hemingway, Malaparte, Baricco, Emilio Lussu, qui vous diront le déroulement concret  de la guerre pour les soldats. 
Toute reproduction (papier ou numérique) est interdite sans une autorisation écrite du propriétaire du site.
MàJ du 22/07/2017 Carlo Salsa, Tranchées. Confidences d’un soldat d’infanterie (Trincee. Confidenze di un fante), Les Belles Lettres, Mémoires de guerre,  310 pages, 23€, 2017, à partir du 14 septembre. C’est un grand texte sur la guerre de 1914-18, publié en 1924, interdit en 1932 par  le fascisme, republié dans les années 1980 ; il dit ce qu’a vraiment été la guerre pour les soldats, une absurdité, une horreur accrue par l’incompétence ou l’indifférence de beaucoup d’officiers (lui-même - 1893-1962 - était lieutenant et près de ses hommes, comme Emilio Lussu) ; il parle surtout des difficutés de la guerre en montagne, la principale pour les Italiens.