4.1.8. De 1870 à la seconde guerre mondiale : 1915-1918 (début)
Préhistoire Grèce & mythologie Rome Le Moyen-Age La Renaissance L'ère Baroque jusqu'au XVIIIe siècle L'Unité italienne jusqu'en 1870 De 1870 à la seconde guerre mondiale De 1945 à 1992 De 1992 à aujourd'hui
L’ITALIE DANS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE (1915-1918) 1914 28 juin  : Assassinat de l’Archiduc d’Autriche à Sarajevo et éclatement de la première guerre mondiale. Presque un an de discussions entre interventionnistes et neutralistes. 1914 novembre  : Mussolini est expulsé du Pari Socialiste pour son interventionnisme. 1915 24 mai  : l’Italie déclare la guerre à l’Autriche. 1916 mai  : Offensive autrichienne. 1916 août  : L’armée italienne brise le front autrichien et prend Gorizia. 1917 24 octobre  : Défaite de l’armée italienne à Caporetto  ; elle se retire sur le Piave et y forme sa nouvelle ligne de défense. Éclatement de la Révolution russe qui libère les Autrichiens de ce front. 1917 décembre  : les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Autriche. 1918 juin  : victoire italienne du Piave. 1918 24 octobre  : grande offensive italienne  ; victoire italienne de Vittorio Veneto. 1918 4 novembre  : armistice avec l’Autriche, signé à Villa Giusti, près de Padoue.-
I. -La première guerre mondiale. Les alliances. Quand éclate la première guerre mondiale en 1914, les puissances d’Europe étaient divisées en deux groupes  :  * La Triple Alliance (Triplice) conclue en 1882 et 1887 (Empire allPemand, Empire austro-hongrois, Empire Ottoman, Italie + association  secrète de la Roumanie)  : hostilité de l’Autriche et de la Russie sur les Balkans (Bulgarie, Serbie)  ; l’Italie veut consacrer sa conquête de  l’Érythrée  et signe une première alliance avec l’Autriche et l’Allemagne pour contrer les Français qui ont pris pied en Tunisie (appui de l’Allemagne  à l’Italie si elle était attaquée par la France en Afrique du Nord).  En Italie, le président du Conseil, Francesco Crispi (1819-1901), était très hostile à la  France, dont il craignait qu’elle étende ses colonies en Afrique du Nord  ; l’Autriche restait  réticente vis-à-vis de l’Italie, par peur qu’elle ne veuille conquérir la Lybie qui appartenait à  l’Empire Ottoman. La Triplice fut renouvelée et modifiée en 1891 et 1896, mais  Antonio di  Rudini (1839-1908), qui avait remplacé Crispi à la présidence du conseil, du 6 février 1891  au 15 mai 1892, voulait développer son amitié avec l’Angleterre, qu’il considérait comme  concurrente de la France dans les conquêtes coloniales.  Entre 1890 et 1914, la Triplice tente d’isoler la France dans son expansion coloniale, ce  qui pousse la France à s’allier avec la Russie, et conduit à la signature de la Triple Entente  en 1907, et bientôt à la première guerre mondiale. Cependant en 1914 le gouvernement  italien d’Antonio Salandra décide d’abord de rester neutre, puisque la Triplice n’était qu’un  pacte défensif. L’Autriche tenait surtout à l’alliance avec l’Allemagne et acceptait  très bien la neutralité italienne.  En 1915, le Royaume de Bulgarie rejoint la Triplice. Mais dès 1902, l’Italie avait signé un accord secret de neutralité avec la France.  * La Triple-Entente (France, Russie, Angleterre)  : Convention militaire entre la France et la Russie (17 août 1892, puis alliance franco-russe du  27 décembre 1893  ; Entente cordiale entre la France et le Royaume-Uni du 8 avril 1904 (Définition des zones d’influence concernant colonies) ;  Convention anglo russe du 31 août 1907 (définition des zones d’influence en Afghanistan, Perse et Tibet). 
Le 14 septembre 1914, l’Italie quitte la Triplice, sur la foi des Alliés qui lui promettent des  territoires qu’elle revendique (Trentin-Haut-Adige, côte adriatique orientale et Turquie). En  avril 1915, Rome adhère à la Triple-Entente et le 24 mai l’Italie déclare la guerre à  l’Allemagne.  Plus tard, se joignirent à la Triple-Entente le Japon  (août 1914), la Belgique (envahie par  l’Allemagne), le Portugal (mars 1916), les Etats-Unis (avril 1917).  Les alliances pendant la guerre à partir de 1915. Le déclenchement de la guerre est provoqué le 28 juin par l’assassinat à Sarajevo de  l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire austro hongrois et de son épouse la  duchesse de Hohenberg par un nationaliste serbe, Gavrilo Princip, du groupe anarchiste  Jeune Bosnie, qui voulait réaliser une «  Grande Serbie  » indépendante de l’Autriche. Le  28 juillet, l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne déclarent la guerre à la Serbie. Mais la guerre  était préparée de longue date  : a) d’abord par les oppositions entre la France,  l’Allemagne, l’Angleterre et l’Italie sur les conquêtes coloniales  ; b) par les oppositions  entre la Russie et l’Allemagne sur l’expansion dans les Balkans et l’empire ottoman  ; c) par l’opposition entre la France et l’Allemagne sur les  problèmes économiques, et la volonté française de récupérer l’Alsace et la Lorraine, que les historiens considèrent généralement comme peu  importante  ; d) par «  l’irrédentisme  » italien (de « irredento » = non délivré, non libéré) (« redensi..redento  » = racheter, libérer)  qui veut  récupérer des terres considérées comme italiennes et de langue italienne  : le Trentin et le Tyrol du Sud, la Venezia Giulia, Trieste Fiume, et les  anciens États de l’est de l’Adriatique (Istrie, Dalmatie, etc.) ayant appartenu à la République de Venise (auxquels le fascisme ajoutera Malte, la  Corse, Nice, la Savoie et quelques îles de Grèce et de Slovénie)  ; e) la  course  armements et aux fortifications que pratiquent depuis plusieurs  années la France et l’Allemagne. Après tous les mouvements du XIXe siècle, il s’agit maintenant de se partager le monde  !  L’irrédentisme italien s’inspirait surtout de la tradition du Risorgimento rattachée à Giuseppe Mazzini, d’orientation républicaine et anti  impérialiste, renforcée par l’existence de «  martyrs du Trentin  », Guglielmo Oberdan, autonomiste triestin condamné à mort en 1882 par les  Autrichiens, Cesare Battisti, socialiste jrrédentiste de Trento (qui dépendait alors de l’Autriche) pendu le 12 juilet 1916 pour trahison parce qu’il  avait combattu dans les rangs de l’armée italienne, Fabio Filzi, pendu avec Battisti, Damiano Chiesa, de Rovereto, fusillé le 19 mai 1916, Nazario  Sauro pendu le 10 août 1916. C’était donc un mouvement qui se battait pour l’achèvement de l’Unité italienne de 1860, un mélange complexe de  nationalisme, d’impérialisme, de revendications républicaines mazziniennes et garibaldiennes, d’hostilité à l’Autriche, de sympathie pour la France  républicaine et anti cléricale, d’idéologies modernistes et guerrières (les «  Futuristes  »).  II.- Le déclenchement de la guerre et les hésitations italiennes.  – Après l’attentat de Sarajevo, l’Autriche déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914  ; la Russie mobilise en faveur de la Serbie, et le 1er août  l’Allemagne déclare la guerre à la Russie ;  – En France, Jean Jaurès est assassiné le 31juillet par Raoul Villain  ; après l’invasion de la Belgique et du Luxembourg, pays neutres,  l’Allemagne déclare la guerre à la France, et le Royaume Uni déclare la guerre à l’Allemagne   ; le 11 août, la France déclare la guerre à l’Autriche,  l’Angleterre fait de même le 13 août  ; du coup les colonies anglaises (Canada  , Australie, Inde, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud) et les  colonies françaises et belges déclarent aussi la guerre à l’Allemagne  ; le 23 août, le Japon donne son appui à l’Angleterre et à la France  ; le 1er  novembre, l’empire ottoman se joint à l’Allemagne ; le 6 août , l’Autriche..Hongrie déclare la guerre à la Russie.  Ainsi, le conflit devient pratiquement mondial, même si la guerre se jouera surtout en Europe.  L’Italie décide de rester neutre  ; elle ne se ralliera à la Triple-Entente qu’en 1915. Pourquoi hésite-t-elle ainsi pendant presque un an  ? a) Membre de la Triple Alliance, l’Italie se rend compte qu’elle n’obtiendra pas les extensions territoriales qu’elle souhaite en Italie («  le terre  irredente»). Elle déclare donc sa neutralité  ; elle y est incitée par la prise de position du Vatican qui craint une guerre entre deux nations  catholiques comme l’Italie et l’Autriche, et qui se prononce pour la paix  : l’Autriche est la plus grande nation catholique, et il ne s’agit pas de la  combattre, et l’Église catholique n’est pas favorable à la France républicaine anticléricale. En avril 1915, le ministre des Affaires Étrangères signe  avec la France, sans vote du Parlement  italien, le Pacte de Londres par lequel la Triple-Entente promet ces territoires à l’Italie  en cas de victoire.  La décision d’entrer en guerre fut prise en réalité par trois hommes, le roi, le président du Conseil Antonio Salandra et le ministre des Affaires  Étrangères Sidney Sonnino, pris par son double jeu entre la France et la Prusse  ; par ailleurs l’Italie est en situation de crise économique et  d’agitation sociale parfois violente, que la guerre (que l’on prévoit courte) va peut-être permettre d’éviter. Ce qui est clair c’est que le  gouvernement italien ne pense, comme les autres pays européens, qu’en termes impérialistes d’extension du territoire, plus que de satisfaction  des désirs et des besoins du peuple italien. Cette hésitation est plutôt favorable à la France qui peut ainsi libérer ses armées du front italien et les  reporter sur le front allemand.  b) Car les Italiens sont divisés entre nationalistes interventionnistes et neutralistes, mais la grande majorité du peuple et des élus politiques est  neutraliste, hostile à la guerre :  * Neutralistes  : L’Italie est plutôt soulagée par l’assassinat de François-Joseph qui lui était hostile. Elle constate alors que Vienne viole le  pacte de la Triplice en envoyant un ultimatum à la Servie sans consulter l’Italie, contrairement au texte du pacte qui prévoyait une consultation  avant toute intervention, et l’Italie s’était déjà opposée deux fois à des actions contre la Serbie. Mais l’Autriche veut en profiter pour régler le  problème serbe et s’étendre dans les Balkans  ; l’Italie n’a donc aucune raison de s’engager à ses côtés. Par ailleurs l’Italie dépend  économiquement des nations de la Triple-Entente  : par exemple 90% de son charbon est importé d’Angleterre. Le risque est grand  : en cas de  neutralité et de victoire allemande, l’Autriche aurait conservé Trente et Trieste et  son hégémonie sur les Balkans.  Trois courants sont opposés à la guerre  : le Parti Socialiste italien, aligné sur les positions de la gauche européenne (sauf les socialistes  allemands qui votent à l’unanimité les crédits militaires), les catholiques qui suivent la ligne du Vatican, et la majorité de la bourgeoisie libérale,  sous l’influence de Giovanni Giolitti (1842-1928). C’était donc une coalition disparate, plus sensible 1) aux échecs de la politique coloniale de  l’Italie en Tripolitaine et à ce que cela avait coûté à l’Italie, 2) au malaise social aggravé par les trafics des «  requins  » («  i pescecani  ») de la  finance dans les précédents conflits internationaux.  * Interventionnistes  : ils étaient largement minoritaires, mais très combatifs et souvent agressifs et violents. Ce furent d’abord les  irrédentistes, fortement influencés par la droite nationaliste et par des intérêts économiques qui voyaient dans la guerre une belle source de  profits et d’expansion vers les Balkans. Un certain nombre d’intellectuels nationalistes jouèrent un rôle important  ; à leur têe, le poète Gabriele  d’Annunzio (1863-1938), des poètes futuristes comme Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), des écrivains triestins comme Scipio Slataper  (1888-1915),  Carlo et Giani Stuparich (1891-1961), le toscan Enrico Corradini (1865-1931)  : pour Corradini, les « nations prolétaires» doivent se  libérer de la domination des « ploutocraties» anglaise et française, et le nationalisme est la lutte de classe menée au niveau international  ; il est  favorable à une politique extérieure impérialiste, colonialiste et expansionniste, et un des fondateurs de l’INI (Association Nationale Italienne) en  1910, qui se ralliera ensuite au fascisme. Le seul idéal de Corradini est la « grandeur  » de l’Italie. Un des moments forts de l’interventionnisme fut  le discours de D’Annunzio à Quarto près de Gênes le 5 mai 1915.    (Sur l’histoire de l’irrédentisme, voir le site  www.Treccani.it/enciclopedia/irredentismo).  (Voir plus loin  : documents).  Une partie de la gauche du Parti Socialiste, soutenue par la franc-maçonnerie, rejoignit le mouvement interventionniste sur d’autres bases et  avec d’autres perspectives, à commencer par Benito Mussolini (1883-1945), alors directeur du quotidien socialiste «  l’Avanti  », et qui fut exclu  pour cela du PSI le 24 novembre 1914. Il était financé par des «  avances publicitaires  » fournies par l’état-major français et par un grand patron  de la presse, Filippo Naldi (1886-1972), fondateur en 1914 de Il Popolo d’Italia, quotidien interventionniste dirigé par Mussolini et soutenu par les  grands industriels italiens (Agnelli, les frères Perrone propriétaires de l’Ansaldo …), et par des hommes politiques et des financiers russes, anglais  et français (Joseph Caillaux, Jules Guesde, Marcel Cachin …). Mussolini est aussi fondateur des «  Faisceaux autonomes d’action  révolutionnaire »  ; très opportuniste, il sent qu’il peut faire là une nouvelle carrière, et lui qui était partisan de la neutralité change de position et  défend l’interventionnisme (Voir son dernier article sur «  l’Avanti  » du 18 octobre 1914). Même Antonio Gramsci fut un temps hésitant entre la  « neutralité absolue » prônée par le PSI et la position de Mussolini (voir son article du Grido del Popolo du 31 octobre 1914  : «  Neutralité active et  agissante  », où il manifeste son désaccord avec l’article d’Angelo Tasca qui critiquait Mussolini).  Enfin, se joignirent aux interventionnistes quelques démocrates-chrétiens en désaccord avec la majorité catholique, quelques modérés lombards  (le Corriere della Sera). Les partisans de Garibaldi, dont deux petits-fils mourront pour la France à la bataille de l’Argonne, étaient aussi favorables  au ralliement à l’Entente.  Le gouvernement italien négocia d’abord avec l’Autriche et l’Allemagne, et Sonnino demanda l’annexion du Trentin et des îles dalmates, le report  de la frontière à l’Isonzo et au-delà de Gorizia, la constitution d’un «  État libre de Trieste  » et la reconnaissance du droit de l’Italie sur l’Albanie.  L’Allemagne aurait été favorable à ces demandes, mais l’Autriche s’y opposa. Les Italiens négocièrent donc parallèlement avec l’Entente, malgré  les réticences russes, qui se battaient pour le droit des nationalités «  yougoslaves  ». Un Traité fut néanmoins signé le 26 avril 1915 à Londres  :  l’Italie déclarerait la guerre à l’Autriche et à ses alliés moyennant la promesse du Trentin, de l'Istrie, y compris Trieste, de la plus grande partie de  la Dalmatie, de droits sur l’Albanie, et de possible extension des frontières coloniales en Érythrée, en Somalie et en Libye  ; l’accord se fit aussi sur  la non-admission des représentants du Pape aux négociations de paix. On se partageait le monde sur le papier …  Sonnino laisse donc libre cours au déchaînement des manifestations interventionnistes. Le 3 mai 1915, il dénonce le Traité de la Triple Alliance.  Vienne fait des concessions et les neutralistes giolittiens se manifestent vigoureusement dans la presse, mais une manœuvre parlementaire  (fausse démission de Salandra) permet de faire voter par le Parlement les pleins pouvoirs au roi et au gouvernement qui déclare l’état de guerre  avec l’Autriche le 24 mai et avec l’Allemagne le 28 mai. 
III. - Le déroulement de la guerre. Désastres et victoires. L’Italie est très mal préparée à cette guerre impromptue  : elle est faible économiquement et militairement, et la peuple italien a d’autres  aspirations que de faire la guerre, même si la propagande des interventionnistes a ébranlé l’opinion. Et la guerre va durer trois ans et demi. Elle  va cependant mobiliser plus de deux millions de soldats.  La révolution industrielle mise en œuvre par Giolitti est encore récente, et la métallurgie n’a pas les bases nécessaires pour fabriquer rapidement  un armement moderne. Il faudra attendre 1917 pour que des entreprises comme la Fiat augmentent suffisamment leur production. L’Allemagne  était un fournisseur important de l’Italie, qui va bientôt manquer et de céréales et de matières premières. Cela va créer un climat social  d’opposition très tendu  : les prix montent, le pouvoir d’achat baisse (la croissance de la production n’est pas suivie par l’augmentation des  salaires),le pain se fait rare (queues dans les boulangeries, etc.) ce qui provoque manifestations et grèves (émeute, barricades et grèves de Turin  en août 1917, réprimées par la police et l’armée  : une cinquantaine de morts, 200 blessés et 822 arrestations)  ; les rapports sociaux sont parfois  bouleversés, par exemple par l’entrée massive des femmes dans les usines, pour remplacer les hommes appelés au service militaire, ou par  l’opposition de la classe moyenne interventionniste, écrasée entre la grande bourgeoisie que la guerre enrichit et les travailleurs accusés de se  planquer dans les usines pour échapper au front militaire, et qui se bat contre toute augmentation des salaires ouvriers. Les nouvelles de la  Révolution russe de 1917 augmenteront les troubles sociaux et l’opposition socialiste.  Sur le plan militaire, l’Italie reste inférieure à l’Autriche  : les équipements sont anciens (les pinces mises à disposition sont trop faibles pour  couper les barbelés, et les soldats italiens se font tuer sur place faute de pouvoir avancer), l’artillerie lourde est très faible (les batteries de moyen  calibre disposent de 36 coups par pièce), l’armée ne dispose que de quelques centaines de mitrailleuses  ; la seule supériorité de l’Italie est le  nombre de soldats, mais recrutés surtout dans la classe pauvre des paysans qui sont peu préparés à l’action militaire, peu instruits et peu  entraînés (on les instruit dans le fonctionnement des bombes à main avec des jets de pierre). Par ailleurs, les cadres et le haut commandement  sont insuffisants et médiocres, sous la direction du général Cadorna, peu favorable à l’entrée en guerre au côté de la France et très mauvais  stratège, mais doté d’un pouvoir total dans cette caste militaire fermée et traditionaliste  : on continue à s’intéresser à la taille des officiers et à  l’affilage des lames de sabres et des pointes de lances  ! Le front contre l’Autriche est enfin dans une région difficile de montagne (presque 700  kms de front montagneux), où la guerre de tranchées, dans la neige et le vent, sera très dure. Maurice Vaussard écrit dans son Histoire de l’Italie  contemporaine (Hachette 1951, p. 126)  : « Aucun des principaux États belligérants ne partait d’un niveau aussi bas de préparation militaire ;  aucun n’avait à triompher sur le front de combat d’aussi graves difficultés naturelles, ajoutées aux problèmes techniques qui se posaient à tous ;  aucun n’avait un potentiel aussi faible  : trois ordres de faits que l’Italie finit par dominer  ».
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Les alliances à la veille de 1914
Les alliances pendant la guerre à partir de 1915
En noir, frontière italo-autrichienne.  Haut-plateau du Carso  En pointillé, ligne du Piave 
Au départ, l’entrée en guerre des Italiens déconcerte les Autrichiens qui ne s’y attendaient pas et avaient peu de troupes  sur la frontière italienne. Cadorna aurait pu atteindre Lubiana, la capitale actuelle de la Slovénie, en trois jours de marche  forcée, mais il hésita  ; les Autrichiens mobilisèrent alors dans leurs rangs les hommes de la région de Trieste, qui se  battirent vigoureusement contre l’armée italienne en attendant les renforts de l’armée autrichienne. Les Triestins sont  massacrés, mais ils résistent, et ne seront ensuite pas reconnus par l’Italie, ignorés et méprisés  : des Italiens (et dalmates et istriens) avaient dû combattre d’autres italiens  : le fascisme interdit qu’on parle de ce «  97e régiment  » qui a pourtant  marqué  » la mémoire des Triestins. Cadorna lance 11 offensives entre 1915 et 1916, mais il arrive avec peine à reprendre Gorizia, qui n’avait aucun intérêt  stratégique, et en mai le général autrichien reprend l’offensive et enfonce le front italien  ; en août 1916, Cadorna réussit à reprendre Gorizia, au prix de pertes énormes  : la bataille du 4 au 17 août se traduit par 49.475 soldats et 1759 officiers  italiens tués et 39.285 soldats et 862 officiers autrichiens, et ne   déplace la ligne de front que de quelques centaines de  mètres. Cela fut à l’origine d’un roman célèbre d’Emilio Lussu, Un anno sull’altipiano (Traduction française  : Les hommes  contre, Denoël, 2005) et d’une chanson populaire anonyme, que les soldats avaient interdiction de chanter, mais qui devint un succès international  : O Gorizia  :
La mattina del cinque di agosto                                                Le matin du cinq août si muovevano le truppe italiane                                                se mettaient en marche les troupes italiennes per Gorizia, le terre lontane,                                                     vers Gorizia, les terres lointaines, e dolente ognun si partì.                                                           Et chacun partit en souffrant. Sotto l’acque che cadeva a rovescio                                        Sous les eaux qui tombaient à verses grandinavano le palle nemiche  ;                                              tombaient en grêle les balles ennemies  ; su quei monti, colline e gran valli                                              sur ces monts, ces collines et ces grandes vallées si moriva dicendo così  :                                                            on mourait en disant  : «  O Gorizia tu sei maledetta                                                     «  Oh Gorizia tu es maudite per ogni cuore che sente conscienza  !                                     pour tous les cœurs qui ont une conscience  ! Dolorosa ci fu la partenza                                                          Le départ fut douloureux e il ritorno per molti non fu.                                                        Et pour beaucoup il n’y eut pas de retour. O vigliacchi che voi ve ne state                                                 Oh lâches, vous qui restez con le mogli sui letti di lana,                                                       avec vos femmes sur vos lits de laine, schernitori di noi carne umana,                                                  qui vous moquez de nous, la chair humaine, questa guerra ci insegna a punir.                                               Cette guerre nous apprend à punir. Voi chiamate il campo d’onore                                                   Vous appelez «  champ d’honneur  » questa terra di là dei confini  ;                                                     cette terre au-delà des frontières  ; qui si muore gridando «  Assassini  !»                                        Ici l’on meurt en criant «  Assassins  !  ». Maledetti sarete un dì.                                                                Un jour vous serez maudits  ! Cara moglie, che tu non mi senti,                                              Chère femme, toi qui ne m’entends pas, raccomando ai compagni vicini                                                   je recommande à mes camarades proches di tenermi da conto i bambini                                                      de s’occuper de mes enfants che io muoio col suo nome nel cuor.                                          Car je meurs avec leur nom dans le cœur. O Gorizia …                                                                                                                 Oh Gorizia …  » (Voir l’ouvrage de Virgilio Savona et Michele Straniero, Canti della Grande Guerra, Garzanti, 1981, 2 vol.
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