9.2.4 La chanson traditionnelle par thème - 1. la grande guerre (début)
Jean Guichard (Samedi 13 juin 2015, à 14h30  Rencontre à la Librairie Majolire) Les chansons de 1915-1918 en Italie Chansons au fusil… chansons au pays… chansons anti-fusils On a beaucoup chanté la guerre de 1915-1918, la chanson était un moyen d’encourager les soldats (et les civils) à combattre et de leur redonner parfois le moral, en complément de l’alcool distribué avant les batailles  («   chansons au fusil  »). C’était parfois aussi un moyen pour les soldats d’exprimer leur colère face à l’indifférence ou à l’incompétence de leurs généraux («  Chansons anti-fusils  »). Mais on a aussi beaucoup chanté pendant la guerre («  chansons au pays  »)  : malgré les inquiétudes, malgré les souffrances, malgré les morts, l’Italie civile a continué à chanter sa vie, ses amours, ses problèmes, restant étrangère à la guerre, du moins en apparence  ; c’était même la fin d’une tradition, et de nouveaux genres s’inventaient, de nouveaux lieux se créaient, de nouveaux artistes arrivaient, les premiers «  cantautori  », Armando Gill, Raffaele Viviani, Ettore Petrolini et bientô Rodolfo De Angelis. C’est un grand moment  dans l’histoire des chansons italiennes, entre la fin de la Belle Époque italienne et l’arrivée du fascisme. Nous en écouterons quelques- unes.  (Entrée libre et gratuite) Actes de barbarie autrichienne contre la Croix-Rouge italienne 1) La guerre de 1914-18, la «  Grande Guerre  », est une rupture dans l’histoire de nos guerres et dans l’histoire de nos civilisations  : elle commence à changer les rapports entre la société «  civile  » et la société «  politique  ». Jusque-là, surtout en Italie, les guerres ont été essentiellement des campagnes militaires menées par des armées professionnelles, dans l’indifférence, aux dépens ou à l’insu des populations  ; bien sûr, l’Italie avait connu une participation populaire aux guerres d’indépendance du XIXe siècle, mais les participants à l’expédition des Mille de Garibaldi étaient tous des volontaires. Maintenant c’est l’État qui mobilise les masses des hommes du peuple et les envoie au combat  : directement ou indirectement, tous les citoyens, femmes comprises (épouses, mères, sœurs des combattants) sont appelés à participer au combat. La guerre devient un énorme mécanisme de guerre totale, dans laquelle même Dieu est mobilisé par chaque camp et donc ses églises. Malaparte a mis au centre de sa réflexion ce phénomène  : la guerre n’est plus faite par une petite armée de spécialistes, que le «  peuple  » regarde de loin et subit passivement. Le paradoxe de la guerre de 1914 pour lui, est que la société capitaliste exploiteuse du peuple a dû faire appel au peuple pour se défendre contre la société capitaliste allemande, et la grande transformation est que l’on a maintenant un «  peuple armé  », c’est-à-dire un «  prolétariat armé  » (Cf. Malaparte, Viva Caporetto, Oscar Mondadori, 1921 (1981), pp.40-41 et passim). En ce sens, la «  défaite  » de Caporetto fut en réalité une «  révolution  » parallèle à celle qui se produisit en Russie la même année  : telle est l’analyse de Malaparte. 2) La propagande pour ou contre la guerre va donc prendre une importance capitale, et les gouvernements commencèrent à avoir le souci de contrôler tout ce qui peut y contribuer et donc de surveiller et de faire produire des contenus adaptés. Contrôle sur quoi  ? sur les livres d’abord, sur le théâtre, sur la presse, les programmes scolaires, les prêches dans les paroisses, et bien évidemment sur les chansons. Jusqu’alors, la chanson populaire est une «  valeur d’usage  », où une communauté, paysanne essentiellement, s’exprime en produisant ses chansons pour sa consommation propre  ; parallèlement les cours princières et les classes dominantes écrivent leur musique, plus «  savante  » mais s’inspirant souvent de la musique «  populaire  ». Maintenant on entre dans une ère nouvelle, et la chanson devient un moyen de propagande des classes au pouvoir. Le «  peuple  » d’Italie mobilisé en masse pendant cette guerre (plus de 2 millions de soldats), la plus longue connue jusque-là, était à 80% un peuple de paysans, qui avaient l’habitude de se retrouver dans leurs villages pour faire la fête, chanter leurs misères et leurs souffrances ou leurs amours. La chanson faisait partie de leur vie quotidienne. Emilio Lussu raconte dans Un anno sull’altipiano (Traduction française, 2., p. 27) cette scène où sa compagnie chante  un chant populaire très connu, Quel mazzolin di fiori qui sera repris durant la seconde guerre mondiale par les Résistants antifascistes  ; ce n’est pas un chant de guerre, mais un chant choral triste qui raconte l’histoire d’une jeune fille trahie par son amoureux. 3) Et il y eut donc une importante production de chansons de guerre, qui exprimaient le goût ou l’horreur de la guerre, et surtout  la volonté des gouvernants, exprimée comme volonté populaire, de chanter l’amour de la «  patrie  » et de sa victoire, l’amour du sacrifice de la vie pour assurer cette victoire, la répression de ceux qui émettaient des doutes sur la nécessité de la guerre, la censure ; et peu à peu, à mesure qu’on avance dans la guerre, la souffrance des soldats et celle des mères qui voient rentrer le cadavre de leur fils mort (mais il y a encore peu de femmes dont on publie les chansons), vont s’insinuer dans toute cette propagande officielle, créant quelquefois des chansons émouvantes. La qualité musicale et textuelle des chansons officielles n’est pas toujours très grande, mais l’objectif n’est pas de produire de grandes œuvres d’art, mais de déterminer les pensées et surtout les sentiments du peuple engagé dans la guerre. Il faut écouter Marcel Proust  : «  Haïssez la mauvaise musique, mais ne la méprisez pas. Peu à peu elle s’est remplie des rêves et des larmes des hommes  ». On remarquera pourtant qu’il y a peu de chansons dialectales (de paysans)  dans le répertoire relevé. Une seule exception  : les chansons napolitaines. Mais celles-ci sont des chansons urbaines, de la ville de Naples. Là encore les paysans, pourtant majoritaires, ont disparu, soit parce qu’ils ne se retrouvaient pas avec d’autres paysans de leur communauté et donc ne pouvaient pas reprendre leurs chansons traditionnelles, soit aussi parce que les historiens ne relevaient pas des chansons «  méprisables  » parce que paysannes et dialectales, et qu’ils ne comprenaient pas. C’est aussi le moment où l’on commence à voir apparaître une production industrielle de masse de la  chanson  ; le disque va se développer et la radio conquérir les masses  ; au lendemain de la guerre, le fascisme systématisera ce système, en contrôlant strictement le contenu et la musique des chansons et en faisant diffuser par sa radio les «  bonnes  » chansons. Le fascisme diffusera aussi les chansons guerrières de la période 1914-1918, modifiant parfois les paroles pour en récupérer les contenus (l’histoire de Giovinezza, hymne étudiant de 1909 repris en 1917 et adapté comme hymne officiel du fascisme, est significative). Il nous reste donc surtout des enregistrements des chansons officielles  ; les chansons hostiles à la guerre furent interdites, et les chanter sur le front pouvait conduire à de graves sanctions, jusqu’à la peine de mort  ; elles ne seront donc transmises que par la tradition orale populaire et ne furent récupérées parfois qu’à partir de la tradition de la Résistance antifasciste et après la Seconde Guerre Mondiale (l’exemple de Gorizia)  ; ces chansons sont pourtant l’expression la plus significative des émotions populaires face à une guerre souvent incomprise, mal acceptée et refusée à cause de l’incompétence et de l’indifférence de beaucoup d’officiers, en particulier les généraux, une guerre menée avec des instruments modernes et des stratégies archaïques, d’où les massacres. Le récit d’Emilio Lussu, Un anno sull’Altipiano, est une belle expression de ces sentiments populaires parmi les soldats, en même temps que de leur courage et de leur volonté de gagner la guerre contre l’ennemi autrichien, que l’on veut éliminer. 1) Chansons neutralistes et chansons interventionnistes La ragazza neutrale  La jeune fille neutre (Corvetto - Colombino Soprano Goletti, 1914) Son tanti giovanotti a me d'intorno Il y a tant de jeunes gens autour de moi che ne potrei formare un reggimento que je pourrais en faire un régiment. son tutti cotti come il pan nel forno Ils sont tous cuits comme le pain au four e per avermi vengono a cimento. Et pour m’avoir, ils prennent tous les risques. Chi vuoI farmi ballar valzer viennesi, Qui veut me faire danser des valses viennoises, chi a Nizza poi m'invita a Carnevale ; qui m’invite à Nice pour le Carnaval  ; ed io rispondo a tutti : son neutrale et je réponds à tous  : je suis neutre ridedidondà finché durerà la neutralità ! redidondà tant que durera la neutralité  ! La vita è bella ! Chi con me ... La vie est belle  ! Qui avec moi … (un mot incompris) e un'altro "Stella, io son parigino". Et un autre  : «  Mon étoile, moi je suis parisien  ». E faccio a tutti un bell'inchino        Et je fais à tous un beau salut preferisco già oui, jes, ya ya ! Je préfère oui, già, yes, ya ya      la neutralità !                la neutralité  ! Lo so che sono bella come un fiore, Je sais que je suis belle comme une fleur, che vale sei milioni il mio amore,         que mon amour vaut six millions, che per avermi m'offron mari e monti que pour m’avoir, ils m’offrent monts et merveilles ed io che sto a sentir poi faccio i conti. Et moi qui les entends je fais mes comptes. Sorrido a tutti e non rispondo male, Je souris à tous et je ne réponds pas mal ma tengo a tutti il "no" col mio stivale mais je dis «  non  » à tous et je les envoie promener e dico: «t'amo si, ma son neutrale! » et je dis  : «  Oui je t’aime, mais je suis neutre  !» Ridodindondà finché durerà la neutralità ! Ridodindondà tant que durera la neutralité  ! Canzone garibaldina                              Chanson garibaldienne (Libero Bovio / Rodolfo Falvo 1914 Oreste Ascoli) Se per la patria mia parto domani Si pour ma patrie je pars demain, piangere non vedrò la mia piccina, je ne verrai pas pleurer ma petite amie, lei stessa metterà tra le mie mani elle-même me mettra dans les mains un fiore rosso ed una carabina une fleur rouge et une carabine ed ella mi dirà con gli occhi belli : et elle me dira par ses beaux yeux  : muori per vendicare i tuoi fratelli ! meurs pour venger tes frères  ! Torna, torna Garibaldi         Il revient, il revient, Garibaldi torna, la camicia rossa         elle revient, la chemise rouge bella e santa ci proteggerà         belle et sainte elle nous protègera uno prima e poi        un d’abord et puis e poi mille e mille eroi        et puis mille et mille héros morti gridan : libertà !        morts qui crient  : liberté  ! Nella casetta dove il nostro amore Dans la petite maison où notre amour nacque, piccina mia, di primavera est né, ma petite, au printemps ricamerai la carabina e il fiore tu broderas la carabine et la fleur sui tre colori della tua bandiera des trois couleurs de ton drapeau nell'ora del periglio e del cimento à l’heure du danger et de l’épreuve sventolerai la bandierina al vento. Tu feras flotter au vent ton petit drapeau. A mamma mia dirai : sii benedetta À ma maman tu diras  : sois bénie dalla tua patria che ti chiese un figlio par ta patrie qui t’a demandé un fils aspetta vecchia mia, prega ed aspetta attends, ma petite vieille, prie et attends non piangere nell'ora del periglio. Ne pleure pas à l’heure du danger Se il figlio tuo non torna, vecchia mia, Si ton fils ne revient pas, ma petite vieille, andremo noi a tenergli compagnia ! nous, nous irons lui tenir compagnie  ! 2) L’appel à la guerre «  patriotique  » Aprite le porte (Trad. Coro Monte Cauriol, Coro degli Alpini) Aprite le porte                                    Ouvrez les portes che passano, che passano,             Car passent, car passent aprite le porte ,                            Ouvrez les portes che passano i baldi alpin ! (i bersaglieri)             car passent les hardis chasseurs alpins  ! Come la marcia ben (2 volte)              Comme elle marche bien la banda, la banda,              la fanfare, la fanfare   come la marcia ben                     comme elle marche bien la banda degli alpin! 3 (del quartier)              la fanfare des chasseurs alpins (du quartier) Avanti, Marcia  ! (Della Casa 1915 Ines e Taki) Avanti, avanti battaglion !             En avant, en avant, bataillon  ! Tra il rimbombo del cannon             Dans le bruit du canon dobbiamo con l'amor             nous devons avec amour seguire il tricolor,                    suivre le drapeau tricolore, sempre avanti bersaglier !             toujours en avant, bersagliere  ! Fratelli tutti a liberar,             Pour libérer tous nos frères noi dobbiamo andar             nous devons aller Uniti in un pensier                    unis dans la même pensée l'italian guerrier grida :              le guerrier italien crie  : Andiam!                            Allons  ! E' giunta l'ora, è giunto il dì,              L’heure est arrivée, le jour est arrivé che tutti noi dobbiam partir              où tous nous devons partir uniamoci insiem,                     unissons-nous, sicuro vincerem,                     c’est sûr, nous vaincrons l'aquila dovrà tremar !              l’aigle devra trembler  ! Fratelli tutti a liberar              Pour libérer tous nos frères … noi dobbiamo andar, uniti in un pensier l'italian guerrier grida : Andiam ! 3) La louange de la guerre jusqu’à la victoire et du sacrifice des soldats. Le prestige de l’uniforme  ! La leggenda del Piave (L'epopea del Piave) (E.A. Mario, 1918 Compagnia Columba e coro, 1928) Il Piave mormorava calmo e placido al passaggio dei primi fanti il ventiquattro maggio ! L'esercito marciava per raggiunger la frontiera e far contro il nemico una barriera Muti passaron quella notte i fanti tacere bisognava e andare avanti ! S'udiva intanto dalle amate sponde, sommesso e lieve il tripudiar dell'onde ; era un presagio dolce e lusinghiero, il Piave mormorò: non passa lo straniero! - Savoia! Savoia ! - Sul trincerone a sinistra ! Ripiegare indietro ! Ripiegare ancora ! Il terzo reparto resti di rincalzo ! Ma in una notte trista si parlò di tradimento (di un fosco evento) e il Piave udiva l'ira e lo sgomento, Ahi, quanta gente ha vista venir giù, lasciare il tetto per l’onta consumata a Caporetto (poiché il nemico irruppe a Caporetto).  Profughi ovunque! Dai lontani monti scendevano a gremir tutti i suoi ponti. S'udiva allor dalle violate sponde sommesso e triste il mormorio dell'onde ! Come un singhiozzo in quell'autunno nero, il Piave mormorò : ritorna lo straniero ! Savoia, Savoia! A cavallo, a cavallo ! Alla riscossa ! Savoia ! E ritornò il nemico per l'orgoglio e per la fame, sfogare volea tutte le sue brame. Vedeva il piano aprico di lassù e voleva ancora sfamarsi e tripudiare come allora. No - disse il Piave. - No, dissero i fanti - mai più il nemico faccia un passo avanti. Si vide il Piave rigonfiar le sponde, e come i fanti combattevan l'onde rosse del sangue del nemico altero, il Piave mormorò : indietro va' straniero ! Giunge da Aquileia a Roma l'eroe degli eroi, circonfuso di gloria ! Non ha nome perché riassume le virtù di tutti i figli d'Italia ma ha per tomba l'Altare della Patria ! E i figli cantano le gesta dei padri ! Bambini ora che cantate pensate  riverenti alla più grande gloria d'Italia. E indietreggiò il nemico fino a Trieste e fino a Trento e la vittoria sciolse l'ali al vento. Fu sacro' il patto antico tra le schiere furon visti risorgere Oberdan, Sauro e Battisti ! Infranse alfin l'italico valore le forche e l'armi dell'impiccatore. All’armi combattenti, all'armi ! A noi ... a noi ! Sicure l'Alpi, libere le sponde, e tacque il Piave, si placaron l'onde sul patrio suolo vinti i torvi Imperi la Patria non trovò né oppressi né stranieri. (tra virgolette, i due versi cambiati dopo la guerra e ripresi dal fascismo.  Voir interprétation de Gabrè, en 1918) La leggenda del Piave valut à E.A. Mario de grands éloges du général Diaz  : elle fit «  plus qu’un général  » pour relever le moral des soldats après Caporetto. On la considéra comme hymne national, elle fut adoptée comme hymne provisoire en 1945, et elle fut proposée comme hymne national en 2008 par Umberto Bossi. Après 1945, De Gasperi proposa à Mario d’écrire l’hymne officiel de la Démocratie crétienne  ; E.A. Mario répondit qu’il ne se sentait pas d’écrire une chanson sur commande, car il ne composait que ce qui l’inpirait. De Gasperi en fut offensé et soutint alors l’Hymne de Mameli, Fratelli d’Italia, comme hymne national.
Nous sommes en 1914 : l’Italie est encore divisée entre une majorité de neutralistes et une minorité plus active d’interventionnaistes (Voir Dossier sur la guerre de 1915-18). Corvetto et Colombino étaient les auteurs de A Tripoli (1911). Les républicains garibaldiens étaient interventionnistes, au nom de la lutte contre l’Autriche et l’Allemagne. Deux petits-fils de Garibaldi sont tués sur le front français.
Les «  cori alpini  » vont multiplier les interprétations de ce type de chanson d’appel à la guerre et de louange du courage des soldats prêts à mourir pour la «  patrie  »
Le Piave murmurait calme et paisible au passage des premiers fantassins le vingt-quatre mai ; l’armée marchait pour rejoindre la frontière pour faire une barrière contre l’ennemi ! C’est en silence que les fantassins passèrent cette nuit, car il fallait se taire et aller de l’avant. On entendait de temps en temps depuis les rives aimées Tout bas et léger l’exultation des eaux. C’était un présage doux et flatteur. Le Piave murmura : « L’étranger ne passe pas ! ». Mais une nuit triste on parla d’un sombre événement Et le Piave entendait la colère et l’effroi. Ah, que de gens il a vu descendre, quitter leur toit, Parce que l’ennemi fit irruption à Caporetto. Partout des réfugiés depuis les monts lointains, Venaient remplir tous ses ponts. On entendait alors depuis les rives violées Bas et triste le murmure des eaux.  Comme un sanglot dans cet automne noir le Piave murmura : « Il revient l’étranger ». Et l’ennemi revint par orgueil et par faim il voulait se passer toutes ses convoitises, il voyait la plaine ensoleillée de là-haut : il voulait encore se rassasier et exulter comme alors ! Non, dit le Piave, non, dirent les fantassins, que jamais plus l’ennemi ne fasse un pas de plus ! On vit le Piave faire gonfler ses rives, Comme les fantassins les eaux combattaient. Rouge du sang de l’ennemi hautain, le Piave murmura : « Recule, oh étranger  ! ». L’étranger recula jusqu’à Trieste, jusqu’à Trente et la Victoire délia ses ailes au vent !  Il fut sacré le pacte ancien, et dans les troupes on vit revenir Oberdan, Sauro et Battisti ! La valeur italique brisa enfin  Les fourches et les armes du Bourreau ! Sûres furent les Alpes, libres les rives Et le Piave se tut, ses eaux s’apaisèrent. Sur le sol de la Patrie, les torves empires vaincus,  la Paix ne trouva ni opprimés ni étrangers
Vittorio Emanuele III al fronte (Compagnia Minciotti 1916) 1) – In questa tenda ospedale vi è posto ? – Conducono un ferito. Apprestategli le cure necessarie ! – Con tutto il cuore. – Eccolo, ebbene ? – Signor colonnello il prode ufficiale è morto durante il tragitto ! – Morto ?! – Gloria al suo nome ! Che la bandiera tricolore ricopra il cadavere dell'eroe. . – Subito signor colonnello. Ah ! Mio figlio ! – Suo figlio ? – Morto! Morto! Mio Dio – Coraggio! Si faccia animo ! E' morto da per la patria ! Per il nobile riscatto ! – Morto! Morto il mio Guido ! Ah, gli austriaci  me l'hanno ucciso ! Maledetti, maledetti ! – Contessa! – Avete ragione ! E' stato un momento di sconforto, indegno di una madre italiana ! 2) – Sua Maestà il Re ! Attenti ! – Maestà ! – Ho tutto ascoltato, coraggio ! – Ne avrò! E' dovere d'ogni madre italiana, in questo momento supremo, di dare con coraggio la vita dei figli per la grandezza dell'Italia ! – Contessa Marcelli a nome di tutta Italia io vi ringrazio. – Signori, è una madre che perde il proprio figlio e inneggia alla patria ! – Maestà, non ho perduto mio figlio, l'ho dato per la patria e ne vado orgogliosa ! – Contessa v'invidio! In questo momento vorrei che mio figlio stesso si trovasse in prima linea ad affrontare il fuoco del nemico. A cader da eroe per la patria ! Anch'io allora potrei dire con orgoglio : avevo un figlio, tu o Italia, me l'hai chiesto e io te l'ho dato, e se il sacrificio della mia vita potesse bastare ad assicurarti la vittoria, o patria mia, io volentieri te la darei ! 3)– Un attacco a questa posizione ! – Ma è issata la bandiera della Croce Rossa ! – Gli austriaci non hanno nulla di sacro ! Combattete il nemico da prodi ! Con le armi in pugno, non lo insultate, siate italiani ! – Obbediremo, Maestà ! Ma in questo posto la vostra vita è in pericolo ! Vi preghiamo di recarvi fuori del tiro del fuoco nemico ! – Se in questo posto v'è pericolo di morte per i miei bravi soldati, questo è il mio posto ! – Viva il nostro Re ! – No, non gridate viva il Re, ma insieme a me dite : Viva l'Italia ! – Viva l'Italia ! Di qua di là del Piave                                           De ce côté du Piave et de l’autre (Trad. poi Coro degli Alpini, Coro del Monte Cauriol) 1 Di qua, di là dal Piave                       Ici, de l’autre côté du Piave ci sta un'osteria,                               il y a une auberge là c'è da bere e da mangiare                et là il y a à boire et à manger e un buon letto da riposar.                       Et un bon lit pour se reposer. 2. E dopo aver mangiato,                       Et après avoir mangé mangiato e ben bevuto,                mangé et bien bu lui disse :  « Ohi bella, se vuoi venire                il dit  : «  Oh la belle, si tu veux  venir questa è l'ora di far l'amor. »                 c’est l’heure de faire l’amour  ». « Mi si che vegneria                        «  je viendrais bien per una volta sola,                        pour une seule fois, però ti prego lasciarmi sola                        pourtant je te prie de me laisser seule ché son figlia da maritar. »                        je suis une fille à marier (je suis fiancée)  ». « Se sei da maritare                        «  Si tu es à marier dovevi dirlo prima :                        tu devais le dire avant  ; or che sei stata coi veci Alpini                Maintenant que tu as été avec les vieux Alpins, non sei figlia da maritar. »                        tu n’es pas fille à marier  ». 4) La dérision et la haine des ennemis autrichiens. Bambola (Di Napoli e Vincenzo Valente,1916 / Roberto Ciaramella) Notte d'ottobre, nuvole nel cielo,        Nuit d’octobre, nuages dans le ciel il tenentino sogna la sua sposa, le petit lieutenant rêve à son épouse ti vede o dolce bambola in un velo il te voit, o douce poupée, dans un voile nel reggimento stanco che riposa. dans le régiment fatigué qui se repose. Quando ad un tratto fischia la mitraglia, Quand tout à coup siffle la mitraille,  tuona il cannone nell'oscurità. Tonne le canon dans l’obscurité. Avanti, avanti ! Ferve la battaglia        En avant, en avant, la bataille bat son plein ed il tenente ardito innanzi va ! et hardiment, le lieutenant va en avant  ! Notte d'ottobre bambola sognava Nuit d’octobre, la poupée rêvait e sorrideva d'un sorriso lieve, et souriait d’un sourire léger, nel suo lettuccio, bambola sembrava, dans son petit lit on aurait dit une poupée un fiorellin che sbuca tra la neve.        Une petite fleur qui éclot dans la neige. A un tratto mille grida in lontananza Tour à coup mille cris dans le lointain si desta e getta un urlo di terrore : elle se réveille et jette un cri de terreur un uomo vede lì nella sua stanza elle voit un homme là dans sa chambre un uomo armato : il barbaro invasor  ! un homme armé  : le barbare envahisseur  ! Notte d'ottobre, bambola piccina,          Nuit d’octobre, petite poupée non v'è il tuo amore nella notte oscura   Ton amour n’est pas là dans la nuit obscure quel soldataccio ride e s'avvicina          ce soldat rit et s’approche ed il tuo sguardo è pieno di paura.   Et ton regard est plein de peur. In quella notte tutto fu devastato          Dans cette nuit tout fut dévasté perché il nemico infame vi passò,          parce que l’ennemi infâme y est passé, ma l'indomani all'alba quel soldato   mais le lendemain à l’aube ce soldat in quella stanza ucciso si trovò!          Dans cette chambre fut retrouvé mort  ! Guglielmone, Cecco Beppe e Maometto                                     Gros Guillaume, Fanfan Jojo et Mahomet (E. Fumi e coro 1915) – Cameriere                                                  – Garçon – Pronti !                                                  – Oui  ? – Un altro litro!                                                  –  Un autre litre  ! – Un altro litro Barbera !                                          – Un autre litre de Barbera  ! – Che noi intanto canteremo la seratina                   – Et nous en attendant, nous chanterons cette petite soirée    con le parole di Guglielmone !                                      avec les mots du Gros Guillaume  ! – Lui crede vincere tutti                           –  Lui, il croit vaincre tout le monde gli è proprio un cervellone                        c’est vraiment une grosse tête  Guglielmone, Guglielmone !                                le Gros Guillaume, le Gros Guillaume  ! E sa' buscarne                                et il sait en prendre, des raclées farà un bel ruzzolone                                    il va bien dégringoler Guglielmone, Guglielmone                        le Gros Guillaume, le Gros Guillaume  ! non ne può più Guglielmone                                Mais il n’en peut plus le Gros Guillaume non fare il prepotente !                                Ne fais pas le despote Guglielmone tu non riesci a niente !                 Gros Guillaume tu n’arrives à rien  ! Che tu vinca possibile non è                        Que tu gagnes, ce n’est pas possible Guglielmon prepara l'elmo                        Gros Guillaume prépare ton casque Se no ti sporchi il pie'.                                Sinon tu te saliras les pieds. Gli volle far la scimmia                                     Il a voulu faire le singe e ad imitarlo seppe                              et il a su l’imiter Cecco Beppe, Cecco Beppe !                      le Fanfan Jojo, le Fanfan Jojo Buscarne più di lui                              Prendre plus de raclées que lui dagli italiani seppe                              par les Italiens, il a su le faire Cecco Beppe, Cecco Beppe non ne può più !               Fanfan Jojo, Fanfan Jojo n’en peut plus  ! Cecco Beppe la pillola è amara,                              Fanfan Jojo la pilule est amère Cecco Beppe per te ci vuol la bara,                      Fanfan Jojo pour toi il faut un cercueil, Cecco Beppe la forza più non va :                      Fanfan Jojo ta force ne va plus  : Vogliam Trento e Trieste !                              Nous voulons Trente et Trieste  ! Vogliamo la libertà !                              Nous voulons la liberté  ! Con loro c'è il gran turco                          Avec eux il y a le Grand Turc che vuoI fare il galletto                                 qui veut faire son petit coq Maometto, Maometto !                                 Mahomet, Mahomet  ! Fra poco gli alleati                                 D’ici peu les alliés gliargheran lo stretto !                                 franchiront le détroit  ! Maometto, Maometto non ne può più !                          Mahomet, Mahomet n’en peut plus  ! Maometto ormai non ci sta il Sahara                          Mahomet désormais le Sahara n’est plus d’accord non ti resta di fartele allargare                          tu n’as plus qu’à prendre le large o che almeno la guerra finirà                                  ou au moins la guerre finira con Guglielmo e Cecco Beppe                          avec Guillaume et Fanfan Jojo Maometto trotterà !                                  Mahomet trottera  ! 5) Les regrets de la vie civile et du foyer. La peur de mourir. 'O surdato 'nnammurato (Testo  : Aniello Califano - Musica  : Enrico Cannio, 1915, Interprete  : Giuseppe Godono) Stai luntano 'a chistu core Tu es loin de mon coeur E a te volo c"o pensiero et je vole vers toi en pensée niente voglio, niente spero Je ne veux rien, je n’espère rien ca tenerte sempre 'mbraccio a mme ! que de te tenir toujours dans mes bras  ! Sii sicura 'e chisto ammore Sois sûre de cet amour comm'io so' sicuro 'e te! Comme je suis sûr du tien  ! Ohi vita, ohi vita mia, Oh vie, oh ma vie ohi core, 'e chisto core, Oh cœur de mon coeur si' stata 'o primm'ammore Tu as été mon premier amour, e 'o primmo e l'urtemo le premier et le dernier sarrai pe' mme !         tu seras pour moi  ! Quante notte nun te veco, Depuis combien de nuits je ne te vois pas nun te tengo int'a 'sti braccia, je ne te tiens pas dans mes bras nun te vaso chesta faccia je n’embrasse pas ton visage e nunt'astrigno forte 'mpietto a mme ! et je ne te serre pas fort contre moi  ! Ma scetanneme a 'stu suonne Mais réveille-moi de ce rêve me fai chiagnere pe' tte ! Tu me fais pleurer pour toi  ! Scrivo sempe : sta cuntenta, J’écris toujours  : sois contente io nun penzo che a te sola je ne pense rien qu’à toi stu pensiero me cunsola, cette pensée me console ca tu pure piensi sul'a me. Que tu ne penses qu’à moi. A cchiù bella 'e tutt'e belle La plus belle de toutes les belles nunn'è mai cchiù bella 'e te ! n’est jamais plus belle que toi  ! Ta-pum (Trad. e Alpini 1917) 1. Venti giorni sull'Ortigara Vingt jours sur l’Ortigara senza cambio per dismontà ... sans changement pour dégager … Ta-pum, ta-pum, ta-pum .. Ta-pum, ta-pum, ta-pum . 2. Se domani si  va all'assalto Si demain on va à l’assaut soldatino non farti ammazzar. .. petit soldat, ne te fais pas tuer … Quando sei dietro quel muretto Quand tu es derrière ce petit mur soldatino non puoi più parIà ... petit soldat tu ne peux pas parler … Quando poi si discende a valle  Quand on descend ensuite dans la vallée battaglione non ha più soldà ... le bataillon n’a plus de soldats … Nella valle c'è un cimitero Dans la vallée il y a un cimetière cimitero di noi soldà ...  cimetière de nous les soldats … 6. Cimitero di noi soldati Cimetière de nous les soldats forse un giorno ti vengo a trovà ... peut-être qu’un jour je viendrai te trouver .. . 6) Les chansons au pays, l’amour (souvent perdu) Quel mazzolin di fiori     (Trad. Coro degli Alpini) Quel mazzolin di fiori        Ce petit bouquet de fleurs che vien dalla montagna qui vient de la montagne bada ben che non si bagna fais attention qu’il ne se mouille pas chè lo voglio regalar, (bis). Car je veux en faire un cadeau.  Lo voglio regalare        Je veux en faire un cadeau perchè l'è un bel mazzetto, parce que c’est un beau petit bouquet lo voglio dare al mio moretto Je veux le donner à mon petit brun stasera quando vien (bis). Ce soir quand il viendra.  Stasera quando vien Ce soir quand il viendra gli fo una brutta cera (brutta sera) ; je lui ferai mauvaise mine (une vilaine soirée) e perchè Sabato di sera parce que samedi soir lui non è vegnù da me (bis). Il n’est pas venu chez moi.  Non l'è vegnù da me, Il n’est pas venu chez moi l'è andà dalla Rosina...         il est allé chez la Rosine Perchè mi son poverina c’est pourquoi je suis une pauvre petite mi fa pianger e sospirar (bis). Il me fait pleurer et soupirer  Mi fa piangere e sospirare Il me fait pleurer et soupirer sul letto dei lamenti sur le lit des lamentations e che mai diran le genti, Que vont dire les gens cosa mai diran di me (bis) Que vont-ils donc dire de moi  ?  Diran che son tradita,         Ils diront que je suis trompée tradita nell'amore         trahie par l’amour e a me mi piange il cuore et mon cœur pleure e per sempre piangerà (bis). Et pleurera toujours.  Abbandonato il primo,         Abandonné le premier, abbandonà il secondo,         abandonné le second abbandono tutto il mondo j’abandonne le monde entier e non mi marito più (bis). Et je ne me marie plus.
1) Dans la tente d’un hôpital de campagne, on amène un blessé qui est mort dans le transport. L’infirmière (une comtesse) reconnaît son fils. Elle commence par le pleurer, puis elle se réjouit d’avoir donné son fils pour la patrie. 2) Arrive le roi, qui a entendu ce qu’a dit l’infirmière  ; il dit combien il l’envie d’avoir donné  son fils à la patrie. 3) Une attaque autrichienne qui ne respecte pas la Croix Rouge  ; les soldats veulent éloigner le roi du danger, mais il veut rester avec eux et ils crient tous : Vive l’Italie !
Chanson reprise d’une chanson populaire  traditionnelle connue au moins depuis 1870, date de  sa première publication, La ragazza innamorata dei  soldati. Cette auberge existe réellement sur les bords  du Piave, les chasseurs alpins  venaient s’y reposer  entre deux batailles, et l’auberge, ignorée jusqu’alors,  devint alors célèbre.
C’est encore l’euphorie des premières années de guerre, dont on pense qu’elle sera courte. Elle fera bientôt place à la mélancolie, au regret de la vie civile et du foyer où l’ondort à côté de sa «  poupée  » (Cf. Bambola et 5).
C’est une des plus belles chansons-marches de Cannio ; elle est devenue l’hymne officieux des bersaglieri. Mais elle est surtout une belle chanson d’amour qu’ont reprise beaucoup de chanteurs, Anna Magnani, Giuseppe Di Stefano, Andrea Bocelli…
Le 9 juin 1917, 26 bataillons de chasseurs alpins attaquèrent le mont de l’Ortigara, subissant des pertes énormes. Et ils durent ensuite le défendre pour le conserver. L’onomatopée « tapum » évoque le coup de l’arme à feu et son écho dans la vallée. À l’origine, la chanson était un chant de mineurs né pendant les travaux du tunnel du Saint-Gothard entre 1872 et 1880, et le « ta-pum » se référait au bruit des mines. C’est un des chants les plus répandus durant la guerre, interdit ensuite par les préfets fascistes, et repris , réélaboré, par les groupes de résistants antifascistes durant la seconde guerre mondiale.
Très ancienne chanson populaire de montagne (Frioul ? Vénétie ? Piémont ?), reprise en italien, une des plus chantées depuis des dizaines d’années, en particulier par les chasseurs alpins, par les résistants … et par le peuple.
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