Poésie en musique - chapitre 1
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Chapitre 1 L’école sicilienne Première forme de poésie en langue «  vulgaire  ». 1) La littérature italienne en langue «  vulgaire  » commence par des textes «  dialectaux  », soit dans le centre/nord avec la littérature ombrienne (François d’Assise, voir Chapitre 2) et toscane ou celle qui se développe en Lombardie et en Vénétie, soit dans le sud, surtout en Sicile. Mais cette dernière a peu de caractères ethniques et géographiques, parce qu’elle est étroitement liée à la cour palermitaine de l’empereur Frédéric II de Souabe (1194-1250), roi de Sicile en 1198 et empereur à partir de 1220. 2) Cette cour se caractérise par une culture plurilingue riche et multiforme, où se croisent le grec byzantin, l’arabe, le latin, le provençal, et dominée par les intérêts de l’empereur pour les sciences, l’astrologie, la philosophie, la théologie, la chasse… La cour était mobile et itinérante, elle n’était liée ni à une ville ni à la Sicile, très différente en cela des autres cours féodales liées à une ville ou à un château  ; elle était liée à la stratégie politique de Frédéric II, déterminé à imposer son contrôle sur toute la péninsule, et donc engagée à limiter les autonomies communales comme celle de l’aristocratie féodale, mais aussi à imposer le pouvoir laïque de l’État séparé du pourvoir ecclésiastique de l’Église. 3) Pour cela Frédéric crée un royaume unitaire centralisé, géré par un appareil de fonctionnaire laïcs, de juristes, de notaires formés en-dehors des écoles ecclésiastiques, nés en Sicile ou ailleurs, qui furent aussi les principaux écrivains de l’école sicilienne. Ce fut donc la poésie d’un cercle restreint, d’une élite quantitativement limitée qui cultive l’art lyrique comme évasion et loisir, en marge de sa propre profession. Frédéric II de Souabe dans son livre De Arte venandi cum avibus. 4) Comme pour les autres poètes, leur modèle fut la poésie provençale des trouvères qui avait envahi l’Europe entière, surtout après la répression des Cathares dans la France méridionale, qui se réfugièrent en Espagne et en Italie (Lombardie et Sicile)  ; parmi eux, il y avait de nombreux troubadours qui exportèrent leur poésie lyrique. Mais, à la différence des poètes du centre / nord (Toscane, Ombrie, Vénétie, Lombardie) qui l’emploient pour un large public populaire parce que c’est une poésie religieuse  destinée à tout le public des fidèles, les Siciliens l’emploient pour eux-mêmes, public restreint et cultivé des fonctionnaires de Frédéric II, qui connaissait bien le français (outre l’arabe, l’allemand, le latin, le grec, le vulgaire sicilien) parce qu’il avait une mère normande. Tandis que les poètes du nord reprendront tous les thèmes de la poésie provençale, politiques, moraux, religieux, satiriques, amoureux, etc., les poètes de Frédéric se limitent à la poésie amoureuse, excluant radicalement tout thème politique, Frédéric leur assurait la paix. Les deux idiomes seront donc différents  : les Siciliens veulent créer un sicilien « illustre  » qui se différencie tant du latin , langue de l’Église, que des autres dialectes, et qui se limite à la seule poésie d’une petit cercle d’hommes cultivés et lettrés, mais qui deviendra une des bases de l’usage du « vulgaire ». Giacomo da Lentini, Texte et image 5) La durée de cette école littéraire se limite à celle des Hohenstaufen, c’est-à-dire qu’elle commence plus ou moins vers 1230 et se termine en 1266 avec la défaite de Manfred (1232-1266), fils légitimé de Frédéric II, face au français Charles I d’Anjou, mais la poésie sicilienne apparaît comme la plus élaborée, la plus raffinée et elle se répand dans toute l’Italie où elle sera reprise et adaptée au dialecte toscan. Elle sera, avec la poésie provençale, une des sources du Dolce Stil Nuovo, la poésie de Dante Alighieri (1265-1321) et de ses successeurs. C’était aussi la première forme de poésie laïque. Les principaux noms à retenir sont  : Giacomo da Lentini (1210-1260), notaire de Frédéric, Pier della Vigna (1190-1249), son conseiller de confiance, Rinaldo d’Aquino (1227-1281), de la famille de saint Thomas, Jacopo Mostacci (1240-après 1262), le fauconnier de Frédéric,1220-1272), Guido delle Colonne (1210-1287  ?), fonctionnaire de Frédéric, Giacomino Pugliese (première moitié du XIIIe   siècle), Percivalle Doria (1195-1264), d’une grande famille génoise, Stefano Protonataro (  ? -  ?), peut-être traducteur de grec, et les rois eux-mêmes, Frédéric II et Re Enzo (1220-1272), fils naturel de Frédéric, incarcéré à Bologne de 1249 à sa mort. Ciullo d’Alcamo, Buste de marbre (Villa Giulia de Palerme) Ciullo (Cielo) d’Alcamo (XIIIe s.) est un cas particulier, il fut probablement lié à la cour de Frédéric, poète d’origine populaire d’une culture notable et d’un grande compétence métrique, qui sait mêler une langue populaire avec la langue plus noble de l’école dans l’unique composition que nous ayons gardée de lui, Rosa fresca aulentissima (entre 1231 et 1232), dialogue à la manière des jongleurs entre un chevalier et une femme du peuple. Il fut un modèle pour un poète toscan comme Cecco Angiolieri (1260-1313). 6) Il ne faut pas oublier que, parallèlement à la poésie de la cour de Frédéric, se  développa en Sicile une poésie populaire chantée, dont vous pourrez écouter quelques-unes restées célèbres aujourd’hui, comme le Canto delle lavandaie del Vomero, Jesce Sole, Sia maledetta l’acqua, Madonna della Grazia. La « Scuola siciliana » 1) La  letteratura in Italia in « volgare » comincia con testi dialettali, sia nel centro/nord con la letteratura umbra (Francesco d’Assisi, prossima lezione) e toscana e nel Veneto o la Lombardia, sia nel sud, in Sicilia. Ma quest’ultima ha pochi caratteri etnici-geografici, perché è strettamente legata alla corte palermitana dell’imperatore Federico II di Svevia, 1194-1250, re di Sicilia nel 1198 e imperatore dal 1220. 2) Questa corte si caratterizza  da una culture plurilingue ricca e multiforme, dove si intrecciano il greco-bizantino, l‘arabo, il latino, il provenzale, e dominata dagli interessi dell’imperatore per le scienze, l’astrologia, la filosofia, la teologia, la caccia … La corte era mobile e itinerante, non legata nè a una città nè alla Sicilia, molto diversa dalle altre corti feudali, legate a una città o a un castello, perché era legata alla strategia politica di Federico, determinato a imporre il suo controllo su tutta la penisola, e dunque impegnato a limitare le autonomie comunali come quelle dell’aristocrazia feudale, ma anche a imporre il potere laico dello Stato separato dal potere ecclesiastico della Chiesa. 3) Per questo, Federico crea un regno unitario accentrato, gestito da un apparato di funzionari laici, di giuristi, di notai formati fuori dalle scuole ecclesiastiche, nati in Sicilia o altrove, che furono anche i principali scrittori della scuola sciliana. Questa fu dunque la poesia di un cerchio ristretto di un’élite ristretta che coltiva la lirica come evasione e svago, in margine alla propria professione. 4) Come per gli altri poeti, il loro modello fu la poesia provenzale dei trovatori che aveva invaso l’Europa intera, soprattutto dopo la repressione dei Catari nella Francia meridionale, i quali si rifugiarono in Spagna e in Italia (Lombardia e Sicilia) ; tra di loro c’erano molti trovatori (troubadours) che esportarono la loro lirica. Ma, a differenza dai poeti del centro/nord (Toscana, Umbria, Veneto, Lombardia) che la usano per un largo pubblico popolare perché è poesia religiosa destinata a tutto il pubblico dei fedeli, i siciliani la usano per se-stessi, pubblico ristretto e colto dei funzionari di Federico, che conosceva bene il francese (oltre l’arabo, il tedesco, il latino, il greco, il volgare siciliano) poiché aveva una madre normanna. Mentre i poeti del nord useranno tutti i temi della poesia provenzale, politici, morali, religiosi, satirici, amorosi, ecc., i federiciani si limitano alla poesia amorosa, escludendo radicalmente ogni tema politico, Federico gli assicurava la pace. I due idiomi saranno dunque diversi : i siciliani vogliono creare un siciliano « illustre », che si differenzia sia dal latino, lingua della Chiesa, sia dagli altri dialetti, e che si limita alla sola poesia di un cerchio piccolo di uomini colti e letterati, ma diventerà una base dell’uso del « volgare ». 5) La durata di quelle scuola letteraria si limita a quella degli Hohenstaufen, cioè, cominciata più o meno verso il 1230,  finisce nel 1266 con la sconfitta di Manfredi, ma la poesia siciliana appare come quella più elaborata e raffinata e si diffonde in tutta l’Italia dove sarà ripresa adattata al dialetto toscano. Sarà così, con la poesia provenzale, una delle fonti del Dolce Stil Novo, della poesia di Dante e dei successori. Era anche la prima forma di poesia laica. I nomi principali da ritenere sono : Giacomo da Lentini, notaio di Federico, Pier della Vigna, consigliere di fiducia di Federico, Rinaldo d’Aquino, della famiglia di san Tommaso, Jacopo Mostacci, falconiere di Federico, Guido delle Colonne, funzionario di Federico, Giacomino Pugliese, Percivalle Doria, di una grande famiglia genovese, Stefano Protonotaro, forse traduttore dal greco, e i re stessi, Federico II e Re Enzo (1220-1272), figlio naturale di Federico, incarcerato a Bologna dal 1249 alla sua morte. Ciullo d’Alcamo è un caso particolare, fu probabilmente legato alla corte federiciana, poeta di notevole cultura e di grande competenza metrica, che sa mischiare una lingua popolare con la lingua più nobile della Scuola nell’unico suo componimento che conosciamo, Rosa fresca aulentissima.                                    Su Alcamo (vicino a Palermo) battete su Internet     « Alcamo wikipedia italiano » e « Ciullo d‘Alcamo » Rosa fresca aulentissima (Cielo o Ciullo d’Alcamo Manoscritto del Vaticano Latino 3793 XIII° sec. -circa 1231-1232) « Rosa fresca aulentis[s]ima h’apari inver’ la state,     « Rose très fraîche et parfumée, qui apparaît au début de l’été le donne ti disiano,  pulzell’ e maritate :           les femmes te désirent, pucelles et mariées tràgemi d’este focora,   se t’este a bolontate ;        Libère-moi de ce feu, si tu le veux bien ; per te non ajo abento notte e dia,                   à cause de toi, je n’ai de paix ni jour ni nuit,  penzando pur di voi, madonna mia ».                   car je ne pense qu’à vous, ma Dame ». «Se di meve trabàgliti, follia lo ti fa fare.           « Si tu souffres à cause de moi, c’est la folie qui te pousse à le faire Lo mar potresti arompere, a venti asemenare,            tu pourrais labourer la mer, semer dans les vents, l’abere d’esto secolo  tut[t]o quanto asembrare :    accumuler toutes les richesses de ce siècle : avere me non pòteri a esto monno ;            tu ne pourras pas m’avoir en ce monde ;     avanti li cavelli m’aritonno ».                            je me raserais plutôt les cheveux ».   « Se li cavelli artón[n]iti, avanti foss’io morto,           « Si tu te coupes les cheveux, je préférerais être mort ca’n is[s]i [sí] mi pèrdera lo solacc[i]o e ’l diporto.    car je perdrais toute joie et tout bonheur. Quando ci passo e véjoti, rosa fresca de l’orto,            Quand je passe par ici et que je te vois, fraîche  rose du jardin bono conforto dónimi tut[t]ore:                    tu me donnes du plaisir à tout moment poniamo che s’ajúnga il nostro amore ».                    faisons en sorte que l’amour nous unisse ». « Che ’l nostro amore ajúngasi,non boglio m’atalenti :  « Je ne veux pas que l’amour nous unisse, cela ne me plaît pas : se ci ti trova pàremo cogli altri miei parenti,                   Si mon père te trouve, avec mes autres parents guarda non t’ar[i]golgano questi forti cor[r]enti.             fais attention que ne te rejoignent pas ces coureurs rapides. Como ti seppe bona la venuta,                    Comme il te sembla bon de venir ici, consiglio che ti guardi a la partuta».                  je te conseille de te préparer à partir ». « Se i tuoi parenti trova[n]mi, e che mi pozzon fare?     « Si tes parents me trouvent, que peuvent-ils me aire ? Una difensa mèt[t]onci di dumili’ agostari :                     Je paye une amende de deux mille augustales non mi toc[c]ara pàdreto per quanto avere ha ’n Bari.    Ton père ne me toucherait pas pour tout l’or de Bari Viva lo 'mperadore, graz[i'] a Deo !              Vive l’empereur, Grâce à Dieu ! Intendi, bella, quel che ti dico eo ? »                 Comprends-tu, ma belle, ce que je te dis ? ». «Tu me no lasci vivere né sera né maitino.              «  Tu ne me laisses pas vivre, ni le soir, ni le matin, Donna mi so’ di pèrperi, d’auro massamotino.              Je suis une femme qui possède des pièces  d’or massamotino Se tanto aver donàssemi quanto ha lo Saladino,      Si tu me donnais autant de biens qu’en a Saladin e per ajunta quant’ha lo soldano,                      et en plus autant qu’en a le Sultan toc[c]are me non pòteri a la mano ».                      tu ne pourrais pas pour autant me toucher la main ». « Molte sono le femine c’hanno dura la testa,              « Il y a beaucoup de femmes qui ont la tête dure e l’omo con parabole l’adímina e amonesta :                  et par ses mots, l’homme les domine et les convainc : tanto intorno procazzala fin che·ll’ha in sua podesta.      il la presse jusqu’à ce qu’il l’ait en son pouvoir Femina d’omo non si può tenere :               La femme ne peut se passer d’homme : guàrdati, bella, pur de ripentere ».                      fais attention, ma belle, de ne pas avoir à te repentir ». «K’eo ne [pur ri]pentésseme? davanti foss’io aucisa       « Que je doive me repentir ? Que je sois plutôt tuée ca nulla bona femina per me fosse ripresa !       et qu’aucune femme de qualité ne subisse de reproches à cause de moi ! [A]ersera passàstici,  cor[r]enno a la distesa.               Hier au soir, tu es passé par ici, courant à toutes jambes Aquístati riposa, canzonieri :                              Prends du repos, petit chanteur le tue parole a me non piac[c]ion gueri ».                      tes mots ne me plaisent pas du tout ». « Quante sono le schiantora che m’ha’ mise a lo core,   « Que de douleurs tu m’as mis dans le cœur, e solo purpenzànnome  la dia quanno vo fore !               rien que d’y penser le jour quand je sors ! Femina d’esto secolo tanto non amai ancore                   Je n’ai jamais tant aimé une femme de ce siècle quant’amo teve, rosa invidïata :                       Comme je t’aime, rose désirée : ben credo che mi fosti distinata ».               Je crois bien que tu m’as été destinée ». « Se distinata fósseti, caderia de l’altezze,              « Si je t’avais été destinée, je tomberais de ma hauteur ché male messe fòrano in teve mie bellezze.       parce qu’avec toi, mes beautés seraient mal placées. Se tut[t]o adiveníssemi, tagliàrami le trezze,              Si tout cela m’arrivait, je me couperais les tresses e consore m’arenno a una magione,              et je deviendrais sœur dans un couvent, avanti che m’artoc[c]hi ’n la persone ».              avant que tu ne touches mon corps ». « Se tu consore arènneti, donna col viso cleri,              « Si tu deviens sœur, femme au visage lumineux, a lo mostero vènoci e rènnomi confleri :               je viens au couvent, je me fais moine : per tanta prova vencerti fàralo volontieri.               pour te vaincre dans cette épreuve, je le ferais volontiers Conteco stao la sera e lo maitino :               je serais avec toi le soir et le matin : besogn’è ch’io ti tenga al meo dimino ».               il faut que je t’aie en mon pouvoir ». « Boimè tapina misera, com’ao reo distinato !               « Hélas ! Pauvre malheureuse, comme est cruel mon destin ! Geso Cristo l’altissimo del tut[t]o m’è airato :               Jésus-Christ le très Haut est vraiment en colère contre moi concepístimi a abàttare in omo blestiemato.        Il m’a conçue pour rencontrer un homme impie. Cerca la terra ch’este gran[n]e assai,                       Cherche sur la terre qui est très grande, chiú bella donna di me troverai ».                tu trouveras une femme plus belle que moi ». « Cercat’ajo Calabr[ï]a, Toscana e Lombardia,                « J’ai cherché en Calabre, en Toscane, en Lombardie, Puglia, Costantinopoli, Genoa, Pisa e Soria,         dans les Pouilles, à Constantinople, Gênes, Pise et Syrie, Lamagna e Babilonïa [e] tut[t]a Barberia :                 en Allemagne et à Bagdad et dans toute la Barbarie donna non [ci] trovai tanto cortese,                 je n’y ai pas trouvé de femme aussi noble, per che sovrana di meve te prese ».                 c’est pourquoi je t’ai élue comme ma souveraine ». « Poi tanto trabagliàsti[ti], fac[c]ioti meo pregheri         « Puisque tu es si tourmenté, je te fais une prière che tu vadi adomàn[n]imi a mia mare e a mon peri.          Va demain voir ma mère et mon père. Se dare mi ti degnano, menami a lo mosteri,                 S’ils daignent me donner à toi, conduis-moi à l’église, e sposami davanti da la jente ;                         et épouse-moi devant tout le monde  ; e poi farò le tuo comannamente ».                 et puis j’obéirai à tes désirs ». « Di ciò che dici, vítama, neiente non ti bale,                 « De ce que tu dis, ma vie, rien ne te sert, ca de le tuo parabole  fatto n’ho ponti e scale.                  parce que de tes mots, j’en fais des ponts et des échelles. Penne penzasti met[t]ere, sonti cadute l’ale ;                 Tu pensais te couvrir de plumes, au contraire tu as perdu tes ailes ; e dato t’ajo la bolta sot[t]ana.                  et je t’ai donné le coup de grâce. Dunque, se po[t]i, tèniti villana ».                          Donc, si tu peux, reste une paysanne ». « En paura non met[t]ermi  di nullo manganiello :          « Tu ne me fais pas peur par aucune machine de guerre : istòmi ’n esta grorïa d’esto forte castiello ;                  je suis dans la gloire de ce grand château ; prezzo le tuo parabole meno che d’un zitello.                  j’apprécie tes paroles moins que celles d’un enfant. Se tu no levi e va’tine di quaci,                         si tu ne t’ôtes pas de ma vue et ne t’en vas pas de là, se tu ci fosse morto, ben mi chiaci ».                  si tu étais mort, cela me ferait plaisir ». « Dunque vor[r]esti, vítama, ca per te fosse strutto ?          « Donc tu voudrais, ma vie, que je sois tué ? Se morto essere déb[b]oci od intagliato tut[t]o,                  Si je dois être mort ou mis en morceaux di quaci non mi mòs[s]era se non ai’ de lo frutto                  je ne bougerai pas d’ici avant de jouir du fruit lo quale stäo ne lo tuo jardino :                          qui est dans ton jardin : disïolo la sera e lo matino ».                          je le désire le soir et le matin ». « Di quel frutto non àb[b]ero conti né cabalieri ;                  « Ce fruit, ni les comtes ni les chevaliers ne l’ont eu ; molto lo disïa[ro]no marchesi e justizieri,                   beaucoup l’ont désiré, marquis et magistrats, avere no’nde pòttero : gíro’nde molto feri.                   et n’ont pas pu l’avoir : ils sont partis très en colère. Intendi bene ciò che bol[io] dire ?                          Comprends-tu bien ce que je veux te dire ? Men’este di mill’onze lo tuo abere ».                  Ton avoir m’est inférieur de mille onces ». « Molti so’ li garofani, ma non che salma ’nd’ài :         « Tu as beaucoup de clous de girofle, mais ils ne pèsent pas assez, bella, non dispregiàremi s’avanti non m’assai.                 ma belle, ne me méprise pas avant de m’avoir essayé. Se vento è in proda e gírasi e giungeti a le prai,                 Si le vent est à la proue, tourne, je te rejoins sur le rivage, arimembrare t’ao [e]ste parole,                         je te rappellerai ces mots, ca de[n]tr’a ’sta animella assai mi dole ».                  parce que dans mon âme j’éprouve beaucoup de douleur ». « Macara se dolés[s]eti che cadesse angosciato :          « Si tu souffrais tellement que tu sois dans l’angoisse : la gente ci cor[r]es[s]oro da traverso e da·llato ;           les gens courraient de part et d’autre tut[t]’a meve dicessono : ’Acor[r]i esto malnato’ !           et tous me diraient : ‘porte secours à ce pauvre homme ! Non ti degnara porgere la mano                          je ne daignerais même pas tendre la main per quanto avere ha ’l papa e lo soldano ».           pour tout ce que possèdent le pape et le sultan ». « Deo lo volesse, vitama, te fosse morto in casa !          « Que Dieu veuille, ma vie, que je meure pour toi chez moi! L’arma n’anderia cònsola, ca dí e notte pantasa.          Mon âme s’en irait consolée, car elle délire jour et nuit La jente ti chiamàrono : ’Oi perjura malvasa,                  Les gens te crieraient : ‘Oh, vilaine parjure, c’ha’ morto l’omo in càsata, traíta !                  traîtresse, tu as  tué cet homme chez lui ! Sanz’on[n]i colpo lèvimi la vita ».                          Sans me blesser tu m’enlèves la vie ». « Se tu no levi e va’tine co la maladizione,                « Si tu ne sors pas d’ici, si tu ne t’en vas pas, malédiction, li frati miei ti trovano  dentro chissa magione.                mes frères te trouveront dans cette maison. [...] be·llo mi sof[f]ero pèrdici la persone,                j’accepte bien que tu perdes la vie ca meve se’ venuto a sormonare ;                tu es venu ici pour m’importuner ; parente néd amico non t’ha aitare ».                aucun parent ni aucun ami ne pourront t’aider ». « A meve non aítano amici né parenti :               « Ni parents ni amis ne m‘aideront : istrani’ mi so’, càrama, enfra esta bona jente.               ils me sont étrangers, bonnes gens Or fa un anno, vítama, che ’ntrata mi se’ ['n] mente.        Ça fait maintenant un an que tu m’es entrée dans l’esprit. Di canno ti vististi lo maiuto,                       Depuis que mon bel habit t’a vue, bella, da quello jorno so’ feruto ».               ma belle, depuis ce jour je suis blessé ». « Di tanno ’namoràstiti, [tu] Iuda lo traíto,               « Depuis lors tu es amoureux, toi Judas le traître, como se fosse porpore, iscarlato o sciamito ?               comme si c’était de la pourpre, de l’écarlate ou du samit ? S’a le Va[n]gele júrimi che mi sï’ a marito,               Si tu ne jures pas sur l’Évangile que tu m’épouseras, avere me non pòter’a esto monno :               tu ne pourras jamais m’avoir en ce monde avanti in mare [j]ít[t]omi al perfonno ».                       je me jetterais plutôt au fond de la mer ». « Se tu nel mare gít[t]iti, donna cortese e fina,               « Si tu te jetais dans la mer, femme courtoise et fine, dereto mi ti mísera per tut[t]a la marina,                je te suivrais tout le long de la plage [e da] poi c’anegàs[s]eti, trobàrati a la rena        et quand tu te serais noyée, je te trouverais sur le sable solo per questa cosa adimpretare :                rien que pour obtenir cette chose : conteco m’ajo a[g]giungere a pec[c]are ».                je me joindrai à toi pour commettre le péché ». « Segnomi in Patre e ’n Filïo ed i[n] santo Mat[t]eo :        « Je me fais le signe de Croix au nom du Père, du Fils et de saint Matthieu : so ca non se’ tu retico [o] figlio di giudeo,                Je sais que tu n’es pas hérétique ou fils de Juif e cotale parabole non udi’ dire anch’eo.                et je n’ai jamais entendu dire de telles paroles. Morta si [è] la femina a lo ’ntutto,                       Si une femme est totalement morte, pèrdeci lo saboro e lo disdotto ».                       tu en perds le goût et le plaisir ». « Bene lo saccio, càrama : altro non pozzo fare.     « Je le sais bien, ma chère, je ne peux rien faire d’autre. Se quisso non arcòmplimi,  làssone lo cantare.              Si tu ne cèdes pas à mon désir, je cesse de chanter. Fallo, mia donna, plàzzati,  ché bene lo puoi fare.       Fais-le, ma dame, cela doit te plaire et tu peux le faire. Ancora tu no m’ami, molto t’amo,                      Même si tu ne m’aimes pas, moi je t’aime beaucoup, sí m’hai preso come lo pesce a l’amo ».               tu m’as pris comme le poisson à l’hameçon ». « Sazzo che m’ami, [e] àmoti di core paladino.              « Je le sais que tu m’aimes, et je t’aime d’un cœur noble. Lèvati suso e vatene, tornaci a lo matino.              Lève-toi et va-t’en, reviens demain matin Se ciò che dico fàcemi, di bon cor t’amo e fino.              Si tu fais pour moi ce que je dis, je t’aimerai de bon cœur et loyalement. Quisso t’[ad]imprometto sanza faglia :                     Je te le promets sans faute : te’ la mia fede che m’hai in tua baglia ».                     tu as ma parole, tu me tiens en ton pouvoir ». « Per zo che dici, càrama, neiente non mi movo.     « Rien ne m’émeut de ce que tu dis. Intanti pren[n]i e scànnami : tolli esto cortel novo.      Prends ce couteau neuf et égorge-moi. Esto fatto far pòtesi intanti scalfi un uovo.             Cela peut se faire avant que tu fasses cuire un œuf. Arcompli mi’ talento, [a]mica bella,             Exauce mon désir,  ma belle, ché l’arma co lo core mi si ’nfella ».             car mon cœur s‘afflige avec mon âme ». «Ben sazzo, l’arma dòleti, com’omo ch’ave arsura.       « Je sais bien que ton âme s’afflige, comme un homme qui a soif. Esto fatto non pòtesi per null’altra misura :             Cela ne peut se faire en aucune mesure : se non ha’ le Vangel[ï]e,  che mo ti dico ’Jura’,             si tu n’as pas l’Évangile pour que je te dise « Jure », avere me non puoi in tua podesta ;             tu ne peux pas m’avoir en ton pouvoir ; intanti pren[n]i e tagliami la testa ».             prends-moi plutôt et coupe-moi la tête ». «Le Vangel[ï]e, càrama ? ch’io le porto in seno :     « L’Évangile, ma chère, je le porte sur moi ; a lo mostero présile (non ci era lo patrino).             je l’ai pris à l’église (le prêtre n’était pas là) Sovr’esto libro júroti mai non ti vegno meno.      Sur ce livre, je te jure que je ne te trahirai jamais. Arcompli mi’ talento in caritate,                     Exauce mon désir, s’il te plaît, ché l’arma me ne sta in sut[t]ilitate ».             car mon âme est en train de se consumer ». « Meo sire, poi juràstimi, eo tut[t]a quanta incenno.     «  Mon seigneur, puisque tu m’as juré, je ne suis plus qu’un feu. Sono a la tua presenz[ï]a, da voi non mi difenno.      Je suis en ta présence, je ne me défends plus de toi. S’eo minespreso àjoti, merzé, a voi m’arenno.     Si je t’ai méprisé, pardon, je me rends à toi A lo letto ne gimo a la bon’ora,             Allons tout de suite au lit, ché chissa cosa n’è data in ventura ».     car cela nous est assigné par le destin ». Dans sa préface (1997) de Mistero buffo, Dario Fo a fait un commentaire intéressant (bien que critiqué par les commentateurs officiels) de ce «  contrasto  » (on appelait ainsi le dialogue contradictoire entre deux personnages). D’abord, d’où vient ce prénom de «  Ciullo  » auquel les commentateurs préfèrent «  Cielo  »  ? Le «  ciullo  » en dialecte sicilien désigne le sexe masculin, ce qui indique probablement que l’auteur est un jongleur, à qui on avait l’habitude de donner ainsi des surnoms aussi réalistes (comme Ruzzante, ainsi nommé à partir du verbe «  ruzzare  », en dialecte = s’accoupler avec des animaux). Dario Fo montre ensuite que ce réalisme caractérise tout le poème  : même les femmes désirent faire l’amour avec elle, tant elle est  belle, que l’on traduit souvent par «  toutes les femmes veulent te ressembler  »  ; quant à ce que veut le garçon, la jeune femme l’a compris dès le début, il veut «  l’épouser  », c’est-à-dire faire l’amour avec elle, et elle conclut «  Allons tout de suite au lit  », pas devant le curé  ! Déjà le premier mot «  rosa  » est le symbole de la féminité, le sexe féminin. Quant à la «  defensa  », l’amende qu’il paierait pour se sauver de la colère du père, furieux de voir qu’il avait violenté sa fille, c’était une réalité  : dans ses Constitutions de Melfi (1231), Frédéric II avait pris un décret de protection des hommes riches, ils pouvaient ne pas être punis pour un viol ou un autre crime commis sur un inférieur en payant une amende, dont ils portaient toujours la somme dans leur poche, … au cas où  ! La somme était de 2000 «  augustari  », la monnaie impériale du temps de Frédéric II (= Auguste). Personne ne pouvait toucher celui qui avait payé l’amende  : grand privilège des riches. PAGE SUIVANTE
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